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Full text of "Polybiblion : Revue bibliographique universelle"

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POLYBIBLION 


REVUE 


BIBLIOGRAPHIQUE  UNIVERSELLE 


Jantier  1894.  T.  LXX.  1. 


POLYBIBLION 


REVUE 

IIBLIOGRAPHIQUE  UNIVERSELLE 


PARTIE  LITTERAIRE 


DBUXISIIE  8ËRIE.  —  TOHE  TRENTE-NE  n  VIE  HE 


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PARIS 

AUX    BUREAUX   DU    POLYBIBLION 

5,  RDE  SAINT-SIMON,  ë 


BESANÇON.  -  WP.  &  8TÉRÉ0T.  DB  PAX7L  JAGQUIN 


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POLYBIBLION 


REVUE  BIBLIOGRAPHIQUE  UNIVERSELLE 


DERNIÈRES  PUBLICATIONS  ILLUSTRÉES 

1.  Zigxagt  en  Bretagne,  par  U.  et  G.  Dubouchet.  Paris,  Letbielleuz,  1894,  iD-4  de  548  p., 
avec  Dombr.  illustr.  Broché,  18  fr.  ;  relié,  28  fr.  —  2.  La  Femme  à  Paris.  Nos  contem- 
poraineSf  notes  sur  les  Parisiennes  de  ce  temps  dans  leurs  milieuXj  étals  et  conditions, 
par  Octave  Uzanne.  Paris,  Librairies-imprimeries  réunies,  May  et  Motleroz,  1894, 
gr.  in-8  de  vi-328p.,  illustr.  de  Pierre  Vidal.  Broché,  45  fr.  ;  relié,  55  fr.  —  3.  Gloires  et 
souvenirs  mUilaireSy  par  Charles  Biqot.  Paris,  Hachette,  1894,  gr.  iD-8  de  vi [1-272  p., 
illustré  de  24  pi.  hors  texte,  tirées  en  couleurs.  Broché,  15  fr.  ;  relié,  20  fr.  —  4.  Tou- 
lon-Paris. Les  Marins  russes  en  France^  par  Marius  Vachon.  Paris,  Librairies-impri- 
meries réunies,  May  et  Motteroz,  s.  d.  (1894),  in-4  do  200  p.,  100  dessins  et  20  pi. 
hors  texte.  Broché,  7  fr.  ;  cartonné,  10  fr.  —  5.  Les  Caricatures  sur  Valliance  franco- 
russe^  par  John  Grano-Carteret.  Paris,  Librairies-imprimeries  réunies,  May  et  Motte- 
roz, s.  d.  (1893),  in-8  do  89  p.,  illustré  de  88  reprod.  de  caricatures  françaises  et 
étrangères.  Broché,  1  fr.  5U.  —  6.  Le  Mariage  du  fils  Grandsire,  par  Marguerite 
PoRADOwsKA.  Parîs,  Hachette,  1894,  gr.  in-8  de  285  p.,  avec  illustr.  de  Tofani.  Bro- 
ché, 7  fr.;  relié  10  fr.  —  7.  Le  Capitaine  Frappe  d'abord,  par  Fernand-Hue.  Paris, 
Lecène  etOudin,  1894,  gr.  in-4  de  319  p.,  orné  de  nombr.  grav.  Broché,  5  fr.  ;  relié, 
fers  spéciaux,  8  fr.  —  8.  Vingt  Jours  dans  le  Nouveau  Momie ^  par  Octave  Uzanne. 
Paris,  May  et  Motteroz,  s.  d.  (1893),  album  oblong,  do  214  p.,  avec  175  illustr.  d'après 
nature.  Cartonné,  5  fr.  —  9.  La  France  en  bicyclette.  Étapes  d'un  touriste  de  Paris  à 
Grenoble  et  Marseille,  par  Jean  Beutot.  Paris,  May  et  Motteroz,  1894,  in'18  do  411  p., 
illustré  de  40  reproductions  par  Le  Rivorend,  et  de  dessins  par  Gaston  Bussièro.  Bro- 
ché, 3  fr.  50.  —  10.  Braves  enfants,  par  Lud.  Briault.  Paris,  Tolra,  s.  d.  (1893),  in-8 
de  348  p.,  avec  illustr.  de  Ë.  Bouard.  Broché,  3  fr.  50;  relié,  5  fr.  —  U.  Cœurs  purs, 
par  LuD.  SouBRiER.  Paris,  Tolra,  s.  d.  (1893),  in-8  de  376  p.,  avec  illustr.  de  J.  Mau- 
rcl.  Broché,  3  fr.  50.  ;  relié,  5  fr. 

1.  —  Nous  regrettons  vivement  d  avoir  reçu  trop  tard  pour  en  rendre 
compte  dans  le  numéro  de  décembre  dernier  le  livre  intitulé  Zigzags 
en  Bretagne,  que  vient  d'éditer  avec  un  grand  luxe  la  librairie  Lethiel- 
leux.  Les  nombreuses  gravures  qui  Tornent  sont  fort  jolies  ;  mais  il  en 
est  une  qu'il  eût  été  préférable  de  ne  pas  admettre  dans  un  ouvrage 
destiné  à  la  jeunesse  :  c'est  la  reproduction  d'un  tableau  du  musée  de 
Morlaix,  le  Baiser.  Le  texte  est  intéressant  ;  les  descriptions  sont  très 
rapides  parce  qu'il  y  en  aurait  bien  long  à  dire  sur  ce  beau  pays  de 
Bretagne;  les  auteurs  s'intéressent  surtout  aux  faits  historiques  ou 
légendaires,  et,  pour  le  reste,  ils  s'en  réfèrent  aux  illustrations.  Nous 
avons  remarqué  une  phrase  assez  singulière,  page  19  :  «  Louis  XIV  ré- 
voqua l'édit  de  Nantes,  dont  les  conséquences  furent  si  désastreuses  pour 
notre  pays  ;  »  c'est  évidemment  le  contraire  que  l'auteur  a  voulu  dire, 
conmie  le  fait  supposer,  d'ailleurs^  la  suite  du  paragraphe.  L'esprit  gé- 
néral est  très  religieux,  mais  nous  aimerions  une  foi  plus  naïve  et  sur- 
tout plus  respectueuse  pour  les  légendes  bretonnes,  souvent  apocryphes, 


—  0  — 

il  faut  en  convenir,  mais  toujours  bien  louchantes  et  préférables  au 
scepticisme  d'autres  provinces.  Les  auteurs  ont  eu  l'heureuse  idée  de 
donner  en  breton,  avec  traduction  française  et  notation  de  musique, 
plusieurs  chants  indigènes  d'une  intéressante  poésie.  Ils  décrivent  d'une 
manière  saisissante  les  sublimes  horreurs  de  certaines  parties  du  litto- 
ral breton  hérissées  de  roches  sur  lesquelles  bien  des  navires  se  sont 
brisés,  et  ils  rappellent  les  mœurs  sauvages  des  riverains  de  la  côte  de 
lloscofi,  qui  s'etlorcaîent  d'induire  en  erreur  les  navigateurs  afin  de  piller 
les  épaves;  il  eût  été'juste  d'opposer  à  ce  sinistre  tableau  le  dévouement 
déployé  par  les  descradants  de  ces  écumeurs  de  la  mer  armant  à  Tenvi 
les  canots  de  sauvetage  que  Ton  rencontre  sur  tous  les  points  dange- 
reux du  littoral. 

2.  —  Nos  contemporaines  sont  l'œuvre  de  M.  Octave  Uzanne.  C'est 
un  tableau,  nous  dit-il,  dans  le  genre  de  ceux  que  Mercier  écrivait  avec 
tant  de  puissance  au  siècle  dernier  ;  mais  ici  il  y  a  plus  d'afiélerie,  plus 
de  mièvrerie,  comme  le  sujet  en  comporte,  du  reste.  Cependant  des 
sentiments  nobles  et  forts  se  font  souvent  jour  :  M.  Uzanne  est  plein 
d'admiration  pour  l'œuvre  des  religieuses  dans  les  hôpitaux,  ainsi  que 
pour  l'initiative  heureuse  d'un  éminent  jésuite  en  vue  d'améliorer  le  sort 
des  ouvrières;  enfin  il  n'a  pas  assez  de  haine  contre  ce  qu'on  appelle 
l'Assistance  publique  et  qui  n'est,  en  réalité,  que  l'art  de  se  faire  des 
millions  aux  dépens  des  malheureux.  11  faut  du  courage  à  l'heure  ac- 
tuelle pour  écrire  ainsi.  De  plus  ce  livre,  qui  touche,  en  de  nombreuses 
pages,  à  des  côtés  scabreux,  n'est  nullement  pornographique.  Nous  ose- 
rions presque  dire  qu'il  est  un  livre  sérieux,  car  la  conclusion  n'est  pas 
un  éloge  de  la  femme  en  dehors  des  lois  morales,  mais  une  apothéose 
de  la  mère  de  famille.  Avec  quelle  finesse  il  raille  la  jeune  fille  «  qui 
résout  des  problèmes  au  tableau  noir,  qui  est  familière  avec  les  Sassa- 
nides,  qui  possède  son  opinion  sur  la  querelle  des  Investitures,  et  qui 
sait  Tanatomie  !  »  Combien  il  lui  préfère  «  l'humble  demoiselle  qui  ne 
méprise  pas  le  crochet,  que  la  tapisserie  intéresse  et  qui  aime  à  broder 
au  tambour.  »  Vraie  leçon  de  bon  ménage,  monsieur  Uzanne  ;  aussi  juste 
que  celle  où  vous  dressez  (sans  doute  d'après  des  conseils  expérimentés) 
le  budget  d'une  modeste  femme  d'intérieur.  Certes,  si  tous  les  chapitres 
étaient  tels,  ce  serait  un  livre  à  mettre  aux  mains  de  plus  d*une  jeime 
fille.  Mais  en  quelque  endroit,  M.  Uzanne  nous  dit  qu'A  n  a  pas  la  préten- 
tion de  faire  de  la  morale.  Et  d'ailleurs  certaines  parties  toat  entières 
sont  consacrées  à  des  sujets  qui,  bien  que  traités  avec  un  tact  parfait,  ne 
sauraient  convenir  à  certains  lecteurs.  Les  croquis  dans  le  texte  sont 
d*nn  maître  que  nous  aimons  à  louer,  M.  Pierre  Mdal.  11  a  saisi  vrai- 
ment le  genre  qui  convenait  à  un  oavrage  aussi  moderne  :  photogra- 
phies, coloriées,  transformées,  animées.  Les  compositions  de  M.  Massé 
sont  moins  t)onnes,  il  y  a  des  défauts  de  perspective  :  voyez  la  chasse- 


-  7  — 

resse.  Il  y  a  aussi  des  manques  d'observation  :  voyez  le  dîner.  Quant  à 
la  cuisinière,  elle  est  parfaite.  —  Nous  serrerons  sous  clé  ce  livre  dans 
notre  bibliothèque,  comme  un  document  de  premier  ordre  sur  la  femme 
qui  pleure,  la  femme  qui  souffre,  la  femme  qui  travaille  et  la  femme 
qui  prie,  la  femme  avec  toutes  ses  qualités  et  avec  tous  ses  vices,  telle 
qu'elle  existe  à  Paris  en  l'an  1893. 

3.  —  L'ouvrage  posthume  de  M.  Charles  Bigot  :  Gloires  et  souvenirs 
militaires  est  précédé  de  cette  dédicace  :  «  Aux  SainL-Cyriens  d'au- 
jourd'hui et  de  demain  leur  maître  d'hier,  »  et  il  n'en  est  pas  indigne. 
C'est  un  choix  de  récits  empruntés  aux  Mémoires  originaux  des  person- 
nages dont  les  noms  suivent  :  le  canonnicr  Bricard,  le  maréchal  Bu- 
geaud,  le  capitaine  Coignet,  Âmédée  Delorme,  le  timonier  Ducor,  le 
général  Ducrot,  Maurice  Dupin,  le  duc  de  Fezensac,  le  sergent  Fricasse, 
Tabbé  Lanusse,  le  général  de  Marbot,  le  maréchal  Marmont,  Charles 
Mismer,  le  colonel  de  Montagnac,  Napoléon  P',  le  maréchal  de  Saint- 
Arnaud,  le  comte  Philippe  de  Ségur,  le  général  de  Sonis,  le  colonel 
Vigo-Roussillon.  —  Il  est  partagé  en  quatre  périodes  :  1 792- J  804;  1804- 
1830  ;  1830-1851  ;  1851-1871.  En  réalité  la  seconde  période  s'arrête  à 
1814  (bataille  de  Champauberl),  et  la  Restauration  est  complètement 
omise,  bien  que  la  seconde  guerre  d'Espagne  (prise  du  Trocadéro)  et  la 
conquête  d'Alger  eussent  pu  fournir,  ce  nous  semble,  d'intéressants 
épisodes,  dont  la  gloire  militaire  de  la  France  n'aurait  pas  eu  à  rougir. 
—  Nous  sommes  heureux  d'ailleurs  de  reconnaître  que  les  opinions 
philosophiques  et  politiques  de  M.  Bigot  ont  cédé  le  pas,  dans  ce  recueil, 
au  culte  de  Théroïsme  et  de  l'honneur  français.  Le  beau  récit  qui  le  ler> 
mine  :  Une  Nuit  sur  le  champ  de  bataille  y  ajoute  même,  par  la  plume 
du  héros  chrétien,  le  général  de  Sonis»  auquel  il  est  emprunté,  une  note 
religieuse  dont  nous  nous  faisons  un  devoir  de  signaler  la  présence  et  qui 
mérite  un  éloge  particulier.  L'illustration  nous  a  paru  en  bonne  concor- 
dance avec  le  texte. 

4.  —  Il  n'est  pas  de  journal  en  France,  si  modeste  qu'il  soit,  qui  n'ait 
été  l'écho  des  étonnantes  et  splendides  fêtes  franco-russes  dont  le  bruit 
et  l'éclat  sont  à  peine  éteints.  Mais  tous  les  détails  de  celte  grande  ma- 
nifestation pacifique  restaient  épars,  et  M.  Marius  Vachon  a  pensé  qu'il 
convenait  de  les  réunir  en  les  condensant  logiquement  et  en  y  ajoutant 
le  charme  de  l'illustration.  De  cette  idée,  excellente  en  soi,  est  résulté 
le  livre  intitulé  :  Les  Marins  russes  en  France.  A  tout  seigneur  tout  hon- 
neur :  c'est  le  portrait  de  l'empereur  Alexandre  III  qui  ouvre  la  série 
des  nombreuses  gravures  que  l'on  trouve  ici.  Certaines  de  ces  gravures 
sont,  à  la  vérité,  un  peu  légères  ;  telles,  par  exemple,  celles  que  l'on 
remarque  aux  pages  136  et  141  et  qui,  à  cause  des  jeunes  gens,  eussent 
pu  avantageusement  être  supprimées.  M.  Vachon  retrace  d'une  façon 
gréablc    toutes  les  scènes  que  chacun  connaît,  au  moins  par  les  grandes 


—  8  — 

lignes,  et  qui  ont  eu  pour  théâtres  principaux  Toulon  et  Paris.  L'ouvrage 
est  précédé  d'une  très  intéressante  préface  de  M.  Melchior  de  Vogué, 
qui  nous  parait  cependant  avoir  eu  le  tort  d'oublier  de  dire  qu'une  France 
monarchique  eût  fait,  devant  nos  hôtes,  une  figure  autrement  grande 
en  cette  circonstance  solennelle.  En  dépit  de  ces  quelques  critiques,  l'ou- 
vrage que  nous  signalons  ne  mérite  pas  moins  de  fixer  l'attention  de 
tous  ceux  que  l'entente  de  la  Russie  et  de  la  France  n'a  point  laissés  in- 
différents. 

5.  —  Un  écrivain  humoristique,  qui  dirige  le  Livre  et  l'Image^  l'un 
de  nos  plus  brillants  périodiques  parisiens,  n'a  pas  voulu  laisser  passer 
les  fêtes  franco-russes  sans  nous  en  offrir  un  souvenir  iconographique 
curieux  :  Les  Caricatures  sur  Valliance  franco-russe.  En  quelques  pages 
aussi  judicieusement  que  spirituellement  écrites,  l'auteur  résume  les 
tendances  diverses  de  la  caricature  européenne  et  américaine  au  sujet 
du  grand  fait  historique  qui  vient  de  s'accomplir  et  qui  a  fait  sur  la  trop 
omnipotente  triple-alliance  l'effet  d'une  douche  réfrigérante,  en  même 
temps  qu'elle  a  inquiété  profondément  notre  bonne  amie  Albion.  Tout 
le  monde  remarquera  que  si  l'Allemagne  et  l'Autriche  nous  sont  hostiles, 
ce  qui  est  dans  l'ordre  du  moment,  la  Hongrie,  englobée  cependant 
parmi  nos  adversaires,  s'est  montrée  franchement  sympathique,  alors 
que  ritalie,  cette  chère  sœur  latine,  qui  nous  doit  de  ne  plus  râler  sous 
la  botte  des  tedeschi,  a  saisi  celle  nouvelle  occasion  de  traduire  en 
charges  plus  ou  moins  spirituelles  les  sentiments  particulièrement  affec- 
tueux qu'elle  nous  a  voués  depuis  longtemps. 

6.  —  Ce  qui  frappe  le  plus  dans  le  Mariage  du  fils  Grandsire^  c'est  la 
figure  de  M™®  Grandsire,  dévote  rigide  et  à  l'esprit  étroit,  qui  n'a  su  que 
contribuer  au  malheur  des  siens  :  la  religion  de  cette  femme  est  assuré- 
ment mal  comprise.  Sa  main  de  fer  pèse  si  lourdement  sur  les  épaules 
de  son  fils,  que  celui-ci  ne  tarde  pas  à  secouer  le  joug  pour  commettre 
la  pire  sottise  d'épouser  une  coquette  qui  finit  par  l'abandonner,  lui  et 
son  jeune  enfant,  afin  de  se  vouer  au  théâtre  et  courir  les  aventures. 
Accablé,  lïnfortuné,  après  une  tentative  de  suicide,  tombe  malade,  et 
c'est,  souffrant  encore,  que  la  nouvelle  de  nos  premiers  désastres  de 
1870  le  trouve  prêt  à  voler  à  la  défense  du  pays,  cause  sacrée  pour 
laquelle,  mortellement  blessé,  il  expire  entre  les  bras  d'une  amie  d'en- 
fance devenue  infirmière.  A  l'heure  suprême,  Michel  Grandsire  devine 
que  cette  amie,  Cécile  de  Troye,  charmante  jeune  fille  à  qui  l'on  ne  sau- 
rait reprocher  que  le  tort  d'avoir  une  épaule  un  peu  déviée,  l'a  toujours 
silencieusement  et  fidèlement  aimé.  Ainsi  le  pauvre  garçon  a  passé  à  côté 
du  bonheur  sans  le  soupçonner,  ce  qui  est,  hélas  !  le  cas  de  beaucoup 
d'autres.  En  ces  pages  captivantes.  M"*®  Poradowska  se  montre  écrivain 
des  plus  élégants  ;  son  roman  offre  un  ensemble  de  scènes  fort  bien  obser- 
vées et  non  moins  bien  décrites.  Ajoutons  que  l'illustration  est  luxueuse. 


—  9  — 

7.  —  En  quelques  mois,  voici  le  sujet  du  Capitaine  Frappe  d'abord. 
Le  comte  de  Fontenailles,  parlant  pour  Témigration,  est  assassiné  par 
Jean  Aubert,  un  marin  d'Arromanches.  Jean  Aubert  s'empare  de  la  for- 
tune de  Témigré,  contenue  dans  une  valise,  et  élève  en  vrai  loup  de 
mer,  surtout  en  vrai  sans-culotte,  le  jeune  fils  du  comte,  qu'il  a  épar- 
gné. Le  fils  aîné,  revenu  avec  sa  mère,  sous  le  Consulat,  conspire  contre 
Bonaparte,  et  réussit  même  à  Tenlever;  mais  son  frère,  devenu,  par  la 
mort  de  Jean  Aubert,  capitaine  de  la  Couleuvre,  sur  laquelle  on  devait 
emmener  le  prisonnier  en  Angleterre,  le  délivre  et  sauve  plus  tard  les 
conspirateurs  des  grifles  du  Premier  Consul.  Toutes  les  belles  qualités, 
surtout  Taniour  de  la  patrie,  se  trouvent  chez  le  sans-culotte;  le  royaliste 
n'a  que  des  impatiences  et  des  défauts.  C'est  assez  dire  qu'il  y  a  ici  un 
parti  pris  de  dénigrement  que  nous  ne  nous  attendions  pas  à  rencontrer 
sous  la  plume  de  M.  Fernand-Hue,  pas  plus  qu'une  admiration  sans 
bornes  pour  Bonaparte.  Le  drame  est  bien  conçu,  les  phases  en  sont  pal- 
pitantes, les  accessoires  historiques  admirablement  étudiés  et  rendus, 
notamment  le  rôle  et  l'action  de  la  police  triple  et  quadruple  de  Fouché 
et  du  gouvernement;  mais  les  personnages  sont  faussés.  Si  M.  Fernand- 
Hue  avait  respecté  la  légende  qui  lui  a  servi  en  grande  partie  de  modèle, 
il  ne  serait  pas  tombé  dans  un  aussi  grave  défaut  ;  il  aurait  été  vrai  et 
vraisemblable.  Mais  peut-être  lui  a-t-on  demandé  de  plier  son  histoire  à 
l'éloge  de  la  Révolution  d'abord,  et  de  Napoléon  ensuite.  Une  des  gra- 
vures, celle  qui  est  reproduite  sur  la  couverlure,  et  qui  représente  Jean 
Aubert  attendant  le  comte  au  bas  des  falaises  d'Arromanches,  mérite 
une  mention  spéciale. 

8.  —  On  connaît  le  talent  de  M.  Octave  Uzanne,  Téminent  bibliophile; 
aussi  est-ce  avec  grand  plaisir  qu'on  lit  son  rapide  récit  de  voyage  en 
Amérique,  où  il  se  rendit  pour  l'exposition  de  Chicago  comme  corres- 
pondant du  Figaro  et  de  l  Illustration,  Mais  pourquoi  a-l-il  intitulé  sa 
charmante  plaquette  :  Vingt  jours  dans  le  Nouveau  J/onrfe  .^  Lui-même 
avoue  qu'il  a  consacré  quatre-vingt-dix  jours  à  son  voyage,  et  encore  ne 
passait-il  que  vingt-quatre  heures  à  peine  dans  des  villes  comme  Phila- 
delphie, Baltimore,  Boston.  Pour  suivre  convenablement  l'itinéraire 
qu'il  trace,  il  est  évident  qu'il  faut  au  moins  quatre  mois.  Par  exemple, 
c'est  un  enchantement  continuel,  et  M.  Uzanne  ne  nous  cache  pas  qu'il 
a  été  vraiment  empoigné,  émerveillé,  stupéfait,  non  seulement  par  la 
puissance  industrielle  des  États-Unis,  mais  encore  par  le  sentiment  ar- 
tistique dont  il  a  trouvé  partout  la  manifestation  bien  inattendue.  Outre 
les  villes  déjà  citées,  il  visite  également  New-York,  Washington,  Chicago, 
les  chutes  du  Niagara,  Toronto,  Montréal,  Québec;  il  ne  s'attarde  pas 
à  en  détailler  les  monuments,  il  ne  le  pourrait  guère  en  si  peu  de 
pages;  mais  il  nous  donne,  ce  qui  vaut  bien  mieux,  ses  impressions 
générales,  ses  réflexions  philosophiques  et  souvent  humoristiques,  ne 


-  iO  — 

reculant  pas  devanl  les  traits  de  mœars  parfois  peu  édifiants  qu*il  a  su 
découvrir  sous  le  masque  hypocrite  de  la  pruderie  yankee.  Ses  meil- 
leures pages  sont  celles  où  il  décrit  une  visile  aux  prestigieux  ateliers 
d'Edison,  guidé  par  le  grand  électricien  lui-même,  et  surtout  celles  con- 
sacrées à  la  fantastique  évocation  de  Chicago  vu  de  jour  et  de  nuit.  En- 
gageons-le, en  terminant,  à  corriger  une  singulière  contradiction  :  il 
nous  dit,  page  180,  que  la  population  franco-canadienne  ne  compte  que 
pour  un  quart  dans  la  population  totale  du  Canada  ;  puis,  page  188,  il 
affirme  que  les  Français  sont  au  Canada  plus  nombreux  que  les  Anglais  ; 
sans  doute,  la  vérité  est  entre  les  deux. 

9.  —  Les  amateurs  de  pittoresque  en  voyage  qui  regrettent  les  moyens 
de  locomotion  moins  brutalement  rapides  que  le  chemin  de  fer  doivent 
se  consoler  en  constatant  les  progrès  du  cyclisme.  Déjà  sont  nombreux 
les  intrépides  qui  ne  craignent  pas  de  franchir  des  distances  considéra- 
bles en  bicyclette  ou  en  tricycle  ;  ce  mode  de  transport  à  travers  l'es- 
pace offre  réellement  de  grands  agréments  à  ceux  qui  ne  redoutent  pas 
rimprévu  des  auberges  primitives  et  surtout  qui  se  laissent  aUer  en 
route  à  une  douce  flânerie,  sans  s'acharner  à  franchir  les  distances  en 
aussi  peu  de  temps  que  possible.  Aux  jeunes  gens  que  pourrait  séduire 
celte  saine  et  instructive  manière  de  passer  le  temps  des  vacances  nous 
recommandons  le  joli  livre  de  M.  Jean  Bertol.  Ils  y  trouveront  d'utiles 
conseils  pour  parcourir  beaucoup  de  régions  attrayantes  sans  fatigue 
excessive  pour  eux  aussi  bien  que  pour  leur  monture  ;  ils  y  apprendront 
à  s'amuser  honnêtement  en  route,  à  jouir  des  beautés  du  paysage  ou  des 
monuments  et  à  supporter  gaiement  les  petites  contrariétés  inévitables 
en  pareilles  circonstances.  C'est  un  livre  honnête  qui  peut  être  mis 
entre  les  mains  des  jeunes  geos  ;  l'auteur  ne  semble  pas  être  un  catho- 
lique bien  pratiquant,  mais  il  est  toujours  respectueux  pour  tout  ce  qui 
touche  à  la  religion.  Les  gravures  sont  très  jolies  et  finement  spirituelles. 

10.  —  M.  l'abbé  Ludovic  Briault  publie  une  série  de  nouvelles  tou- 
chantes et  d'un  caractère  profondément  pieux,  dans  un  volume  illustré 
de  nombreuses  compositions  hors  texte,  intitulé  :  Braves  enfants.  Parmi 
ces  nouvelles,  nous  recommandons  particulièrement  la  naïve  histoire 
des  Quatre  sous  du  petit  Al])ert,  un  enfant  du  peuple  qui  donne  à  un 
aveugle  l'argent  que  ses  parents  lui  avaient  remis  pour  aller  à  une  bara- 
que de  saltimbanques  ;  une  visite  épiscopale  qui  montre  un  évêqueavec 
toute  la  bienveillance  de  son  caractère  ;  la  délicieuse  histoire  vraie 
d'une  petite  fille  apôtre,  un  ravissant  conte  de  Noël....  Il  faudrait  les  si- 
gnaler toutes,  pour  être  exact,  car  toutes  sont  écrites  par  un  prêtre  qui 
connaît  bien  le  fort  et  le  faible,  et  aussi  le  chemin  du  cœur  de  l'enfant. 

11.  —  Cœurs  purs  présentent  une  suite  de  récits  animés  du  même 
esprit.  Ce  sont  tantôt  des  légendes  terrifiantes  comme  le  Renégat  et 
rÀnge  des  oubliettes^  ou  émouvantes  comme  la  Fileuse  et  le  Berceau 


—  il  — 

de  V Enfant  Jésus,  tantôt  des  histoires  vraies  comme  Sceur  Laurence  et 
la  livrée  de  la  Vierge^  histoire  d'une  enfant  monranle  sauvée  par  la 
fervente  prière  de  sa  mère  et  qui  se  donne  pour  jamais  à  Dieu.  L'auteur, 
M.  Ludovic  Sonbrier,  mérite  hien  qu'on  applique  à  son  talent  la  phrase 
qui  termine  Tune  de  ses  gracieuses  nouvelles  :  «  Il  sait  dans  loule  chose 
trouver  une  leçon  pour  les  âmes,  et  de  ses  lèvres  coule  une  onde  sainte 
qui  rafraîchit  et  rend  meilleur.  »  Visbnot. 


ROMANS,  CONTES  ET  NOUVELLES 

1.  La  Prodigue,  par  Pedro  de  âlarcor,  Irad.  de  l'espagnol  par  Max  Deleyne.  Paris, 
Hachelle,  1893,  in-16  do  270  p.,  1  fr.  —  2.  Béatrice^  par  Rider-Haggard,  Irad.  de 
l'anglais  de  Hephell.  Paris,  Hachetlo,  1893,  in-16  do  300  p.,  1  fr.  —3.  Miss  MéphUio- 
pliélès,  par  Fersits  W.  Home,  trad.  de  l'anglais  par  Hephell.  Paris,  Hachello,  1893, 
:n-16  de  278  p.,  1  fr.  —  4.  La  Mouche^  par  Paul  Marguemittb.  Paris,  Lecène  et 
OuJin,  1893,  in-12  de  337  p.,  3  fr.  50.  —  5.  Bucoliques,  par  G.  Guenin.  Paris,  Paî- 
raull,  1893,  in-12  do  245  p.,  3  fr.  50.  —  6.  Contes  à  Mademoiselle,  par  Jean  de  la 
BRETONNièRE.  PaHs,  Firniin-Didol,  1893,  in-18  de  312  p.,  3  fr.  50.  —  7.  Ébauches,  par 
Robert  Hernier.  Paris,  Bibliothèque  des  Modernes.  1893,  in-18  do  136  p.,  2  fr.  50. — 
8.  La  Pivoine,  par  Charles  Hourget.  Paris,  Bibliolhùquo  des  Modernes,  1893,  in-18 
de  223  p.,  3  fr.  50.  —  9.  La  Nuit  du  crime,  par  Maxime  Juillet.  Paris,  Rclaux,  1893, 
in-12  do  291  p.,  3  fr.  —  10.  L'Agence  Blosset,  par  René  de  Pont-Jest.  Paris,  Flamma- 
rion, 1893,  in-12  de  351  p.,  3  fr.  50.  —  11.  Lettres  volées,  par  René  de  Pont-Jest. 
Paris,  Flammarion,  1893,  in-12  do  345  p.,  3  fr.  50.  —  12.  Les  Filles  du  pope,  par 
M"*  Marguerite  Pohadowska.  Paris,  Hachette,  1893,236  p.,  3  fr.  50.  —  13.  Le  Châ- 
teau des  Airelles,  par  G.  Franay.  Paris,  Colin,  1893,  in-18  de  361  p.,  3  fr.  50.  — 
14.  L'Oiseaude  passage,  par  la  V""*de  Pitray,  née  de Séour.  Paris,  Perrin,  1893,  in-18 
de  275  p.,  3  fr.  50.  —  15.  Jtf'***  Volonté,  par  Fernand  Calmettes.  Paris,  Pion  et  Nour- 
rit, 1893,  in-12  de  314  p.,  3  fr.  50.  —  10.  Deux  Feuilles  au  vent,  par  J.-H.  Menos. 
Pari<j,  Perrin,  1893,  in-12  de  263  p.,  3  fr.  50. —  17.  Un  Vaincu^  par  J.  de  la  Brète. 
Paris,  Pion  et  Nourrit,  1893,  in-12  de  290  p.,  3  fr.  50.  —  18.  Vieux  Ménage,  par  Henry 
Gréville.  Paris,  Pion  et  Nourrit,  1893,  in-12  de  307  p.,  3  fr.  50.  —  19.  Propriété 
à  vendre,  par  Henry  Gréville.  Paris,  Pion  et  Nourrit,  1893,  in-12  de  312  p..  3  fr.  50. 
—  20.  Ainhôa,  par  P.  Habispe.  Paris,  librairie  de  la  France  ilUislrée,  1893,  in-12  de 
420  p.,  3  fr.  —  21.  Mémoires  d'un  pasmni,  par  Philibert  Audebrand.  Paris,  Calmann- 
Lévy,  1893,  in-12  do  345  p.,  3  fr.  5(».  —  12.  Autour  d* une  tiare,  par  Emile  Gebhart. 
Paris,  Colin,  1893,  in-18  de  299  p.,  3  fr.  50.  —  23.  L'Exilée,  par  Pierre  Loti.  Paris, 
Calraann-Lévy,  1893,  in-18  de  269  p.,  3  fr.  50.  —  24.  Matelot,  par  Pierre  Loti. 
Paris,  Lomerre,  1893,  in-18  de  270  p.,  4  fr.  —  25.  La  Bôtisserie  de  la  reine  Pédau- 
que,  par  Anatole  France.  Paris,  Calmann-Lévy,  1893,  in-18  de  388  p.,  3  fr.  50. 

1.  —  Commençons  par  les  étrangers,  ne  serait-ce  que  par  courtoisie. 

La  Prodigue  est  le  récit  humoristique  et  lyrique  d'une  aventure  tra- 
gique et  réaliste;  c'est  un  conte  d'amour  très  passionné  et  une  thèse  très 
édifiante  ;  une  conception  romantique,  dont  certains  détails  paraissent 
un  peu  surannés,  rococos  et  «  dessus  de  pendule,  «  exécutée  par  un  ou- 
vrier très  «  fin  de  siècle,  »  dont  Tesprit  semble  railler  doucement  l'ima- 
gination qu'il  sert.  Au  total,  une  œuvre  très  puissante. 

La  marquise  Julia  a  trente-sept  ans;  mais  elle  est  restée  très  belle, 
vibrante  de  jeunesse  et  de  vie.  C'est  «  une  Vénus  deMilo  »  qui  n'a  rien 
perdu  que  sa  fortune,  volontairement  gaspillée  à  tous  les  vents  de  sa 
foataisie.  Elle  a  parcouru  tous  les  pays  de  l'Europe,  dépensant  ici  nn 


—  12  — 

million  pour  le  rachat  des  captifs,  là  dix  millions  pour  une  gageure, 
d'ailleurs  aussi  prodigue  de  son  cœur  que  de  son  argent  :  elle  a  eu 
quatre  amants.  Mais  elle  n'a  jamais  commis  une  bassesse.  Elle  est  hors 
la  loi  morale  et  sociale,  mais  elle  n'est  pas  hors  Thonneur,  Thonneur 
mondain,  bien  entendu.  Si  elle  avait  voulu  être  hypocrite  et  habile, 
elle  se  fût  imposée  au  monde,  du  moins  tant  qu'elle  eût  été  riche; 
mais  elle  a  voulu  ajouter  à  toutes  les  joies  interdites  celle  de  braver  et 
de  mépriser  l'opinion  du  monde.  C'est  une  femme  à  la  lord  Byron  et  à 
la  George  Sand;  elle  a  toutes  les  vertus  et  les  qualités  du  luxe,  elle  n'a 
pas  les  vertus  nécessaires;  c'est  une  romantique  de  1830.  Maintenant 
retirée  dans  une  petite  ferme  de  l'Andalousie,  seule  épave  qu'elle  ait 
sauvée  de  sa  ruine,  elle  y  vit  en  «  bonne  femme,  »  démissionnaire  de 
l'amour  et  des  aventures,  mais  trouvant  moyen  toutefois,  malgré  sa 
pauvreté,  d'être  prodigue  encore,  donnant  aux  pauvres  presque  tous 
ses  maigres  revenus,  vénérée  comme  une  sainte  par  les  paysans  de  la 
contrée,  de  braves  gens  et  de  bons  chrétiens^  qui  ignorent  ou  oublient 
son  passé  et  sont  aussi  fiers  de  sa  royale  beauté  qu'ils  sont  reconnais- 
sants de  ses  bienfaits.  Ses  serviteurs  lui  sont  dévoués  jusqu'à  l'adoration 
et  à  la  passion  :  le  vieil  Antonio  est  capable  de  se  faire  tuer  et  le  jeune  José 
de  tuer  pour  elle.  Elle  vil  donc  heureuse,  ou  du  moins  tranquille,  dans 
la  paix  des  champs  et  à  l'abri,  semble-t-il,  de  nouveaux  orages  passion- 
nels. Mais  Julia  est  une  «  femme  fatale  »  et  qui  ne  peut  échapper  elle- 
même  à  la  fatalité.  Elle  reçoit  un  jour  la  visite  d'un  jeune  homme  de 
vingt- six  ans,  Guillermo  de  Loja,  candidat  à  la  députation,  qui  vient 
s'assurer  le  concours  de  «  la  grande  électrice  »  du  pays.  Mais  il  ne  voit 
en  elle  que  la  femme;  il  la  voit  et  il  est  «  foudroyé  »  à  l'ancienne  mode; 
il  le  témoigne,  à  la  mode  de  je  ne  sais  quelle  époque,  en  revenant,  le 
soir  même  de  sa  première  visite,  se  jeter  aux  pieds  de  la  marquise, 
pour  lui  offrir  sa  vie  et  le  sacrifice  de  toutes  ses  ambitions  politiques. 
La  «  recluse  »  ne  laisse  pas  d'être  émue  par  la  fougue  et  la  poésie  de 
cette  déclaration;  elle  sent  que  celui  qui  la  profère  n'est  pas  «  le  pre- 
mier venu;  »>  elle  devine  en  lui  un  des  maîtres  futurs  de  la  tribune;  il 
serait  digne  d'elle.  Mais  c'est  précisément  pour  cela  qu'elle  renoncera  à 
lui;  elle  ne  veut  pas  conGsquer  à  son  profit  de  si  brillantes  facultés.  Gé- 
néreusement, avec  un  calme  et  une  dignité  suprêmes,  elle  renvoie  le 
cher  audacieux,  non  sans  lui  laisser  entendre  qu'elle  s'intéressera  désor- 
mais à  son  avenir  et  à  ses  succès.  Et,  de  fait,  elle  dépense  dix  mille  francs 
pour  le  faire  élire,  et  elle  s'abonne  à  la  Epoca  pour  y  lire  ses  discours 
aux  Cortès.  Dès  le  début  de  la  session,  Guillermo  obtient  des  succès 
oratoires  qui  le  placent  au  prcuiier  rang  des  députés  ministrables  ;  le  soir 
d'un  de  ses  discours  les  plus  acclamés,  il  écrit  à  Julia  pour  lui  redire 
son  amour  et  lui  renouveler  ses  ofi'res  de  vie  à  deux  ;  elle  ne  répond  pas. 
Quelques  mois  se  passent,  pendant   lesquels   le  jeune  leader  connaît 


—  13  - 

d'autres  succès  que  ceux  de  la  politique  :  il  a  été  «  distingué  »  par  une 
marquesita,  dont  la  grandesse  semble  vouloir  accepter  sa  roture.  L'espé- 
rance de  ce  mariage  et  celle  d'un  portefeuille  ministériel  luttent  dans 
son  cœur  avec  les  souvenirs  de  l'Andalousie.  Ceci  est  près  d'être  vaincu 
par  cela,  lorsque  cela  lui  échappe  brusquement.  La  marquesita  lui  préfère 
un  vieillard  millionnaire,  et  le  portefeuille  va  à  un  imbécile.  Aussitôt 
Guillermo  part,  et  va  surprendre  la  vaillante  femme,  qui  faisait  de  si  sin- 
cères efforts  pour  oublier  et  se  faire  oublier,  qui  refusait  d'épouser  pour 
ne  pas  «  disqualifier  »  son  époux,  qui  refusait  de  se  donner  pour  ne  pas 
se  disqualifier  elle-même,  pour  ne  pas  encourir  l'abandon,  les  humilia- 
tions et  les  hontes  qui  attendent  les  femmes  mûres  éprises  d'hommes 
plus  jeunes  qu'elles.  C'est  ce  qu'elle  dit  à  Guillermo  en  style  très  noble  ; 
Guillermo  répond  qu'il  mourra.  «  Eh  bien  !  ne  meurs  pas  î  »  répond- 
elle  enfin.  Et  l'idylle  commence  !  Les  paysans  du  village  et  de  la  ferme 
en  sont  fortement  scandalisés;  ils  en  sont  douloureusement  blessés 
dans  leur  foi  chrétienne,  dans  leur  droiture  naturelle,  dans  le  sentiment 
confus  mais  profond  que  garde  leur  âme  des  obligations  morales  et  des 
nécessités  sociales  méconnues  et  violées  par  leurs  maîtres.  Ils  ne  témoi- 
gnent plus  à  la  marquise  qu'un  «  respect  ennemi,  »  comme  le  disait  le 
vieux  Corneille;  quant  à  Guillermo,  ils  ne  manquent  pas  une  occasion  de 
lui  marquer  leur  mépris.  Elle,  qui  avait  tout  prévu  et  accepté  d'avance, 
se  résigne  ;  lui,  se  révolte.  Il  veut  conquérir  l'estime  et  la  considération 
à  force  de  bonté;  il  ne  réussit  qu'à  récolter  de  nouveaux  et  plus  cruels 
outrages.  Les  deux  amants  restent  seuls,  sans  autre  travail,  sans  autre 
plaisir,  sans  autres  devoirs  que  ceux  de  leur  amour.  Alors  Guillermo 
commence  à  bâiller  et  à  relire  la  Epoca^  dont  les  numéros,  entassés 
dans  un  coin  depuis  six  mois,  étaient  encore  sous  bande.  A  ce  signe  de 
lassitude,  Julia,  qui  n'avait  consenti  à  se  donner  qu'en  se  jurant  de 
n'être  jamais  à  charge,  se  décide  à  délivrer  son  amant,  et  elle  se  tue. 

Ce  dénouement  est  romantique,  le  début  était  romantique,  le  carac- 
tère de  l'héroïne  est  romantique;  il  y  a  trop  de  romantisme  et  de  roma- 
nesque dans  toute  cette  œuVre,  sauf  peut-être  dans  le  personnage  de 
Guillermo.  Celui-là  est  un  moderne;  l'infini  ne  le  tourmente  pas,  l'idée 
du  devoir  lui  est  étrangère,  aussi  bien  que  les  idées  héroïques  dont  est 
incessamment  travaillée  l'âme  de  Julia.  Sans  doute,  c'est  un  passionné,^ 
mais  ce  n'est  pas  un  byronien.  Il  y  a  en  lui  un  bourgeois  positif  et  uu 
démocrate  vaniteux.  Les  calculs  de  sa  vanité  et  de  son  ambition  sont 
même  sur  le  point  de  l'emporter  sur  sa  passion.  S'il  revient  à  Julia, 
c'est  comme  à  une  consolation,  à  une  compensation  et  à  un  pis-aller. 
C'est  d'une  observation  assez  fondée  et  assez  brutale.  Notez  que  ce 
même  Guillermo  oublie  parfaitement  la  femme  qui  est  morte  pour  lui  et 
par  lui  :  il  se  marie,  il  a  beaucoup  d'enfants  et  il  devient  ministre.  Oh  ! 
le  vilain  homme  !  et  comme  les  liseuses  ordinaires  des  romans  roman- 


—  u  — 

tiques  yod!  le  détester  I  Cooime  elles  vont  s'étonner  des  sentiments  qu'il 
a  pa  inspirer  à  la  «  noble  •  Julia  I  Et  si  elles  ajonlent,  comme  c'est  pro- 
bable :  •«  Oh  !  les  hommes  I  tous  êtes  tous  pareils^  des  égoïstes  !  >  eh  bien  ! 
elles  n'auront  pas  raison,  mais  elles  me  donneront  raison  d'avoir  dit  que 
ce  conte  d'amour  était  nae  oeuvre  d'édification  et  de  morale,  car,  remar- 
qnez-le  bien,  l'auteur  n'a  pas  voulu  nous  rendre  Guillermo  sympathique, 
ni  Julia,  ni  l'amour  libre,  ni  la  vie  en  marge  de  la  société,  ni  la  révolte 
contre  les  lois  humaines  et  divines.  £t  c'est  par  là  surtout  que  son 
œuvre  diffère  de  celles  des  Byron,  mâles  ou  femelles,  d'il  y  a  cinquante 
ou  soixante  ans.  Elle  prêche  la  soumission  à  la  règle.  La  leçon,  pour  être 
enveloppée  dans  l'action,  qu'elle  soutient,  d'ailleurs,  et  élève  jusque 
dans  ses  parties  nn  peu  banales,  n'en  est  pas  moins  claire  et  sensible. 
Elle  résulte  d'abord  de  l'impression  que  laisse  la  peinture  des  événe- 
ments, peinture  qui  n'est  pas  tout  à  fait  «  naïve  et  ingénue  »  au  sens 
de  notre  CorneiUe,  mais  qui  est  absolument  honnête  et  chaste.  Dans  ce 
tableau  d'une  vie  consacrée  à  l'amour,  il  n'y  a  pas  une  seule  scène  trou- 
blante, pas  une  seule  ligne  !  La  leçon  résulte  ensuite  des  aveux  de  Julia, 
qui  attribue  elle-même  ses  désordres  à  son  éducation  irréligieuse  et  à 
son  incroyance  ;  elle  résulte  enfin  et  surtout  du  rôle  que  jouent  dans  le 
roman  les  paysans  de  la  £erme.  Ce  rôle  rappelle  celui  du  chœur  dans  les 
tragédies  grecques,  avec  cette  différence  qu'il  est  plus  dramatique  otplus 
dair.  Le  chœur  représentait  les  grandes  vérités  morales,  les  paysans  les 
représentent  aussi,  mais  en  agissant  et  non  en  chantant  de  poétiques 
sentences.  Ce  sont  eux  qui  mettent  fin  au  scandale  des  amours  libres  de 
Julia.  Ils  auraient  pu,  ces  amours,  finir  lentement,  parla  satiété  de  l'un 
ou  l'autre  amant,  et  cette  fin  eût  été  aussi  logique,  aussi  «  psycholo- 
gique, »  mais  elle  eût  été  moins  originale  et  d'une  moins  haute  portée 
morale.  J'aime  mieux  voir  ces  deux  pauvres  cœurs  se  heurter  et  se  bri- 
ser à  la  conscience  des  serviteurs,  à  leur  culte  inébranlable  pour  la 
morale  traditionnelle,  à  leur  refus  de  pactiser  avec  ce  qui  est  illégitime; 
j'aime  à  les  voir  meurtcis  par  ces  résistances  rudes  et  naïves,  et  jusque 
par  le  dévouement  même  de  cet  Antonio  et  de  ce  José  qui  ajoutent  à  la 
souffrance  et  à  l'humiliation  de  leurs  maîtres,  l'un  par  ses  larmes, 
l'autre  par  ses  silences  farouches.  Je  trouve  cela  très  beau,  très  neuf, 
très  moral  et  pas  du  tout  «  prédicatoire.  »  11  y  a  dix -huit  ans,  alprs  que 
les  romans  à  thèse  étaient  démodés  et  n'étaient  pas  encore  revenus  en 
laveur,  un  critique  français,  dans  un  long  article  consacré  à  Alarcon,  ex- 
primait la  crainte  de  le  voir  «  s'engager  trop  avant  dans  la  voie  »  de  la 
prédication  religieuse  et  morale,  pour  laquelle,  en  sa  qualité  d'ancien  sé- 
minariste qui  a  conservé  sa  foi,  il  semblait  avoir  gardé  du  goût.  La  nou- 
velle œuvre  d'Alarconle  montre  plus  engagé  que  jamais  dans  cette  voie, 
laquelle  n'est  pas  mauvaise,  à  la  condition  que  les  romanciers  n'em- 
piètent pas  sur  les  prédicateurs  et  que  chacun  y  reste  dans  son  rôle. 


—  13  — 

2.  —  Il  n  y  a  pas  de  thèse,  du  moins  je  l'espère ,  dans  Béatrice, 
mais  il  7  a  encore  beaucoup  d^élévation  morale  et  beaucoup  de  talent, 
un  talent  qui  triomphe  des  inhabiletés  et  des  négligences  de  la  tra- 
duction. L'œuvre  de  Ridder-Haggard  met  encore  en  scène  une  femme 
qui  se  lue  par  amour,  qui  se  sacrifie  à  l'avenir  d'un  homme  politique. 
Béatrice  est  la  fille  du  pasteur  de  Bryngelly,   un  petit  village  de  la 
côte;  elle  a  Thabitude  d'aller  souvent  en  canot,  se  promener  seule  en 
mer,  respirer  l'air  du  large,  et  oublier  ainsi  les  soucis  du  pauvre  ménage 
paternel  et  les  fatigues  de  ses  fonctions  d'institutrice.  Un  jour  elle  re- 
cueille sur  son  canot  un  touriste  imprudent,  Geoffroy  Byngham,  qui 
g'était  aventuré  trop  loin  sur  les  roches  du  rivage,  et  que  la  marée  mon- 
tante allait  obliger  de  rentrer  à  la  nage.  Elle  lui  offre  de  le  porter  jusqu'à 
Bryngelly,  distant  de  cinq  kilomètres.  Mais  avant  la  fin  du  trajet,  un 
orage  éclale,  l'embarcation  chavire ,  et  M.  Byngham  allait  être  noyé, 
s'il  n'avait  été  sauvé  par  la  jeune  fille,  qui,  elle-même,  risque  de  payer 
de  sa  vie  son  courageux  dévouement.  Les  deux  naufragés;  transportés 
dans  la  maison  du  pasteur,  y  reviennent  peu  à  peu  à  la  santé;  et  là, 
dans  les  langueurs  de  la  convalescence,  dans  l'attendrissement  qui  suit 
les  grandes  secousses  physiques  ou  morales,  l'amour  pénètre  dans  ces 
deux  âmes,  amour  excusable  certes,  si  la  loi  morale  comportait  cer- 
taines excuses.  Comment  Béatrice  n'aurait-elle  pas  aimé  Geoffroy  Byn- 
gham? Elle  lui  a  fait  tant  de  bien  !  Et  en  outre,  il  se  montre  si  recon- 
naissant, et  il  parle  si  éloquemment,  et  il  pense  si  noblement!  —  Lui, 
de  son  côté,  comment  n'aurait-il  pas  aimé?  11  est  si  malheureux!  Sans 
doute,  il  est  marié,  et  les  remords  le  bourrèlent  d'oublier  son  devoir. 
Mais  son  devoir  est  si  désagréable,  si  dur,  avec  une  femme  comme  la 
sienne,  sèche,  orgueilleuse,  coquette,  reprochant  à  son  mari  de  n'être 
pas  assez  riche,  reprochant  à  sa  fille  d'être  venue  au  monde  et  de  la 
gêner!  Béatrice,  au  contraire,  si  elle  n'est  pas  le  devoir,  est  la  bouté,  la 
beauté,  la  grâce,  le  courage,  l'intelligence  !  Elle  attire  et  attache  tous  les 
regards  et  tous  les  cœurs  ;  les  petites  filles  de  son  école  ladorenl,  et  les 
châtelains  millionnaires  du  voisinage  font  comme  les  petites  filles.  Elle 
a  sur  son  front  une  double  auréole,  celle  de  ses  cheveuux  d'or  et  celle 
du  génie;  j'en  oublie  une  troisième,  celle  de  l'innocence,  de  la  candeur 
et  de  la  simplicité,  et  une  quatrième,  celle  du  bon  sens  qui  égale  son 
génie,  et  une  cinquième,  celle  du  désintéressement  ;  elle  pourrait  sortir 
des  misères  matérielles  et  morales  de  son  intérieur  par  un  sot  mariage  ; 
elle  refuse.  Elle  pourrait  être  la  plus  grande  dame  du  comté;  elle  eu 
est  tout  simj)lement  l'ange.  Byngham  se  laisse  donc  aller  à  la  douceur 
d  aimer  son  trop  aimable  sauveur.  Il  a  le  bonheur  de  lui  découvrir  une 
faiblesse  :  elle  est  athée  I  II  lui  prêche  et  lui  prouve,  avec  ardeur,  avec 
sincérité,  avec  abondance,  l'existence  de  Dieu,  et  réussit  à  lui  inspirer 
un  violent  amour  pour  le  prédicateur.  Cet  amour,  elle  le  domine,  elle  le 


-  16  — 

cache,  elle  le  combat,  elle  raiigmenle  et  l'exaspère  en  le  combattant  ; 
mais  elle  laisse  partir  Byngham  de  Bryngelly  sans  lui  en  avoir  fait  Taven. 
Tout  au  plus  s'engage-t-elle  à  répondre  aux  lettres  qu'il  lui  demande  la 
permission  de  lui  écrire.  Ces  lettres  deviennent  bientôt  sa  meilleure,  sa 
seule  joie;  elles  lui  apprennent  les  chagrins  domestiques  de  Geoffroy  et 
ses  succès  politiques.  Lui  aussi  est  un  futur  ministre,  et  elle  aussi 
s'abonne  (au  prix  des  plus  cruels  sacrifices)  à  un  journal  qui  lui  permet 
de  suivre  les  débats  parlementaires,  les  discours,  les  actes  et  les  progrès 
de  son  ami.  Et  quand  elle  lui  répond,  ce  n'est  pas  pour  lui  envoyer 
des  tendresses,  c'est  pour  lui  adresser  des  conseils,  des  encouragements 
à  l'effort  et  à  l'action.  Mais  le  secret  de  ces  nobles  et  chastes  amours 
est  surpris  et  révélé  à  M"®  Byngham,  qui  menace  d'un  procès  et  d'un 
divorce,  et  au  voisin  millionnaire,  qui  menace,  lui  aussi,  d'aller  faire  un 
scandale,  en  plein  Parlement,  si  ses  offres  de  mariage  ne  sont  pas  accep- 
tées dans  la  huitaine.  Voilà  donc  le  bien-aimé  exposé  à  perdre  la  consi- 
dération, son  siège  de  député,  son  avenir  d'homme  d'État!  Il  offre  à 
Béatrice  de  fuir  ensemble  en  Amérique.  Elle  refuse.  Elle  a  trouvé  un 
meilleur  moyen  d'en  finir,  de  sauver  Byngham  et  l'honneur;  mais 
avant  d'y  recourir,  elle  veut  revoir  son  Geoffroy,  l'entendre  parler  à  la 
Chambre  des  communes,  et  assister  peut-être  à  un  de  ses  triomphes 
oratoires.  Et  elle  y  assiste,  elle  le  revoit,  soulevant  la  Chambre  par  une 
de  ses  plus  puissantes  et  de  ^es  plus  admirables  improvisations.  Et  elle 
sort,  confirmée  dans  sa  tragique  résolution,  avec  un  sentiment  plus 
profond,  un  sentiment  enthousiaste  et  presque  délicieux  de  l'utilité  du 
sacrifice  qui  doit  conserver  au  pays  un  pareil  serviteur.  Elle  écrit  à 
Geoffroy  une  dernière  lettre,  revient  à  Bryngelly,  et  monte  dans  le  canot 
qui  avait  failli  les  noyer  tous  deux,  et  qui,  ce  jour-là,  revint  seul  au 
rivage  I 

Ce  roman  est  très  touffu,  plein  de  détails  et  de  personnages  secon- 
daires que  je  n'ai  pu  indiquer.  Mais  le  dessin  général  en  est  très  net,  et 
il  n'y  a  pas  encombrement;  à  peine  un  peu  de  longueur  et  de  lenteur 
dans  certains  développements,  une  copieuse  et  complaisante  abondance. 
Mais,  en  revanche,  une  réelle  puissance  dans  quelques  scènes,  notam- 
ment une  entrevue  des  deux  héros,  quelques  mois  après  leur  première 
rencontre,  et  presque  toutes  les  scènes  de  la  dernière  partie,  le  voyage 
à  Londres,  la  séance  du  Parlement,  le  retour.  Toutefois,  même  au  mo- 
ment où  on  se  sent  le  plus  près  d'être  ému  et  «  empoigné,  »  et  où  on 
l'est  même,  on  proteste.  Les  perfections  de  Béatrice  font  un  contraste 
trop  grossier  avec  les  défauts  de  lady  Byngham;  c'est  d'un. art  par  trop 
rudimenlaire  et  naïf.  Mon  Dieu  !  je  le  sais  bien  :  ces  contrastes  peuvent 
se  trouver  dans  la  réalité  ;  mais  d'abord  il  n'est  pas  sûr  que  le  réalisme 
soit  du  grand  art,  et  puis  il  est  trop  évident  ici  que  l'auteur  a  voulu 
simplifier  sa  tâche,  et  a  pris  les  moyens  les  plus  sommaires  de  nous 


—  47  — 

rendre  intelligible,  sinon  excusable,  le  si  prompt  consentement  de  Tbon- 
nête  Byngham  à  Tadullère  du  cœur.  Et  c'est  peut-être  aussi  pour  nous 
expliquer  le  suicide  final,  qu'il  a  rendu  Béatrice  athée.  C'est  une  sainte, 
cette  athée  !  «  Elle  a  trop  de  vertus  pour  n'être  pas  chrétienne  1  »  Pour- 
quoi ne  l'esl-elle  pas  ?  Encore  une  fois,  je  crains  que  ce  ne  soit  tout 
simplement  pour  préparer  un  dénouement  auquel  l'auteur  tenait  beau* 
coup.  La  question  de  croyances  ne  serait  alors  ici  qu'une  précaution,  un 
ressort,  une  «  ficelle  »  littéraire.  Et  ce  serait  fâcheux,  car  rien  n'est  plus 
dangereux  que  d'employer  à  de  si  minces  besognes  de  si  nobles  maté- 
riaux. L'alliance  de  la  littérature  et  de  la  religion  peut  être  féconde,  mais 
la  domestication  de  l'une  des  deux  par  l'autre  ne  rapportera  jamais  rien 
de  bon  ni  de  beau.  Il  faut  en  prendre  son  parti  :  l'art  chrétien  ne  peut 
être  traité  que  par  un  artiste  chrétien.  Concluons  que  le  grand  talent  de 
l'auteur  anglais  n'est  pas  encore  en  pleine  possession  du  métier,  qu'il 
laisse  voir  les  préoccupations  de  l'ouvrier  dans  l'œuvre,  et  que  c'est 
grand  dommage,  car  l'œuvre,  je  veux  le  répéter,  est  malgré  tout  inté- 
ressante et  émouvante. 

3.  —  Miss  Méphistophélès  est  intéressante  aussi,  mais  à  la  manière 
des  romans  de  Gaboriau  ou  de  Ponson  du  Terrail.  C'est  un  roman 
d'intrigue  et  une  intrigue  à  secret.  Qui  a  volé  les  diamants  de  Méphis- 
tophélès, alias  AF*®  Caprice,  la  grande  actrice  de  Melbourne?  —  Mys- 
tère I  Un  détective  éminenl  ouvre  une  piste,  la  suit,  fait  arrêter  un 
innocent,  en  soupçonne  un  autre,  puis  un  troisième;  il  soupçonne 
même  M"®  Caprice  de  s'être  volée  elle-même  ;  le  lecteur  reste  dans  l'an- 
goisse pendant  deux  cent  soixante-dix-huit  pages.  A  la  fin  tout  se  dé- 
couvre :  celui  qui  a  volé  les  diamants,  c'est  celui  qui  les  avait  donnés, 
un  financier  fastueux  et  roublard,  qui  allait  partir  de  Melbourne,  après 
avoir  fait  ou  refait  son  sac.  Le  coupable  est  puni,  l'innocent  délivré, 
et  tout  le  monde  est  content,  même  le  détective.  Tout  cela  est  habile- 
ment machiné. 

4.  —  Voici  quatre  recueils  de  contes  et  nouvelles.  Le  premier,  celui 
de  M.  P.  Margueritte,  marque  un  efibrt  sérieux,  parfois  un  peu  trop 
visible,  de  psychologie  et  de  style.  Il  révèle  même  un  moraliste,  mais 
un  moraliste  moins  soucieux  de  recommander  la  loi  morale  que  d'en 
noter  les  rapports  avec  l'égoïsme  et  les  bas  instincts  de  l'humanité.  C'est 
de  la  morale  de  huis  clos;  les  enfants  au-dessous  de  vingt  ans  n'en  ont 
que  faire.  Le  ton  du  moraliste  est  d'ailleurs  toujours  grave,  presque  triste, 
le  spectacle  des  misères  de  la  conscience  l'intéresse,  mais  ne  l'amuse  pas, 
et  il  n'a  pas  l'air  de  tenir  beaucoup  à  le  rendre  amusant.  La  meilleure 
des  nouvelles  de  son  volume,  celle  qui  en  a  fourni  le  titre,  est  une  sorte 
d'examen  de  conscience,  auquel  se  livre,  le  soir,  dans  son  lit,  un  honnête 
homme,  qu'une  mouche  empêche  de  s'endormir.  Il  repasse  toutes  les  ac- 
tions de  sa  journée  et  y  découvre  une  multitude  de  petites  vilenies  :  im- 

JAifViBR  1894.  T.  LXX.  2. 


—  18  — 

patiences,  brutalités,  actes  de  vanité,  goormandises,  galanteries  trop  vives, 
tentations  de  toute  espèce,  reponssées  sans  doute,  mais  sans  assez  de 
vigueur,  sans  les  fières  révoltes  de  la  vertu  en  £ace  des  outrages  de  Tins- 
tinct.  Le  juste  de  l'Écriture  pèche  sept  lois  par  jour;  combien  de  fois 
a-t-il  péché,  lui,  qui  n^est  qu'un  juste  selon  le  monde?  Si  souvent, 
trouve-l-il,  qu'il  s'écrie  :  «  Pourquoi  suis-je  un  être  si  bas  et  si  ab- 
ject ?»  Et  il  s'endort,  sans  avoir  cherché  de  réponse  à  sa  question  et 
sans  conclure,  satisfait  probablement  d'être  un  psychologue  si  péné- 
trant, si  sincère,  si  cruel  envers  soi-même,  mais  ne  se  doutant  pas  que 
la  pire  des  misères,  c'est  peut-être  cette  étude  de  son  moi  que  ne  suit 
aucun  effort,  qui  habitue  à  se  mépriser  et  prépare  à  mériter  de  nou- 
veaux mépris,  qui  diminue  les  forces  d'action  et  enlève,  avec  le  cou- 
rage du  bien,  la  puissance  du  bien.  L'examen  de  conscience,  pour  être 
utile  et  bon,  doit  toujours  être  suivi  d'une  résolution  ferme  et  pratique, 
comme  chez  les  chrétiens,  qui,  eux,  y  ajoutent  une  invocation  à  Celui 
<(  sans  qui  nous  ne  pouvons  rien,  et  qui  peut  tout  en  nous.  »Mais  s'il 
n'est  qu'un  exercice  de  critique,  un  jeu  de  l'esprit  consistant  à  dédou- 
bler le  moi  en  deux  sous-moi  dont  l'un  fouille  et  fouaille  l'autre,  il  est 
mauvais,  il  est  dangereux;  c'est  un  dissolvant. 

Je  reviens  à  M.  Margueritte.  C'est  un  naturaliste,  compliqué  d'un  psy- 
chologue qui  s'applique  et  s'efforce.  Il  relève  à  la  fois  de  M.  Paul  Bourget 
et  de  M.  Zola;  comme  le  grand  pontife  du  psychologisme  contemporain  il 
manque  de  légèreté,  comme  M.  Zola  il  manque  de  pudeur;  comme  Tunet 
l'autre  il  manque  de  gaieté.  Deux  ou  trois  fois  dans  ce  volume  il  a 
essayé  d'être  gai;  il  n'y  a  réussi  qu'à  moitié. 

5.  —  Les  Bucoliques,  de  M.Guenin,  sont  au  contraire  d'une  gaieté  dé- 
lirante, un  peu  voulue,  mais  sincère  et  contagieuse.  Rien  de  classique, 
malgré  le  titre.  Ce  n'est  pas  du  Virgile,  c'est  du  Chavette,  une  bouflon- 
nerie  continue  et  sans  prétention,  mais  d'un  effet  irrésistible.  Lisez  le 
Solo  de  clarinette,  «  c'est  à  se  tordre,  »  comme  dirait  M.  Sarcey.  Et  puis, 
c'est  hygiénique;  cela  ne  fait  pas  penser,  oh  !  non,  mais  cela  fait  rire, 
d'un  bon  gros  rire,  tel  qu'il  le  faut  après  une  journée  de  travail  ou  après 
la  lecture  de  certaines  «  études,»  de  haute  psychologie  romanesque; 
c'est  un  excellent  digestif.  Est-ce  de  la  littérature?  me  demanderez- 
vous.  Pourquoi  pas?  Littéraires  ou  non,  les  vingt-six  Bucoliques  de 
M.  Guenin  sont  amusantes  et  en  général  inoffensives;  c'est  à  peine  si  le 
sujet  de  deux  ou  trois  de  ces  facéties  peut  sembler  légèrement  scabreux. 

6.  —  Les  Contes  à  Mademoiselle  ont  une  dédicace  ;  l'auteur  remercie 
un  journaliste  d'avoir  bien  voulu  accueillir  le  premier  de  ces  contes  : 
cet  accueil,  lui  dit-il,  «  fut  comme  le  jugement  de  Dieu,  un  de  ces  en- 
couragements féconds  qui  décident  d'une  carrière  et  font  désormais 
marcher  de  l'avant,  toujours  tout  droit  et  sans  faiblir,  vers  les  sommets 
où  brille  l'étoile  I  »  Eh  bien  !  voilà  un  monsieur  qui  ne  plaisante  pas  ! 


—  19  — 

Voyons  Téloile;  où  est-elle?  Elle  n'est  pas  dans  le  premier  conte  :  il  y 
est  question  des  amours  platoniques  d'un  chien  et  d'une  chienne.  Elle 
n'est  pas  dans  le  second,  car  le  second  conte  n'est  pas  un  conte,  c'est  le 
récit  d'un  voyage  en  Suisse  et  d'un  flirtage  avec  une  cantatrice  que  l'on 
a  prise  pour  une  «  fille  de  famille.  »  Elle  n'est  pas  dans  le  troisième, 
qui  est  bénin,  et  où  Ton  voit  un  parrain  qui  aime  bien  son  filleul  et  qui 
devine  tous  les  secrets  qu'on  lui  avoue.  Elle  n'est  pas  dans  le  quatrième, 
qui  est  l'histoire  navrante  d'un  garçon  extraordinaîrement  intéressant  : 
il  aimait  une  charmante  fille,  mais  il  ne  put  l'épouser  parce  qu'il  n'ai- 
raait  pas  les  huîtres  et  qu'elle  les  aimait  !  Elle  n'est  pas  dans  le  cin- 
quième, qui  est  le  sermon  d'un  curé  patriote  mais  peu  éloquent.  Elle 
n'est  pas  dans  le  sixième,  qui  est  le  récit  un  peu  longuet  d'un  cas  d'hys- 
térie enfantine.  Elle  n'est  pas  dans  le  septième,  car  il  n'y  a  pas  de 
septième  conte.  Attendons  le  prochain  volume  ! 

7.  —  Aimez-vous  les  petites  histoires  malpropres  contées  avec  solen- 
nité, et  comme  si  on  exerçait  un  sacerdoce?  Si  non,  ne  lisez  pas 
Ébauches,  dont  l'auteur  est,  paraît-il,  un  serviteur  de  l'Idée,  un  prêtre 
de  l'Art  libérateur  et  rédempteur  !  C'est  M.  Xavier  de  Ruard  qui  nous 
l'assure  dans  la  préface.  Or,  lesdites  Ébauches  nous  apprennent  qu'il  y 
a  des  bourgeois  qui  ont  été  lenones  {i^  Ébauche),  qu'il  y  a  des  paysans 
qui  sont  adultères  (2*  Ébauche)  et  d'autres  qui  sont  meurtriers  (S**  Ébau- 
che), qu'il  y  a  des  abbés  qui  ont  des  tentations  (4®  Ébauche),  qu'il  y  a 
d'anciennes  élèves  de  Saint-Denis  qui  épousent  des  cochers  et  qui  ne  s'en 
trouvent  pas  mieux  que  d'avoir  épousé  des  bourgeois  (11®  Ébauche), 
qu'il  y  a  des  poètes  pessimistes  qui  ont  des  succès  et  des  plaisirs  (14® 
Ébauche),  des  lionnes  qui  sont  jalouses  des  dompteuses  (15*  Ébauche), 
qu'il  y  a,  dans  la  race  si  intéressante  des  voyous,  de  bien  méchantes  bêtes 
(IG*"  Ébauche),  que....  Ah  !  ma  foi  !  je  ne  puis  pas  même  vous  indiquer 
le  sujet  des  17*  et  18*  Ébauches  :  Nec  nominelur  inter  vos!  Si  M.  Dernier 
lient  à  savoir  ce  qu'on  pense  ici  de  son  art,  de  son  style  et  de  son  «  écri- 
ture, »  —  et  je  soupçonne  qu'il  y  tient  —  je  le  prierai  de  repasser  un 
autre  jour  et  avec  un  autre  livre  dont  «  le  fond  »  m'ait  laissé  la  liberté 
d'apprécier  «  la  forme.  » 

8.  —  Quant  à  l'œuvre  de  M.  Charles  Bourget  (rien  de  M.  Paul  Bour- 
gel),  intitulée  la  Pivoine,  je  puis  dire  tout  de  suite  qu'elle  ne  me  pa- 
raît pas  avoir  droit  même  aux  sévérités  de  la  critique.  La  grossièreté  lit- 
téraire y  dépasse  la  grossièreté  et  la  nauséeuse  banalité  de  l'inspiration  et 
de  l'observation,  et  dans  une  telle  mesure  qu'on  ne  se  pardonnerait  pas 
de  perdre  son  temps  à  le  démontrer,  et  qu'on  a  peur  en  mentionnant  ce 
livre  ici,  ne  fût-ce  que  pour  l'écarter  avec  des  pincettes,  d'encourir  la 
gratitude  de  l'auteur. 

9.  —  La  Nuit  du  ctnme  est  un  roman  rocambolesque,  mais  honnête, 
avec  tous  les  ingrédients  ordinaires  du  genre,  moins  l'amour  et  même  la 


—  20  — 

femme.  A  cela  près,  rien  n'y  manque  :  il  y  a  un  forçat  évadé,  changé  en 
châtelain  ;  un  fils  qui  cherche  l'assassin  de  son  père,  un  saltimbanque, 
instrument  de  la  Providence,  un  souterrain  qui  traverse  une  rivière,  des 
trappes  qui  engloutissent  des  visiteurs  gênants,  —  enfin  tout  ce  dont 
sont  si  friands,  paraît-il,  les  lecteurs  des  romans-feuilletons.  Celui-ci  est 
palpitant  d'intérêt,  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus  palpitant  ;  de  plus,  il  est 
très  habilement  bâti  et  composé  :  presque  pas  de  récits  suivis,  beaucoup 
de  dialogues,  et  de  tout  petits  paragraphes,  et^  par-dessus  le  marché,  du 
style,  ce  qui,  en  l'espèce,  est  un  luxe  vraiment  prodigieux,  et  si  rare  ! 
Recommandé  expressément  aux  directeurs  de  «  bons  »  journaux  en 
quête  de  «  bons  »  feuilletons. 

10-11.  —  L Agence  Blosset  est  le  commencement  et  les  Lettres  vo- 
lées  la  6n  de  la  même  aventure.  L'action  est  posée  dans  les  premières  cin- 
quante pages,  avec  un  assez  remarquable  savoir-faire.  La  jeune  femme 
d'un  général  se  trouve  compromise  et  fait  appel,  pour  se  tirer  d'embarras, 
à  l'agence  Blosset,  agence  de  renseignements  confidentiels  et  de  police 
privée.  Que  va-t-il  arriver  ?  Mais  d'abord,  comment  s'était-elle  compro- 
mise, la  générale?  «  Remontons  de  quelques  années  en  arrière.  »  Et 
l'on  remonte  pendant  trois  cents  pages,  et  l'on  arrive  à  la  fin  du  premier 
volume  sans  savoir  encore  ce  qui  s'est  passé.  On  ne  le  saura  qu'au  second 
volume,  qui  «  est  sous  presse.  »  Le  lecteur  anxieux  attend  l'apparition 
du  second  volume,  et,  quand  il  a  paru,  il  l'achète,  et  il  apprend  alors 
que  la  jeune  femme,  épouse  d'un  vieillard  respecté,  mais  éprise,  depuis 
l'enfance,  d'un  jeune  diplomate,  a  écrit  des  lettres  d'amour  platonique, 
que  ledit  diplomate  s'est  laissé  voler  ces  lettres  par  une  ancienne  mai- 
tresse  jalouse,  et  que  la  photographie  de  ces  lettres  a  été  envoyée  au  gé- 
néral, qui  est  allé  au  Mexique  pour  se  couvrir  de  gloire.  L'Agence  Blosset 
sert  d'abord  les  intérêts  de  la  maîtresse  et  puis,  par  un  brusque  revire- 
ment, qu'explique  non  la  conscience,  mais  l'intelligence  financière  de 
l'agent,  les  intérêts  de  la  générale.  Elle  n'empêche  pas  toutefois  la  pho- 
tographie des  lettres  de  parvenir  à  leur  adresse.  Le  vieux  brave  les  lit,  et 
alors,  —  attention  !  nous  allons  être  emportés  sur  les  sommets  du  plus 
sublime  héroïsme!  —  le  général  prend  la  résolution  de  souflrir  et  se  taire 
sans  murmurer,  ni  plus  ni  moins  que  les  soldats  de  feu  M.  Scribe.  Il 
fait  plus,  il  meurt,  très  convenablement  d'ailleurs,  o  en  homme  qui  a  du 
savoir-vivre  :  »  il  ne  se  suicide  pas  ;  il  bénit  les  deux  amants  et  leur 
conseille  de  se  marier.  Pour  un  héros,  voilà  un  héros  I  Ce  roman-feuil- 
leton est  grossement  et  ingénieusement  bâti  ;  il  est  écrit  de  même.  Le  style 
est,  en  efiel,  d'un  assez  habile  entrepreneur  de  littérature  ;  il  est  plein  de 
clichés,  quelques-uns  «  très  distingués,  »  comme  «la  coupe  (Ju  Léthé,  — 
les  victoires  à  la  Pyrrhus,  —  les  sectateurs  de  Plutus.  »  —  Ces  choses  flat- 
tent encore  le  bourgeois  ;  et  puis  c'est  économique  :  l'emploi  des  vieux 
clichés  dispense  de  faire  les  frais  de  formes  nouvelles  et  personnelles. 


—  al- 
la. —  Les  Filles  du  pope  pourraient  être  ua  plaidoyer,  a  contrario^ 
en  faveur  du  célibat  ecclésiastique,  si  elles  n'étaient  avant  tout  un  déli- 
cieux et  très  touchant  roman.  Il  n'y  en  a  pas,  dans  le  stock  que  nous 
laisse  Tannée  écoulée,  qui  lui  soit  supérieur  pour  le  charme  du  style, 
la  simplicité  des  moyens,  le  pathétique  profond  et  doux,  Thonnèteté, 
je  dis  plus,  la  pureté  des  sentiments.  Un  pope  est  empêché  par  sa 
femme  de  remplir  son  devoir  auprès  d'un  paysan  mourant;  ce  paysan 
est  pauvre,  son  habitation  est  éloignée,  il  fait  nuit,  il  pleut;  de  plus,  la 
popesse  se  souvient  que  le  mourant  a  blessé  autrefois  sa  vanité  :  il 
attendra  à  demain.  Le  lendemain,  le  paysan  est  mort.  Il  laisse  un  fils, 
qui  se  souvient  et  se  venge  :  il  sauve  une  des  filles  du  pope,  la  petite 
Binia,  qui  allait  se  noyer.  Il  en  est  puni  d'ailleurs,  car  il  devient  amou- 
reux. Son  amour  est  parlagé  ;  mais  avec  quelle  pudeur,  avec  quelle  ab- 
négation Binia  en  garde  le  secret!  Une  rencontre  des  deux  enfants,  dans 
une  église,  au  pied  des  saintes  icônes,  leur  oflre  une  occasion  de  tout  se 
dire  ou  du  moins  de  tout  se  faire  entendre  :  ils  se  taisent.  La  scène  est 
ravissante  et  exécutée  avec  une  légèreté  et  une  sûreté  de  main  qui  révè- 
lent un  maître  écrivain.  En  opposition  avec  ces  nobles  et  pures  ten- 
dresses, l'amour  officiel  d'un  «  prétendu  »  à  la  main  de  la  fille  àinée  du 
pope.  Le  prétendu  est  encore  séminariste.  Il  a  besoin  de  se  marier  pour 
avoir  une  cure  ;  il  calcule  que  la  fille  du  pope  ferait  bien  son  affaire.  Il 
y  a  là  une  peinture  très  amusante,  un  peu  satirique,  mais  qui  reste 
«  vraisemblable  »  et  doit  être  vraie,  d'une  âme  sacerdotale  consacrée 
par  vocation  aux  préoccupations  surnaturelles,  et  condamnée,  par  le  ma- 
riage, aux  calculs  les  plus  naturels.  Le  futur  pope  et  gendre  de  pope  dé- 
passe un  peu  ce  qui  est  «  naturel  ;  »  mais  le  juste  milieu  en  ces  matières 
et  dans  ces  situations  doil  être  si  difficile  à  tenir  I  Trop  «  naturels  »  aussi 
le  beau-père  et  la  belle-mère,  pauvres  diables  enfoncés  dans  les  soucis  du 
ménage  et  y  pataugeant,  sans  paraître,  hélas  !  en  souffrir.  11  y  a  quelques 
traits  qui  sentent  la  caricature,  mais  je  soupçonne  que  c'est  la  faute  du 
modèle,  et  non  celle  du  peintre,  si  pope  et  popesse  nous  paraissent  ri- 
dicules et  parfois  odieux.  Dans  ce  cadre  horriblement  vulgaire  l'idylle 
entre  Binia  et  Yanek  apparaît  plus  exquise  et  plus  fraîche.  Elle  finit, 
d'ailleurs,  si  vous  tenez  à  le  savoir,  par  le  mariage. 

13.  —  Le  Château  des  Airelles  est  spécialement  adressé  «  aux  jeunes 
filles.  »  Or,  rien  de  ce  qui  est  romanesque  ne  convient  bien  aux  jeunes 
filles,  et  il  y  à  quelques  éléments  romanesques  dans  le  Château  des 
Airelles,  C'est  l'histoire  d'une  petite  fille  qui,  ayant  rêvé,  une  nuit  de 
Noël,  pendant  la  messe,  d'un  joli  petit  château  en  carton,  aperçoit, 
quelques  jours  après,  ce  château,  en  vrais  moellons,  sur  une  colline 
voisine  de  son  habitalita  ;  elle  s'y  fauGle,  à  la  suite  du  facteur.  Elle  y 
est  reçue  par  une  jeune  fille,  plus  grande  qu'elle,  qui  devient  bientôt 
son  amie,  et  parfait  son  éducation,  un  peu  négligée  par  la  vieille  tante 


—  22  — 

Yvette.  L'aimable  hôtesse  du  château  des  Airelles  a  un  frère,  lequel, 
après  une  série  d'événements  intéressants,  épouse  la  petite  promeneuse, 
devenue  une  grande,  belle  et  sage  personne.  Cette  histoire,  à  demi  enfan- 
tine, ne  sent  pas  «  l'entreprise  de  librairie.  »  L'auteur  est  un  écrivain. 

44.  —  L'Oiseau  de  passage  est  un  livre  plein  de  bonne  volonté.  Une 
jeune  fille,  très  belle,  mais  élevée  dans  le  seul  amour  de  la  vie  mon- 
daine, par  une  mère  impérieuse,  est  épousée  par  un  jeune  officier  qui, 
lui,  est  «  un  homme  de  foyer  »  et  veut  se  marier  pour  «  avoir  un  inté- 
rieur »  tranquille  et  doux.  Mais  il  a  compté  sans  sa  belle-mère,  qui  lo 
contrecarre  dans  tous  ses  projets,  le  blesse  dans  toutes  ses  délicatesses, 
continue  à  régenter  sa  fille,  et,  finalement,  à  la  première  grossesse  et  au 
premier  enfant,  sépare  les  deux  époux  sous  des  prétextes  d'hygiène. 
Alba  ne  peut  pas  suivre  Norbert  de  garnison  en  garnison  ;  elle  reste  à 
Paris,  à  courir  les  salons  et  les  bals,  pendant  que  Norbert  fait  son  service 
et  se  ronge  les  poings  à  Marseille.  Mais  Tenfant  grandit  ;  c*esl  une  petite 
fille,  qui  s'est  mise  à  adorer  son  père  absent,  et  qui,  bientôt,  souffre, 
décline  et  meurt  de  ne  pas  le  voir.  C'est  elle  «  TOiseau  de  passage  ;  » 
mais  elle  a  passé  en  faisant  le  bien,  car  sa  mort  réunit  les  deux  époux. 
Cette  honnête  et  moralisante  histoire,  qui  prouve  que  l'amour  du  monde 
nuit  à  l'esprit  de  famille,  qu'une  mère  doit  cesser  à  un  certain  moment 
de  commander,  si  elle  veut  être  toujours  obéie,  et  une  foule  d'autres 
vérités  bien  connues,  mais  toujours  bonnes  à  répéter,  pourrait  prouver 
encore  autre  chose  :  c'est  à  savoir  qu'un  officier  doit  être  un  homme. 
Or  Norbert  de  Mercourt  n'est  pas  un  homme  ;  il  n'essaie  pas  même  une 
fois  de  «  mater  »  sa  belle-mère  et  de  reprendre  sa  femme  ;  il  gémit  avec 
ses  amis,  avec  la  nourrice  de  sa  petite  fille,  avec  une  certaine  vieille 
commandante,  mais  il  n'agit  pas.  La  belle-mère,  la  nourrice,  la  comman- 
dante, sont  aussi  des  personnages  un  peu  conventionnels.  Enfin,  le  style 
est  un  peu  inexpérimenté. 

io.  —  n  y  a  «  une  théorie  »  dans  AP^^  Volonté;  l'auteur  nous  en 
avertit  expressément,  pour  que  nul  n'en  ignore;  la  précaution  n'est  pas 
inutile,  car  la  «  théorie  »  aurait  pu  passer  inaperçue.  S'il  est  bon  d'a- 
voir de  la  volonté,  il  est  mauvais  d'être  volontaire.  —  Voilà  la  théorie  ! 
On  en  rencontre  souvent  de  pareilles,  sans  sV  arrêter,  tant  Tesprit  de 
l'homme  est  inattentif  et  léger.  L  auteur  nous  somme  de  voir  et  déjuger 
sa  «  théorie.  »  Eh  l  bien,  je  vais  la  juger,  «  dussé-je  en  ce  travail  sur- 
mener ma  cervelle;  »  je  la  juge  :  elle  est  vraie!  Quant  au  roman,  il 
n'est  pas  bon.  Raymonde  Mac-EUuys  a  résolu  d'aller  au  Caire,*  en  voi- 
ture, en  partant  du  boulevard  Malesherbes.  C'est  une  charmante  fille, 
Raymonde  Mac-EUuys,  mais  elle  n'aime  pas  assez  les  choses  banales  et 
les  voies  communes;  elle  a  une  imagination  uff  peu  folle,  et  c'est  une 
petite  entêtée.  Ce  qu'elle  a  décidé,  il  faut  que  tout  le  monde  s'y  sou- 
mette, y  compris  son  grand-père,  qu'elle  tyrannise.  Elle  a  dit  qu'on 


—  23  — 

partirait  à  midi  précis,  pour  le  Caire,  en  voiture  :  à  midi  précis,  on  part. 
La  voiture  est  une  sorte  de  roulotte  perfectionnée,  avec  salon  et  balcon. 
Dès  la  banlieue,  il  faudrait  s'arrêter,  par  suite  de  je  ne  sais  quel  acci- 
dent ;  mais  Raymonde  s'obstine  ;  on  repart  ;  un  orage  éclate,  on  marche 
^piand  môme.  Quand  elle  a  dit  «  je  veux,  »  elle  veut.  La  foudre  tombe 
sur  la  roulotte  et  les  voyageurs  ;  Raymonde  a  les  jambes  paralysées  ;  sa 
volonté  pourtant  ne  Test  pas,  et  elle  commande  d'aller.  Mais  on  profite 
d'un  évanouissement  pour  s'arrêter  et  la  faire  soigner.  Les  médecins  soi- 
gnent ses  jambes,  et  un  amoureux,  qui  résiste  à  ses  caprices  et  lui  fait 
la  leçon,  traite  sa  volonté.  Je  crois  qu'ils  réussissant  les  uns  et  l'autre. 
J'ajouterai,  pour  être  sincère,  que  je  ne  suis  pas  bien  sûr  d'avoir  fidèle- 
ment analysé  cette  histoire,  n'étant  pas  certain  de  l'avoir  bien  com- 
prise. Elle  est  écrite  en  «  style  bébé;  »  ce  n'est  pas  joli  du  tout,  pas 
cfadr,  et  c'est  agaçant. 

16.  —  Deux  Feuilles  au  vent  semblent  être  une  traduction;  les  carac- 
tères, les  événements,  le  style  même,  ont  quelque  chose  d'exotique.  Une 
jeune  orpheline.  M"®  Liane  Evan,  née  au  Havre,  élevée  à  Bruxelles,  vient 
en  Allemagne,  chez  une  Anglaise,  attendre  son  tuteur  et  futur  mari,  qui 
va  arriver  d'Océanîe,  et  qu'elle  ne  connaît  pas.  Cest  l'ancien  associé  de 
son  père;  il  s'appelle  Max  Stevens,  ils  ont  été  fiancés  par  télégraphe,  au 
lit  de  mort  de  M.  Evan.  M^^^  Liane  est  très  jolie;  elle  a  l'innocente  co- 
quetterie de  son  âge,  et  la  vieille  Anglaise  qui  la  chaperonne  ne  la  pro- 
tège pas.  Elle  est  lancée  dans  le  tourbillon  mondain,  elle  y  obtient  de 
très  vifs  succès,  et  elle  s'en  montre  très  heureuse  ;  sa  petite  âme,  très 
pure  et  très  naïve,  s'ouvre  avidement  et  sans  méfiance  à  la  joie  de 
vivre  et  de  se  sentir  admirée  et  aimée.  Car  il  y  a  quelqu'un  près  d'elle 
qui  l'aime  et  est  fortement  tenté  de  le  lui  dire.  C'est  un  Yirginien, 
envoyé  de  son  fiancé,  porteur  des  premiers  «  cadeanx  de  noces,  »  un 
bien  jeune  ambassadeur  pour  une  aussi  jeune  puissance  I  Ya-t-elle 
l'aimer?  Qui  sait?  elle  le  trouve  bien  aimable,  et  le  lui  laisse  voir.  De 
pins,  elle  commence  à  penser  que  son  futur  mari  est  un  despote,  de 
s'être  ainsi  emparé  d'elle  et  de  son  avenir  sans  seulement  la  consulter. 
L'idée  de  ce  mari  la  préoccupe  beaucoup  et  l'efiraie  un  peu.  Il  arrive, 
elle  le  fuit;  elle  ne  veut  pas  se  marier  ainsi,  être  prise,  à  l'échéance  dite, 
comme  une  valeur  qui  fait  partie  de  l'actif  de  la  succession  paternelle. 
Elle  se  réfugiera  à  Bruxelles,  dans  le  couvent  où  elle  fut  élevée.  Mais 
Stevens  la  rattrape  en  route,  la  soigne,  car  la  peur  et  le  froid  l'ont  ren* 
due  malade,  et  il  lui  affirme  qu'elle  est  libre  de  ne  voir  en  lui  qu'un 
tuteur.  Une  fois  rassurée,  elle  le  regarde,  le  trouve  bon,  beau,  plus  beau 
que  le  Virginien,  et  s'aperçoit  qu'elle  l'aime,  qu'elle  l'aimait  déjà,  car  la 
préoccupation  même  craintive  est  le  commencement  de  l'amour.  Elle  le 
lui  dit  et  l'épouse.  Quant  au  Yirginien,  il  épouse  une  amie  de  Liane, 
une  Américaine  égarée  en  Europe,  poussée  de  rivage  en  rivage  par  les 


—  24  — 

caprices  de  Texistence  «  feuille  au  vent  »  comme  Liane.  Pas  banal  ce 
conte,  et  très  honnête. 

17.  —  Un  Vaincu  est  aussi  un  conte  très  honnête,  mais  avec  des 
«  morceaux  »  de  philosophie  pessimiste  et  tolsloïste  qui  n'en  augmentent 
pas  sensiblement  la  valeur.  Un  jeune  homme  un  peu  mûr,  petit,  con- 
trefait, aime  sa  cousine,  qui  va  se  marier.  11  n'a  rien  dit;  elle  n*a  pas 
deviné,  et  peut-être,  si  elle  avait  deviné,  elle  aurait  voulu.  Le  mariage 
projeté  est  rompu,  le  jour  du  contrat,  par  un  mouvement  d'indignation 
de  la  jeune  fille  contre  les  vues  intéressées  du  futur.  Le  cousin  radieux 
ose  alors  se  déclarer  ;  on  Ty  encourage  d'ailleurs  et  on  l'agrée  en  prin- 
cipe. La  noble  jeune  fille  n'a  pas  voulu  d'un  mariage  d'argent;  elle  se 
laisse  séduire  par  la  pensée  d'un  mariage  de  dévouement.  Mais  un  ami 
survient,  qui  n'est  ni  intéressé,  ni  petit,  ni  contrefait,  et  qui  l'emporte 
dans  le  cœur  ingénu  de  la  pauvre  fiancée.  Le  cousin  est  «  vaincu  »  par 
les  lois  de  la  nature,  lois  dures  mais  fatales. 

18.  —  Est-ce  que  M""  Gréville  aurait  jamais  fait  mieux  que  Vieux  Mé- 
nage ?  Je  l'ignore  ;  mais  Vieux  Ménage  est  vraiment  délicieux. 

Une  rose  d'automne  est  plus  qu'une  autre  exquise. 

Ce  roman  est  plus  qu'un  autre  exquis  :  il  est  de  l'automne  de  l'auteur,  la- 
quelle a  cinquante-quatre....  romans  bien  comptés, et  il  a  pour  sujet  un 
amour  d'automne — oh  I  mais  rassurez-vous  !  —  pas  entre  un  vieux  garçon 
et  une  ingénue,  comme  c'est  la  mode  dans  le  monde  où  l'on  écrit,  mais 
entre  deux  époux  déjà  mûrs,  comme  c'était  la  mode  du  temps  de  Philé- 
mon  et  de  Baucis.  Seulement,  tandis  que  l'amour  de  Philémon  et  de 
Baucis  avait  commencé  avec  V hymen  et  n'avait  jamais  eu  d'intermittence 
—  c'est  du  moins  ce  qu'en  disent  les  historiens  les  mieux  informés  — 
l'amour  de  M.  et  M"*  Fontenoy  n'a  peut-être  pas  encore  commencé  après 
vingt  ans  de  mariage.  Certes  ils  avaient  eu  leur  lune  de  miel;  mais  aux 
aimables  et  sincères  effusions  des  premières  années  avait  succédé  assez 
vite,  après  la  mort  de  deux  petits  enfants,  une  sorte  d'amitié  conjugale, 
respectueuse,  élégante,  confiante,  mais  sans  tendresse  :  l'intimité  du  pot- 
au-ieu,  non  celle  du  cœur.  Le  monde  prenait  les  loisirs  qu'ils  se  fai- 
saient mutuellement  :  Gilbert  y  cherchant  et  y  trouvant  ce  qu'il  ne  cher- 
chait pas  dans  son  ménage;  Edmée  Fontenoy  y  accomplissant  les  divers 
rites  qu'impose  l'usage,  avec  grâce,  sérénité  et  tranquillité.  Elle  soup- 
çonne les  «  distractions  »  de  son  mari,  mais  ne  veut  pas  s'en  donner 
la  certitude  et  ne  songe  pas  à  s'en  venger.  Ame  paisible  et  ferme,  beauté 
saine  et  fraîche,  faisant  dire,  à  trente-huit  ans,  par  ceux  qui  la  voyaient 
dans  un  bal  :  «  Elle  est  belle  comme  un  ange  !  »  Belle,  elle  va  le  devenir 
encore  davantage.  A  ce  je  ne  sais  quoi  de  plus  épanoui  et  de  plus  péné- 
trant que  prennent  les  fleurs  et  les  femmes  aux  premières  fraîcheurs 
de  l'autonme,  va  s'ajouter  ce  je  ne  sais  quoi  de  plus  rayonnant  que  leur 


—  25  — 

donne  Tamoùr  :  c'est  la  grâce  d'avril  et  la  saveur  de  septembre  compo- 
sant une  seule  et  même  beauté.  Edmée  va  aimer  Gilbert.  Elle  le  soigne 
pendant  un  de  ces  accidents  qui  attendent,  au  tournant  de  la  cinquan- 
taine, les  hommes  qui  ne  savent  pas  «  enrayer;  »  et  à  devenir  ainsi  sa 
garde-malade,  elle  sent  qu'elle  redevient  sa  fiance  et  que  son  amitié 
s'attendrit  jusqu'à  Tamour.  Elle  s'en  aperçoit  à  sa  jalousie.  «  A  quoi 
reconnall-on  le  véritable  amour?  lui  demande  un  jour  son  mari.  —  A  la 
souffrance,  »  répond-elle.  Edmée  souffre,  donc  elle  aime,  et  elle  en  est 
si  radieuse  que  son  mari  le  voit,  s'en  étonne  et  se  demande  :  Qui  donc 
aime-t-elle  pour  être  si  jolie  ?  Il  cherche,  il  souffre,  lui  aussi,  et  brus- 
quement il  découvre  qu'il  aime  sa  femme.  Cette  découverte  a  lieu  pen- 
dant une  absence  d'Edmée.  Il  attend  son  retour  avec  une  impatience 
juvénile,  mais  point  du  tout  égoïste;  son  renouveau  d'amour  est  fait  de 
remords  aussi  bien  que  de  tendresse  ;  il  a  hâte  de  réparer  ce  qu'il  y  eut 
d'outrageant  dans  ces  longues  années  d'indifférence.  Edmée  arrive  enfin, 
amenant  avec  elle  une  jolie  nièce  qui  s'est  décidée  à  épouser  le  jeune 
homme  dont  elle  était  jalouse  et  que  «  par  conséquent  »  elle  aimait. 
C'est  chez  Edmée  qu'a  lieu  le  dîner  de  fiançailles.  «  Après  le  dîner,  la 
soirée  étant  magnifique,  on  sortit  un  instant  sur  le  perron.  Juliette  se 
rangea  un  peu  :  v  Laissons  passer  les  amoureux,  dit-elle  tout  bas  à  son 
fiancé.  Qui  donc?  demanda  Fabien  interdit.  D'un  joli  geste,  elle  indiqua 
Fontenoy,  qui  d'un  air  épris  regardait  sa  femme.  »  Je  vous  répète  que 
c'est  délicieux  et  d'une  honnêteté  très  sincère  et  très  pénétrante.  En- 
tendons-nous bien  toutefois,  et  tâchons  de  ne  pas  induire  en  erreur,  par 
notre  faute,  les  directeurs  et  directrices  de  bibliothèques  scolaires  ou  pa- 
roissiales qui  cherchent  ici  des  renseignements  pour  leurs  achats  :  les 
peintures  de  la  vie  mondaine  ne  sont  jamais  bonnes  pour  ceux  qu'on 
tient  éloignés  de  la  vie  mondaine.  Ajoutons,  pour  finir,  que  le  style 
même  est  ici  plus  plein,  plus  ferme,  plus  serré  et  plus  pittoresque  que 
d'habitude  ;  c'est  presque  de  «  l'écriture  artiste,  »  mais  avec  cette  tran- 
quille aisance  et  cet  air  de  facilité  que  n'ont  pas  toujours  les  écritures 
artistes.  Il  semble  que  le  talent  de  l'auteur,  qui  avait  paru  dans  quelques- 
uns  de  ses  derniers  romans,  un  peu  affadi,  quoique  toujours  élégant,  ait 
subi  une  crise  analogue  à  celle  de  la  beauté  de  son  héroïne,  et  qu'il  lui 
soit  venu  une  seconde  jeunesse,  avec  ce  charme  particulier  que  ne  con- 
naît pas  la  première  et  que  les  amateurs  savent  si  bien  apprécier. 

19.  —  Propriété  à  vendre  est  un  peu  moins  récent  que  Vieux  Mé- 
nage, C'est  aussi  aimable,  aussi  moral  et  plus  «  pédagogique.  »  On  y 
voit  comment  l'amour  transforme  l'âme  des  jeunes  filles,  les  rend  rai- 
sonnables, leur  fait  aimer  même  la  pauvreté.  L'héroïne  de  ce  roman 
n'était  pas  «  raisonnable;  »  elle  rêvait  la  vie  mondaine  et  luxueuse,  à 
laquelle  sa  beauté,  sinon  sa  fortune,  lui  permettait  de  prétendre.  Elle  ne 
peut  pas  se  résigner  à  rester  dans  le  pauvre  domaine  familial,  enfermée 


'i 


—  26  — 

dans  les  étroits  devoirs  de  la  vie  agricole  et  loi  a  des  réunions  où  Ton  ren- 
contre des  épouseurs  riches.  Elle  tyrannise  son  père  jusqu'à  ce  qu'elle 
Tait  décidé  à  vendre  la  propriété,  que  Ton  qualifie  de  jolie  sur  les  affi- 
ches, mais  qu'elle  trouve  maussade.  G^est  décidé,  on  va  vendre.  Mais 
voilà  qu'on  reçoit  la  visite  d'un  jeune  homme,  pauvre  mais  aimable,  et 
voiià  qu'aussitôt  l'humble  dompdne  devient  aimable  aussi,  et  on  s'y  marie 
et  on  y  est  heureuse.  Certains  détails  de  cette  fable  légèrement  banale 
sont  fort  aimables.  La  plupart  sont  le  résultat  d'une  très  fine,  très  déli- 
cate et  très  moderne  observation.  Les  histoires  que  nous  conte  M"**  Gré- 
ville,  avec  son  intarissable  abondance,  ressemblent  à  des  «  instantanés  » 
qui  seraient  sortis  à  la  fois  d'un  appareil  photographique  impitoyable- 
ment exact  et  d'une  imagination  très  aimablement  romanesque. 

20.  —  Lisez  ceci  :  «  Si  votre  regard  se  replie,  se  retire  pour  s'arrêter 
à  un  spectacle  plus  voisin,  des  collines  en  foule  vous  bondissent^  toutes 
ûères....;  tout  à  coup  elles  s'écartent  et  vous  laissent  tomber  sur  la 
riante  plaine....  Aînhôa  j  est  assise.  La  voyez-vous,  qui  vous  regarde 
radieuse?  »  Dites,  la  voyez- vous?  Prenez  garde!  L'Aïnhoa  qui  vous  re- 
garde, c'est  une  ville,  et  une  ville  basque  encore.  L'auteur,  en  style  un 
peu  trop  basque  aussi,  nous  en  décrit  les  maisons,  les  mœurs,  les  habi- 
tants. Son  œuvre  est  pleine  do  très  intéressants  détails  géographiques  et 
ethnographiques.  Elle  est,  en  outre,  très  chrétienne  d'inspiration  et 
d'intentions.  Hélas  l  pourquoi  faut-il  qu'un  livre,  même  pour  faire  du 
bien,  ait  besoin  d'avoir  plus  que  des  intentions  et  des  qualités  chré- 
tiennes? 

21.  —  Il  y  a  des  préfaces  modestes  et  des  préfaces  sincères  ;  la  préface 
des  Mémoires  d'un  passant  est  sincère  ;  l'auteur  y  avoue  ingénument 
qu'ayant  publié,  a  il  y  a  un  an,  »  un  volume  «  qu'on  n'a  peut-être  pas 
encore  eu  le  temps  d'oublier,  »  il  en  publie  un  second,  qui  fait  suite  au 
premier  et  qui  le  vaut.  «  Dans  le  premier,  se  meuvent  des  personnalités 
àe  haute  volée.,..  Dans  le  second,  le  personnel  qu*on  exhibe  n'est  pas 
moins  intéressant  à  passer  en  revue....  Ce  sont  les  Dieux  et  les  Diables 
du  jour.  Prenez,  lisez  et  jugez.  »  Je  juge  que  M.  Philibert  est  un  bien 
brave  homme  qui,  au  style  près,  est  un  «  narrateur  «>  parfois  intéres- 
sant, et  qui,  peu  fixé  sur  l'histoire  ancienne,  où  il  fait  des  incursions 
malheureuses,  a  sur  ses  contemporains  des  informations  parfois  cu- 
rieuses. «  Il  a  le  tort  d'appeler  Bossuet  «  l'Aigle  de  Meaux,  »  et  le  tort 
plus  grave  encore  de  l'accuser  d'avoir  «  aidé  la  Montespan  dans  ses 
amours  »  (p.  139).  Mais  parce  qu'on  en  est  resté,  en  fait  de  style,  aux 
élégances  d'antan,  et  en  fait  d'érudition  historique  au  voltairianisme  le 
plus  suranné  et  le  plus  ignorant,  il  n'en  reste  pas  moins  qu'on  a  été 
journaliste  vers  1848,  qu'on  a  connu  •  des  personnalités  de  haute  volée,  » 
qu'on  a  beaucoup  vu  et  un  peu  retenu,  et  qu'on  a  le  droit  de  raconter 
ses  souvenirs.  Je  signalerai,  comme  particulièrement  intéressante,  sinon 


—  27  — 

loulà  fait  nouvelle,  YBistov-e  (Tun  mouchard,  Lucien  de  la  Hodde,  mêlé 
pendant  de  longues  années,  sous  Louis-Philippe,  au  mouvement  répu- 
blicain et  socialiste,  qu'il  dirigeait  et  trahissait,  découvert  et  «  exécuté  » 
par  Caussidière,  en  1848,  redevenu  mouchard  sous  TEmpire  et  mort 
rentier. 

22.  —  M.  Gebhart,  ayant  vu  le  long  des  vieux  murs  de  Rome  un 
écnsson  pontifical  en  marbre  blanc,  dont  la  tiare,  au  relief  profond,  en- 
fermait un  essaim  d'abeilles  et  un  rayon  de  miel,  a  eu  l'idée  d'entourer, 
lui  aussi,  «  d'une  chanson  d'abeilles,  une  tiare  »  pontificale,  celle  de 
saint  Grégoire  MI,  et  de  «  mêler  un  conte  d'amour  »  à  l'austère  et  tra- 
gique histoire  du  pape  de  Canossa.  Victorien,  fils  d'un  des  pires  ennemis 
de  Grégoire  VU,  est  recueilli  et  élevé  dans  le  palais  du  Pape  lui-même, 
par  ses  soins,  et  en  compagnie  d'une  de  ses  petites-nièces,  la  jeune  Pia. 
L'adolescent  a  d'abord  pour  gouverneur  un  moine  austère,  hanté  par  la 
peur  de  l'enfer;  il  passe  ensuite  avec  Pia  sous  la  direction  de  Joachim, 
^vèque  d'Assise,  esprit  aimable,  moraliste  tendre,  poète  doux.  Cetévêque 
ne  croit  pas  à  l'éternité  de  l'enler,  mais,  en  revanche,  ce  moraliste  croit 
à  la  bonté  de  la  nature.  11  croit  notamment  à  la  parfaite  innocence  des  lon- 
gues promenades  solitaires  que  font  ses  deux  pupilles,  lâchés  en  toute  li- 
berté à  travers  les  vastes  jardins  de  Latran.  Il  s'aperçoit  un  jour  de  son 
erreur  (sur  la  question  des  promenades,  non  sur  celle  de  l'enfer),  il  se 
frappe  la  poitrine,  et  se  hâte  d'aller  prier  le  Pape  d*unir  en  mariage  les 
deux  adolescents.  La  demande  est  accueillie  en  principe,  mais  le  ma- 
riage n'aura  lieu  que  plus  tard,  au  lit  de  mort  de  Grégoire,  que  Victo- 
rien accompagne  à  Salerne,  comme  il  l'a  accompagné  à  Canossa.  Telle 
est  l'idylle  encadrée  dans  l'histoire  et  dans  «  la  tiare  »  de  saint  Gré- 
goire Vil.  Elle  est,  disons-le  tout  de  suite,  très  pure,  et  les  remords  de 
Joachim  ne  s'expliqueraient  guère  si  l'on  ne  savait  que  dans  les  âmes 
tendres  et  enfantines  comme  la  sienne,  les  repentirs  sont  aussi  faciles  et 
aussi  peu  motivés  que  les  illusions.  La  candeur  virginale  de  cette  idylle 
est  d'ailleurs  un  peu  trop  voulue;  on  y  sent  le  parti  pris,  l'application 
obstinée,  comme,  dans  le  Rêve  de  M.  Zola.  La  jeune  Pia  est  savamment 
ingénue  ;  elle  écrit  une  lettre  qui  est  un  morceau  de  littérature  très  in- 
dustrieusement  gentille.  11  y  a  beaucoup  d'autres  «  morceaux,  »  trop  de 
morceaux  :  l'incantation  au  début,  l'entrevue  de  Canossa,  les  jardins  de 
Latran,  lesquels  rappellent  encore  M.  Zola  et  son  Paradou,  etc.,  etc.  Ils 
sont  tous  très  travaillés,  il  y  en  a  peu  de  réussis,  celui  de  Canossa  pas  plus 
que  les  autres.  Mais  le  grandreproche  que  je  leur  ferai,  à  tous,  c'est  d'être 
précisément  des  «morceaux,  »  de  ne  pas  faire  corps  entre  eux,  de  donner 
à  l'ensemble  de  l'œuvre,  ou  plutôt  d'y  accuser  cet  aspect  morcelé  et  frag- 
mentaire, qui  est  son  plus  grave  défaut.  Rien  n'y  est  lié,  ni  proportionné, 
ni  subordonné;  ni  dans  la  phrase,  où  chaque  mot  vise  à  faire  sa  for- 
tune particulière;  ni  dans  la  page,  où  chaque  phrase  s'isole  orgueilleuse- 


—  us- 
inent de  sa  voisine;  ni  dans  le  chapitre,  où  chaque  épisode  est  au  pre- 
mier plan  et  attire  à  soi  toute  l'attention .  De  même  pour  les  personnages  : 
ils  sont  très  nombreux,  et  tous  expressément  chargés  de  représenter 
quelque  chose,  d*ôtre  des  «  types.  »  Mais  ils  ne  sont  pas  assez  forte- 
ment rattachés  à  raclion;  ils  y  détîlenl  comme  dans  un  kaléidoscope, 
sans  autre  motif  que  de  compléter  le  «  tableau  de  la  société  sous  Gré- 
goire VII.  »  Je  signale  notamment  le  héros  des  vingt-deux  premières 
pages;  à  l'importance  qui  lui  est  donnée  là,  on  pourrait  croire  qu'il  va 
mener  l'action  ;  or,  il  n'y  assiste  même  pas  ;  il  n  y  reparaît  plus  que 
pour  mourir.  Un  «  tableau  »  n'est  pas  une  série  d'images  juxtaposées  et 
disjointes,  mais  un  ensemble  conçu  avec  lar:;ftur,  avec  le  sentiment  de 
l'harmonie  et  de  la  perspective,  —  et  c'est  pourquoi  ce  roman  n'est  pas 
tableau.  Est-il  au  moins  une  bonne  leçon  d'histoire,  et  l'enseignement 
qui  s'en  dégage  peut-il  être  accepté?  Mais  d'abord  s'en  dégage-t-U  un  en- 
seignement? Des  renseignements,  il  y  en  a,  mais  il  semble  que  l'auteur 
se  soit  appliqué  à  n'en  tirer  aucune  conclusion  générale.  Il  a  voulu  être 
neutre  et  le  paraître.  Or  la  neutralité,  en  histoire  comme  en  philoso- 
phie, est  impossible;  ceux  qui  la  promettent  dans  leurs  programmes 
se  trompent  ou  nous  trompent,  et  ceux  qui  veulent  la  mettre  dans  leurs 
œuvres  se  condamnent  à  la  nullité.  Il  n'y  a  que  les  «  esprits  neutres,  » 
par  impuissance  de  voir  et  de  juger,  qui  puissent  croire  à  la  neutralité 
et  la  pratiquer.  M.  Gebhart  serait  désolé  d'être  un  de  ces  neutres,  et 
il  pourrait  bien  se  faire  qu'en  effet  il  ne  le  fût  pas.  Il  parle  quelque  part 
(p.  224)  de  «  la  passion  »  du  Pape  contre  l'Empereur;  il  cite  (p.  153), 
en  la  laissant  isolée  et  indéterminée,  une  phrase  de  saint  Grégoire,  qu'il 
sait  bien  pouvoir  prêter  et  avoir  déjà  prêté  à  des  commentaires  sans 
loyauté  ni  pudeur  ;  enfin,  dans  une  dos  pages  les  plus  précieusement 
ouvragées  de  son  livre  (p.  206),  il  lait  révéler  par  les  jardins  du  Latran, 
par  «  l'arôme  enivrant  des  roses,  par  les  lièdes  haleines  qui  filent  à  tra- 
vers les  branches,  »  les  désordres  de  la  Rome  pontificale  au  x**  siècle. 
Est-ce  une  erreur  historique?  Hélas!  non  !  Mais  c'est  une  erreur  litté- 
raire et  morale.  Un  vrai  maître  dans  l'art  d'écrire  ne  se  serait  pas  es- 
crimé aussi  naïvement  à  «  faire  de  la  poésie,  «  n'y  aurait  pas  si  lourde- 
ment appuyé. 

23.  —  Nous  serous  bref  sur  YExUée,  qui  n'est  qu'un  recueil  d'articles 
déjà  anciens.  Les  premiers  sont  consacrés  à  la  reine  Carmen  Sylva,  suc- 
cessivement présentée  dans  son  château  de  Sinaïa,  son  palais  de  Bu- 
charest  et  l'hôtel  de  Venise,  où  l'ont  «  exilée  »  les  ordonnances  des  mé- 
decins et  les  cruautés  de  la  politique.  Ce  sont  trois  portraits  exquis, 
dignes  du  peintre  et  du  poète  qu'est  toujours  M.  Loti,  mais  dignes  aussi 
d'un  chevalier.  Le  dernier  est  encadré  dans  une  Vue  de  Venise  :  la  ma- 
jesté exilée  dans  la  majesté  déchue.  La  description  de  Conslanlinople 
en  1890^  qui  vient  ensuite,  est  une  des  plus  développées  qu'ait  écrites 


—  29  — 

M.  Loli;  on  ne  la  trouve  pas  longue.  Les  «  descripteurs  »  qui  décrivent 
comme  des  commissaires-priseurs  ou  comme  M.  Zola  empêchent  par- 
fois de  voir  ce  qu'ils  montrent;  M.  Loti  a  beau  décrire,  son  art  n'arrive 
pas  à  cacher  Tobjet;  Timage  se  dégage  toujours,  nette  et  vive.  C'est  un 
voyant  qui  fait  voir.  Je  l'aime  mieux  quand  il  fait  tout  voir  d'un  mot  et 
d'un  geste,  le  geste  de  quelqu'un  qui  tire  un  rideau  ;  mais  je  le  goûte 
fort  aussi  quand  il  s'arrête  aux  détails.  Le  volume  contient  encore  un 
fragment  sur  les  Charmeurs  de  serpents,  d'un  très  savoureux  exotisme, 
et  deux  études  de  «  ce  bibelot  d'étagère  qu'est  la  femme  japonaise,  »  et 
qui  sont  Tune  un  épisode,  l'autre  un  complément  de  Madame  Chrysan- 
thème, dont  la  quatorzième  édition  vient  de  paraître. 

24.  —  Matelot  est  une  œuvre  nouvelle,  non  par  la  méthode  de  com- 
position, qui  est  toujours  un  peu  lâche,  ni  par  la  méthode  de  rédaction, 
qui  est  toujours  un  peu  haletante  et  nonchalante,  ni  par  la  nature  du 
sujet,  qui  est  toujours  [triste,  d'une  tristesse  lourde  et  pénétrante,  mais 
par  la  qualité  et  la  puissance  du  pathétique  :  Pêcheur  d'Islande  est 
égalé,  sinon  dépassé.  Les  dernières  pages  sont  d'une  intensité  d'éniotion 
telle,  que  je  défie  qu'on  puisse  les  lire  à  haute  voix  dans  une  famille 
éprouvée  de  douleurs  analogues  à  celles  qu'y  représente  le  poète.  Le  ro- 
man n'est  pas  du  tout  romanesque  ;  il  est  un  des  moins  a  chargés  de  ma- 
tière »  du  même  auteur;  il  n'y  a  presque  pas  d'aventures  ni  d'exotisme. 
C'est  l'histoire  d'une  vie  ordinaire,  un  peu  plus  «  malchanceuse  »  que 
d'autres,  et  la  peinture  d'une  âme  semblable  à  la  plupart  des  âmes. 
Cette  peinture  se  compose  d'une  série  de  petits  tableaux  séparés,  dont 
quelques-uns  sont  à  peine  ébauchés,  dont  aucun  n'est  «  léché,  »  mais 
qui  tous  suggèrent  et  évoquent  avec  une  force  rare  cela  même  qu'ils  ne 
font  qu'indiquer;  c'est  de  la  peinture  «  impressionniste,  »  impression- 
niste au  point  qu'elle  contraint  d'achever  ce  qu'elle  commence,  de  péné- 
trer dans  les  horizons  qu'elle  entrouvre,  de  s'abandonner  aux  émotions 
qu'elle  éveille  :  c'est  une  sorte  de  collaboration  forcée,  délicieuse  tou- 
jours, lassante  quelquefois.  Voici  la  série  des  tableaux,  qui  vont  d'ail- 
leurs en  s'agrandissant  et  en  s'élargissant  jusqu'à  la  fin.  —  Jean  Berny 
enfant,  habillé  en  ange  dans  une  procession  de  la  Fête-Dieu,  en  Pro- 
vence ;  —  le  même,  quelques  années  après,  un  jour  de  Pâques,  dînant 
entre  sa  mère,  une  veuve  dont  il  est  l'unique  affection,  et  un  grand-père, 
ancien  oiScier  dont  la  pension  les  fait  vivre  tous  les  trois.  Jean  portait 
ce  jour-là  un  costume  neuf,  et  un  petit  chapeau  de  feutre,  avec  un  ruban 
de  velours.  — Le  môme  au  collège,  où  il  prépare  ses  examens  du  Borda, 
avec  un  peu  de  nonchalance.  —  Il  est  reçu  à  l'examen  écrit,  refusé  à  l'exa- 
men oral.  —  Désespoir  de  la  mère,  aggravé  par  la  tranquillité  du  jeune 
homme,  qui  déclare  qu'il  sera  matelot  quand  même.  —  Jean  s'engage' 
comme  «  mousse  »  à  bord  d'un  vaisseau  marchand.  Premières  impres- 
sions de  la  vie  de  matelot,  première  aventure  ou  plutôt  commencement 


—  30  — 

d'une  aventure  qui  n*aboutil  pas  :  pendant  une  escale  à  Rhodes,  une 
jeune  Grecque  vient  chaque  soir  lui  jeter  d  abord  une  fleur,  puis  un 
baiser.  Il  se  rembarque.  Et  ainsi  de  suite,  la  vie  de  Jean  est  déroulée, 
tableau  par  tableau.  Pas  d*événemeats  extraordinaires  ;  celte  vie  tient 
toute  entre  Taffection  pour  sa  mère  et  ses  occupations  maritimes.  Revenu 
en  Provence,  après  un  premier  voyage,  il  n*y  trouve  plus  Taïeul.  Sa 
mère  et  lui  vendent  la  maison  et  le  mobilier  et  s'établissent.  Jean  s*em- 
barque  sur  un  vaisseau  de  TÉtat;  au  Canada,  il  est  sur  le  point  d'avoir 
une  aventure;  un  bourgeois  le  rencontre  sur  le  port,  Tinvite  à  dîner  chez 
lui,  el  lui  offre  une  de  ses  filles  en  mariage;  Jean  est  brun,  la  fille 
blonde,  cl  le  père  a  peur  d'avoir  des  petits-fils  albinos.  L'affaire  n'a  pas 
de  suite,  malgré  la  grâce  de  la  Canadienne,  dont  Jean  est  assez  ému.  Le 
vaisseau  repart,  el  Jean  le  suit,  sans  trop  savoir  pourquoi  il  n'a  pas  pré- 
féré rester  à  Québec.  [1  ne  sait  pas  vouloir  ;  le  «  service  »  a  développé 
ses  muscles  aux  dépens  de  son  cerveau,  el  ses  habitudes  de  songerie  ont 
détendu  sa  volonté.  Les  ambitions  de  l'ancien  candidat  à  l'école  du 
Borda  ont  disparu,  il  est  devenu  pareil  aux  êtres  simples  dont  il  est  le 
camarade,  et  il  ne  souffre  pas  de  sa  déchéance,  qu'il  ne  sent  pas.  Au 
retour  du  Canada,  il  est  envoyé  dans  un  port  de  la  Manche;  il  y  ren- 
contre une  jeune  fille,  une  petite  couturière;  troisième  commencement 
d'idylle,  très  pure  d'ailleurs,  troisième  départ,  —  cette  fois-ci  pour  le 
Tonkin.  Pourtant  il  «  voudrait  »  bien  «  vouloir  »  épouser  la  petite  coutu- 
rière et  la  demander  au  père;  il  commence  plusieurs  lettres,  il  n'en  finit 
aucune.  Il  ne  sait  pas  mener  ses  actes  à  leur  fin  :  il  en  a  épuisé  la  joie  à 
les  décréter,  ou  plutôt,  car  c'est  moins  un  désillusionné  qu'un  inerte  el 
un  «  aboulique,  »  il  épuise  sa  force  d'action  à  commencer  d'agir.  Et  il 
reste  dix-huit  mois  au  Tonkin  ;  il  y  souffre  dans  son  âme,  livrée  à  la 
nostalgie,  dans  son  corps,  miné  par  la  dysenterie.  On  se  décide  à  le 
rapatrier  ;  il  est  embarqué  sur  un  vaisseau  à  voiles,  la  Saône^  qui  re- 
tourne en  France  et  à  Brest  par  le  cap  de  Bonne-Espérance.  Il  meurt 
en  roule. 

La  vie  de  Jean  Berny  est  terminée  ;  mais  le  chef-d'œuvre  de  M.  Loti 
commence  à  peine.  C'est  dans  cette  dernière  partie  que  se  trouvent  les 
plus  belles  pages  du  livre,  celles  qui  sont  consacrées  à  la  traversée  de  la 
Saône,  avec  son  «  mouroir  »  rempli  de  malades,  à  Tagonie  de  Jean,  à 
sa  mort,  à  la  prière  du  soir  sur  le  pont.  Il  y  en  a  d'autres,  les  der- 
nières, les  quarante  ou  cinquante  dernières  ;  mais  celles-là,  je  n'ose  pas 
les  louer,  de  peur  d'aller  les  relire.  Oui  «  de  peur!  »  L'art  poussé  à  ce 
degré  d'évocation  du  réel  cesse  d'être  un  plaisir  ;  la  sensation  du  vrai 
est  si  violente,  qu'on  en  perd  le  sentiment  el  la  joie  du  beau.  Je  me 
borne  à  une  analyse,  sèche  :  la  Saône  rentre  à  Brest  ;  la  mère  de  Jean 
va  au-devant  du  navire,  dans  un  petit  canot;  elle  a  mis  un  certain  cos- 
tume qu'il  aimait,  et  un  chapeau  neuf,  fruit  de  longues  économies,  qu'il 


—  3i  — 

aimera  ;  il  est  orné  d'une  plume  grise,  «  qu'il  trouvera  distinguée.  »  Les 
camarades  de  Jean  la  reconnaissent  et  n'osent  pas  lui  annoncer  la  ter- 
rible nouvelle  ;  elle  les  interpelle  du  fond  de  son  canot  ;  elle  s'adresse 
notamment  à  un  petit  factionnaire,  qui  devine  que  c'est  la  mère,  devient 
tout  rouge  et  reste  figé  à  son  poste,  feignant  de  ne  pas  comprendre, 
muet.  Enfin  elle  reçoit  la  nouvelle,  et  tombe,  comme  sous  un  coup  de 
massue,  dans  la  vase  du  canot,  la  pauvre  plume  grise  balayant  le  plan- 
cher. On  la  transporte  chez  elle  ;  elle  revient  à  la  vie,  mais  non  à  la 
résignation  ;  eUe  entretient  par  la  contemplation  sa  douleur  farouche 
chaque  jour  renouvelée  des  reliques  qui  lui  restent  :  les  photographies 
de  Tabsent,  son  petit  chapeau  de  feutre,  du  si  lointain  jour  de  Pâques  ; 
elle  refuse  d'être  consolée,  jusqu'à  l'heure  où  son  regard  s'arrête  sur  une 
Vierge  toute  blanche  dans  ses  voiles,  avec  la  date  de  la  première  com- 
munion de  Jean  inscrite  à  ses  pieds,  et  un  Christ  d'ivoire,  tête  penchée 
sur  sa  croix.  Elle  prie  ;  «  le  céleste  revoir  apparaît  à  cette  mère,  »  et 
elle  se  soumet.  Permettez-moi  de  reproduire  les  dernières  lignes,  une  in- 
vocation de  l'auteur  lui-même  aux  saints  emblèmes  devant  lesquels  il 
vient  de  laisser  son  héroïne  agenouillée  :  «  0  Christ  de  ceux  qui  pleurent, 
ô  Vierge  calme  et  blanche....  0  vous  qui  seuls  donnez  le  courage  de 
vivre  aux  mères  sans  enfants  et  aux  fils  sans  mère,  ô  vous  qui  faites 
couler  les  larmes  plus  douces  et  qui  mettez,  au  bord  du  trou  noir  de  la 
mort,  votre  sourire,  —  soyez  bénis  I  » 

Pourquoi  faut-il  que  cette  délicieuse  prière  ne  soit  pas  une  prière,  et 
qu'elle  contienne  les  deux  lignes  que  j'ai  remplacées  plus  haut  par  des 
points  :  «  0  tous  les  mythes  adorables  que  rien  ne  remplacera  plus  !  » 
Pourquoi  faut-il,  qu'une  page  plus  haut,  la  foi  en  l'immortalité  chré- 
tienne soit  appelée  un  «  leurre  radieux  ?»  0  poète,  qui  craignez  d'être 
«  leurré  »  par  la  foi,  qui  avez  peur  d'être  dupe  des  espérances  chré- 
tiennes, vous  avez  donc  oublié  que  la  pire  des  duperies,  c*est  de  ne  vou- 
loir pas  être  dupe,  et  que  les  «  leurres  »  certains  du  scepticisme  sont 
plus  malfaisants  que  les  prétendus  leurres  du  christianisme  ?  Et  une 
preuve  qu'ils  sont  plus  malfaisants,  c'est  qu'ils  font  de  vous,  un  doux 
poète  qui  vous  croyez  inoffensif,  une  sorte  de  malfaiteur  qui  troublez 
des  âmes  innocentes  en  vous  apitoyant  sur  elles,  qui  leur  enlevez  la  sé- 
curité de  leur  foi,  sans  rien  leur  donner  en  échange. 

2.%.  —  La  Rôtisserie  de  la  reine  Pédauque  est  une  œuvre  d'un  caractère 
ambigu  et  déconcertant.  Il  fallait  pour  l'écrire  un  mandarin  de  lettres 
à  la  fois  artiste,  érudit,  philosophe,  archéologue,  bouquiniste,  poêle  ;  il 
faut  pour  la  goûter  être  soi-même  un  mandarin  repu  de  livres  et  blasé. 
Les  esprits  reclilignes,  qui  croient  encore  que  deux  et  deux  font  quatre, 
qui  acceptent  l'ironie,  mais  à  la  condition  qu'elle  ne  soit  pas  trop  com- 
pliquée, qui  n'estiment  que  ce  qui  est  clair  et  not,  qui  jouissent  d'une 
bonne  grosse  santé  intellectuelle,  et  qui  ne  savent  pas  combien  il  y  a  de 


—  32  — 

distinction  dans  certaines  affections  — j'allais  dire  afiectations  —  men- 
tales, ceux-là  ouvriront  de  grands  yeux  devant  la  Rôtisserie  de  la  reine 
Pédauque  et  ne  comprendront  pas  !  J'en  sais  même  qui  se  sont  fâchés, 
et  ferme,  et  qui  se  sont  demandé  pourquoi  M.  Anatole  France  se  moquait 
ainsi  du  public.  Il  est  certain  qu*U  y  a  dans  cette  composition  une  foule 
d'éléments  hétérogènes  et  disparates.  Il  y  a  d'abord  un  pastiche  littéraire, 
une  imitation  formellement  voulue  et  très  laborieusement  poursuivie, 
d'un  genre  un  peu  archaïque  :  c'est  un  «  instar  »  du  Candide  de  Voltaire, 
un  «  instar  »  des  facéties  philosophiques  du  xviii*  siècle,  qui  étaient  elles- 
mêmes  des  «  instar  »  des  facéties  du  xvi*.  L'auteur  le  sait,  et  que  ce 
«  moule  »  seut  un  peu  l'école  et  la  gendelettrie,  et  qu'il  est  suranné  ;  mais 
s'il  l'a  choisi,  ce  n'est  pas  qu'il  le  «  gobe  »  —  fi  !  chez  les  très  doctes  et 
très  artistes  sophistes,  dont  est  M.  Anatole  France,  on  ne  «  gobe  »  rien, 
rien  que  le  renanisme;  —  et  la  preuve,  c'est  qu'il  se  sert  de  cc;«  moule,  » 
de  manière  à  nous  faire  voir  qu'il  en  sent  tout  lartifice  et  qu'il  n'en  est 
pas  plus  dupe  que  vous.  C'est,  paraît-il,  un  jeu  délicieux  et  le  dernier 
«  cri  »  de  la  chinoiserie  littéraire. 

Il  y  a  ensuite,  dans  ladite  Reine  Pédauque,  une  fable  très  singulière 
et  des  personnages  très  étonnants.  L'action  se  passe  à  Paris,  dans  la 
dernière  moitié  du  xviii*  siècle,  et  c'est  un  de  ceux  qui  y  jouent  un  rôle, 
le  nommé  Jacques  Ménétrier,  dit  Tournebroche,  qui  nous  la  raconte. 
11  est  fils  d'un  rôtisseur,  qui  avait  pris  pour  enseigne  la  Reine  Pédauque, 
laquelle,  nous  dit  Rabelais,  «  portait  autrefois  à  Tholose  les  pieds  lar- 
gement pattes,  comme  sont  des  oyes.  »  Tout  en  tournant  la  broche  de 
son  père,  à  la  place  d'un  chien  qu'ils  avaient  perdu,  il  fait  la  connais- 
sance des  clients  et  des  visiteurs  de  la  boutique,  et  notamment  d'un 
capucin,  d'une  fille  de  chambre,  d'un  gentilhomme  gascon  et  de  Tabbé 
Jérôme  Goignard.  Le  capucin  est  un  ivrogne,  l'abbé  aussi,  la  fille  de 
chambre  est  une....  fille,  et  le  Gascon  un  fou.  Seulement  le  capucin  est 
un  âne,  tandis  que  l'abbé  est  un  grand  savant  :  il  est  docteur  en  théo- 
logie et  licencié  es  arts  ;  il  a  l'esprit  raflBné  avec  des  mœurs  très  élémen- 
taires; c'est  un  Pic  de  la  Mirandole  et  un  truand.  C'est  aussi  un  Trisso- 
tin  ;  il  aime  à  citer,  mais  c'est  un  Trissotin  bon  enfant,  et  qui  demande 
non  qu'on  l'admire,  mais  qu'on  le  nourrisse.  Le  sort  de  Tournebroche 
le  touche  ;  il  se  charge  de  l'élever  moyennant  pitance.  Et  de  fait,  il  lui 
apprend  le  grec,  pendant  que  Catherine,  la  chambrière,  lui  apprend 
autre  chose.  Mais  voici  que  le  gentilhomme  gascon,  nommé  d'Astarac, 
prend  le  maître  et  l'élève  à  son  service,  pour  l'aider  dans  ses  études 
kabalistiques.  II  a  trouvé  le  moyen  de  faire  de  l'or  et  des  diamants, 
mais  il  n'a  pas  de  quoi  payer  ses  gens.  Cependant  comme  il  a  une  bonne 
table  et  une  belle  bibliothèque,  Tournebroche  et  son  bon  maître  se  se- 
raient assez  volontiers  acoquinés  chez  lui,  si  d'une  part  sa  maison 
n'avait  pris  feu,  au  cours  d'une  de  ses  expériences  chimico-kabalis- 


—  as- 
tiques, et  si  d'antre  pari  certaine  fredaine  nocturne  en  compagnie  d'un 
jeune  chevalier  libertin  ne  les  avait  obligés  à  prendre  la  fuite.  Ils  partent, 
emportant  quelques  diamants  du  gentilhomme,  lesquels,  hélas  !  se 
trouvent  plus  gascons  que  lui,  et  ne  sont  que  de  vulgaires  bouchons  de 
carafe,  ils  voyagent  avec  le  chevalier,  qui,  lui,  a  enlevé  la  nièce  et  la 
maîtresse  d'un  vieux  juif,  l'associé  de  d'Aslarac  dans  ses  études  de  kabale. 
Le  juif  les  poursuit,  et  comme  il  croit  que  c'est  l'abbé  qui  a  suborné  sa 
nièce,  il  lui  plante  un  long  couteau  entre  les  épaules,  dont  il  meurt  très 
chrétiennement.  Cy  tinit  la  Rôtisserie  de  la  reine  Pédauque, 

Mais  il  reste  encore  «  la  substantificque  mouelle  »  qu'il  faut  extraire  de 
cet  os,  relief  de  la  table  de  Voltaire  et  de  Rabelais.  Vais-je  l'extraire? 
Faut-il  vous  exposer  les  opinions  de  Jérôme  Coignard  sur  la  théologie, 
la  philosophie,  la  jurisprudence,  la  politique,  la  morale,  l'art,  les  anciens, 
les  modernes,  toutes  les  choses  connaissables  et  quelques  autres  encore? 
Vous  ne  le  voudriez  pas,  d'autant  que  Jérôme  Coignard  n'a  pas  tout  dit 
ici,  puisque  ses  propos  de  table  remplissent  un  autre  volume,  et  d'autant 
surtout  qu'on  ne  voit  pas  très  bien  quand  et  où  son  truchement,  M.  A. 
France,  le  prend  au  sérieux.  Jérôme  Coignard  se  «  gausse  »  de  tout,  mais 
M.  A.  France  se  gausse  de  Jérôme  Coignard,  et  il  se  gausserait  de  nous, 
si  nous,  à  notre  tour,  ne  nous  gaussions  de  l'un  et  même  un  peu  de 
l'autre.  Quand  l'auteur  de  la  RôtisseHe  voudra  nous  exposer  lui-même 
et  directement  ses  propres  idées  sans  les  faire  passer  par  la  bouche  d'un 
ivrogne,  nous  pourrons  voir  ce  qu'en  vaut  l'aune,  et  nous  sommes 
sûr,  est-il  besoin  de  l'ajouter?  qu'elle  ne  vaudra  pas  peu,  M.  -Anatole 
France  étant  un  des  esprits  les  plus  fins,  les  plus  pénétrants,  les  mieux 
informés  et  les  plus  libres  de  notre  temps.  Jusque-là,  qu'il  nous  permette 
de  lui  dire  que  le  jeu  auquel  il  s'est  livré  ici  a,  entre  autres  défauts, 
celui  d'être  tout  à  fait  inopportun  et  intempestif.  Ces  audaces  railleuses, 
enveloppées  et  comme  étouflfées  dans  des  inventions  burlesques,  con- 
viendraient peut-être  à  des  lettrés  oisifs,  confortablement  installés  dans 
une  société  tranquille  et  solide,  dont  on  ne  craindrait  pas  d'ébranler  les 
bases  en  les  découvrant;  elles  auraient,  par  exemple,  pu,  jadis,  dans 
une  abbaye  de  Thélème  bien  rentée  et  bien  gardée,  amuser  des  cha- 
noines laïques,  gras  et  doux,  d'opinions  frondeuses  et  de  vie  calme, 
d'esprit  aigu  et  de  ventre  épais.  C'était  alors  la  seule  ressource  des  gens 
d'esprit  d'avoir  de  l'esprit  et  d'en  jouir  en  chattemites  sournoises,  pru- 
dentes et  souriantes;  et  c'était  aussi  leur  privilège  de  continuera  pro- 
fiter de  ce  dont  ils  se  moquaient  :  les  tyrans,  comme  François  I"  et 
Louis  XV,  qui  leur  servaient  de  cible,  leur  servaient  aussi  de  bouclier,  et 
leur  étaient  deux  fois  utiles  en  excitant  leur  verve  et  en  protégeant  leur 
dîner.  Mais  aujourd'hui?  Où  sont  les  tyrans  et  les  abbayes  d'antan?  Et 
par  conséquent,  où  est  le  mérite  et  l'utilité  de  ces  savantes,  laborieuses, 
et  d'ailleurs  succulentes  bouffonneries?  Cd^^rles  Arnaud. 

Janvier  1894.  T.  LXX.  3. 


-  34  — 

SCIENCE  SOCIALE,  ÉCONOMIE  POLITIQUE,  SOCIALISME 

1.  Almanach  de  la  question  sociale  illtatré  pour  1893.  Paris,  Adraiaislration  de  la  Çties- 
lion  sociale^  1893,  in-8  de  224  p..  1  fr.  50.  —  2.  Le  Capital,  par  Karl  Marx,  extraits 
faits  par  Paul  Lafargue.  Paris,  Guillaumin,  1893,  iD-32  de  lxxx-176  p.,  1  fr.  50. 
—  3.  La  Tyrannie  socialiste,  par  Yves  Guyot.  Paris,  Delagrave,  1893,  in-12  de  xv- 
272  p.,  1  fr.  25.-4.  Le  Salut  est  en  votu,  par  Léon  Tolstoï.  Paris,  Perrin,  1893,iD-12  de 
390  p.,  3  fr.  50. —  5.  La  Famine,  par  Léon  Tolstoï,  Irad.  française.  Paris,  Perrin,  1893, 
in-12  de  xv-248  p.,  3  fr.  50.  —  6.  La  Question  sociale  est  une  question  morale^  par 
Th.  Ziegler,  trad.  de  l'allemand  par  Palante.  Paris,  Félix  Alcan,  1893,  in-12  de 
xv-172  p.,  2  fr.  50.  —  7.  La  Société  moderne  et  la  question  sociale,  par  J.  Borin-Pour- 
NET.  Paris,  Guillaumin,  1893,  in-12  de  455  p.,  3  fr.  50.  —  8.  La  Question  ouvrière,  par 
l'abbé  P.  Feret-.  Paris,  Lelhielleux,  1893,  in-12  de  xxxvii-382p.,  3  fr.  50.— 9.  Le  Pro- 
blème social,  par  Ch.  âdep,  2*  édition.  Liùf^e,  Demarleau,  1893,  in-12  de  115  p.  — 
10.  Contrat  de  travail  et  juste  salaire,  par  le  môme  Liège,  Demarleau,  1891,  in-i2 
de  50  p. — 11.  Coup  d'œU  sur  les  œuvres  de  l'initiative  privée  à  Genève,  par  le  capitaine 
Paul  Marin.  Paris,  Guillaumin,  1803,  in-12  do  xii  et  336  p.,  3  fr.  50.  — 12.  Die  Arbei- 
terfragein  der  deutscfien  Landwirthschaft,  von  D'  Kuno  Frankenstein.  fierlln,  Oppen- 
hoim,  1893,  in-8  de  325  p. —  13.  Slaalslexikon,  fascicules  23  à  26.  Fribourg-en-Bris- 
gau,  Hcrder.  Prix  du  fascicule  :  1  fr.  50.  —  14.  L'Économie  politique  est-elle  une 
science?  conférence  par  S.  Vainbero.  Paris,  Imprimeries  et  lib."airies  réunies,  1893' 
in-18  de  48  p.  —  15.  Le  Scienze  morali  e  politiclie  :  i  loro  methodo  e  i  loro  resul- 
tali,  di  Giuseppe  Cimbali.  Turin,  Roux,  1893,  in-8  de  87  p.  —  16.  Pour  devenir 
financier;  traité  théorique  et  pratique  des  affaires  de  banque  et  de  bourse,  par  R.  Che- 
vrot.  Paris,  Gauthier- Villars,  1893,  in-8  de  x-401  p.,  6  fr. 

1.  —  Malgré  sa  date  arriérée,  TAlmanach  socialiste  pour  1893,  pu- 
blié par  M.  Argyriadès,  vaut  la  peine  d'être  conservé,  car  il  contient  cer- 
tains documents  utiles  à  retenir  pour  Thisloire  du  mouvement  socialiste. 
Nous  citerons,  entre  autres,  une  traduction  analytique  de  Touvrage  de 
Bebel,  la  Femme  et  le  socialisme,  et  le  Droit  à  Vavortement,  par  M™*  Paule 
Minck.  L' Almanach  se  termine  par  une  liste  générale  des  journaux  so- 
cialistes du  monde  entier. 

2.  —  La  Petite  Bibliothèque  économique,  de  la  maison  Guillaumin, 
fait,  à  bon  droit,  une  place  aux  auteurs  hétérodoxes.  Ace  titre,  Karl  Marx 
devait  y  figurer,  et  comme  peu  de  personnes  sont  disposées  à  lire  les 
deux  énormes  volumes  du  Capital,  ce  petitlivre  leur  donnera  au  moins 
une  idée  des  principales  théories  et  des  procédés  de  dialectique  du  fon- 
dateur de  la  doctrine  collectiviste.  Le  soin  de  faire  les  extraits  a  été  con- 
fié à  son  gendre,  M.  Lafargue.  Il  en  donne  deux  très  étendus,  Tun  sur 
la  théorie  de  la  valeur,  mesurée  d'après  le  nombre  d'heures  de  travail, 
Taulre  sur  la  transformation  de  l'argent  en  capital,  et  il  y  a  ajouté 
quelques  pages  de  notes  destinées  à  fortifier  ces  thèses.  Mais  ce  qui  fait 
le  grand  prix  de  ce  volume,  c'est  la  réfutation  des  sophismes  de  Karl 
Marx,  que  fait  M.  Vilfredo  Pareto,  professeur  à  l'Université  de  Lausanne, 
dans  les  quatre-vingts  pages  de  l'introduction .  Au  lieu  de  montrer,  comme 
Ta  fait  M.  Eug.  Richter,  les  conséquences  pratiques  du  collectivisme,  M.Vil- 
fredo  Pareto  prend  corps  à  corps  les  sophismes  fondamentaux  de  K.  Marx 
et  les  détruit  par  une  argumentation  serrée,  toujours  de  bonne  foi  et 


—  35  — 

absolument  convaincanle.  Jamais  rien  d'aussi  fort  comme  dialectique 
ne  leur  avait  été  opposé.  Sans  doute  cette  réfutation  est  elle-même  un 
peu  subtile  et  exige,  pour  être  comprise,  une  attention  soutenue;  mais 
-c'est  le  propre  des  sophismes  d'être  faciles  à  poser,  laborieux  à  détruire. 
En  finissant,  M.  Vilfredo  Pareto  montre  que  les  enseignemenls  de  Téco- 
nomie  politique  n'ont  rien  de  commun  avec  les  mauvaises  pratiques  des 
gouvernants  de  beaucoup  d'États.  Celles-ci  constituent  une  sorte  de  so- 
cialisme bourgeois  qui  peut  déjà  faire  juger  du  mal  que  ferait  le  socia- 
lisme populaire.  Ce  remarquable  travail  fera  connaître  au  public  M.  Vil- 
fredo Pareto  comme  un  des  premiers  économistes  contemporains,  ce 
que  les  personnes  versées  dans  la  science  savaient  déjà. 

3.  —  M.  Yves  Guyot  fait  d'autant  mieux  comprendre  quelle  serait  la 
Tyrannie  socialiste,  que  déjà  nous  voyons  les  syndicats  révolutionnaires 
opprimer  leurs  membres  et  tous  ceux  qui  ne  veulent  pas  faire  partie  de 
ces  organisations.  Le  principal  intérêt  de  ce  volume  est  dans  l'enregis- 
trement d'une  foule  de  faits  et  de  discussions  relatifs  à  la  question  socia- 
liste et  aux  lois  dites  ouvrières  que  les  journaux  mentionnent,  mais 
qu'ensuite  on  ne  sait  où  retrouver.  Comme  doctrine,  le  livre  est  une  re- 
vendication vigoureusement  déduite  de  la  liberté  du  travail  :  mais  l'au- 
teur a  le  grave  tort  de  signaler  comme  une  cause  du  développement 
actuel  du  socialisme  les  patrons  bienfaisants  qui  ont  créé  des  institutions 
philanthropiques  pour  leurs  ouvriers.  M.  Yves  Guyot  combat  ces  institu- 
tions; il  voudrait  môme  que  Ton  cessât  d'employer  le  mot  de  patron. 
En  cela,  il  méconnaît  la  tradition  constante  du  genre  humain  et  les 
meilleures  expériences  contemporaines.  Ce  n'est  pas  en  flattant  chez  les 
ouvriers  les  préjugés  révolutionnaires  qu'on  pourra  combattre  le  socia- 
lisme, et  dans  ce  chapitre-là  M.  Yves  Guyot  se  fait  le  propagateur  de 
ces  préjugés. 

4  et  5.  —  M.  Goschen,  dans  un  remarquable  discours  prononcé  à 
l'Association  britannique  pour  l'avancement  des  sciences,  a  signalé  le  tort 
que  faisait  à  l'économie  politique  l'introduction  de  «  l'élément  émotion- 
nel »  dans  la  discussion  de  ses  problèmes.  Le  mot  est  merveilleusement 
approprié  aux  œuvres  sociales  dans  lesquelles  se  répand  la  vieillesse  de 
Tolstoï.  Deux  descriptions  fort  belles,  Tune  d'une  scène  de  conscrip- 
tion, l'autre  de  l'administration  du  knout  à  des  paysans  révoltés  contre 
la  justice,  impressionnent  le  lecteur  sensible  et  délassent  au  moins  le 
lecteur  ennuyé  de  son  dernier  volume  :  Le  Salut  est  en  vous.  Reprenant 
une  thèse  qu'il  avait  déjà  indiquée  en  188-4  dans  son  ouvrage  :  En  quoi 
consiste  ma  foi,  Tolstoï  soutient  que  le  service  militaire  est  incompati- 
ble avec  la  profession  de  l'Évangile  :  à  tous  les  sophismes  émotionnels 
qu'on  peut  imaginer,  Tolstoï  ajoute  cette  fois  de  longues  dissertations, 
empruntées  à  la  théologie  des  quakers.  Le  premier  ouvrage  ayant  été 
interdit  par  la  censure  russe,  il  a  publié  celui-ci  en  français  :  c'est  donc 


—  36  — 

Tédition  originale  que  nous  avons.  Mais  pour  avoir  le  cerveau  détraqué, 
Tolstoï  n'en  est  pas  moins  sincère  et  généreux.  Le  récit  de  la  Famine 
de  1892,  qu'a  traduit  M™®  Halperine-Kaminsky,  est  aussi  instructif 
qu'émouvant.  Il  raconte  comment  Tolstoï  a  organisé,  dans  les  dislricls  les 
plus  éprouvés  par  le  fléau,  dans  lesquels  il  s*est  trouvé  posséder  des  do- 
maines, des  réfectoires  publics  pour  les  indigents,  puis  créé  des  crèches 
pour  les  enfants  à  la  mamelle,  distribué  des  semences  pour  le  blé  du 
printemps,  acheté  des  chevaux  aux  paysans  qui  avaient  vendu  les  leurs, 
organisé  des  boulaugeries  pour  la  vente  du  pain  à  bon  marché,  enfin 
essayé,  assez  infructueusement  du  reste,  de  fournir  du  travail  aux  inoc- 
cupés. La  pratique  remportant  ici  sur  Tutopie,  Tolstoï  montre  toutes  les 
diflBcultés  qu'il  a  eues  à  réserver  ces  secours  pour  ceux  qui  en  avaient 
réellement  besoin.  De  ce  récit  de  ses  expériences  il  se  dégage  un  puis- 
sant argument  en  faveur  de  la  charité  exercée  par  les  particuliers  ou  les 
associations  privées  comparativement  aux  distributions  de  secours  faites 
par  l'assistance  publique.  Ce  volume,  très  sobre  de  discussions  sociales, 
mérite  de  demeurer  comme  un  document  économique  de  premier  ordre 
sur  l'histoire  de  ces  années  terribles  pour  la  Russie.  Il  jette  un  jour  très 
vif  sur  la  situation  morale  et  économique  des  paysans  russes;  en  même 
temps  il  peut  faire  beaucoup  de  bien  en  réveillant  chez  les  chrétiens  le 
sens  de  la  charité  et  la  notion  du  devoir  qu'il  y  a  de  l'exercer  personnel- 
lement. 

6.  —  Les  mêmes  bonnes  impressions,  et  cette  fois  appuyées  sur  de 
solides  raisonnements,  se  dégagent  de  l'ouvrage  de  M.  Th.  Ziegler,  pro- 
fesseur de  philosophie  à  l'Université  de  Strasbourg.  Le  titre  indique  sa 
thèse  :  La  Question  sociale  est  une  question  morale.  Il  montre  que 
toutes  les  utopies  socialistes,  fussent-elles  réalisées,  n'amélioreraient 
nullement  la  situation  des  hommes,  si  elles  n'amenaient  pas  un  pro- 
grès moral.  Or  les  socialistes,  ou  ne  s'en  préoccupent  pas,  ou  bien  ils 
vont  au  rebours.  Par  contre,  M.  Ziegler  estime  que  la  société  éco- 
nomique actuelle  peut  être  notablement  améliorée  au  point  de  vue  des 
rapports  internationaux,  entre  employeurs  et  ouvriers  ;  que  la  justice 
peut  être  mieux  observée  dans  le  commerce  et  l'industrie,  que  les  rela- 
tions de  famille  peuvent  être  épurées.  Un  souflBie  libéral  et  humanitaire, 
chrétien  môme,  inspire  toutes  ces  pages.  Seulement  il  ne  faut  pas  ou- 
blier que  l'auteur  est  protestant  :  ainsi  il  conclut  un  chapitre,  très  judi- 
cieux d'ailleurs,  et  fort  bien  traité  au  point  de  vue  économique,  sur  la 
surpopulation,  par  l'apologie  de  certaines  pratiques  malthusiennes,  que 
Dieu,  d'après  l'Écriture,  a  en  abomination  (p.  162).  C'est  un  douloureux 
exemple  des  aberrations  dans  lesquelles  le  sens  individuel,  en  matière 
morale,  peut  tomber.  L'ouvrage  est  d'ailleurs  fort  intéressant  à  lire  et  il 
jette  un  jour  curieux  sur  les  courants  d'idées  divers  qui  agitent  l'Alle- 
magne. Le  traducteur,  M.  Palante,  met  en  garde  dans  T Avant-propos 


—  37  — 

contre  les  vues  un  peu  trop  optimistes  de  M.  Ziegler.  Contrairement  à 
ses  espérances,  depuis  1890,  date  de  la  première  édition  de  son  livre, 
le  parti  social  démocrate  n'a  rien  perdu  de  son  caractère  révolutionnaire, 
et  tout  espoir  de  sa  transformation  en  un  parti  réformiste  doit  être  aban- 
donné. 

7.  —  Le  livre  de  M.  J.  Borin-Fournet  :  La  Société  moderne  et  la 
question  sociale  répond  à  la  même  préoccupation  que  celui  de  M.  Zie- 
gler, et  il  traite  la  question  morale  avec  la  netteté  que  peut  seul  y  ap- 
porter un  catholique.  Pour  lui,  l'ébranlement  de  la  société,  surtout  en 
France,  provient  de  trois  causes  :  1^  Tindiflérence  des  classes  riches; 
y  l'esprit  de  parti  chez  les  gouvernants  tout  comme  chez  les  hommes 
d'opposition  ;  3^  par-dessus  tout,  l'affaiblissement  de  la  religion.  Il 
montre,  lui  aussi,  comment  ni  le  socialisme  collectiviste,  ni  le  socia- 
lisme d'État,  ne  peuvent  remédier  au  mal,  parce  que  ni  l'un  ni  l'autre 
ne  toucheraient  à  sa  racinp  morale.  Il  montre  aussi  par  de  fort  bonnes 
raisons  les  impossibilités  du  système  corporatif,  dont  des  catholiques 
zélés,  mais  pleins  de  préjugés,  se  sont  faits  les  promoteurs,  ainsi  que 
ses  mauvais  effets,  s'il  venait  à  être  réalisé.  Les  vrais  remèdes  sont  dans 
la  pacification  religieuse  sincère,  dans  la  restauration  de  l'enseignement 
chrétien  dans  les  écoles  publiques,  tout  en  maintenant  le  principe  de 
rinstruction  obligatoire,  qu'il  approuve  fort.  Le  patronage  des  chefs 
d'industrie,  un  ensemble  de  mesures  légales  pour  empêcher  la  destruc- 
tion de  la  petite  propriété  rurale  par  le  partage  forcé  des  successions,  la 
participation  des  ouvriers  aux  bénéfices  dans  la  mesure  où  elle  n'affai- 
blirait pas  Taulorité  nécessaire  du  chef  d'industrie,  l'intervention  de 
la  loi  pour  réprimer  les  abus  dans  le  travail  des  manufactures,  mais 
seulement  là  où  elle  est  indispensable,  enfin  et  par-dessus  tout,  une  ré- 
forme morale  qui  doit  provenir  d'un  revival  du  sentiment  religieux.  Les 
vues  de  M.  Borin-Fournet  sont  fort  justes  et  les  observations  sur  les- 
quelles il  les  appuie  sont  souvent  très  fines.  11  aurait  dû  seulement,  en 
combattant  ce  qu'il  appelle  l'esprit  de  parti,  avoir  la  plume  moins 
lourde.  En  un  sujet  si  délicat,  il  eût  bien  fait  de  se  souvenir  du  précepte 
de  Voltaire  :  Glissez,  mortels,  n'insistez  pas. 

8.  —  M.  l'abbé  Feret  est  un  de  plus  savants  prêtres  du  diocèse  de 
Paris.  Ses  ouvrages  sur  le  Cardinal  du  Perron  sur  l'Abbaye  de  Sainte- 
Geneoiève  et  la  Congrégation  de  France  l'ont  mis  au  premier  rang  des 
écrivains  ecclésiastiques  contemporains.  A  son  tour  il  a  été  attiré  par 
les  questions  sociales  et  a  voulu  écrire  un  livre  sur  la  question  ouvrière. 
n  y  a  apporté  ses  habitudes  d'érudition  et  il  a  lu  à  peu  près  tous  les 
livres  écrits  en  français  sur  ces  sujets.  En  môme  temps  il  se  distingue 
d'écrivains  pour  lesquels  il  a  une  visible  sympathie  par  la  tempérance 
do  langage  et  la  modération  des  vues.  Sur  plus  d'un  point  il  a  même 
des  aperçus  personnels,  ce  qui  devient  fort  rare  en  pareille  matière. 


-  38  - 

La  plupart  de  ses  solutions  sont  judicieuses;  nous  aurions  seulement 
à  en  combattre  trois  ou  quatre  où  le  défaut  d'études  économiques 
préalables  l'a  fait  errer  selon  nous.  Mais  ubi  plura  nitent  non  paucis 
offendar  macult^.  Le  seul  reproche  que  nous  ferons,  parce  qu'il  accuse 
une  tendance  générale  de  l'auteur  à  exagérer  ou  plutôt  à  généraliser  des 
souffrances  trop  réelles  dans  les  classes  ouvrières,  est  d'avoir  accueilli 
(p.  d88)  une  prétendue  statistique  donnée  par  M.  Goblet,  selon  laquelle 
il  mourrait  chaque  année  en  France  soixante-dix  mille  individus  de 
froid,  de  faim  ou  de  misère.  Ce  chitïre  ne  repose  sur  aucune  constatation 
authentique  :  de  plus  la  plus  grande  partie  des  morts  de  cette  nature 
frappent  des  déclassés  dans  les  grandes  villes,  des  mendiants  de  profes- 
sion et  non  pas  de  vrais  travailleurs.  De  même  (p.  111),  M.  Feret  a  tort 
de  classer  sous  cette  rubrique  :  Situation  malheureuse  de  la  classa 
ouvrière,  un  grand  nombre  d'ouvrages  dont  la  plupart  démontrent  pré- 
cisément l'amélioration  de  sa  condition  en  ce  siècle,  dans  les  princi- 
paux pays,  grâce  au  régime  économique  moderne.  Dès  le  début  le  lec- 
teur qui  n'a  pas  une  instruction  personnelle  suffisante  est  influencé  à 
faux. 

9,  10.  —  Sous  le  pseudonyme  de  Ch.  Adep,  un  écrivain  belge  a 
publié  à  Liège  un  opuscule  sur  le  Problème  social  que  distinguent  la 
vigueur  de  l'argumentation,  l'originalité  du  cadre  et  l'élégance  du  style. 
11  vaut  mieux  que  maints  gros  volumes.  L'auteur,  après  avoir  réfuté  le 
coUeclivismo  en  montrant  que  l'organisation  naturelle  de  la  société  dans 
laquelle  ceux  qui  créent  et  conservent  le  capital  en  sont  les  propriétaires 
est  la  plus  favorable  à  Taugmenlation  des  capitaux,  s'attache  à  déter- 
miner ce  qui  est  l'objet  propre  de  la  justice  commutative;  elle  est  la  pro- 
tection de  la  propriété,  des  contrats,  de  l'honneur,  de  la  vie,  de  la 
vocation  de  chacun.  A  propos  des  contrats,  il  démontre  judicieusement 
que  ce  qui  fait  la  justice  du  contrat  de  salaire,  c'est  la  commune  estimation, 
et  que  la  loi  ne  saurait  ni  supprimer  celte  base  du  contrat  de  salaire  ni 
essayer  de  la  modifier.  Déjà,  en  1891,  il  avait  établi  cette  vérité  avec  tous 
les  développements  qu'elle  comporte  dans  un  opuscule  spécial  où  il 
esquissait  ce  que  pourrait  être  une  loi  sur  le  contrat  de  salaire.  C'est,  dans 
son  cadre  concis,  une  des  études  les  plus  profondes  sur  ce  sujet  que  nous 
ayons  vues.  Quand  le  salaire  qui  résulte  de  la  commune  estimation  est 
insuffisant,  c'est  sur  la  commune  estimation  qu'il  faut  agir,  dit  Tauleur, 
par  l'organisation  de  la  classe  ouvrière,  par  les  diverses  associations  éco- 
nomiques, par  la  répression  des  abus  criants,  enfin  au  moyen  de  la  législa- 
tion. En  effet,  il  n'entend  pas  borner  la  mission  de  l'État  à  la  sanction  de  la 
justice  commutative.  La  société  ne  peut  fonctionner  que  s'il  y  a  dans  son 
seinunesomme  de  charité  suffisante.  Commele  remarque  finement  notre 
auteur,  «  le  mot  de  charité  n'est  plus  du  goût  de  tout  le  monde,  on  veut 
le  réserver  pour  des  significations  étroites;  de  là,  une  faveur  déclassée 


—  39  - 

pour  le  terme  de  justice  distributive  ;  de  là  aussi,  ce  qui  est  autrement 
grave,  un  véritable  complot  pour  enlever  aux  expressions  leur  sens 
précis  et  confondre  la  justice  et  la  charité  en  une  même  concep- 
tion »  (p.  29).  L*Élat  peut  beaucoup  «  pour  améliorer  la  condition 
morale,  intellectuelle  et  physique  des  classes  laborieuses  et  des  classes 
pauvres  »  au  moyen  d'un  bon  système  d'impôts,  en  favorisant  la  coopé- 
ra^on  sous  toutes  ses  formes,  en  donnant  largement  la  personnalité 
civile  aux  associations  professionnelles  sous  les  réserves  nécessaires 
pour  défendre  Tordre  public,  en  soutenant  les  œuvres  libres  d'instruc- 
tion et  de  bienfaisance  sans  avoir  peur  du  fantôme  de  la  mainmorte, 
enfin  en  défendant  la  famille  ouvrière  contre  l'alcoolisme  et  la  propagande 
de  la  débauche.  En  terminant,  Tauteur  montre  surtout  la  nécessité  de  la 
restauration  de  la  religion.  Cette  conclusion  a  valu  à  cet  excellent  livre 
les  dédains  du  vieux  parti  libéral  réfugié  dans  l'Académie  royale  de 
Belgique  ;  mais  cela  ne  l'empêchera  pas  de  faire  son  chemin  dans  les 
milieux  intellectuels  où  régnent  la  bonne  foi  et  le  véritable  esprit  scien- 
tifique. Cela  lui  sera,  espérons  le,  une  recommandation  aussi  auprès  des 
catholiques  de  Belgique  et  de  France. 

11.  —  Sur  le  terrain  pratique  auquel  il  faut  toujours  en  arriver,  ils 
auront  beaucoup  à  apprendre  dans  l'intéressant  volume  de  M.  Paul 
Marin  :  Coup  d*œil  sur  les  œuvres  de  Vinitiative  privée  à  Genève,  E 
passe  successivement  en  revue  les  cuisines  populaires,  les  cafés  de  tempé- 
rance, les  restaurants  de  tempérance,  l'auberge  de  famille,  l'asile  de  nuit, 
le  lavoir  public,  le  bureau  de  bienfaisance,  le  home  établi  près  de  la  gare, 
la  société  de  lecture.  Les  anecdotes  abondent  dans  tous  ces  chapitres  et  en 
rendent  la  lecture  fort  agréable.  La  conclusion  générale  qui  s'en  dégage, 
c'est  que  Genève  a  beaucoup  mieux  réussi  que  Paris,  Lyon  et  maintes 
villes  françaises  dans  la  lutte  contre  la  misère.  La  cause  en  est  que 
l'État  s'est,  autant  que  possible,  eflacé  devant  l'initiative  privée  et  n'a 
jamais  contrecarré  les  associations  de  bien  public. 

12.  —  Il  y  a  douze  ans,  le  Vei^em  fur  social  Politik,  qui  a  eu  en  Alle- 
magne à  peu  près  le  rôle  de  notre  Société  d'' économie  sociale^  avec  la 
faveur  du  gouvernement  en  plus,  avait  ouvert  une  grande  enquête  sur 
la  condition  des  classes  rurales,  dont  les  résultats  furent  publiés  en  trois 
volumes;  l'an  dernier,  eUe  a  ouvert  une  nouvelle  enquête  restreinte  à 
la  Question  de  la  main-d'œuvre  dans  Vagriculture  allemande.  Le  docteur 
Kuno  Frankenstein  en  a  analysé  les  résultats  dans  un  volume  publié 
précisément  sous  ce  titre,  et  pourlequel  il  s'est  d'ailleurs  aidé  de 
quelques  autres  sources.  Dans  l'introduction,  il  indique  à  grands  traits 
les  difiérentes  organisations  du  travail  agricole  qui  existent  en  Alle- 
magne. Dans  l'Est,  beaucoup  de  travailleurs  ont  une  condition  analogue 
à  celle  de  nos  bordiers  de  l'Ouest  et  sont  attachés  à  la  culture  d'une 
manière  permanente  par  des  contrats  de  diverse  nature,  mais  dont  le 


—  40  — 

trait  essentiel  est  de  Jeur  abandonner  la  jouissance  d'une  maison  et 
d'une  tenure,  ou  bien  de  leur  donner  une  pari  de  la  récolle  moyennant 
des  journées  à  prix  réduit  qu'ils  font  sur  le  domaine.  Dans  le  Sud,  la 
condition  des  travailleurs  agricoles  ressemble  beaucoup  à  celle  de  nos 
campagnes  françaises  de  l'Est.  M.  Frankenslein,  avec  raison,  n*a  pas 
voulu  se  borner  à  cette  division  générale.  Il  partage  TAllemagne  en  cinq 
régions  :  les  pays  à  l'est  de  l'Elbe,  —  les  pays  du  Nord-Ouest,  —  l'Alle- 
magne du  Centre, — l'Ouest  (province  rhénane  et  une  partie  delà  Hesse), 
—  enfin  l'Allemagne  du  Sud.  Pour  chacune  des  régions,  il  éludie  succes- 
sivement la  conslitulion  de  la  propriété,  les  cultures,  la  condition  géné- 
rale des  travailleurs  en  distinguant  ceux  engagés  par  contrats,  les  jour- 
naliers sédentaires  mais  libres,  les  ouvriers  nomades,  les  domestiques. 
Près  de  la  moitié  du  volume  est  consacrée  à  l'étude  de  la  première  région, 
et  il  la  partage  en  huit  subdivisions,  dont  il  fait  en  quelque  façon  la 
monographie.  A  la  fin  il  résume  les  résultats  de  son  enquête.  Partout  les 
liens  patriarcaux  sont  en  voie  de  dissolution,  et  les  nouvelles  lois  sur 
l'assurance,  particulièrement  celle  sur  l'invalidité  et  la  vieillesse,  portent 
une  grande  atteinte  aux  habitudes  de  patronage  des  grands  propriétaires. 
Aussi  sont-elles  l'objet  de  plaintes  de  la  part  des  deux  parties  (p.  182- 
183,  p.  311).  Néanmoins,  dans  presque  toute  l'Allemagne,  la  condition 
matérielle  du  travailleur  rural  est  bonne,  et  les  rapporls  sociaux  sont 
bons.  Il  n'y  a  d'exception  que  dans  l'Est,  oii  les  grandes  exploitations 
occupent  la  majeure  partie  du  sol,  et  où  l'état  matériel  du  travailleur  est 
vraiment  rude  :  on  s'y  plaint  de  l'émigration  au  delà  des  mers,  de  l'émigra- 
tion dans  les  villes  et  aussi  du  développement  du  vagabondage.  M.  Kuno 
Frankenslein  conclut  en  faisant  appel  aux  grands  propriétaires  pour 
qu'ils  s'occupent  davantage  du  bien-être  matériel  et  moral  des  travail- 
leurs qu'ils  emploient.  Il  demande  à  l'État  de  consolider  et  de  dévelop- 
per la  petite  et  la  moyenne  propriété  :  1**  en  créant  des  villages  de 
paysans  propriétaires  par  une  sorte  de  colonisation  intérieure  ;  2®  en 
préservant  les  exploitations  paysannes  anciennes  et  nouvelles  des  dan- 
gers de  Tendettemenl  et  du  partage  successoral  par  une  législation  spé- 
ciale inspirée  par  les  vieilles  coutumes  germaniques. 

13.  —  On  rapprochera  avec  utilité  de  ce  volume  divers  articles  publiés 
dans  le  Staaislexikon  de  la  Gœresgesellschafi,  Les  derniers  fascicules 
contiennent  précisément  un  long  article  sur  le  Landarôeiter,  un  autre 
du  docteur  Walter  Kaeinpfe  sur  YHœrigkeit,  sorte  de  dépendance  des 
travailleurs  ruraux  qui  a  servi  d'origine  aux  divers  contrats  .que  le  doc- 
teur Frankpnstein  a  étudiés  dans  l'Est  de  l'Allemagne.  Il  faut  signaler 
aussi  dans  ces  livraisons  des  notices  économiques  sur  l'Italie,  le  Japon, 
le  Honduras,  le  Congo,  des  articles  sur  les  jésuites,  les  juifs,  leskartello 
ou  syndicats  industriels,  les  droits  sur  les  céréales,  la  guerre  et  le  droit 
de  guerre,  enfin  toute  une  série  d'articles  sur  l'Église,  les  biens  ecclé- 


—  41  — 

siastiques,  les  Étals  de  TÉglise,  le  Joséphisme,  la  politique  religieuse  en 
Allemagne  depuis  le  congrès  de  Vienne. 

14-,  —  M.  Vainberg,  dans  une  conférence,  a  prétendu  démontrer  qu'il 
n'y  a  pas  de  lois  économiques  permanentes,  que  par  conséquent  la 
science  économique  n'existe  pas.  Les  gouvernements,  selon  lui,  ont  la 
puissance  de  réglementer  comme  ils  Tentendent  les  relations  économi- 
ques des  hommes,  sans  qu'aucune  «  force  des  choses  »  leur  fasse  obstacle. 
Comme  conclusion,  il  soutient  qu'il  n'est  pas  nécessaire  que  la  terre  soit 
l'objet  d'une  appropriation  privée,  et  que  les  préceptes  du  bouddhisme 
sont  les  seuls  qui  puissent  sinon  détruire,  du  moins  atténuer  le  mal 
(p.  17).  Cette  citation  nous  dispensera  de  réfulerles  erreurs  dont  fourmille 
cette  brochure  et  qui  nous  prendraient  plus  de  temps  et  de  place  qu'elle 
De  vaut. 

15.  —  M  Giuseppe  Cimbali  est  un  des  écrivains  les  plus  distingués 
de  l'Italie,  et  le  Polybiôlion  a  eu  plusieurs  fois  à  louer  ses  publications. 
Dans  le  Scienze  morali  e  politiche^  il  établit  contre  les  positivistes  que  la 
méthode  des  sciences  morales  et  politiques  —  morale,  droit  économique, 
politique  —  ne  saurait  être  la  méthode  expérimentale.  L'expérimen- 
tation proprement  dite  ne  peut  pas,  en  effet,  s'appliquer  aux  faits  com- 
plexes qui  ont  pour  auteur  l'homme  conscient  et  non  pas  l'homme  phy- 
sique. Ces  sciences  ne  sont  donc  pas  à  faire.  Elles  existent  et  ont  pour 
base  solide  la  méthode  d'observation  :  mais  la  méthode  d'observation  ne 
doit  pas  être  identifiée  avec  l'histoire  et  la  statistique,  qui  ne  peuvent  être 
que  des  catalogues  de  faits.  L'histoire  et  la  statistique  sont  seulement  des 
instruments  de  l'observation  répondant  à  des  buts  déterminés.  iM.  Giuseppe 
Cimbali  poursuit  son  beau  travail  en  montrant  les  différences  fondamen- 
tales qui  existent  entre  les  sciences  morales  et  les  sciences  physiques.  Les 
lois  que  dégagent  par  induction  les  sciences  morales  ne  peu  veut  pas  obtenir 
rassenliment  universel  qui  est  acquis  aux  lois  du  monde  matériel.  Pascal 
en  avait  indiqué  les  raisons  avec  sa  prodigieuse  puissance  d'expression.  Il 
n'en  faut  pas  moins  que  les  hommes  d'études  se  tiennent  au  courant 
des  résultats  définitivement  acquis  par  les  diverses  sciences,  et  M.  Cim- 
bali a  parfaitement  raison  quand  il  dit  qu'une  meilleure  interprétation 
des  lois  de  la  nature  physique  modifie  quelquefois  l'application,  mais 
non  les  principes  des  sciences  morales  et  politiques.  Si  son  cadre  l'eût 
permis,  l'économie  politique  lui  eût  fourni  de  nombreux  exemples  de 
celle  proposition.  Il  termine  en  montrant  la  différence  profonde  qui 
sépare  la  biologie  de  la  sociologie,  et  il  remet  bien  au  point  la  compa- 
raison devenue  banale  entre  l'organisme  humain  et  l'organisme  social. 
Nous  aimerions  à  voir  traduire  en  français  cette  belle  élude  inspirée  par 
nne  philosophie  spiritualiste  très  élevée  et  écrite  dans  une  langue  re- 
marquablement ferme. 

16.  —  M.  Chevrol,  ancien  chef  d'agence  du  Crédit  lyonnais  et  de  la 


—  42  — 

Société  générale,  fait  remarquer  avec  raison  que  la  banque  et  la  finance 
sont  aujourd'hui  en  France  une  des  rares  carrières  en  voie  de  dévelop- 
pement. A  Paris,  leur  personnel  comprend  plus  de  vingt  mille  employés, 
sans  compter  les  garçons  de  recettes.  Le  volume  de  M.  Chevrot  est  des- 
tiné à  fournir  aux  jeunes  gens  qui  se  destinent  à  ces  carrières  les  con- 
naissances élémentaires.  Il  traile  successivement  de  la  Banque  de  France* 
du  Crédit  foncier,  puis  de  la  comptabilité  et  des  opérations  de  banque. 
La  seconde  partie  du  volume  est  consacrée  à  la  Bourse  et  à  ses  différentes 
opérations.  Il  se  termine  par  tous  les  documents  officiels  relatifs  aux  im- 
pôts établis  récemment  sur  ces  opérations.  Cet  ouvrage  sera  lu  avec  pro- 
fit aussi  par  les  capitalistes  et  par  les  gens  du  monde,  qui  ont  besoin 
d*être  renseignés  sur  un  genre  d'affaires  dont  le  rôle  dans  Tadministralion 
d'une  fortune  moderne  est  fort  important.  Claudio  Jannet. 


THÉOLOGIE 

Œuvres  eomplètes  de  Mgr  X.  Barbier  de  Montault.  Tomes  I-VIII. 
Poitiers,  Blay,  Roy  et  Ci»;  Paris,  Vives;  Welter,  1889-1893,  8  vol.  in-8  de 
580,  532,  528,  560,  599,  588,  588  et  632  p.  —  Prix  :  12  fr.  50  le  volume. 

L'on  a  reproché  à  Mgr  Barbier  de  Montault  de  trop  «  éparpiller  son 
lalenl,  »  de  publier  «  trop  de  brochures  et  pas  assez  de  livres.  »  Et,  en 
effet,  en  dehors  de  quelques  ouvrages  considérables  comme  le  Traité  de 
la  construction  des  églises,  il  est  surtout  connu  par  les  innombrables 
dissertations  dont  il  a  enrichi  les  recueils  périodiques  de  la  France  et  de 
ritalie.  Mais  ce  reproche  qui  lui  a  été  fail,  il  le  relève  en  tête  du  tome  in 
du  recueil  que  nous  annonçons,  et  il  montre  que  si  les  circonstances 
l'ont  obligé  de  publier  peu  à  peu  et  d'éparpiller  les  fragments  de  son 
œuvre,  cette  œuvre  n'en  a  pas  moins  une  unité  réelle  :  toutes  ces  disser- 
tations sont  animées  par  une  même  pensée,  et  les  études  dont  elles  sont 
le  résultat  ont  été  conduites  avec  mélhode  et  d'après  un  plan  sûr.  Aussi 
Téminent  prélat  a-t-il  cru  pouvoir  réunir  aujourd'hui  ces  publications 
jusqu'ici  dispersées,  et  nous  donner  le  recueil  de  ses  Œuvres  complètes. 
Et  il  a  bien  fait.  Tous  ces  travaux  réunis  s'éclairent  mutuellement; 
toutes  ces  pierres  rapprochées  forment  un  édifice,  et  la  vue  de  l'ensemble 
permet  de  mieux  comprendre  et  de  mieux  goûter  les  détails.  Étudiée 
ainsi,  l'œuvre  de  Mgr  Barbier  de  Montault  prend  une  ampleur  qui  échap- 
pait à  la  vue  de  ses  premiers  lecteurs.  Ce  n'est  pas  cependant  que  l'unité 
soit  parfaitement  apparente;  il  n'y  a  pas  fusion  des  différents  éléments  ; 
chaque  morceau  a  conservé  sa  physionomie'  distincte,  et  si  l'on  voulait 
descendre  dans  la  critique  de  petit  détail,  l'on  pourrait  remarquer  cer- 
tains passages,  qui,  de  mise  dans  l'article  de  revue  ou  dans  l'opuscule 
séparé,  aurait  pu  disparaître  avantageusement  du  recueil  des  œuvres 
complètes.  Et  pourtant  Mgr  Barbier  de  Montault  ne  s'est  pas  contenté 


—  43  ~ 

de  reproduire  toujours  telles  quelles  les  dissertalions  réunies  ici  ;  il  leur 
a  fait  subir  des  remaniements  parfois  considérables,  et  il  a  pris  soin  de 
les  mettre  au  courant  des  travaux  récents. 

L'on  n*attend  pas  que  nous  donnions  ici  une  analyse  de  détail  de  cet 
immense  recueil;  Tespace  nous  fait  défaut  pour  en  parler  à  nos  lec- 
teurs aussi  longuement  que  nous  le  voudrions  et  qu'il  le  mérite.  Nous 
devons  nous  contenter  de  faire  connaître  la  composition  des  différents 
volumes.  Le  tome  1®'  est  consacré  aux  Inventaires  ecclésiastiques  de 
Rome.  Il  s'ouvre  par  une  notice  sur  le  cardinal  Guillaume  d'Kstouteville 
et  par  un  inventaire  de  ce  prélat.  Le  pape  Paul  IV,  saint  Louis  des  Fran- 
çais, le  Latran,  remplissent  le  reste  de  ce  volume,  où  l'archéologue  trou- 
vera mille  renseignements  précieux,  Texplication  de  termes  inconnus  à 
Du  Gange  et  à  Gay,  ou  qu'ils  ont  cités  sans  en  donner  le  sens.  Une 
riche  table  alphabétique  permet  de  le  consulter  facilement.  Disons  d'ail- 
leurs que  Mgr  Barbier  de  Montault  a  eu  le  soin  de  terminer  chacun  de 
ses  volumes  par  un  index  semblable,  et  ce  n'est  pas  l'un  de  ses  moindres 
titres  à  la  reconnaissance  des  hommes  d'étude;  si  même,  une  fois  ter- 
minée la  publication  du  vaste  .recueil  qu'il  a  entrepris,  il  se  décide  à 
fondre  en  un  seul  tous  ces  index,  l'on  aura  là  un  répertoire  absolument 
inconiparable. 

Le  tome  II  se  rattache  intimement  au  I".  Le  Vatican  nous  fournit 
encore  des  «  inventaires,  »  ceux  de  la  basilique  de  Saint-Pierre.  Le 
Palais  apostolique,  les  Musées,  la  Bibliothèque  Vaticane,  sont  tour  à  tour 
décrits,  et  l'ouvrage  offre  aux  visiteurs  de  la  ville  des  apôtres  un  guide 
sûr  et  précieux;  tandis  que  la  piété  du  lîdèle  trouve  son  compte  dans 
les  indulgences  de  la  basilique,  les  prières  propres  à  la  basilique,  la  vi- 
site des  sept  autels.  Dans  «  les  fonctions  liturgiques,  »  Mgr  Barbier  de 
Montault  parle  du  lavement  de  l'autel  papal  le  jeudi  saint;  de  Tadora- 
tion  de  la  croix  le  jour  de  Pâques  et  des  stations.  Des  notes  sur  le  der- 
nier concile  du  Vatican  et  sur  le  cérémonial  qui  y  fut  observé;  sur  les 
grandes  reliques  de  la  Passion;  sur  la  définition  dogmatique  de  Tlmma- 
culée  Conception  ;  sur  les  autels  de  Saint-Pierre,  etc.,  terminent  le  se- 
cond volume.  Le  Vatican  amène  natureUement  à  parler  du  Souverain 
Pontife,  et  c'est  en  effet  le  Pape  qui  fournit  la  matière  du  troisième 
volume.  Tout  d'abord,  nous  trouvons  ici  un  traité  de  l'élection  des 
Papes,  qui  est  sur  la  matière  l'ouvrage  le  plus  considérable  et  le  mieux 
renseigné;  il  n'y  a  pas  seulement  un  historique  de  l'élection,  mais  les 
textes  du  droit  et  les  constitutions  pontificales  (publiés  in  extenso  et 
avec  commentaires)  qui  régissent  la  matière  ;  puis  des  notes  sur  l'âge 
et  la  nationalité  des  Papes,  sur  la  durée  du  pontificat  et  sur  les  vacances 
du  Saint-Siège.  Le  conclave  fait  l'objet  d'une  autre  dissertation,  non 
moins  importante,  non  moins  précieuse,  où  le  rituel  et  tous  les  détails 
du  conclave,  depuis  les  préliminaires  jusqu'au  sacre  du  Pape,  sont  expo- 


—  44  - 

ses  avec  une  grande  compétence.  L'étiquette  de  la  cour  pontificale  est 
ensuite  retracée  par  le  savant  auteur  ;  puis  nous  trouvons  de  curieuses 
notes  sur  la  milre,  la  tiare,  la  croix  et  le  manteau  ;  sur  la  mort  du  Pape 
et  les  cérémonies  de  ses  obsèques;  sur  le  palais  duQuirinal,  aujourd'hui 
usurpé  par  le  roi  d'Italie;  les  jardins  et  la  villégiature  des  papes;  sur 
les  bustes,  statues  et  tombeaux  des  pontifes  romains.  L*art  héraldique 
se  trouve  aussi  représenté  dans  ce  volume  par  des  notions  précises  sur 
la  livrée,  les  couleurs  papales,  le  pavillon;  les  bannières  pontificales; 
les  armoiries  de  Pie  IX;  un  armoriai  des  Papes;  les  emblèmes  et  les 
sceaux.  La  sphragistique,  qui  étudie  les  sceaux,  est  une  science  assez 
voisine  de  la  numismatique  ;  aussi  n'est-on  pas  étonné  de  trouver  en- 
suite dans  ce  tome  III  des  notions  de  numismatique  pontificale.  Nous 
citerons  encore  le  chapitre  relatif  aux  indulgences. 

Le  Droit  papal  remplit  les  tomes  IV  et  V;  Mgr  Barbier  de  Montault 
est  un  de  nos  meilleurs  canonisles;  l'on  aura  donc  tout  profit  à  consul- 
ter les  notions  qu'il  donne  ici  sur  les  actes  pontificaux,  et  tous  les  cha- 
pitres de  ces  deux  volumes,  consacrés  à  l'acquittement  des  messes  ;  aux 
armoiries  ecclésiastiques;  aux  autels  privilégiés;  aux  basiliques  mi- 
neures; aux  bénédictions;  à  la  confirmation  ;  aux  insignes  canoniaux; 
aux  pensionnaires  des  communautés  cloîtrées;  aux  universités  nou- 
velles ;  à  la  vie  des  clercs,  à  la  visite  pastorale^  etc. 

Les  trois  derniers  volumes,  dont  nous  ayons  â  parler  pour  le  moment, 
sont  consacrés  aux  Dévotions  populaires  à  Home,  et  Ton  ne  s'étonnera 
pas  de  la  large  place  qui  leur  est  donnée  si  l'on  se  rappelle  que  "  Rome 
est  comme  un  jardin  spirituel,  où  toutes  les  fleurs,  gracieuses  et  parfu- 
mées, s'épanouissent  pour  la  sanctification  de  l'âme  :  Efflorebit  s  mcti- 
ficatio  mea.  n  Voici  les  différents  sujets  dont  traite  tour  à  tour  Mgr  Bar- 
bier de  Montault  :  La  Visite  des  sept  églises  ;  les  Stations;  les  Ames  du 
purgatoire;  les  Prières;  les  Indulgences;  l'Eucharistie;  la  Messe;  la  Messe 
de  saint  Grégoire;  la  Communion;  les  Monuments  de  la  messe;  l'Expo- 
sition et  la  bénédiction  du  T.  S.  Sacrement;  les  Vêpres;  le  Baptême; 
les  Pratiques  pieuses;  le  Carnaval  chrétien;  l'Induit  du  carême;  l'Absti- 
nence; la  Dotation  des  jeunes  filles  pauvres;  les  Saintes  Reliques;  les 
Mesures,  poids,  fac-similés  et  empreintes  de  dévotion  ;  la  Passion  du 
Christ;  les  Labyrinthes;  le  Chemin  de  la  croix;  l'Iconographie  du  che- 
min de  la  croix  ;  la  Figure  du  Christ;  le  Culte  de  saint  Joseph.  J'ai  dé- 
passé  les  limites  normales  d'un  compte  rendu  ;  et  je  n'ai  pu  l'aire  qu'une 
sèche  énumér*ation.  Elle  suffit  à  montrer  la  multiplicité  et  l'intérêt  varié 
des  sujets  traités  dans  ces  huit  volumes.  Mais  elle  n'en  fait  pas  assez 
ressortir  tout  l'intérêt  pratique,  car  s'il  y  a  là  un  trésor  de  renseigne- 
ments pour  l'érudit,  pour  l'archéologue,  pour  l'historien,  le  trésor  n'ofire 
pas  moins  de  richesses  à  celui  qui  cherche  la  solution  de  diverses  ques- 
tions d'ordre  absolument  pratique,  comme  par  exemple  l'institution 


—  45  — 

du  chemin  de  la  croix.  Les  réponses  que  donne  à  ces  questions  Mgr  Bar- 
bier de  Montault,  appuyées  sur  les  décrets  authentiques  de  Home  qu'il 
cite  tout  au  long,  ont  une  incontestable  valeur.  Bien  que  les  huit  volumes 
portent  pour  sous-titre  :  Rome,  ce  ne  sont  pas  seulement  les  usages  de 
Rome  que  décrit  ici  Téminent  auteur,  c'est  la  loi,  la  règle  instituée  par 
Rome  qu'il  lait  connaître.  Aussi  nous  semble-t-il  que  ces  Œuvres  com- 
plètes forment  un  recueil  presque  indispensable  au  clergé,  aux  curés 
notamment,  qui  peuvent  sans  cesse  avoir  à  y  recourir,  et  qui,  à  côlé  des 
préceptes,  y  trouveront  de  sages  conseils. 

Nous  devons  donc  terminer  cet  article  en  remerciant  Mgr  Barbier  de 
Montault  d'une  publication  dont  l'érudition  et  la  piété  chrétienne  ont 
également  à  se  féliciter.  Nous  appelons  pourtant  son  attention  sur  le^ 
fautes  d'impression  trop  nombreuses  qui  se  sont  glissées  surtout  dans 
les  derniers  volumes.  E.-G.  Ledos. 


JURISPRUDENCE 

CJode  des  lois  politiques  et  administratives  annotées  et 
expliquées  d'après  la  Jurisprudence  et  la  doctrine,  par 

MM.  Edouard  Dalloz,  Charles  Vergé,  Ch.  Vergé  lils,  Gaston  Griolet, 
avec  la  collaboration  de  MM.  de  Baulny,  L.  Robinet,  Beaune,  Belin, 
A.  Gigot,  Pasquier.  Tome  II  (en  deux  livraisons).  Culte^  sépulture,  ensei- 
gnement, beaux-arts,  établissements  de  bienfaisance  et  de  prévoyance,  établisse- 
ments publics  et  d^utilité  publique,  dons  et  legs,  etc.  Paris,  bureau  de  la 
Jurisprudence  générale,  1891-1893,  in-4  de  1432  p.  —  Prix  :  30  fr. 

Ce  second  volume  des  Lois  politiques  et  administratives  annotées  de 
MM.  Dalloz  ne  s'adresse  pas  seulement  aux  jurisconsultes  et  aux  honmies 
d'affaires.  Il  traite  de  matières  très  importantes  et  très  délicates,  qui 
intéressent  avant  tout  le  clergé,  les  congrégations  religieuses,  les  mem- 
bres de  l'Université,  les  maîtres  de  l'enseignement  public  ou  libre,  les 
directeurs  des  établissements  de  bienfaisance,  de  prévoyance  oii  d'uti- 
lité publique. 

Toute  la  législation  relative  aux  cultes,  à  l'enseignement  et  à  l'assis- 
tance publique  ou  privée  a  été  l'objet,  depuis  vingt  ans,  de  grandes  trans- 
formations, dont  quelques-unes  sont  assurément  fort  regrettables,  mais 
qu'on  est  bien  obligé  de  subir  et  qu'il  importe  en  tout  cas  de  connaître. 
Les  anciennes  lois  sur  ces  matières  ne  brillaient  déjà  pas  par  la  méthode 
el  la  clarté  ;  les  nouvelles  qui  leur  ont  été  superposées,  inspirées  sou- 
vent par  des  principes  tout  différents,  sont  encore  venues  augmenter  la 
confusion  et  l'obscurité.  C'était  donc  un  travail  extrêmement  difficile, 
mais  éminemment  utile,  que  de  combiner  toutes  ces  lois,  de  les  ranger 
dans  un  ordre  logique,  de  les  compléter  et  de  les  commenter  à  l'aide  des 
circulaires  ministérielles,  des  arrêts  du  conseil  d'État  et  des  décisions 
des  autres  juridictions  qui  ont  à  les  appliquer.  Ce  travail,  l'administra- 


-  46  - 

lion  de  la  Jurisprudence  générale  de  MM.  Dalloz  a  eu  raisoQ  de  Ten- 
treprendre,  et  les  noms  des  collaborateurs  auxquels  elle  Ta  confié  disent 
assez  qu'il  a  été  mené  à  bonne  fin. 

Conformément  à  la  méthode  suivie  dans  tout  le  cours  de  Touvrage, 
chacune  des  divisions  de  ce  volume  est  précédée  d'une  introduction  his- 
torique. Celle  qui  précède  le  mot  Cultes  est  particulièrement  intéres- 
sante; elle  se  termine  par  Texposé  de  la  manière  dont  sont  réglés  les 
rapports  de  TÉglise  et  de  TÉlat  dans  les  divers  pays  du  monde  civilisé. 

Le  traité  relatif  aux  cultes  est  divisé  en  trois  titres  principaux  :  le  pre- 
mier fait  connaître  les  textes  qui  garantissent  la  liberté  de  conscience; 
le  second  est  consacré  aux  cultes  reconnus  et  le  troisième  aux  cultes  non 
reconnus.  La  partie  qui  concerne  le  culte  catholique  comprend  près  de 
7,000  paragraphes;  le  concordat,  les  articles  organiques,  les  lois  et  règle- 
ments sur  les  fabriques,  sur  la  propriété  ecclésiastique,  sur  les  congré- 
gations religieuses  et  les  confréries,  y  sont  étudiés  article  par  article, 
dans  un  esprit  plutôt  bienveillant  qu'indifférent  et  en  suivant  constam- 
ment les  décisions  de  la  jurisprudence. 

La  législation  sur  les  cultes  est  suivie  de  celle  sur  les  Sépultures.  Vient 
ensuite  la  matière  de  V Enseignement^  qui  remplit,  à  elle  seule,  plus  de 
quatre  cents  pages  et  ne  compte  pas  moins  de  huit  mille  paragraphes. 
Elle  se  divise  en  quatre  parties,  où  il  est  traité  successivement  de  Tor- 
ganisalion  administrative  de  l'inslruclion  publique,  de  l'enseignement 
primaire,  de  renseignement  secondaire  et  de  renseignement  supérieur. 
On  y  trouvera  notamment  l'explication  de  toutes  les  conditions  mises 
par  les  lois  nouvelles  à  l'ouverture  et  à  l'existence  des  écoles  libres. 

Le  même  volume  comprend  encore  l'étude  des  lois  qui  régissent  V Ins- 
titut de  France,  les  Archives,  nationales,  départementales  et  commu- 
nales,  les  Bibliothèques,  les  Beaux-arts,  les  Etablissements  de  bienfai- 
sance et  de  prévoyance  (assistance  publique  et  privée,  sociétés  de  secours 
mutuels,  caisses  d'épargne,  de  retraites  et  d'assurances,  monts-de-piété), 
les  Etablissements  publics  et  d'utilité  publique,  les  Dons  et  legs  faits 
au  profil  de  ces  établissements,  les  Ordres  civils  et  militaires,  les  Noms 
et  titres  de  noblesse,  les  Honneurs  et  préséances. 

Des  tables  alphabétiques  très  détaillées  se  trouvent  à  la  suite  de  chaque 
traité.  Klles  sont  résumées  dans  une  table  générale  à  la  fin  du  volume. 

Les  nouveaux  règlements  sur  la  comptabilité  des  fabriques  et  des  con- 
sistoires ont  paru  trop  récemment  pour  pouvoir  être  compris  dans  l'en- 
semble de  la  législation  sur  les  cultes,  qui  forme  la  première  parlie  du 
volume.  Mais  ces  règlements  figurent  dans  les  Additions  complémen- 
taires et  ils  sont  rattachés  par  des  renvois  à  la  législation  antérieure. 

Nous  croyons  inutile  d'insister  davantage  sur  Timportance  de  cet 
ouvrage.  Il  parait  à  l'heure  où  le  besoin  d'un  semblable  répertoire  se 
fait  le  plus  vivement  sentir.  Il  réunit  en  un  seul  volume,  d'un  prixrela- 


—  47  — 

tivement  peu  élevé,  une  somme  énorme  de  documents  et  de  renseigne- 
ments. Il  met  à  la  portée  de  tout  le  monde  la  solution  d'innombrables 
questions  pratiques  qui  pourraient  embarrasser  les  légistes  les  plus  com- 
pétents et  qui  exigeraient  dans  tous  les  cas  de  longues  et  minutieuses 
recherches.  C'est  donc  un  livre  vraiment  utile,  destiné  surtout  à  prendre 
place  dans  les  bibliothèques  des  évêchés,  des  cures,  des  séminaires,  des 
collèges,  des  hôpitaux  et  en  général  des  personnes  qui  sont  à  la  tête  d'é- 
tablissements publics  ou  libres.  Maurice  Lambert. 


SCIENCES  ET  ARTS 

L^Estliétiqae  de  ilclililer,  par  Frédéric  Montargis,  ancien  élève  de 
l'École  normale  supérieure,  professeur  agrégé  de  philosophie.  Paris, 
Félix  Alcan,  1892,  in-8  de  227  p.  —  Prix  :  4  fr. 

En  dehors  de  ses  poésies  et  de  ses  drames  que  tout  le  monde  admire, 
Schiller  a  écrit  un  certain  nombre  d'opuscules  philosophiques  ou  cri- 
tiques infiniment  moins  connus,  en  France  surtout  :  c'est  l'envers  du 
poète.  Tout  Allemand  se  plaît  aux  analyses  infinitésimales  et  aux  dis- 
cussions spéculatives.  «  Les  Allemands  aiment  à  se  rendre  compte  de  ce 
qu'ils  font,  »  a  dit  Goethe,  et  «  c'est  un  lait  bien  souvent  noté,  ajoute 
M.  Montargis,  que  l'Allemagne  n'offre  guère  de  poète  qui  ne  soit  doublé 
d'un  esthéticien.  Faut-il  citer  Gosched,  Lessing,  les  Schlegel,  Novalis, 
Richard  Wagner?  »  On  a  même  prétendu  que  l'esthétique  était  une 
science  allemande.  Le  beau  avait  bien  été  antérieurement,  et,  dès  l'anti- 
quité, l'objet  d'études  et  de  controverses,  mais  les  Allemands  ont  ima- 
giné de  donner  à  ces  investigations  une  base  philosophique.  M.  Montar- 
gis n'est  pas  pour  ignorer  quelle  lumière  les  incertitudes  et  les  affirma- 
tions contradictoires  de  la  science  qu'il  professe  ont  pu  projeter  sur  la 
genèse  et  les  conditions  d'être  des  chefs-d'œuvre  de  l'art,  et  il  affirme 
sans  hésiter  que  «  Schiller  n'a  été  poète  et  grand  poète  que  parce  qu'il  a 
été  philosophe.  »  Si  habilement  et  savamment  que  cette  thèse  soit  sou- 
tenue, elle  ne  ralliera  peut-être  pas  tous  les  incrédules.  Les  poètes  sont 
si  peu  philosophes  et  les  philosophes  si  rarement  poètes,  que,  même 
accideutellement  et  pour  un  individu,  les  deux  qualifications,  loin  d'être 
en  corrélation  nécessaire,  semblent  plutôt  s'exclure  naturellement. 
Schiller  a  beaucoup  erré  à  la  recherche  d'une  esthétique  :  il  subit  tour  à 
tour  Tinfluence  de  Kant,  de  W.  de  Humboldt,  de  Gœlhe,  et  ce  que 
M.  Montargis  considère  comme  son  esthétique  définitive  ne  fut  sans 
doute  rendu  tel  que  par  une  mort  prématurée.  Son  talent,  il  est  vrai, 
s'épure  et  se  mûrit  pendant  cette  enquête,  mais  ne  faut-il  pas  voir  en 
cela  le  résultat  du  travail  artistique  et  de  l'expérience  venue  avec  l'âge 
plutôt  que  celui  des  spéculations  philosophiques  ?  L'auteur  des  essais  sur 
les  Causes  du  plaisir  que  nous  prenons  aux  objets  tragiques,  sur  VArt 


L 


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tragique,  sur  le  Pathétique,  sur  la  Grâce  et  la  dignité,  etc.,  se  demande, 
dans  sa  correspondance  avec  Humboldt,  «  si  la  philosophie  de  Tart  a 
quelque  chose  à  apprendre  àTarlisle.  »  Et  il  explique  ainsi  ses  doutes  : 
«  L'artiste  a  plutôt  besoin  de  formules  empiriques  et  spéciales,  qui 
seraient  pour  le  philosophe  trop  étroites  et  mélangées  ;  par  contre,  ce  qui 
convient  à  celui-ci  et  peut  passer  pour  une  loi  générale  paraîtra  toujours 
à  Tartiste  vide  et  creux  dans  l'application.  »  En  ce  moment-là  même 
il  composait  son  Wallenslein,  Le  poète  était  peut-être  alors  dans  le  vrai, 
mais  Testhétique  ne  lâcha  pas  sa  proie,  et  la  théorie  de  Schiller  peut  se 
résumer  par  ces  mots  d'une  de  ses  lettres  à  Goethe  :  «  Deux  choses  font 
le  poète,  s'élever  au-dessus  de  la  réalité  et  rester  dans  les  limites  du 
monde  sensible.  Là  où  les  deux  éléments  sont  unis,  l'art  est  esthé- 
tique. »  Il  est  permis  de  douter  que  la  simple  mise  en  pratique  de  cet 
aphorisme  suffise  pour  la  production  des  chefs-d'œuvre.  Cependant, 
nième  quand  on  se  reconnaît  indigne  de  suivre  M.  Montargis  dans  de 
tels  arcanes  philosophiques,  on  doit  le  louer  du  soin  avec  lequel  il  a 
recueilli  dans  la  correspondance  et  les  recensions  de  Schiller  les  éléments 
de  sa  doctrine  esthétique,  ainsi  que  de  l'ordonnance  et  de  la  netteté  de 
l'exposé  qu'il  en  lait.  Faut-il  lui  attribuer  la  paternité  de  la  traduction 
des  quelques  poèmes  philosophiques  introduits  dans  son  texte  et  dont 
l'auteur  n'est  pas  nommé?  La  prose  de  M.  Montargis  sachant  au  besoin 
se  faire  très  agréable,  il  se  pourrait  que  la  muse  ne  fût  pas  rebelle  au 
philosophe;  il  aurait  ainsi  prouvé  péremptoirement  que  l'esthétique  ne 
met  pas  forcément  en  fuite  la  poésie.  Sans  doute  ces  petits  poèmes  ne 
sont  pas  exempts  des  défauts  communs  aux  traductions  en  vers,  qui 
imitent  plus  qu'elles  ne  traduisent.  Mais  ils  ont  la  couleur,  l'harmonie, 
la  verve  de  poèmes  originaux  et,  s'il  faut  dire  tout  ce  que  j'en  pense, 
certaines  strophes  m'ont  paru  être  plutôt  supérieures  qu'inférieures  aux 
strophes  correspondantes  de  Schiller.  Loncha34p. 


Conférences  selentiflqaes  et  alloentions  de  sir  William  Thom- 
son, traduites  par  P.  Lugol,  avec  des  notes  par  M.  Brillouin.  I.  Constitu- 
tion de  la  matière.  Paris,  Gauthier-Villars,  1893,  in-8  de  x-379  p.  —  Prix: 
7  fr.  50. 

Il  est  difficile  de  donner  une  idée  exacte  de  ce  que  renferme  ce  livre, 
traduction  des  conférences  relatives  à  la  constitution  de  la  matière  par 
sir  W.  Thomson  (lord  Kelvin).  Une  dizaine  de  conférences,  quatre  ou 
cinq  appendices,  huit  notes  ou  extraits,  cela  forme  un  tout  manquant 
un  peu  d'homogénéité.  «  La  plupart  des  compléments  sont  consacrés  à 
l'éther  gyrostatique  »  inventé  par  sir  W.  Thomson  afin  d'expliquer  les 
phénomènes  optiques  et  électriques  mieux  qu'on  ne  le  peut  taire  avec 
l'hypothèse  d'un  milieu  élastique  ordinaire.  D'ailleurs  l'obligation  où 
s'est  trouvé  l'auteur  de  rétracter  dans  un  appendice  une  opinion  soute- 


—  49  — 

nue  par  lui  dans  sa  conférence  sur  la  théorie  cinétique  de  la  matière 
montre  cotnbieQ  il  est  difficile  d'expliquer  d'une  façoo  absolument  satis- 
faisante Télasticité  des  gaz.  Presque  tous  les  sujets  traités  par  Tillustre 
physicien  anglais,  attraction  capillaire,  grandeur  des  atomes,  chaleur 
solaire,  soot  de  ceux  où  Timagination  des  savants  s'«st  souvent  donné 
carrière,  et  les  assertions  de  Tun  sont  fréquemment  renversées  par 
celles  de  Tautre;  malgré  les  difficultés  en  apparence  insurmontables 
que  présente  Tétude  de  questions  de  cette  nature,  sir  W.  Thomson  n'a 
pas  craint  de  les  aborder  devant  des  auditeurs  instruits  assurément, 
mais  auxquels  il  s'est  interdit  de  parler  le  langage  des  équations  et  des 
formules  mathématiques.  11  l'a  fait  avec  une  parfaite  clarté  et  quelque- 
fois avec  une  pointe  d'humour  qui  sert  à  dissimuler  Taridité  du  sujet  ou 
Tabslraction  du  raisonnement.  Il  est  regrettable  cependant  que  les 
Irlandais  aient  servi  une  fois  à  ce  genre  de  digression.  On  est  aussi  sur- 
pris de  ne  trouver  d'ordinaire  à  la  fin  des  conférences  aucune  conclusion 
en  résumant  l'objet. 

Les  notes  de  M.  Brillouin  forment  environ  le  cinquième  de  Touvrage 
et  précisent  quelques-uns  des  points  traités  dans  la  première  partie  ; 
celle  qui  est  relative  à  la  construction  de  la  courbe  méridienne  des  sur- 
laces capillaires  ofire  un  intérêt  particulier  au  lecteur  que  ne  rebutent 
pas  les  considérations  purement  mathématiques.  Il  faut  avant  de  termi- 
ner cette  courte  analyse  d'un  livre  fort  intéressant  féliciter  l'habile  tra- 
ducteur, M.  P.  Lugol,  qui  a  su  rendre  les  nuances  souvent  délicates  de 
l'original  et  donner  une  forme  toute  française  au  texte  de  sir  W.  Thom- 
son. H.  Courbe. 


BELLES-LETTRES 

Les  LAUgaes  et  les  raees,  par  André  Lefèvre,  professeur  à  TÉcole 
d'anthropologie  de  Paris.  Paris,  Alcan,  1893,  in-8  de  301  p.  —  Prix  :  6  fr. 

Montrer  que  l'évolution  des  langues  s'est  faite  parallèlement  à  l'évo- 
lution des  races  et  que  la  parole  a  toujours  été  dans  une  exacte  corres- 
pondance avec  le  développement  intellectuel  et  moral  des  hommes,  tel 
est  le  but  que  se  propose  M.  Lefèvre.  Son  livre  se  divise  en  trois  par- 
ties. La  première  est  consacrée  à  révolution  du  langage.  Sur  ce  point 
M.  Lefèvre  adopte  le  dogme  transformiste  en  s'appuyant  sur  l'autorité 
de  Lucrèce,  d'Épicure  et  de  Darwin.  L'homme  descend  de  la  bète.  Le 
langage  de  l'homme  procède  du  cri  de  l'animal  et  de  l'onomatopée.  Il 
se  perfectionne  à  mesure  que  le  cerveau  de  l'homme  réalise  ses  traits  dis- 
tinctifs.  Quatre  types  linguistiques  représenteraient  les  différentes  pha- 
ses du  langage,  le  monosyllabisme,  l'agglutination,  la  flexion,  Tanaly- 
Usme.  Chaque  famille  de  langues  aurait  passé  par  ces  phases  successives. 
Il  n'y  a  pas  une  de  ces  propositions  qui  n'ait  été  réfutée.  La  théorie 
Janvier  i894.  T.  LXX.  4. 


—  so- 
dé Fonomatopée  ne  s^appuie  sur  rien.  Oq  ne  cite  pas  d*exemple  d*une 
langue  passant  du  monosyllabisme  à  Tagglutinalion.  Le  contraire  s'esL 
produit  dans  le  chinois  et  le  tibétain.  Le  chinois  n'offre  même  que  l'ap- 
parence du  monosyllabisme,  due  au  système  d'écriture  ;  MM.  Grube  et 
Terrien  de  Lacouperie  l'ont  établi.  Contrairement  aux  doctrines  de 
M.  Lefèvre  et  de  son  école,  la  science  impartiale  déclare  qu'elle  ne  sait 
rien  des  origines  du  langage.  Elle  se  déclare  également  incompétente 
dans  la  question  du  monogénisme  et  du  polygénisme,  que  l'auteur  aborde 
et  tranche  dans  le  sens  polygéniste. 

La  seconde  partie  traite  du  développement  historique  et  géographique 
des  langues.  Nous  sommes  sur  un  terrain  plus  lerme.  M.  Lefèvre  montre 
les  coïncidences  de  la  géographie  et  de  l'histoire  avec  la  distribution  des 
langues  ;  l'expansion  des  langues  flcxionnelles  et  surtout  de  la  famille  indo- 
européenne ;  la  retraite  des  langues  agglutinantes  sur  les  confins  du  monde 
civilisé;  puis,  à  l'extrême  Orient,  le  bloc  fossile  du  prétendu  monosyl- 
labisme, dont  le  chinois  serait  le  type  par  excellence,  d'après  M.  Lefè- 
vre. Après  avoir  passé  en  revue  les  idiomes  agglutinants  de  l'Asie,  les  lan- 
gues malayo-polynésiennes,  l'auteur  arrive  aux  langues  africaines.  Pour 
lui,  les  nègres  sont  des  gorilles  dégrossis.  Les  claquements  ou  kliks  par- 
ticuliers à  la  langue  des  Boschimans  et  des  HoUentots  lui  rappellent  les 
sons  produits  par  les  singes  excités  ou  irrités.  11  faut  bien,  pour  les 
besoins  de  la  cause,  rapprocher  l'homme  de  la  bête.  Cette  humanité  pri- 
mitive serait  peut-être  éducable  sans  l'islam  et  le  christianisme.  Mais 
les  missionnaires  sont  la  bête  noire  de  M.  Lefèvre.  Il  les  assimile  à  la 
variole  et  à  la  phtisie,  parmi  les  causes  qui  déciment  les  populations  des 
îles  du  Pacifique.  A  quelque  point  de  vue  qu'on  se  place,  des  jugements 
énoncés  sous  cette  forme  sont  des  taches  grossières  dans  un  livre  qui  a 
des  prétentions  scientifiques.  —  L'auteur  s'arrête  un  instant  au  basque 
et  aux  idiomes  agglutinants  de  l'Amérique,  puis  il  passe  au  monde  sémi- 
tique, à  ses  races,  à  ses  langues;  ce  qui  lui  fournit  une  occasion  de  s'en 
prendre  à  la  Bible,  au  moyen  d'une  exégèse  qui  trahit  son  incompé- 
tence. En  revanche  l'histoire  linguistique  des  Indo-Européens  est  bien 
traitée  par  M.  Lefèvre.  Il  reste  fidèle  à  la  thèse  de  Pictet,  de  Schlegel,  et 
place  en  Asie  le  berceau  des  Aryas  primitifs.  Peut-être  aurait-il  dû  men- 
tionner au  moins  les  doctrines  nouvelles  de  Latham,  de  Geiger,  de  Penka, 
qui  mettent  en  Europe  la  patrie  des  Aryas. 

La  troisième  partie  a  plus  spécialement  pour  objet  l'organisme  indo- 
européen, les  racines,  les  parties  du  discours,  la  phonétique.  Le  dernier 
chapitre  est  consacré  à  la  formation  de  deux  langues  analytiques,  l'anglais 
et  le  français.  La  conclusion  du  livre  est  celle-ci  :  «  Partout  l'évolution 
du  langage  a  été  parallèle,  adéquate  à  l'évolution  de  l'humanité.  Fils  du 
cri  animal,  du  grognement  anthropoïde,  il  a  élevé  Thomme  au-dessus  de 
l'animalité.  Tout  ensemble  facteur  et  instrument  de  nos  progrès,  créateur 


—  51  — 

de  la  consdence  et  de  la  science,  il  relie  la  nature  à  Thistoire,  Tanlbro- 
pologie  physiologique  à  Tanthropologie  morale.  »  Il  faut  mettre  de  la 
bonne  volonté  pour  tirer  ces  conclusions  des  prémisses  de  Tauteur.  11 
serait  facile  de  soutenir  la  thèse  contraire,  de  montrer^  par  exemple,  les 
Chinois,  malgré  leur  civilisation  avancée,  pourvus  d*un  type  linguistique 
considéré  par  M.  Lefèvre  lui-même  comme  très  primitif,  et  les  sauvages 
austrah'ens  parlant  des  langues  supérieures  à  leur  degré  actuel  de  déve- 
loppement intellectuel.  Quant  à  la  descendance  animale  de  Thomme, 
tout  le  monde  sait  qu'elle  ne  repose  en  anthropologie  sur  aucune  preuve 
positive. 

En  résumé,  le  livre  de  M.  Lefèvre  n'est  qu'un  plaidoyer  très  partial  et 
très  peu  documenté  en  faveur  de  la  doctrine  de  l'évolution  et  du  maté- 
rialisme scientifique,  qui  font  la  base  de  l'enseignement  à  l'École  d'an- 
thropologie de  Paris.  On  n'y  trouve  ni  citations,  ni  renvois  aux  sources, 
ni  discussion  des  opinions  contradictoires.  C'est  du  pur  dogmatisme. 

Adrien  Arcelin. 

Lc«  Poètes  msiiea.  Anthologie  et  notices  biographiques,  par  Emm.  de 
Saint-Albin.  Paris,  Savine,  1893,  in-12  de  xi-451  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Le  présent  recueil  a  cela  de  particulier  que  tout  en  étant  exclusive- 
ment consacré  aux  poètes,  sauf  les  auteurs  dramatiques,  il  ne  contient 
que  de  la  prose.  Pas  la  moindre  pièce  n'y  est  traduite  en  vers.  L'auteur 
appartient  évidemment  au  nombre  de  ceux  pour  qui  la  traduction  en 
prose  des  poésies  étrangères  est  préférable  à  celle  en  vers,  et  son  essai 
loi  donne  raison.  En  efiet,  sa  version  se  recommande  par  une  grande 
fidélité,  pour  ne  rien  dire  de  la  forme  très  littéraire  qui  en  rend  la  lec- 
ture doublement  agréable.  Si  elle  ne  rend  pas  Tharmonie,  la  charmante 
naïveté,  la  concision  de  Toriginal,  elle  s'en  rapproche  le  plus  possible, 
tout  en  tenant  compte  des  exigences  du  goût  français. 

Plusieurs  des  pièces  du  recueil  étant  déjà  traduites  par  d'autres,  cha- 
cun peut  les  comparer  et  décider  laquelle  de  ces  versions  est  la  meil- 
leure. Le  contrôle  partiel  auquel  je  me  suis  livré  me  fait  un  devoir  de 
donner  la  préférence  à  la  nouvelle  interprétation. 

Dans  le  choix  des  poètes  du  premier  ordre  et  de  leurs  œuvres,  l'auteur 
dit  avoir  suivi  ses  idées  à  lui,  ayant  toutefois  en  vue  le  public  français. 
Limité  de  la  sorte,  le  choix  témoigne  du  discernement.  Aucune  illustra- 
tion poétique  n'y  manque;  mais  à  côté  des  grands  noms  de  Deijavine, 
Joukovski,  Krylov,  Pouchkine,  Lermontov,  qui  y  sont  tous  dignement 
représentés,  surtout  les  deux  derniers,  on  trouve  dans  le  recueil  des 
poètes  du  troisième  ordre,  tels  que  Von-Vizine,  Karamzine,  Merzliakov, 
Tzyganov,  Tourguenev,  Aksakov  (Jean).  Je  regrette,  pour  ma  part,  de 
ne  pas  y  rencontrer  le  nom  du  prince  Pierre  Viazemskî  (1792-1877), 
dernier  astre  de  la  brillante  pléiade  formée  jadis  autour  de  Pouchkine, 


—  52  — 

SOQ  ami  intime.  C  eût  été  uoe  excelleole  occasîoD  pour  donner  une 
bonne  traduction  de  son  Carnaval  dans  le  pays  étranger^  pièce  char- 
mante^  mais  fort  mal  rendue  par  M.  Sichler  (dans  son  Histoire  de  la 
liitiéraiurt  msse)  ;  et  aussi  pour  rendre  hommage  à  la  mémoire  de  cet 
écrivain  spirituel  et  original,  dont  .le  talent  poétique  avait  été  reconnu 
par  Pouchkine  et  Joukovski,  juges  on  ne  peut  plus  compétents,  et  dont 
certaines  poésies  anonymes  furent  même  attribuées  à  Poachkine. 

On  saura  gré  à  Tauteur  d  avoir  donné  en  leur  entier  le  poème  Poltaca 
de  Pouchkine  et  celui  de  Lermontov,  intitulé  :  le  Xycice  (Mlsrri),  comme 
aussi  d'avoir  fait  quelques  rares,  trop  rares  exceptions,  en  faveur  des 
fragments  et  des  extraits,  qu'il  avait  exclus  par  prin«npe. 

C'est  probablement  pour  la  première  fois  que  paraissent  en  français 
les  poésies  d'une  Altesse  impériale,  cachée  sons  les  initiales  K.  R.  f  Li- 
sez :  Koastantin  Romanov }.  Elles  sont  Toravre  du  fils  da  fen  grand-dnc 
Constantin,  président  actuel  de  TAcadémie  des  sciences.  Elles  respirent 
2a  grâce  et  îe  sentiment  du  beau. 

Le  recueil  se  leraùne  par  quelques  stances  du  jeone  poète  Nadson, 
enlevé  à  k  fleur  de  Tige,  esprit  cosmopolite,  affranchi  de  t^ate  école  et 
de  toute  croyance  religieuse.  Sa  muse  plaintive  et  sceptique  rappelle 
LéopardL  La  pièce  :  ^  Crois,  disaient-41s«  le  doute  &it  mal  »  fp.  435), 
&it  penser  à  celle  du  misanthrope  italien,  intitulée  :  ^  se  sUsso.  Là, 
comme  Li,  même  humeur  noire,  même  dégodt  de  la  vîe^  même  déses- 
poir. 

Les  notices  biographiques,  parfois  assez  détaillées*  dont  chacun  des 
poètes  est  précédé,  donnent  toujours  une  appréciation  critique  de  l'écri- 
vain. L'eusemble  de  ces  notices*  fort  soignées^  impartiales  et  justes, 
permet  au  lecteur  de  se  ftire  une  notion  ^nêrale  de  la  marche  de  la 
poésie  russe,  depuis  ILintemir  et  Lomonosov  jusqu'à  nos  jours. 

M.  de  Saiut-Albiu  me  permettra  de  lut  présenter  '{ueiques  obsenra- 
tious>  en  vue  d  uuo  nouvelle  odiiiou,  que  je  souhaite  prochaine.  L'anteur 
de  Poltava  parle  d  uu  joïsuite  pIoutpv>teutiaire,  qui.  de  concert  avec  Mia- 
zeppd,  oi'^ùsait  le  soulo>>eiuout  populaire.  lui  prt)mettant  un  trône 
obaacelaut  ^k  ^«  ttt>).  l^is^  ta  iK>te  >  relative,  ou  -il  :  ^  Le  jésuiLe  Za- 
leus^ki,  la  prîaoei^;^  lK>uls^ii  oC  oeriaiu  an-hovèque  buktire  chassé  de 
sou  pays,.».  t\irout.  dit* on,  W  pr«uci)Hiii\  .i^ttiî^  Je  !a  révolte  de  Ma- 
:6eppd.  »»  Lo  t^il  do  rintorvoutivui  do  i5:iiea5^i  osi  iiu\nuesiabie,  mais  vu 
lecN  ciKouskiiwvA  Jntiii  U\squolU^  A\k\  out  Uihi,  tùlo  ravîul  rien  d'exiraor- 
diudiiv  lû  do  couduiuuxiMo.  Il  triait  o.vphquvr  vvia  viu  .ecieur.  pour  ne 
pas  lo  luii!LM>r  î^ous  uuo  u«piv<k4<m  doiav\Hv<bii>  i  U  vç^rtîe  historique.  De 
mùme  lo  pusîsi^o  v^Cl  ^^^u  h^au^  i^ij  .UIumou  n  mi  oci4\iuuii  msê  *  fiilur 
Sixle  \)  ;i  b\»îi\Ha  \\\\\\  cs^\K<xi\i\  \\  u'o^t  i^Uis îs^isuis,  uvuie  au\ poètes, 
de  répéter  la  tWUo  ib^uulo  vU^  lvqu*lU*v  xlv  î^\io  \  .  uvetui^  'parGre- 
goiio  Loti,  Tabiicaul  do  Uul  vt  Huiu^*s  Musi^^^iy  x  ^tîav'nquo;^ 


—  53  - 

Un  mol  de  la  transcription  des  mots  russes  adoptée  par  l'auteur.  Elle 
est  bonne  et  sensée,  sauf  en  un  point  :  il  écrit  tsarevne,  tsaritse;  à 
mon  avis,  la  forme  nominative  tsarevnaj  tsaritsa,  serait  plus  correcte. 
D'autant  mieux  que  lui-même  emploie  cette  forme  assez  souvent  dans 
le  corps  du  texte  :  loutchina^  starchina,  boulava,  gousla^  izba,  trizna, 
troïka^  etc.  Quant  aux  nomç  propres  finissant  par  une  semî- voyelle 
dure,  on  devrait,  à  la  rigueur,  les  écrire  en  français  avec  un  e  muet  à 
la  lin  :  Limonosove,  Krylove,  Lermontove,  Griboïedove,  et  il  y  a  des 
écrivains  qui  s'en  font  une  loi.  On  écrit  bien  :  Pouchkine,  Derjavine, 
Golitzyne.  Mais  l'usage  est  une  puissance  capricieuse  dont  il  faut  tenir 
compte  et  subir  le  joug.  Mirtinov. 


de  littérature  et  d^art»  par  Gustave  Larroumet,  Paris, 
Hachette,  1893,  in-16  de  376  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

L'agréable  talent  de  M.  Larroumet  est  assez  connu  pour  qu'il  n'y  ait 
pas  besoin  d'autre  chose  que  de  signaler  les  études  qui  remplissent  ce 
nouveau  volume,  presque  toutes  d'ailleurs  déjà  parues  dans  la  Bévue  des 
Deux  Mondes  ou  la  Revue  Bleue, 

C'est  d'abord  un  chapitre  sur  Baudeau  de  Somaize,  l'historien  de  la 
société  précieuse  au  XVII®  siècle.  Tout  le  monde  sait  —  et  rien  de  plus  — 
qu'il  écrivit  une  comédie  pour  répondre  à  celle  de  Molière,  les  Véritables 
Précieuses,  et  qu'il  est  l'auteur  du  Dictionnaire  des  Précieuses.  M.  Lar- 
roumet, le  tirant  à  demi  de  l'obscurité  qu'il  a  bien  méritée  par  sa  nul- 
lité prétentieuse,  nous  apprend  ce  qu'était  le  personnage  et  quelle  est  la 
valeur  de  son  témoignage.  Il  nous  le  montre  «  incapable  d'invention 
personnelle,  simple  critique  sans  aucune  des  qualités  du  critique,  en- 
vieux, haineux,  prompt  à  l'injure,  joignant  toujours  le  dénigrement  de 
l'homme  à  celui  de  l'œuvre,  »  plagiaire  effronté  qui  accuse  Molière  de  vol 
et  lui  vole  ses  Précieuses^  qui  les  publie  après  les  avoir  mises  en  vers, 
en  même  temps  qu'il  les  contrefait  et  les  parodie  dans  les  Véritables 
Précieuses  et  dans  le  Procès  des  Précieuses;  écrivain  plat,  obscur  et  dif- 
fus; somme  toute,  «  un  vilain  homme  et  un  pauvre  écrivain  ;  »  mais  une 
sorte  de  reporter  bien  informé  qui,  dans  son  Dictionnaire  des  Précieuses 
et  surtout  dans  son  Grand  Dictionnaire  historique  des  Précieuses,  nous 
donne  d'utiles  renseignements  sur  la  société  précieuse  au  moment 
même  où  Molière  l'attaquait  si  vivement. 

Le  Public  et  les  écrivains  au  XVIP  siècle,  conférence  faite  en  1887 
au  cercle  Saint-Simon,  établit  une  comparaison  entre  la  première  et  la 
deuxième  moitié  du  xvii^  siècle,  et  explique  la  supériorité  de  la  seconde 
sur  la  première  :  parla  composition  du  public,  société  polie,  un  peu  fri- 
vole, où  domine  l'influence  des  femmes,  jusqu'à  1660,  public  plus  large 
où  fusionnent  toutes  les  classes  à  partir  de  cette  date;  —  et  par  la  con- 
dition sociale  des  écrivains,  hommes  de  lettres  réduits  à  leur  métier 


^    54  — 

SOUS  Louis  XllI  et  demandant  de  quoi  vivre  à  la  protection  intermittente 
des  grands,  davantage  «  hommes  d'action  devenus  auteurs  »  sous 
Louis  XIV,  et  qui  ont  singulièrement  grandi  en  fortune  et  en  dignité. 

Le  XVIII^  siècle  et  la  critique  contemporaine^  leçon  d'ouverture  d'un 
cours  fait  à  la  Sorbonne  en  1891-92,  est  une  sorte  de  programme  où 
M.  Larroumet  marque,  en  l'expliquant,  la  position  qu'il  entend  prendre 
entre  les  apologies  de  Michelet  et  de  Paul  Albert  et  les  sévérités  de 
M.  Brunetière  et  de  M.  Faguel,  plus  près  cependant  des  premiers  que 
des  seconds. 

Dans  les  Origines  françaises  du  romantisme,  leçon  d'ouverture  du 
cours  de  l'année  suivante,  il  traite  un  sujet  déjà  connu  de  façon  intéres- 
sante, quoique  trop  sommaire. 

Aérienne  Lecouvreur,  le  morceau  le  plus  long  du  volume,  est  une 
histoire  et  un  panégyrique  de  la  célèbre  comédienne  d'après  sa  corres- 
pondance récemment  publiée  par  M.  Georges  Monval.  Son  histoire,  c'est 
la  plupart  du  temps  —  et  il  le  faut  bien  —  l'histoire  de  ses  liaisons  suc- 
cessives, ce  qui  n'empêche  pas  M.  Larroumet  de  conclure  qu'elle  eut 
toutes  les  vertus  et  qu'«  elle  mérita  par  ses  qualités  d'esprit  et  de  carac- 
tère, par  sa  distinction  et  son  charme,  de  commencer  la  ruine  du  pré- 
jugé contre  les  gens  de  théâtre.  » 

Puis  viennent  :  Le  Centenaire  de  Scribe,  qui  a  servi  de  préface  à  la 
seizième  année  des  Annales  du  théâtre  et  de  la  musique,  défense  du 
vaudevilliste  tant  décrié  par  «  ceux  qui  réclament  le  Jroit  à  la  pièce  mal 
faite,  c'est-à-dire  à  la  maladresse  et  à  l'obscurité;  »  —  V Académie  des 
beaux-arts,  d'après  l'important  ouvrage  du  comte  H.  Delaborde;  —  la 
Peinture  française  et  les  chefs  d'école  au  XIX*"  siècle,  trop  rapide  et 
incomplète  revue  des  grands  peintres  français  depuis  David  jusqu'à 
Meissonnier,  pour  aboutir  à  cette  juste  conclusion  que  «  partout  des 
tendances  contraires  s'opposent  aux  directions  d'ensemble,  que  si  ce 
n'est  pas  l'anarchie  qui  s'exerce  dans  l'art,  c'est  tout  au  moins  la  liberté 
complète  ou  plutôt  toutes  les  libertés,  comme  on  l'a  dit,  les  nécessaires, 
les  inutiles  et  même  les  dangereuses.  » 

Le  Prince  Napoléon  Bonaparte  est  la  notice,  élogieuse  comme  le  sont 
toutes  les  notices  de  ce  genre,  que  M.  Larroumet  lut  à  l'Académie  des 
beaux-arts  quand  il  succéda  à  ce  prince,  homme  d'esprit  et  homme  de 
goût. 

Le  dernier  chapitre  sur  V Enseignement  au  théâtre,  à  propos  des  con* 
fércnces  de  M.  Brunetière  à  l'Odéon,  est  aussi  comme  l'éloge  acadé- 
mique d'un  confrère  en  critique,  dont  le  talent  est  cependant  assez  grand 
pour  n'avoir  pas  besoin  d'une  si  pompeuse  réclame. 

Livre  intéressant,  on  le  voit,  très  varié,  tel  qu'on  est  en  droit  de  l'at- 
tendre d'un  professeur  de  Sorbonne  qui  est  en  même  temps  membre  de 
l'Académie  des  beaux-arts.  G.  A. 


—  35  — 

HISTOIRE 

Histoire  de  l'ESarope  et  en  partiealler  de  la  France»  de 
3a&  à  HiVO,  par  C.  Bémont  et  6.  Monod.  Paris,  Félix  Alcan,  1891, 
in-18  de  588  p.  avec  63  gravures,  6  cartes  dans  le  texte  et  5  cartes  hors 
texte.  —  Prix  :  5  fr. 

L'histoire  du  moyen  âge,  longtemps  peu  on  mal  connue,  a  toujours  été 
fort  négligée  par  les  auteurs  de  manuels  peu  soucieux  de  la  tâche  qui 
leur  incombait,  et  généralement  pins  disposés  à  reproduire  les  ouvrages 
de  leurs  devanciers  qu'à  se  mettre  au  courant  des  progrès  accomplis  par 
la  science  historique  depuis  trois  quarts  de  siècle.  N'ayant  à  leur  dispo- 
sition que  des  ouvrages  médiocres,  les  élèves  ignoraient  profondément 
le  moyen  âge,  et  l'histoire  d'Arîslomène  et  de  Cléombrole  leur  était  beau- 
coup plus  familière  que  celle  de  Charlemagne  ou  de  saint  Louis.  Ce 
qu'ils  retenaient  le  mieux  de  cet  enseignement,  c*étaient  ces  fables  tradi- 
tionnelles dont  la  critique  a  fait  table  rase  et  surtout  propres  à  fausser 
leur  jugement  sur  les  hommes  et  sur  les  choses.  M.  Bémont,  à  qui  nous 
devons  la  rédaction  du  présent  manuel  (M.  Monod  ayant  seulement 
revisé  le  travail),  n'encourra  pas  le  reproche  de  plagiai,  car  son  livre  est 
vraiment  nouveau  et  nous  donne  l'impression  d'un  auteur  qui  connaît 
bien  la  période  qu'il  retrace.  Il  suflSt,  pour  s'en  convaincre,  de  lire  les 
pages  consacrées  aux  institutions,  à  l'organisation  communale,  à  l'his- 
toire de  l'Angleterre  et  à  la  civilisation,  qui  sont  écrites  avec  une  exacti- 
tude que  l'on  n'est  pas  habitué  à  rencontrer  dans  les  livres  classiques. 

Chacun  des  trente  et  un  chapitres  dont  se  compose  Touvrage  est  pré- 
cédé d'un  sommaire  détaillé  dont  les  diflérents  alinéas  correspondent  à 
une  des  grandes  divisions  de  la  leçon.  Les  faits  particuliers,  partout 
habilement  groupés  autour  de  quelques  faits  principaux,  permettent  de 
saisir  les  grandes  idées  el  les  grandes  tendances  auxquelles  a  été  soumise 
révolution  historique  du  moyen  âge.  Chaque  chapitre  est  accompagné 
d'indications  bibliographiques  de  trois  sortes  :  Les  Sources  et  les  ou* 
vrages  à  consulter,  qni  s'adressent  principalement  aux  professeurs  et 
contiennent  les  choses  indispensables  pour  la  connaissance  détaillée  des 
faits,  et  les  Ouvrages  à  lire,  où  les  élèves  trouvent  l'indication  des  livres 
spécialement  écrits  pour  eux. 

Malgré  le  soin  avec  lequel  cet  ouvrage  a  été  composé,  nous  avons  re- 
levé çà  et  là  quelques  erreurs  de  détail.  Claudien  n'est  pas  né  en  Gaule, 
mais  à  Alexandrie  en  Egypte  (p.  15).  Les  textes  n'autorisent  pas  à  dire 
que  les  Austrasiens  demandèrent  un  roi  à  Clotaire  (p.  81).  La  traduction 
du  serment  de  Louis  le  Germanique  est  inexacte;  le  texte  porte  :  «  Pour 
l'amour  de  Dieu  et  pour  le  commun  salut  du  peuple  chrétien  et  de  nous.  » 
L'indication  des  sonrces  pour  le  chapitre  traitant  du  système  féodal, 
«  chartes  innombrables  publiées  dans  un  grand  nombre  d'ouvrages  et  de 


—  56  — 

collections,  »  bien  que  suivie  de  rexplicalion  de  ce  qu^élaient  les  carlii- 
laires,  aurait  dû  èlre  plus  précise  |(p.  251).  La  menlion  de  quelques 
types  de  nos  églises  romanes  et  gothiques  dans  les  diverses  parties  de 
la  France  aurait  aidé  les  élèves  à  mieux  fixer  dans  leur  mémoire  les 
diflérences  de  style.  Laffaux  au  lieu  de  Lafaux  (p.  175)  et  1879  pour  l'é- 
dition de  Cassiodore  parD.  Garet^  au  lieu  de  1679,  sont  des  fautes  d'im- 
pression. Regrettons  en  terminant,  que  l'auteur  se  soit  laissé  aller  à  des 
plaisanteries  du  goût  de  celle-ci  :  «  Celte  fois  encore  (il  s'agit  du  sac 
de  Rome  par  les  Vandales),  le  pape  Léon  P'  <ut  envoyé  au-devant  des 
envahisseurs,  mais  saint  Pierre  ne  se  montra  pas,  car  il  fallut  capi- 
tuler )»  (p.  54).  Les  choses  de  la  religion  —  et  c'est  là  le  seul  grave 
reproche  qu'on  puisse  lui  adresser  —  ne  sont  pas  familières  à  l'auteur, 
qui  en  parle  légèrement  en  plus  d'un  endroit,  et  le  conduisent  quelquefois 
à  employer  les  expressions  les  plus  impropres,  comme  «  le  martyre  de 
Jésus-Christ,  »  et  à  donner  le  nom  de  Gérard  au  mage  Gaspard  (p.  554). 

A.  L 

A  Freneb  ambasaador  at  tbe  eoart  of  Cliarles  tlie  Seeond, 

le  comte  de  Cominges,  from  the  unpublished  correspondence,  by  J.-J.  Jusse- 
RAND.  Londres,  T.  Fisher  Unwin,  1892,  in-8  de  259  p. 

M.  Josserand  nous  conte  agréablement  un  gracieux  épisode  des  rela- 
tions diplomatiques  de  la  France  et  de  l'Angleterre  au  début  du  règne 
personnel  de  Louis  XIV.  Les  questions  d'étiquette  et  de  vie  de  cour  en 
disent  parfois  plus  long  que  les  pourparlers  arides  qui  agitent  le  sort 
d^une  nation.  Charles  II  avide  de  plaisirs  futiles,  le  Roi-Soleil  plein  de 
fougue  et  de  confiance  en  soi,  Cominges  raide  et  engoncé,  les  Espagnols 
pleins  de  morgue,  tous  ces  portraits  sont  d'une  ressemblance  irappante. 
Il  ne  faut  pas  croire  cependant  que  la  situation  laisse  d'être  critique  : 
la  préséance,  qui  peut  sembler  aujourd'hui  un  casus  belli  minuscule, 
joue  un  rôle  prépondérant  à  cette  époque  si  foncièrement  monarchique. 
La  France  prend  une  attitude  énergique  qui  lui  assure  du  coup  le  pre- 
mier rang.  L'ambassade  de  Cominges  a  donc  une  importance  capitale. 

A.  S. 

Recueil  des  aetea  du  Comité  de  saint  pablley  avec  la  corres- 
pondance des  représentants  en  mission  et  le  registre  du  conseil  exécutif  provi- 
soire^ publié  parF.-A.  Aulard.  Tonies  IV  et  V.  Paris,  Impr.  nation,  et  librai- 
rie Hachette,  1891-92,  2  vol.  gr.  in-8  de  642  et  599  p.—  Prix  :  12  fr.  le  vol. 

Le  tome  IV  de  cette  publication  va  du  6  mai  au  18  juin  1793.  Il 
s'ouvre  par  une  lettre  lamentable  de  Tallien  sur  la  guerre  de  Vendée  : 
«  On  a  toujours  cru  que  c'était  une  simple  insurrection,  tandis  que 
c'est  la  guerre  civile  la  plus  formelle....  On  nous  laisse  sans  troupes  ré- 
glées.... On  nous  parle  de  confiance  dans  les  chefs,  mais  il  faut  qu'ils 
sachent  Tinspirer.  Vous  nous  avez  annoncé  Biron  :  il  n'arrive  pas.  Vous 


—  57  — 

nous  avez  promis  des  fusils,  et  nous  n'en  voyons  aucun.  On  nous  dit 
que  des  bataillons  vont  venir  à  notre  secours,  et  nous  recevons  pour 
tout  secours  la  légion  germanique,  mal  organisée,  mal  armée  »  (p.  5). 
A  la  même  date,  Ruamps,  Soubrany  et  Maribon-Montant  dénoncent 
Custine  comme  aspirant  à  être  dictateur  (p.  16).  Quelques  pages  plus 
loin,  on  lit  une  longue  instruction  du  Comité  de  salut  public  aux  repré- 
sentants en  mission  (p.  23-43).  —  Barras  et  Fréron  visitent  l'hôpital 
d'Embrun  :  «  Nous  avons  découvert  une  nichée  de  religieuses,  les  unes 
en  guimpe  et  voile  noirs,  c'étaient  les  mères  ;  les  autres  en  blanc,  c'é- 
taient les  novices.  Toutes  étaient  vêtues  comme  en  1788.  Elles  nous 
ont  dit  pour  excuse  qu'elles  ignoraient  les  lois.  Nous  les  avons  tancées 
d'importance,  ce  troupeau  de  béguines,  au  nombre  de  douze.  Nous  leur 
avons  ordonné  de  quitter  à  Tinstant  cette  mascarade  et  de  se  conformer 
aux  décrets.  »  Nous  ne  sommes  qu'au  10  mai  1793;  encore  quelques 
mois  et  les  religieuses  d'Embrun  s'en  seraient  tirées  à  moins  bon 
compte.  —  C'est  dans  ce  volume  que  se  trouvent  très  sommairement 
relatés  les  événements  des  30  mai-2  juin,  c'est-à-dire  l'expulsion  des 
Girondins  de  la  Convention;  relatés  est  beaucoup  dire  :  on  n'en  re- 
cueille qu'un  écho  très  affaibli  dans  les  séances  du  Comité  de  salut  pu- 
blic et  du  Conseil  exécutif  provisoire.  En  revanche,  particulièrement 
dans  la  Basse-Bretagne,  les  représentants  en  mission,  Merlin,  Gillet  et 
Sevestre  accusent  la  mauvaise  impression  qu'y  ont  produite  les  événe- 
ments de  Paris,  et  envoient  même  l'un  d'eux  à  Paris  pour  éclairer  la 
Convention  sur  les  dangers  qui  menacent  cette  partie  du  territoire. 

Le  tome  V  va  du  19  juin  au  15  août  1793.  C'est  le  13  juillet  que  se 
place  l'assassinat  de  Marat  par  Charlotte  de  Corday  :  les  procès-verbaux 
du  Comité  de  salut  public  et  du  Conseil  exécutif  provisoire  n'en  portent 
pas  trace.  Dans  l'impossibilité  d'analyser  ici  des  correspondances  venant 
de  toutes  parts,  je  glane  un  peu  au  hasard.  —  Ainsi,  le  25  juin  1793,  le 
Comité  de  salut  public  arrête  qu'il  sera  proposé  à  la  ConvBntion  natio- 
nale de  décréter  que  le  traitement  accordé  aux  ecclésiastiques  fait  partie 
de  la  dette  publique  garantie  par  la  Constitution  (p.  77).  —  Le  28  juin, 
le  Comité  défend  l'indépendance  du  général  Biron  (sic)  vis-à-vis  des  re- 
présentants du  peuple,  refuse  sa  démission,  s'en  remet  aux  dispositions 
qu'il  croit  devoir  prendre,  rappelle  Ronsin,  etc.  (p.  112-143).  Celte  fa- 
veur du  général  aura  bientôt  ses  retours.  —  Le  13  juillet,  Carnot,  Del- 
brel  et  de  Sacy,  représentants  à  l'armée  du  Nord,  dénoncent  les  incon- 
vénients et  les  scandales  du  remplacement  militaire  :  «  Ne  vaudrait-il 
pas  mieux  substituer  dès  à  présent  le  service  personnel  à  ce  funeste 
remplacement,  qui  ne  remplace  personne  et  qui  ne  produit  que  la  plus 
abominable  de  toutes  les  spéculations  financières?  »  (p.  251).  Le  15  juil- 
let, Roubaud,  représentant  à  l'armée  d'Italie,  est  à  la  fin  de  sa  mission; 
il  est  menacé  d'être  arrêté  ;  n'importe  ;  il  dénonce  l'abolition  des  testa- 


—  58  — 

ments  en  ligne  directe  el  l'égalité  obligatoire  des  partages  :  <c  Que  fait 
donc  le  Comité  de  législation?  Dort-il?  11  devrait  s'éveiller  au  brait  des 
anatbènies  populaires.  On  désire  généralement  que  le  père  de  famille 
puisse  disposer  d*ua  quarts  d*un  sixième,  d*un  septième  de  sa  fortune, 
el  qu'il  puisse  également  laisser  à  sa  femme  les  moyens  de  subsister. 
Combien  de  milliers  de  mères  de  famille  n'ont-elles  pas  été  déjà  les  vic- 
times delà  sévérité  du  principe,  depuis  sa  promulgation  jusqu'à  aujour- 
d'hui !  »  (p.  270).  —  Le  20  juillet,  Merlin  et  Cavaignac  demandent  for- 
mellement le  remplacement  du  ministre  de  la  guerre  :  «  Bouchotte  a 
toujours  été  et  sera  toujours  un  excellent  citoyen,  un  très  bon  esprit, 
mais  il  ne  sera  jamais  qu'un  très  mauvais  ministre.  »  Ils  désignent 
même  celui  qu'il  faut  lui  donner  pour  successeur  (p.  314).  —  Le  20  juil- 
let, Rouyer  écrit  de  Lyon  à  Couthon,  à  l'occasion  du  rapport  de  ce  der- 
nier sur  cette  ville  :  «  J'ai  vu  que  vous  étiez  mal  instruit....  Il  y  a  des 
aristocrates  dans  Lyon,  je  n'en  disconviens  pas  ;  mais  Lyon  en  masse 
est  bon  et  vous  allez  voir  bientôt  les  plus  heureux  résultats  de  mes 
promesses....  T«lchez  d'empêcher  qu'une  pareille  ville  soit  désolée,  et 
que,  sans  s'entendre,  des  millions  de  patriotes  s'entr'égorgent  mutuelle- 
ment... n  (p.  323).  On  sait  ce  qui  va  arriver  et  les  sauvages  décrets  qui 
seront  rendus  bientôt  contre  cette  malheureuse  ville. 

Le  système  des  analyses  de  pièces  se  poursuit  ;  il  est  bien  des  cas  où 
Ton  regrette  de  ne  pas  avoir  sous  les  yeux  la  pièce  elle-même  dans  toute 
son  étendue.  C'est  un  ennui  auqnel  il  faut  se  résigner,  et  que  compense 
pour  les  lecteurs  qui  sont  à  portée  des  Archives  nationales  l'exacte  in- 
dication des  cartons.  La  publication  synoptique  des  documents  doit 
avoir  aussi  ses  avantages;  il  n'en  f;iut  pas  moins  constater  qu'on  a 
quelque  peine  à  suivre  une  question  à  travers  ces  gros  volumes,  et  que 
toute  leur  utilité  ne  ressortira  que  le  jour  où  ils  seront  terminés  par  une 
table  générale.  Victor  Pierre. 

La  Gnlllotlne  pendant  la  RéTolatlon,  d'après  des  documents 
inédits  tirés  des  archives  de  TÉtat,  par  G.  Lenotre.  Paris,  Pcrrin,  1893, 
in-8  de  378  p.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

L'auteur  de  ce  livre  n'y  a  pas  mis  de  préface  ;  mais,  à  la  dernière  page, 
il  reconnaît  que  le  lecteur  aura  pu  éprouver,  comme  lui,  «  un  senti- 
ment de  répugnance  et  de  malaise.  »  Qu'y  faire  ?  C'est  Thistoirc  de  l'ins- 
trument de  la  Terreur  :  on  ne  peut  pas  plus  s'y  dérober  qu'à  celle  de  la 
Terreur  elle-même.  Il  est  impossible  de  rendre  la  Révolution  aimable  : 
le  torrent  de  sang  est  là;  il  faut  le  voir,  le  montrer  et  le  franchir. 
Voyons  donc  ce  qu'étaient  les  anciens  bourreaux;  voyons  ce  qu'était 
Sanson,  qui  ne  voulait  pas  de  ce  nom;  étudions  le  budget  del'exécutcur; 
examinons  cet  indigne  et  répugnant  dépouillement  des  victimes.  Nous 
arrivons  à  la  guillotine,  si  merveillensomenL  appropriée  à  l'œuvre  révo- 


—  59  — 

lotionnaire  :  voici  le  portrait  da  doctçar  Gaillotin,  libéral  de  89,  mo- 
déré, plus  tard  peu  ami  de  TEmpire  :  son  buste,  qu'oQ  nous  donne, 
est,  à  s'y  méprendre,  celui  de  Voltaire  jeune.  On  a  ajouté  une  reproduc- 
tion de  la  a  Guillotine  de  Tan  II,  d*après  une  gravure  originale.  »  Nous 
lisons  la  consultation  du  docteur  Louis,  secrétaire  de  rAcadémie  de  chirur- 
gie :  c*est  de  son  nom  qu'on  fit  la  Louisette,  la  Louison  ;  mais  Guillotin 
remporta.  L'auteur  nous  promène  aux  divers  emplacements  de  l'écha- 
faud  :  place  de  Grève,  Carrousel,  place  de  la  Révolution,  Bastille,  place 
du  Trône;  puis,  aux  trois  cimetières  spéciaux  à  la  Terreur  parisienne  : 
la  Madeleine,  les  Errancis  et  Piepus.  En  somme,  livre  très  soigné,  puisé 
aux  archives  :  le  sujet  accepté,  n'eî)t-il  pas  été  de  bon  goût  de  le  faire 
tenir  en  moins  de  pages  et  sous  un  format  plus  modeste  ? 

Victor  Pierre. 


Mémoires  du  général  baron  Tbiébanlt,  publiés  sous  les  aus- 
pices de  sa  fille,  M"«  Claire  Thiébault,  d'après  le  manuscrit  original,  par 
Fernand  Calmettes.  Tome  !•',  1769-1795.  Paris,  Pion  et  Nourrit,  1893, 
in-8  de  xn-546  p.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

Quand,  en  novembre  1803,  Chateaubriand,  alors  attaché  à  la  légation 
de  France  à  Rome,  songeait  pour  la  première  fois  à  rédiger  ses  Mémoires, 
il  écrivait  à  ce  sujet  à  Joubert  :  «  ....  Soyez  tranquille,  ce  ne  seront  point 
des  Con/(e55Îon5  pénibles  pour  mes  amis....  Je  n'entretiendrai  pas  l;i 
postérité  du  détail  de  mes  faiblesses  :  je  ne  dirai  de  moi  que  ce  qui  est 
convenable  à  ma  dignilé  d'homme  et,  j'ose  le  dire,  à  l'élévation  de  mon 
cœur.  H  ne  faut  présenter  au  monde  que  ce  qui  est  beau;  ce  n'est  pas 
mentir  à  Dieu  que  ne  découvrir  de  sa  vie  que  ce  qui  peut  porter  nos 
pareils  à  des  sentiments  nobles  et  généreux.  » 

Tous  les  écrivains  qui  nous  ont  laissé  des  Souvenirs  ne  sont  point  de 
l'avis  de  Chateaubriand,  et  il  en  est  —  c'est  la  majorité  —  qui  tiennent 
à  mettre  la  postérité  au  courant  de  faits  et  gestes  dont  la  connaissance 
lui  importe  fort  peu.  Il  est  une  explication  naturelle  à  cette  manière  de 
faire,  à  ce  système  de  rédaction  :  c'est  que  la  plupart  des  mémorialistes 
écrivent  beaucoup  plus  pour  eux  que  pour  la  postérité.  Ce  qu'ils  recher- 
chent, eux  surtout  qui  rédigent  leurs  souvenirs  après  coup,  c'est  à  se 
retremper  dans  ces  souvenirs  de  jeunesse,  même  de  l'âge  mûr,  qui  pour 
le  vieillard  conservent  un  parfum  de  renouveau  plein  de  fraîcheur,  plein 
de  chafmes.  Des  souvenirs  de  ce  genre,  quand  ils  sont  rédigés  par  un 
écrivain  médiocre  ou  par  un  homme  qui  n'a  autre  chose  à  nous  raconter 
que  ses  amours  antédiluviens,  demeurent,  la  plupart  du  temps,  monoto- 
nes; mais  quand  ils  sont  écrits  par  un  homme  qui  a  été  mêlé  aux  événe- 
ments publics  et  qui  se  sert  de  ses  souvenirs  privés  pour  émailler  son 
récit  d'intermèdes  plus  ou  moins  riants,  la  relation  garde  une  valeur 
qui,  sans  atteindre  à  celle  des  Mémoires  véritablement  historiques,  des 


—  60  — 

Mémoires  à  la  Talleyrand  ou  à  la  Cbaleanbriand,  n'en  est  pas  moins 
appréciable. 

C'est  dans  ce  juste  milieu  que  nous  semblent  devoir  être  classés  les 
mémoires  du  général  baron  Thiébault,  dont  le  premier  volume  vient  de 
paraître.  Sans  doute  le  récit  est  grossi  de  bien  des  détails  inutiles,  de 
bien  des  aventures  qui  importent  peu  an  lecteur;  sans  doute  deux  cent 
cinquante  pages  consacrées  aux  aventures  d'un  enfant  paraîtront  un 
chiffre  exagéré  aux  gens  qui  lisent  pour  s'instruire  el  même  à  ceux  qui 
n'ouvrent  un  livre  que  pour  se  distraire;  mais  comme  au  milieu  de  détails 
oiseux  fourmillent  les  particularités  intéressantes,  comme  l'auteur  est 
un  homme  d'observation,  qui  a  su  souvent  sauver  la  banalité  du  sujet 
par  une  réflexion  piquante  ou  judicieuse,  Tenseiiible  a  un  intérêt  très 
certain. 

Fils  du  lecteur  du  grand  Frédéric,  Paul  Thiébault  naquit  à  Berlin  le 
li  décembre  1769.  Son  père,  lié  intimement  avec  nombre  d'écrivains 
qui  ont  laissé  un  nom  honorable  dans  la  littérature  du  xviii*  siècle,  était 
à  même  de  diriger  magistralement  le  cœur  el  rinlelligence  du  jeune 
Paul.  Outre  qu'il  était  un  lettré  distingué  lui-même,  le  père  du  futur 
général  était  encore  un  homme  de  cœur  et  un  homme  de  bien.  Mais  par 
une  de  ces  ironies  dont  la  Providence  garde  pour  elle  le  secret,  cet 
enfant,  qui  eût  pu  recevoir  au  foyer  paternel  Tinslruction  la  plus  active, 
avait  été  doué  par  la  nature  d'une  santé  si  délicate  que  les  études  les 
moins  suivies,  celles  qui  demandent  le  moins  d*efiorts,  lui  demeurèrent 
interdites.  Heureusement  qu'en  opposition  à  cette  délicatesse  corporelle, 
l'enfant  était  doué  d'un  jugement  sain,  d'un  esprit  droit,  d'une  intelli- 
gence prime-sautière  et  observatrice  grâce  à  laquelle  il  put  plus  tard  — 
ses  Mémoires  actuels  en  sont  la  preuve  —  combler  les  lacunes  d'une 
instruction  compromise. 

Toute  la  première  partie  du  volume  se  rapporte  à  cette  enfance,  aux 
premières  années  passées  à  Berlin,  à  un  premier  voyage  fait  en  France, 
au  deuxième  qui  ramena  définitivement  la  famille  Thiébault  dans  sa 
patrie  en  1784,  à  un  tableau  de  la  vie  bourgeoise  à  Paris  en  178-4,  au 
début  de  la  Révolution.  On  lira  avec  intérêt  ce  qui  a  trait  à  la  prome- 
nade de  ï-iOngchamps,  à  Mesmer  et  au  magnétisme,  à  Taflaire  du  châ- 
teau Trompette  et  à  bien  d'autres  faits  ou  événements  dont  nous  ne 
saurions  donner  la  liste  complète. 

Mais  quand  l'auteur  arrive  à  1789,  tout  prend  sous  sa  plume  une 
vigueur,  une  couleur  très  supérieure  :  entraîné  parla  gravité  des  événe- 
ments, l'écrivain  n'a  pas  le  temps  de  s'attarder  aux  minuties  dont  il 
nous  a  un  peu  fatigués  dans  le  principe;  il  ne  nous  parle  plus  que  de 
faits  qui  nous  intéressent,  il  les  dit  avec  un  esprit  d'observation,  avec 
des  réflexions,  marqués  la  plupart  du  temps  au  coin  de  la  vérité  et  de 
l'à-propos. 


—  6i  — 

Nous  ne  saurions  acquiescer  à  toutes  les  appréciations  du  général 
Thiébault  sur  les  hommes  et  sur  les  débuts  de  la  Révolution.  Thiébault, 
garde  national  avec  Lafayette,  enchanté  d'avoir  un  fusil  et  de  jouer  au 
soldat,  prend  part  à  toutes  les  manifestations  armées  qui  sillonnent  à 
chaque  instant  Paris,  fait  même  le  coup  de  feu  à  Toccasion,  garde  le  Roi 
aux  Tuileries,  et  ne  commence' à  ouvrir  les  yeux  sur  les  abominations 
dont  la  capitale  est  chaque  jour  le  théâtre  que  lorsqu'il  court  le  risque, 
le  10  août,  d'être  écharpé  par  Théroigne  dite  de  Mérîcourt.  «  Après  le 
10  aoiU  et  le  triomphe  définitif  des  crimes  et  de  l'assassinat,  écrit-il  lui- 
même  à  ce  sujet,  la  Révolution  n'était  plus  celle  que  j'avais  entendu 
servir.  »  Et  effectivement,  écœuré,  honteux  des  infamies  qu'il  a  chaque 
jour  sous  les  yeux,  il  ne  songe  qu'à  une  chose,  quitter  Paris,  devenu 
un  repaire  de  brigands,  et  gagner  la  frontière,  où,  si  l'on  fait  le  coup  de 
feu,  c'est  du  moins  sur  l'étranger. 

Engagé  comme  grenadier  au  bataillon  de  la  Butte  aux  Moulins  et 
placé  dans  une  compagnie  de  cent  trente  jeunes  gens  appartenant  aux 
quartiers  «  Saint-Roch  et  des  Feuillants  également  bien  habités,  »  Paul 
'Thiébault  partit  pour  l'armée  le  3  septembre  1792,  commençant  ainsi, 
un  peu  malgré  lui,  cette  carrière  militaire  pour  laquelle,  nous  dit-il  lui- 
même,  il  n'avait  aucun  enthousiasme. 

Nous  ne  le  suivrons  point  pas  à  pas  dans  ces  premières  années  de  sa 
vie  nouvelle.  L'intérêt  de  cette  partie  des  souvenirs  de  Thiébault  est  bien 
moins  dans  les  récits  de  batailles  que  dans  les  détails  sur  la  vie  aux  armées 
à  cette  époque,  et  nous  sommes  heureux  d'y  avoir  trouvé  la  confirmation 
de  ce  fait  que  nous  établissions  récemment  dans  la  Revue  des  questions 
historiques,  à  savoir  que  la  faiblesse  de  nos  ennemis  fit  seule  notre  force 
dans  les  premières  campagnes  de  la  Révolution. 

Ce  premier  volume  se  termine  par  un  récit  curieux  et  très  précis  du 
13  vendémiaire,  un  véritable  rapport  de  soldai,  net,  concis,  dans  lequel 
les  événements  sont  présentés  avec  une  clarté  que  nous  n'avons  ren- 
contrée dans  aucune  relation  du  même  événement.  Comme  Thiébault 
arrivait  au  cul-de-sac  Dauphin,  il  fut  arrêté  par  un  attroupement,  et 
comme  il  demandait  où  se  trouvait  le  général  de  Menou,  qu'il  pensait 
trouver,  on  lui  répondit  que  Menou  n'était  point  là  et  qu'il  n'y  rencon- 
trerait que  le  général  Bonaparte.  «  Bonaparte,  me  dis-je?  qui  diable 
est-ce  là  ?  —  Et  j'eus  besoin  de  la  vue  de  sa  chétive  personne  et  de  sa 
figure  monumentale  pour  reconnaître  ce  petit  homme....;  le  désordre  de 
sa  toilette,  ses  longs  cheveux  pendants  et  la  vétusté  de  ses  bardes  révé- 
laient encore  sa  détresse....  » 

En  résumé,  ce  premier  volume  nous  paraît  digne  de  l'attention  égale- 
ment des  gens  qu'intéresse  l'histoire  sérieuse  et  de  ceux  qui  ne  cher- 
chent dans  les  Mémoires  que  les  anecdotes.  Il  possède  une  véritable 
valeur  historique  et  est  écrit  par  un  homme  que  son  Manuel  du  service 


—  62  — 

des  états-majors  —  le  meilleur  livre  existant  sur  la  matière  —  a  classé 
depuis  longtemps  parmi  les  premiers  écrivains  militaires  du  premier 
Empire,  c'est  dire  qu'il  ne  saurait  èlre  une  œuvre  banale. 

Abthur  de  Gannie&s. 

Enquêtes  et  proeès.  Étude  sur  la  procédure  et  le  fonctionnement  du 
Parlement  au  xiv*  siècle,  suivie  du  Style  de  la  Chambre  des  enquêtes^  du 
Style  des  commissaires  du  Parlement  et  de  plusieurs  autres  textes  et  docu- 
ments, par  P.  GuiLHiERMOz,  archiviste  paléographe,  bibliothécaire  hono- 
raire à  la  Bibliothèque  nationale.  Paris,  Alphonse  Picard,  1892,  iii-4  de 
xxxii-648  p.  —  Prix  :  20  fr. 

L'ouvrage  de  M.  Guilhiermoz  nous  fait  pénétrer  beaucoup  plus  qu'on 
ne  Tavait  fait  jusqu'à  présent  dans  l'organisation  et  le  fonctionnement 
du  Parlement  de  Paris,  à  la  fin  du  xiii"  siècle  et  au  commencement  du 
xivV  Alors  déjà  le  Parlement  était  divisé  en  deux  Chambres.  A  côté  de 
la  Grand'Chambre  existait  la  Chambre  des  enquêtes,  dont  le  rôle  jus- 
qu'ici n'avait  pas  été  complètement  élucidé.  Elle  avait  principalement 
pour  objet,  comme  son  nom  l'indique,  de  s'occuper  des  enquêtes^  et 
c'était  une  mission  importante  à  une  époque  où  la  preuve  par  témoins 
était  de  beaucoup  la  plus  usitée.  Elle  ne  se  bornait  pas  toutefois  à  four- 
nir des  commissaires  pour  entendre  les  témoins  ;  elle  'jugeait  les  procès 
d'enquête  quand  ils  lui  avaient  été  renvoyés  par  la  Grand'Chambre  ;  elle 
jugeait  aussi  les  causes  instruites  par  écrit  devant  les  juridictions  infé- 
rieures et  qui  venaient  au  Parlement  sur  appel  ou  sur  évocation  ;  mais 
il  fallait  toujours  que  le  procès  ou,  comme  nous  dirions  aujourd'hui,  le 
dossier  lui  eût  été  transmis  par  la  Grand'Chambre,  après  un  premier 
débat  oral.  On  désignait  ses  arrêts  sous  le  nom  de  jugés,  par  opposition 
à  ceux  de  la  Grand'Chambre,  qui  seuls  étaient  dénommés  arrêts.  Enfin 
la  Chambre  des  enquêtes  ne  rendait  pas  directement  ses  jugements  ; 
elle  les  remettait  au  grefie,  et  ils  étaient  prononcés  à  la  Grand'Chambre. 
Ni  au  commencement  ni  à  la  fin  du  procès,  cette  Chambre  n'entrait  en 
rapport  avec  les  parties.  De  là  ce  mot  de  Boutillier,  dans  sa  Somme 
rural,  que  les  maîtres  des  Enquêtes  «  ne  savent  pour  qui  ils  jugent.  » 
Ce  mot,  un  auteur  crut  le  traduire  plus  tard  en  disant  que  ces  magis- 
trats ne  savaient  pas  les  noms  des  parties  ! 

Sur  la  procédure  suivie  devant  la  Grand'Chambre,  on  pouvait  déjà 
facilement  se  renseigner  non  seulement  par  les  Olim  et  les  autres  an- 
ciens registres  qui  nous  restent  des  archives  du  Parlement,  mais  encore 
par  le  Stilus  curiae  Parlamenti  de  Guillaume  Dubreuil.  La  procédure  de 
la  Chambre  des  enquêtes  élait  beaucoup  moins  connue  ;  elle  nous  a  été 
cependant  conservée  dans  un  document  que  M.  Léopold  Delisle  a  signalé 
et  que  publie  M.  Guilhiermoz,  d'après  plusieurs  manuscrits  de  la  Bi- 
bliothèque nationale.  Ce  document  est  le  Style  de  la  Chambre  des  en- 
quêtes  :  M.  Guilhiermoz  en  fixe  la  date  à  1336  ou  1337  et  conjecture 


—  e3  — 

qu'il  peut  être  l'œuvre  d'un  des  plus  anciens  maîtres  du  Parlement  à 
cette  époque,  Pierre  Dreue.  11  est  suivi  dans  les  manuscrits  d*un  autre 
traité,  qui  en  est  le  complément  et  qu'on  doit  attribuer  au  même  au- 
teur :  le  Style  des  commissaires  du  Parlement,  De  ces  deux  ouvrages, 
M.  Guilhiermoz  a  su  tirer  un  exposé  aussi  remarquable  qu'intéressant 
de  la  procédure  écrite  devant  le  Parlement  au  xiv*  siècle.  Certaines  par- 
ties de  cette  procédure  ont  subsisté  jusqu'à  nos  jours  ;  d'autres  ont  dis- 
paru, et  c'est  quelquefois  regrettable.  M.  Guilhiermoz  signale  notamment 
la  disparition  de  la  règle  qui  voulait  que  le  rapporteur  dans  chaque 
affaire  fût  assisté  d'un  ou  deux  magistrats  dits  «  évangélisles  m  pour 
contrôler  son  travail.  Cette  régie  était  déjà  tombée  en  désuétude  au 
xviii^  siècle  dans  la  plupart  des  parlements  ;  M.  Guilhiermoz  indique 
qu'elle  s'était  conservée  seulement  à  Dijon,  et  nous  la  trouvons  aussi 
consacrée  dans  le  règlement  du  Parlement  de  Besançon.  C'était  une 
garantie  contre  les  dangers  que  présente  le  système  du  jugement  sur 
rapport. 

En  sus  des  deux  documents  que  nous  avons  signalés,  M.  Guilhiermoz 
nous  donne  encore  de  nombreux  extraits  des  anciens  registres  du  Par- 
lement :  enquêtes,  arrêts,  commissions,  plaidoiries»  etc.  Grâce  à  ces 
appendices,  l'ouvrage  du  savant  bibliothécaire  se  suffit  à  lui-même  et 
permet  d'étudier  à  fond  la  procédure  judiciaire  de  la  fin  du  moyen 
âge.  Maurice  Lambert. 

Le  Culte  k  Pesmes»  notes  historiques,  par  E.  Pbrchet,  ancien  juge  do 
paix  à  Pesmes.  Gray,  Gilbert  Roux;  Besançon,  A.  Jacquard,  1893,  gr.  in-8 
de  iv-403  p.,  avec  grav.,  cartes  et  plan.  —  Prix:  6 fr. 

Étude  originale  et  qui,  Tauteur  le  déclare  expressément,  n'est  que 
la  préface,  très  importante  d'ailleurs,  d'une  histoire  de  la  seigneurie  de 
Pesmes,  à  laquelle  il  travaille.  Ce  qui  paraît  aujourd'hui  fait  venir  litté- 
ralement «  l'eau  à  la  bouche,  «  pour  me  servir  d*une  expression  fami- 
lière; aussi  serait-il  regrettable  que  M.  Perchet  s'en  tint  là.  Dans  le 
présent  volume,  il  a  mis  à  contribution,  de  la  plus  heureuse  manière, 
nombre  de  documents  manuscrits  et  aussi  quelques  ouvrages  ou  opus- 
cules connus.  11  a  su  communiquer  à  un  sujet  d'aride  apparence  une  vie 
non  factice,  de  sorte  que  Tinlérêt  résultant  de  cette  lecture  dépasse  de 
beaucoup  le  champ  limité  dans  lequel  Tauleur  se  meut.  Ce  n'est  pas 
une  simple  relation  des  évéaements;  c'est  aussi,  à  côté  d'un  recueil  pré- 
cieux de  documents,  une  description  exacte  de  monuments  locaux  et  de 
mœurs  typiques  parfois  et  sinon  tout  à  fait  disparues,  du  moins  très 
modifiées.  Les  travaux  de  ce  genre  appartiennent  à  la  catégorie  de  ceux 
quo  non  seulement  les  compalrioles  directs  d'un  auteur  consultent  avec 
fruit,  mais  qui,  à  des  points  de  vue  multiples,  se  recommandent  à  Tat- 
tenlion  des  historiens  s'occupant  de  plus  vastes  régions. 


—  64  — 

J'ajouterai  que  ce  livre,  écrit  dans  un  sens  très  religieux,  est  orné  de 
plusieurs  vignettes  et  portraits,  et  que  Ton  y  trouve,  avec  deux  cartes 
des  environs  de  Pesmes,  un  plan  détaillé  de  cette  ville:  compléments 
indispensables  trop  fréquemment  uégligés  par  les  écrivains  que  tentent 
les  annales  de  la  petite  patrie^  E.-G.  Gaudot. 

L^Égjpte  et  les  Ésyptiens»  par  le  duc  d'Hargourt.  Paris,  Pion  et 
Nourrit,  1893,  in-12  de  xi-3J5  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Je  ferai  d'abord  remarquer  que  Tailleur  ne  reproduit  pas  ce  que  cha- 
cun peut  Ure  dans  les  «  Guides.  »  £n  second  lieu,  ce  quil  dit  ne  se 
trouve  pas  dans  ces  sortes  de  livres  :  ce  n'est  pas  non  plus  le  résultat 
d*un  parti  pris,  mais  Texposé  d'impressions  personnelles  perçues  par  un 
esprit  distingué  et  cultivé. 

Le  tableau  de  Tétat  social  des  Goptes  est  fort  bien  tracé.  Il  s'est 
formé  à  Paris,  en  faveur  des  Coptes,  une  société  qui  mérite  d'être  encou- 
ragée. Si  les  jésuites  sont  laissés  aussi  libres  en  Egypte  qu'ils  le  furent 
jadis  dans  leurs  admirables  missions  du  Paraguay,  ils  amélioreront  cer- 
tainement cette  nation  ;  j'entends  au  point  de  vue  religieux  et  moral,  car 
ils  n'en  feront  jamais  des  Tcherkesses  ni  même  des  Albanais,  qui  ont 
dominé  l'Egypte.  Les  Goptes  (ch.  IV)  ne  sont  pas  uniquement  schisma- 
tiques,  mais  hérétiques,  en  contradiction  dogmatique,  non  seulement 
avec  nous,  mais  au  même  titre  avec  les  orthodoxes,  qui  les  anathéma- 
tisent  tous  les  ans. 

Le  duc  d'Harcourt  expose  (ch.  V)  la  domination  exercée  en  Egypte 
par  les  Mameluks,  ils  étaient  presque  tous  Tcherkesses,  c'est-à-dire 
d'une  race  incontestablement  supérieure  à  tout  ce  qu'ils  pouvaient  y 
rencontrer  d'indigène  ou  d'adventice.  Leur  supériorité  native  les  appelait 
organiquement  à  la  domination  sur  tout  individu  de  race  inférieure,  qui 
n'aurait  jamais  «  ciré  de  bottes,  »  eût-il  obtenu  tous  les  diplômes  des 
universités.  Le  fait  que  ces  Tcherkesses  avaient  été,  dans  l'enfance, 
vendus  au  marché  pour  l'esclavage,  ne  pouvait  rien  enlever  à  la  virtualité 
de  la  race.  Lorsque  les  Mameluks  se  sont  trouvés,  front  à  front,  avec 
une  autre  énergie,  il  fallait  que  l'une  des  deux  énergies  détruisit  l'autre  : 
«  Ceci  tuera  cela.  »  Si  Méhémet  Ali  n'avait  pas  massacré  les  Mameluks, 
les  Mameluks  auraient  massacré  Méhémet  Ali. 

Assurément  la  famille,  et,  ce  qui  est  même  chose,  la  condition  de  la 
femme  est  aussi  déprimée  que  possible  en  Egypte,  et  ce  n'est  pas  l'isla- 
misme qui  la  relèvera;  il  contribue  même  à  l'abaisser;  mais,  en  fait  dln- 
iluence  décisive  de  la  religion  sur  la  condition  des  femmes,  toute  géné- 
ralisation est  boiteuse.  Dabord,  en  ce  qui  concerne  les  Arabes,  les  vrais, 
ils  sont  loin  de  l'abaissement  que  M,  d'Harcourt  a  constaté  chez  les 
indigènes  d'Egypte,  qui,  comme  il  le  montre,  ne  sont  pas  des  Arabes.. 
Non  seulement  les  Arabes  n'étaient  pas  des  «  sauvages  »  avant  Mahomet^ 


—  65  — 

comme'en  témoignent  Antor  et  les  éludes'da  docteur  Pierron  sur  les  femmes 
aoté-islamiliques,  mais  la  lutte  contre  la  conquête  égyptienne  et  contre 
la  centralisalioa  ottomane  en  notre  siècle  a  fait  éclaler  Théroïsme  des 
Arabes  (voir  l'Arabie  contemporaine^  Cballamei).  Souvent,  dans  les 
guerres,  une  jeune  fille  marche  en  tèle  des  combattants,  qui  se  font 
tuer  pour  la  défendre  (Fazil-bey).  Elle  n'avait  pas  été  non  plus  abrutie 
par  l'islamisme,  cette  jeune  fille  d'une  tribu  nomade,  qui  préférait  men- 
dier dans  les  rues  dHodeïdab,  plutôt  que  de  s'exposer  à  donner  le  jour 
à  des  enfants  d'un  sang  moins  pur,  en  épousant  un  riche  citadin  qui  la 
recherchait.  (Le  mariage  des  négresses  a  quelque  peu  altéré  les  citadins 
de  la  côte.) 

En  1854,  j'eus  maille  à  partir,  en  Bulgarie,  avec  une  belle  troupe  de 
volontaires  kurdes  que  commandait  à  cheval  une  femme  de  soixante- 
dix  ans,  leur  chef  héréditaire.  En  Albanie,  en  Bosnie,  en  Herzégovine» 
des  familles  féodales  de  musulmans  se  sont  perpétuées  comme  les  nô- 
tres et  prennent  le  nom  de  leur  domaine,  sans  demander  l'autorisation 
à  un  politicien  quelconque  devenu  garde  des  sceaux,  on  n'a  jamais  su 
pourquoi.  Je  ne  suis  pas  le  seul  à  y  avoir  reçu  une  hospitalité  seigneu- 
riale. Cette  conservation  des  familles  est  un  bien  pour  la  contrée,  de 
même  que  c'est  à  l'avantage  de  la  France  que  chaque  génération  ait  ses 
Harcourt  et  aussi  ses  Didot,  ses  Casimir  Perler,  etc. 

L'islamisme  n'a  donc  pas  tari  partout  le  respect  de  la  femme  ni  em- 
pêché les  familles  de  se  perpétuer.  La  grande  «  fumisterie  »  de  Tétat  ci- 
vil ne  remédierait  pas  au  mal,  là  ou  la  race  le  produit  ou  s'y  est  prêtée. 
Chose  étrange,  que  généralement  les  Français  n'appliquent  Tidée  de 
race  qu'à  l'élevage  :  c'est  peut-être  conforme  «  aux  grands  principes.  » 

Les  considérations  qui  précèdent  visent  à  montrer  qu'on  ne  peut  pas 
étendre  à  tout  le  monde  musulman  les  conclusions  qu'on  tirerait  de 
l'état  des  choses  en  Egypte.  Les  observations  du  duc  d'Harcourt  sur  le 
pays,  qu'il  a  étudié  avec  tant  de  soin,  sont  précises  et  perspicaces,  ses 
appréciations  judicieuses,  sur  un  ton  afiirmatif,  mais  pas  tranchant  :  il 
serait  un  bon  diplomate.  A.  d'Avril. 


8«ii  Émineiiee  le  cardinal  LaTlserle,  par  François  Bournand, 
avec  préface  de  MgrLESUR.  Paris,  Lefort,  s.  d.,  gr.  in-8  de  329  p.,  illustré. 
—  Prix  :  4  fr. 

Le  Cardinal  LaTlserlc.  Discours  prononcés  le  49  avril  4893  dans  la 
basilique  de  Saint-Louis  de  Carthage,  et  le  2  mai  4893  dans  la  cathédrale 
d^Alger,  par  Mgr  Perraud,  évoque  d'Autun.  Paris  et  Poitiers,  H.  Oudin, 
1893,  in-8  de  103  p.,  orné  d'un  portrait.  —  Prix  :  2  fr.  50. 

La  grande  figure  du  regretté  cardinal  Lavigerie  ne  peut  manquer  de 

susciter  un  grand  nombre  de  biographies.  Dans  cet  ordre  d'idées,  nous 

avons  déjà  les  excellents  livres  de  M.  l'abbé  Klein  et  de  Mgr  Lesur.  Celui 

de  M.  F.  Bournand  ne  peut  avoir  la  prétention  de  lutter  avec  les  deux 

Janvier  1894.  T.  LXX.  5. 


—  66  — 

que  nous  venons  de  désigner  par  ordre  de  dates.  Il  en  diffère  essentiel- 
lement en  ce  qu'il  n*est  guère  qu'une  compilation  des  discours  pronon- 
cés par  le  grand  primat  d'Afrique,  ainsi  que  des  divers  écrits  dont  il  a 
élé  Tobjet.  C'est,  d'ailleurs,  sans  prétention  aucune  que  notre  auteur  in- 
dique les  sources  multiples  auxquelles  il  puise  a])Oî]dammeiiL  En  vérifé, 
nous  sommes  bien  tentés  de  dire  qu'il  ne  pouvait  mieui  faire  ;  mais 
à  cet  éloge  il  faut  ajouter  un  avertissement  :  celui  de  mieux  surveiller 
les  fautes  d'impression.  U  y  en  a  de  vraiment  regrettables  dans  ce  livre; 
par  exemple,  à  la  page  193,  nous  en  trouvons  deux  :  le  célèbre  explo- 
rateur Serpa  Pinlo  est  appelé  Serpe  Poinlu,  et  le  ministre  espagnol, 
Canovas  del  Castillo,  voit  son  nom  francisé  en  Canovas  de  Castiile, 
Quant  aux  gravures,  elles  sont  assez  médiocres. 

—  C'est  aussi  une  biographie  presque  complète  du  cardinal  que 
nous  trouvons  dans  les  deux  discours  prononcés  par  Mgr  Perraud  dans 
les  cathédrales  de  Carthage  et  d'Alger,  à  treize  jours  d'intervalle  ;  ce  n'é- 
tait pas  trop  assurément  de  ces  deux  magnifiques  morceaux  oratoires 
pour  embrasser  une  vie  aussi  remplie  d'oeuvres  de  toutes  sortes.  Comme 
M.  Bournand,  l'illustre  évèque  d'Autun  a  fait  de  larges  emprunts  aux 
paroles  et  aux  écrits  de  Mgr  Lavigerie  ;  mais  il  y  a  beaucoup  mis  du  sien 
et  n'a  pas  craint  de  s'étendre  avec  complaisance  et  audace  sur  les  sujets 
les  plus  délicats.  A  Carthage,  devant  M.  Rouvier,  les  diverses  autorités 
du  protectorat  et  les  consuls  étrangers,  il  a  parlé  de  la  lutte  entreprise 
par  le  cardinal,  à  l'occasion  de  la  grande  famine  de  1867,  en  Algérie, 
contre  les  agissements  des  bureaux  arabes  et  les  prétentions  de  l'admi- 
nistration d'empêcher  le  clergé  d'Afrique  de  prêcher  l'Évangile  aux 
Arabes  et  spécialement  aux  Kabyles.  De  même,  dans  la  cathédrale  d'Al- 
ger, en  présence  de  M.  Cambon  et  de  tous  les  chefs  de  service  de  la  co- 
lonie, il  a  osé  commenter  le  fameux  toast  à  la  république;  d'une  part, 
il  a  montré  Mgr  Lavigerie  s'élevant  avec  une  grande  énergie  contre  les 
odieuses  persécutions  de  la  franc-maçonnerie  et  de  la  libre  pensée  gou- 
vernementale ;  d'autre  part,  il  a  protesté  contre  l'accusation  porlép  con- 
tre le  primat  d'Afrique  d'avoir  renié  ses  convictions  d'antan  ;  il  a  fait, 
s'est-il  écrié,  un  acte  héroïque  d'obéissance,  et  il  en  est  mort.  Ce  pané- 
gyrique en  deux  parties  est  d'une  lecture  des  plus  attachantes  et  dit 
plus,  en  ses  quelques  pages,  que  bien  des  gros  volumes. 

Comte  de  Bizemont. 


Les  ArebiTfMi  de  rblstoire  de  France,  par  Ch.-V.  Langlois  et 
H.  Stein.  Fasc.  2-3.  Paris,  Picard,  1892-1893,  in-8,  p.  305-1000.  (Manuels 
de  bibliographie  historique,  L)  —  Prix  de  l'ouvrage  complet  :  18  t'r. 

L'idée  générale  de  cet  ouvrage  a  été  indiquée  ici  même  lors  de  l'appa- 
rition du  premier  fascicule  [Polybiblion,  tome  LXII,  p.  70  et  suiv.).  Je 
n'ai  donc  d'autre  tâche  que  d'annoncer  ici  la  fin  de  la  publication.  Le 


—  67  — 

premier  fascicule  conduisait  les  archives  municipales  jusqu*au  déparle- 
ment du  Calvados  eljusqu^àla  commune  de  Brelteville-rOrgueilleuse.  Les 
deux  derniers  fascicules  nous  donnent,  avec  la  fin  des  archives  munici- 
pales, les  archives  hospitalières,  les  archives  diverses  ;  ces  deux  chapitres 
terminent  la  première  partie.  Dans  la  seconde  partie  (les  Archives  de  Tbis- 
toire  de  France  à  Tétranger),  les  auteurs  passent  en  revue  les  dépôts  des 
pays  suivants  :  Allemagne,  en  7  comprenant  TAIsace  et  la  Lorraine; 
Autriche-Hongrie;  Belgique;  Espagne  et  Portugal;  Grande-Bretagne  et 
Irlande,  Italip,  Monaco,  Pays-Bas,  Pays  Scandinaves,  Pays  slaves  (Rus- 
sie), Grecs  et  Danubiens  (Turquie,  Grèce,  etc.),  Suisse,  Pays  d*outremer. 
La  troisième  partie  est  consacrée  aux  bibliothèques  de  manuscrits  tant  à 
Paris  que  dans  les  départements  et  à  l'étranger.  Les  additions  et  correc- 
tions devront  être  consultées  avec  soin;  on  y  trouve,  avec  la  liste  des 
inventaires  de  dépôts  omis  dans  le  cours  de  Touvrage  ou  publiés  depuis 
Tapparition  des  deux  premiers  fascicules,  quelques  notices  nouvelles,  no- 
tamment celle  qui  concerne  les  «  archives  diverses  »  de  la  Charente.  La 
«  table  des  noms,  »  qui  en  183  colonnes  contient  plus  de  7,000  noms 
de  dépôts  ou  de  possesseurs  d'archives  (les  personnes  morales  sont  en 
italique)  et  des  personnages  mentionnés  dans  Fouvrage,  faciliteront  les 
recherches  dans  cet  admirable  manuel.  Il  est  inévitable  que,  dans  une 
oeuvre  aussi  considérable,  il  y  ait  quelques  lacunes  et  quelques  inexacti- 
tudes (par  ex.,  YArchivio  di  stato  de  Mantoue  ne  contient  pas  unique- 
ment «  des  papiers  modernes,  »  puisqu'il  s'y  trouve  des  actes  originaux 
remontant  au  xiv*  et  même  au  xii*  siècle;  cf.  Bertolotti,  l'Archivio  di 
stato  in  Mantova.  Mantova,  Mondovi,  189i,  in-4).  Ce  sont  là  de  bien 
minimes  défauts,  qu'il  serait  ridicule  de  vouloir  relever,  au  lieu  de  remer- 
cier MM.  Langlois  et  Stein  de  la  peine  qu'ils  se  sont  donnée  pour  en 
éviter  désormais  aux  travailleurs,  et  au  lieu  de  les  féliciter  d'avoir  si  bien 
conduit  leurs  recherches,  si  heureusement  atteint  leur  but.  Je  suis  ici 
quelque  peu  embarrassé  pour  dire  tout  le  bien  que  je  pense  d  une 
œuvre  dont  l'un  des  auteurs  est  notre  collaborateur  et  mon  ami.  Mais 
je  crois  que  le  sentiment  de  tous  ceux  qui  ont  consulté  ce  volume  est 
un  sentiment  de  vive  reconnaissance  pour  ceux  qui  lui  ont  préparé  un 
instrument  de  travail  aussi  cominodo  ot  qui  restera  l'indispensable  vade- 
mecurn  de  quiconque  veut  travailler  sérieusement  sur  l'histoire  de  France. 

E.-G.  Ledos. 


BULLETm 

Xrésor  mpîrîtn^î,  OU  Résumé  des  Principales  Indulgences  que  Von  peut  gagner 
en  faisant  partie  de  diverses  confréries  ou  en  récitant  certaines  prières^  par  Un 
père  de  la  Compagnie  de  Jésus.  Paris,  René  Haton,  1893,  in-32  de  347  p.  — 
Prix  :  0  fr.  30;  12  exempl.,  3  fr. 

Quoi  de  plus  précieux  et  de  plus  nécessaire  que  d'augmenter  chaque  jour 


—  68  — 

le  trésor  spirituel  que  nous  pouvons  gagner  par  le  moyen  des  Indulgences? 
Et  pourtant,  que  de  chrétiens  négligent  de  puiser  à  cette  mine  féconde  que 
rÉglise  catholique  offre  à  ses  enfants,  tant  pour  expier  en  ce  monde  les 
peines  dues  au  péché  que  pour  soulager  les  âmes  souffrantes  dans  le  Pur- 
gatoire 1  C'est  que  nous  ne  connaissons  pas  assez  les  Indulgences,  leur 
nombre,  leur  variété,  les  moyens  faciles  de  les  obtenir.  Il  nous  faudrait, 
pensons-nous,  recourir  à  des  ouvrages  de  théologie  ;  on  n'en  a  pas  le  cou- 
rage ni  parfois  le  temps.  Nous  sommes  donc  heureux  de  signaler  et  de 
recommander  à  tous  le  Trésor  spirituel,  ou  Résumé  des  pnncipales  indul- 
gences. Ce  petit  opuscule,  édité  par  un  Père  de  la  Compagnie  de  Jésus,  est 
extrait  du  célèbre  traité  du  P.  Beringer  sur  les  Indulgences.  Comme  le  dit 
son  nom,  c'est  un  vrai  trésor  spirituel,  que  tout  chrétien  devrait  avoir 
entre  les  mains,  à  l'aide  duquel  il  est  aisé  de  dresser  une  liste  d'indul- 
gences partielles  ou  plénières  faciles  à  gagner  pour  tous  les  jours  de 
l'année.  X. 

La  Blesse  de  minuit,  mystère  en  trois  actes,  par  Jacques  d'Ars.  Paris,  Bricon, 
in-12  de  57  p.  —  Prix  :  1  fr. 

Voici  un  petit  drame  qui  vient  à  propos  :  il  est  gracieux  et  touchant  et 
met  en  scène  le  diable,  qui  tend  son  piège  à  l'innocence,  et  l'Enfant  Jésus 
qui  intervient  pour  la  sauver,  dans  la  douce  nuit  de  Noël.  C'est  donc  un 
drame  tout  de  circonstance,  et  qui,  dans  les  familles  et  les  maisons  d'éduca- 
tion chrétiennes,  pourra  agréablement  et  pieusement  occuper  la  joyeuse  veil- 
lée de  Noël.  Et  l'on  ira  ensuite  à  la  messe  de  minuit  pour  déposer  aux 
pieds  de  la  crèche  les  bonnes  résolutions  qu'on  aura  prises.      P.  Talon. 


Jk.  propos  de  tliéAtre,  par  J.-J.  Wsiss.  Paris,  Caïman n-Lévy,  1893,  in-12  de 
m-377  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Sous  ce  titre  :  A  propos  de  Théâtre,  vient  de  paraître  le  second  volume  des 
charmants  articles  que  M.  J.-J.  Weiss  écrivait  dans  le  feuilleton  du  Jour- 
nal  deê  Débats.  Ce  volume,  comme  celui  qui  Ta  précédé,  offre  la  plus  sédui- 
sante lecture.  Avec  son  esprit  investigateur,  sa  réelle  érudition,  sa  pensée 
originale,  M.  Weiss  ne  s'enferme  pas  dans  le  monotone  compte  rendu  de 
pièces  souvent  sans  valeur,  il  fait,  en  dehors  de  son  sujet,  de  piquantes 
excursions,  tout  en  montrant  la  plus  saine  critique,  lorsqu'il  apprécie  les 
œuvres  qui  défilent  devant  lui.  On  peut  dire  que  tous  les  articles  réunis 
dans  ce  volume  ont  une  très  réelle  valeur.  L'étude  qui  le  termine,  et  qui 
fut  écrite  au  moment  des  funérailles  de  Victor  Hugo,  est  un  morceau  capi- 
tal. Je  ne  pense  pas  que  le  poète  ait  nulle  part  été  mieux  et  plus  impartia- 
lement jugé.  Avec  quelle  justesse  M.  Weiss  remarque  que  tout  le  cortège 
officiel  qui  figurait  aux  funérailles  de  l'auteur  des  Châtiments  avait  figuré, 
pour  être  bafoué,  dans  les  imprécations  de  Jersey.  «  C'est  tout  ce  que  le 
poète,  en  son  délire,  a  fait  anathème,  qu'il  traîne  maintenant  derrière  son 
char  triomphal.  L'ordre  de  marche  des  corps  constitués  qui  va  se  dévelop- 
per de  l'Arc  de  Triomphe  au  Panthéon  n'en  montrera  presque  pas  un  qui 
ne  porte  au  front  la  blessure  d'un  vers  du  poète....  Quel  sens  de  cette  jour- 
née !  quel  spectacle  pour  le  philosophe  !  Mais  que  pensera,  que  sentira  le 
peuple  en  ses  profondeurs  ?  »  Il  faut  lire  toutes  les  belles  pages  dont 
j'extrais  ce  trop  peu  de  lignes. 

On  nous  promet,  et  pour  prochainement,  deux  nouveaux  volumes  des  cri- 
tiques de  M.  Weiss.  L'un  portera  ce  titre  :  Le  Drame  historique  et  le.  drame 


—  69  — 

passionnel;  Tautre,  le  dernier,  sera  intitulé  :  Les  Théâtres  parisiens.  Il  eût  été 
bon,  croyons-nous,  de  donner  la  date  des  feuilletons,  et  c'est  ce  que  nous 
voudrions  voir  dans  les  tomes  à  paraître.  D'après  un  excellent  usage  qui 
tend  à  se  généraliser,  ce  livre  est  terminé  par  une  ample  table  alphabétique 
des  personnages  mentionnés.  Th.  P. 

ivotro  temps,  ses  qualités  et  ses  travers^  d'après  les  fables  de  La  Fontaine^  par 
Mgr  GiLLY,  évêque  de  Nimes.  Paris,  Bloud  et  Barrai,  1893,  in-8  de  vm-304  p.  — 
Prix  :  4  fr. 

Sous  ce  titre,  Mgr  Gilly,  évêque  de  Nimes,  a  fait  un  commentaire 
pratique  d'une  trentaine  de  fables  du  bon  La  Fontaine.  Les  leçons  qu'il 
en  fait  jaillir  s'appliquent  tout  naturellement  aux  difficultés  sociales  de 
l'heure  présente  et  peuvent  nous  aider  à  les  résoudre,  car  les  animaux  de 
La  Fontaine  ont  souffert  des  mêmes  vices  et  des  mêmes  travers  que  les 
hommes  d'aujourd'hui,  et  leur  expérience  peut  par  conséquent  nous  être 
fort  utile.  Ce  livre  est  écrit  avec  beaucoup  de  bonhomie  et  de  simplicité,  et 
rendra  service  aux  maîtres  chargés  de  commenter  les  fables  de  La  Fon- 
taine ;  les  enfants  eux-mêmes  les  liront  avec  plaisir  et  pourront  en  tirer 
profit.  Tout  au  moins  leur  fera-t-il  mieux  goûter  le  grand  fabuliste. 

P.  Talon. 

La  Ré«iirreetloii  d'un  inonde,  ou  la  Contre-révolution,  par  Mgr  GoUR- 
8AT.  Paris,  Oudin,  1893,  in-8  de  348  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Ce  livre  est  plein  de  bonnes  intentions,  mais  n'apporte  en  somme  qu'une 
contribution  très  restreinte  à  l'étude  du  renouvellement  social  qu'il  s'agit 
d'entreprendre  pour  arrêter  la  déchristianisation  de  la  France.  L'auteur 
traite,  dans  cette  première  partie  (à  laquelle  deux  autres  doivent  être  ajou- 
tées), du  clergé  séculier  et  régulier.  Mission,  science,  sainteté,  organisation. 
—  Il  y  a  là  d'excellentes  choses,  mais  traitées  trop  superficiellement  et  qui 
n'apprennent  rien  de  nouveau  :  toutes  ces  questions  auraient  eu  besoin 
d'être  mieux  approfondies,  et  surtout  d'être  envisagées  en  tenant  un  compte 
*plus  exact  de  l'évolution  qui  s'accuse  dans  nos  sociétés  modernes.     G.  P. 


La  Séeurlté  nationale  et  le  péril  extérieur.  L'Angleterre  et  la  triple 
alliance,  par  Christian  Franc.  Paris,  Dentu,  1893,in-12  de  336  p.— Prix  :  3fr.  50. 

La  France  et  la  Russie  sont-elles  de  taille  à  lutter  victorieusement  contre 
les  armées  de  la  triple,  peut-être  de  la  quadruple  alliance?  Telle  est  la  thèse 
toute  d'actualité  que  M.  Christian  Franc  vient  de  développer.  Après  avoir 
étudié  le  côté  factice  de  cette  coalition  de  nos  ennemis,  unis  contre  nous 
non  point  par  Tattraction  d'intérêts  identiques,  mais  au  contraire,  et  en 
dépit  d'intérêts  très  divergents,  par  la  seule  haine  professée  à  notre  endroit» 
M.  Christian  Franc  nous  présente  un  tableau  des  forces  militaires  de  l'alliance 
et  nous  montre  que  tout  en  étant  redoutables,  ces  forces  n'ont  point,  bien 
loin  de  là,  un  effectif,  une  valeur  qui  leur  assure  irrémédiablement  la  victoire. 

Vis-à-vis  des  armées  coalisées,  M.  Franc  déploie  ensuite  l'armée  française 
et  l'armée  russe,  suppute  le  chiffre  des  bataillons,  des  escadrons,  des  batte- 
ries, et  montre  que  de  ce  côté  est  la  supériorité  numérique.  Une  autre  cause 
de  prépondérance,  en  faveur  de  l'alliance  franco-russe,  est  l'union  morale 
qui  relie  les  deux  armées,  union  basée  non  seulement  sur  une  estime,  une 
confiance  réciproques,  mais  sur  des  intérêts  politiques  identiques. 

La  France  tressaille  encore  des  acclamations  qui  ont  salué  les  représen- 


—  70  - 

tants  de  cette  marine  russe,  venue  chez  nous  non  point  pour  sceller  an 
pacte  agressif,  mais  pour  témoigner  d'une  amitié  qui  vaut  toutes  les 
alliances  écrites.  Elle  lira  avec  un  très  vif  intérêt  le  livre  de  M.  Christian 
Franc,  tout  vibrant  d'un  patriotisme  éclairé,  rempli  d^intéressants  docu- 
ments, écrit  avec  autant  de  compétence  militaire  que  de  Jugement  et  de 
sens  politique.  Arthur  db  Ganniers. 

L.n  Fondation  do  la  Fpaneo  dn  IV*  an  VI*  alèelo,  par  A.  Lecot  db  la 
Marche.  Lille,  Société  de  Saint-Augustin,  Desclée  et  de  Brouwer,  1893,  în-8  de 
294  p.  —  Prix  :  3  fr. 

Ce  n'est  pas  ici  une  œuvre  de  pure  et  simple  vulgarisation  comme  sont 
souvent  les  volumes  publiés  par  la  Société  de  Saint-Augustin.  L  auteur  est 
un  érudit,  qui,  autrefois  surtout,  a  étudié  par  lui-même  les  questions  mé- 
rovingiennes ;  il  prétend  faire  œuvre  originale.   Deux  parties   dans  l'ou- 
vrage :  1®  fondation  de  la  France  religieuse  ;  2«  fondation  de  la  France  po- 
litique. Établissement  du  christianisme  dans  les  Gaules,  organisation  de  la 
hiérarchie,  rôle  social  des  évéques  et  des  moines,  tels  sont  les  points  étudiés 
dans  la  première  partie.  La  seconde,  après  quelques  mots  sur  l'origine  des 
races  gauloise  et  franque,  retrace  la  marche  des  Francs  avant  Clovis,  es- 
quisse le  règne  de  ce  prince  avant  et  après  le  baptême,  fait  un  tableau  du 
gouvernement,  de  la  législation,  de  l'état  intellectuel  du  pays.  Deux  appen- 
dices, l'un  sur  la  lettre  de  saint  Rémi  à  Clovis,  l'autre  sur  les  prétendus 
meurtres  politiques  de  ce  prince,  terminent  ce  volume.  Voilà  l'économie  de 
l'ouvrage;  l'exposition  est  claire  et  d'une  lecture  facile;  quant  au  fond,  nous 
aurions  quelques  réserves  à  faire.  L'érudition  de  l'auteur  est  parfois  en 
retard;  il  ne  semble  pas  savoir  que  la  lettre  prétendue  de  saint  A  vit  à  Clo- 
vis est  composée  de  deux  morceaux  absolument  distincts,  et  il  donne  (p.  84), 
comme  adressées  au  roi  franc,  des  expressions  qui  se  trouvent  dans  la 
lettre  de  Sigismond  à  l'empereur  de   Constantinople.  Il  n'est  pas  plus 
exact  d'attribuer  à  tous  nos  manuels,  comme  à  tous  nos  livres  historiques, 
la  croyance  à  l'existence  d'un  premier  roi  franc  appelé  Pharamond;  la  lé- 
gende ne  prend  guère  place  dans  nos  ouvrages  historiques  que  comme  lé-» 
gende.  Il  est  ridicule  de  traiter  les  travaux  de  M.  l'abbé  Duchesne  avec  le 
mépris  qu'affecte  M.  Lecoy  de  la  Marche  et  d'en  désigner  l'auteur  comme 
un  homme  qui  ne  vaut  même  pas  qu'on  prenne  la  peine  de  discuter  ses 
opinions.  Enfin,  pourquoi  l'auteur,  qui  se  propose  de  nous  donner  un  ta- 
bleau de  la  France  du  iv«  au  vi®  siècle,  nous  parle-t-il  si  souvent  du  vu»  et 
lui  emprunte-t-il  si  souvent  ses  exemples?  Est-ce-là  le  fait  d'une  bonne 
méthode?  Il  serait  peut-être  injuste  de  rester  sur  ces  critiques,  si  le  nom 
seul  de  l'auteur  n'était  une  garantie  de  l'excellent  esprit  dans  lequel  il  est 
rédigé  et  de  l'intérêt  qu'en  offrira  la  lecture.  E.-G.  Ledos. 


Vemaaaa    d«  France    pendant    l*lnvaaton  (ISTO-lSTl)»   par 

JotiPH  ToftQUAir.  Paris  et  Nancy,  Bergêr-Lerrault,  1893,  in-lS  de  445  p.  —  Prix  : 
S  fr.  SO. 

M.  Joseph  Turquan  s'est  fait  une  spécialité  des  récits  héroïques  de  la 
guerre  franco-allemande;  il  se  platt  à  mettre  sous  nos  yeux  les  beaux 
exemples  de  vertu  et  de  courage  qui  doivent  nous  consoler  de  nos  défaites 
et  nous  inspirer  confiance  dans  l'avenir.  Qui  oserait  nier  que  cette  manière 
d'envisager  une  guerre  malheureuse  ne  soit  plus  saine,  plus  réconfortante 
et  plus  patriotique  que  celle  qui  consiste  à  en  montrer  de  préférence  les 
côtés  hideux  et  répugnants?  Dans  le  volume  que  nous  examinons,  il  s'agit 


—  71  — 

spécialement  des  femmes  françaises,  qui,  dignes  héritières  de  Jeanne  d*Arc' 
et  de  Jeanne  Hachette,  se  sont  dévouées  de  bien  des  manières  pour  contri- 
^  buer  à  la  défense  du  sol  natal  ou  pour  secourir  les  soldats  blessés  ou  pri- 
*  sonniers.  La  division  môme  du  livre  indique  bien  la  nature  des  sujets 
traités  :  I.  Les  femmes  sur  les  champs  de  bataille;  II.  Les  cantinières; 
III.  Les  ambulances;  lY.  Les  femmes  d'Alsace;  V.  Les  femmes  de  Lorraine  ; 
VI.  M"«  Juliette  Dodu;  VII.  Épisodes  divers.  M.  Joseph  Turquan  prend  ses 
exemples  dans  toutes  les  classes  de  la  société,  comme  dans  toutes  les  reli- 
gions. Mais  il  fait  ressortir  combien  plus  méritoires  sont  les  dévouements 
absolus  chez  les  grandes  dames  qui  ont  quitté  des  foyers  où  régnait  lai- 
sance  pour  participer  aux  privations  et  aux  dangers  des  armées  en  cam- 
pagne; de  même  qu'en  rendant  hommage  aux  vertus  déployées  par  des  pro- 
testantes et  des  israélites,  il  proclame  que  la  source  la  plus  féconde  de 
rhéroîsme  et  de  l'abnégation  est  la  religion.  Cependant  nous  trouvons  dans 
son  livre  une  phrase  malheureuse,  parce  qu'elle  est  inexacte  et  dépasse  cer- 
tainement la  pensée  de  l'auteur  :  c'est  celle  où  il  dit  que  «  la  Révolution 
française,  de  laquelle  date  réellement  le  patriotisme  tel  que  nous  l'enten- 
dons maintenant,  reprenant  les  deux  grands  principes  d'égalité  et  de  frater- 
nité entre  les  hommes,  proclamés  depuis  près  de  dix-sept  siècles  par  le 
christianisme,  réveilla  les  sentiments  d'humanité  qui  dormaient  dans  les 
cœurs.  »  Il  serait  plus  juste  de  faire  remonter  ce  réveil  de  la  charité  au 
moins  jusqu'à  saint  Vincent  de  Paul.  Malgré  cettt  regrettable  erreur,  on 
peut  recommander  ce  livre  comme  pouvant  faire  beaucoup  de  bien  en  exci- 
tant chez  les  femmes  de  France  la  noble  ambition  de  suivre  les  beaux 
exemples  présentés  par  l'auteur,  et  chez  les  hommes  l'émulation  et  le  désir 
de  ne  pas  se  laisser  surpasser  en  couine  et  en  dévouement. 

Comte  de  Bizemont. 

Un  Jeune  Empereni**  Gnlllaume  II  €l*A.llenia0ne9  par  Frédéric  Harold, 
traduit  de  Tanglais  par  J.  di  Cleslbs.  Paris,  Perrin,  1894,  in-12  de  256  p.  — 
Prix  :  3  fr.  50. 

L.*JBnipcrour  allemand.  Paris,  Perrin,  1893,  in-12  de  96  p.  —  Prix  :  1  fr. 

Je  recommande  la  lecture  de  ces  ouvrages  à  toute  personne  qui  désirerait 
connaître  l'histoire  de  l'Allemagne  depuis  les  dernières  années  de  Guil- 
laume 1*"^.  Les  deux  livres  montrent  les  qualités  et  les  défauts  de  l'empereur 
régnant  :  le  livre  anglais  avec  une  sympathie  raisonnée,  le  français  avec  un 
sentiment  d'inquiétude. 

M.  Harold  remarque  que,  depuis  longtemps  et  à  l'exception  de  la  Prusse, 
il  n'y  avait  sur  les  trônes  allemands  que  des  médiocrités  (p.  17).  C'est  vrai 
dans  la  généralité  ;  mais  la  maison  de  Wurtenberg  a  été  jugée  trop  sévère- 
ment par  Carlyle  (p.  23)  :  Guillaume  l'antépénultième  était  une  person- 
nalité, ajoute  l'auteur.  «  Les  Hohenzollern  ont,  de  nos  jours,  revivifié  l'idée 
monarchique,  non  seulement  en  Allemagne,  mais  dans  une  grande  partie  de- 
l'Europe....  » 

Le  caractère  de  Frédéric  III  est  développé  avec  une  véritable  impartialité, 
dont  l'effet  n'est  pas  d'agrandir  cette  figure  passagère.  L'idée  qu'il  eut  de 
ressusciter  le  Saint-Empire  était  certainement  irréalisable,  mais  grandiose. 

M.  Harold  s'attache  surtout  à  montrer  d'où  Guillaume  II  est  parti  et  où  il 
est  arrivé.  Chemin  faisant,  il  ne  lui  épargne  pas  -des  reproches  mérités,  no- 
tamment à  propos  de  la  visite  au  Pape  (p.  120).  Les  Bismarck,  père  et  fils, 
lui  étaient  devemis  antipathiques  :  Guillaume  II  ne  voulut  pas  de  cette 
sous-dynastie.  Voici  venir. en  grand  détail  l'histoire  de  leur  chute.  Leur  dis- 


—  72  — 

pari  lion  fut  un  soulagement  :  «  Bismarck  n'avait  rien  négligé  pour  faire 
dépendre  tout  pouvoir,  tout  avancement,  de  la  perfidie  la  plus  profonde  et 
des  calculs  de  l'intérêt  personnel.  Il  avait  rejeté  tout  idéal,  toute  aspiration, 
généreuse  du  domaine  de  la  politique  pratique.  Il  avait  systématiquement 
habitué  Tesprit  allemand  à  subir  la  loi  de  la  force  et  de  Tastuce....  à  user 
sans  remords  du  scandale  et  de  la  calomnie,  comme  armes  politiques....  » 
(p.  196). 

L'auteur  explique  longuement  la  genèse  du  socialisme  chrétien  de  Guil- 
laume II,  de  son  explosion  scolaire,  de  son  orientation  vers  l'Angleterre.  II 
signale  le  germe  d'une  question  polonaise.  Je  regrette  de  ne  pas  m'étendre 
davantage  sur  ce  travail,  l'un  des  meilleurs,  à  mon  avis,  qui  ait  été  publié 
pour  faire  connaître  l'Allemagne  contemporaine  et  son  maître. 

—  Si  je  pouvais  me  permettre  d'ajouter  au  livre  anonyme  intitulé  :  L^ Em- 
pereur allemand,  un  sous-titre,  j'y  mettrais  :  «  ou  Guillaume  II  peint  par  lui- 
même.  »  En  effet,  l'Empereur  y  est  présenté  au  lecteur  par  ses  paroles,  par 
ses  actes  et  dans  son  milieu. ...  «  L'Empereur,  sans  doute,  est  encore  une 
énigme,  mais  une  énigme  sur  laquelle  nous  possédons  des  données  précises 
et  précieuses  »  (p.  12  et  13).  Ce  sont  ces  données  que  l'auteur  a  recueillies 
dans  un  bon  ordre  :  il  a  fait  une  œuvre  qui  a  sa  valeur,  et  son  utilité.  Je  vais 
en  citer  quelques  passages,  en  me  servant  presque  toujours  des  paroles 
mêmes  du  livre.  Les  HohenzoUern  sont  tour  à  tour  dévots,  soldats  et  con- 
quérants. Guillaume  IP  réunit  plusieurs  traits  caractérisques  de  sa  famille  : 
il  est  dévot;  il  a  la  passion  de  l'armée  ;  il  est  ambitieux,  intelligent  et  actif. 
Il  est  magnifique  et  prodigue,  ce  qu*aucun  de  ses  ancêtres  ne  fut.  Son  édu- 
cation a  développé  en  lui  le  goût  des  traditions  prussiennes. 

Guillaume  II  est  orateur.  Il  est  aussi  un  caractère  avec  une  forte  prédo- 
minance des  qualités  de  la  volonté.  Il  est  dépourvu  de  scepticisme.  La  con- 
fiance qu'il  a  en  lui-même  se  rattache  à  celle  qu'il  a  en  Dieu  et  en  sa  mis- 
sion. Son  intelligence  se  dirige  vers  les  questions  d'ordre  pratique.  «  Le 
Dieu  de  l'univers  tend  à  devenir  pour  lui,  avant  tout,  un  allié  pour  sa  poli- 
tique, un  Dieu  prussien  »  (p.  72).  Il  est  un  adepte  du  droit  divin  dans  ce 
qu'il  a  de  plus  absolu.  Les  HohenzoUern  ne  tiennent  leur  couronne  que  du 
Ciel  et  par  conséquent  n'ont  de  comptes  à  rendre  qu'au  Ciel.  De  là  à  prendre 
ses  idées  pour  des  inspirations  du  Ciel,  il  n'y  a  qu'un  pas,  et  l'auteur  ano- 
nyme croit  bien  que  Guillaume  II  l'a  franchi.  Il  se  considère  naturellement 
comme  supérieur  à  toute  la  machine  gouvernementale  et  aux  tribunaux.  Ce 
sont  des  opinions  dangereuses.  Son  règne  ne  sera  probablement  pas  indiffé- 
rent; mais  «  l'avenir  de  son  règne  ne  dépend  pas  de  lui  seul....  il  ne  gou- 
verne et  ne  se  gouverne  que  jusqu'à  un  certain  point,  jusqu'aux  limites  que 
lui  assignent  des  circontances  étrangères  à  sa  volonté,  sur  lesquelles  son 
autorité  n'a  pas  de  prise....  Nous  ne  pouvons  rien  savoir  des  forces  incon- 
nues dont  dépend  son  règne  et  qui  feront  de  lui  un  grand  monarque  ou  un 
souverain  malheureux,  et  qui  peut-être  même  le  condamneront  à  user  ses 
facultés  d'énergie  et  d'intelligence  en  discours  éloquents,  mais  inféconds, 
en  voyages  suggestifs  et  inutiles,  en  ardente  et  stérile  activité  »  (p.  94). 
L'auteur  anonyme  considère  cette  dernière  hypothèse  comme  la  moins  pro- 
bable. A.  d'Avril. 

Biographies  du  xnL*  slèele.  Paris,  Bloud  et  Barrai,  s.  d.,  in-8  de  31 S  p. 

—  Prix  :  3  fr. 

Ce  nouveau  volume  de  la  collection  si  appréciée  des  Biographies  du 
xiz*  siècle  contient  les  biographies  de  Lecourbe,  Frédéric  III,  général  de 


—  73  — 


Sonis,  Danilo  1er,  maréchal  Brune,  Bernadotte  et  Lamartine.  Elles  sont 
Tœuvre  du  commandant  d'Équilly,  de  J.  de  Baudoncourt,  de  J.  de  la  Faye, 
l'auteur  de  la  vie  du  général  de  Sonis,  de  Constant  Améro,  de  J.-B.  Jeannin 
et  de  J.  d'Arsac.  Ce  sont  des  biographies  bien  faites,  instructives  et  inté- 
ressantes, et  le  choix  môme  des  personnages  assure  au  volume  une  grande 
\*ariété.  La  collection  est  assez  connue  et  appréciée  pour  qu'il  suffise  de 
signaler  cette  nouvelle  série  à  nos  lecteurs,  P.  Talon. 


CHRONIQUE 

Nécrologie.  —  M.  Victor-Prosper  Considérant,  le  dernier  des  phalans- 
tériens,  le  chef  sans  disciples  d'une  école  socialiste  défunte  depuis  beaux 
lustres,  est  mort  à  Paris,  le  27  décembre.  Il  était  né  à  Salins  (Jura)  le  12  oc- 
tobre 1808.  L'on  peut  dire  que  la  mort  de  cet  apôtre  du  fouriérisme  a  été, 
pour  beaucoup,  la  révélation  certaine  de  son  existence  en  l'an  1893  ;  car, 
sauf  de  rares  exceptions,  tout  le  monde  le  croyait  bel  et  bien  rayé  du 
nombre  des  vivants.  Où  et  quand  avait  eu  lieu  le  décès  de  M.  Considérant? 
Nul  n'eût  été  à  même  de  préciser,  et  pour  cause;  mais  l'on  ne  s'en  préoc- 
cupait pas  autrement.  Une  telle  indifférence  prouve  donc  que  cet  homme, 
qui  fut  le  vulgarisateur,  le  propagateur  ardent  des  rêveries  de  son  maître  et 
compatriote  Fourier,  était  tombé  dans  les  ténèbres  du  plus  profond  oubli. 
Après  avoir  commencé  au  collège  d'Arbois,  où  son  père  était  professeur, 
des  études  qu'il  acheva  au  lycée  de  Besançon,  M.  Considérant  entra  à  l'École 
polytechnique  en  1826,  puis  à  l'École  d'application  de  Metz.  En  1831,  c'est- 
à-dire  à  l'âge  de  vingt-trois  ans,  il  était  capitaine  du  génie,  chose  plus  que 
rare  en  temps  de  paix.  Au  lieu  de  suivre  la  carrière  honorable  entre  toutes 
qui  s'ouvrait  si  largement  devant  lui,  le  brillant  offlcier,  esprit  étrange  et 
indiscipliné,  donna  sa  démission  pour  se  lancer  dans  la  bohème* des  pré- 
tendus réformateurs  de  la  société,  autant  peut-être  par  orgueil  et  ambition 
que  par  conviction.  M.  Considérant  créa  successivement  alors  le  Phalanstère, 
la  Phalange  et  la  Démocratie  pacifique^  journaux  qui  devinrent  comme  les 
moniteurs  officiels  du  fouriérisme.  Le  dernier  de  ces  périodiques,  la  Démo- 
cratie  pacifique,  qui  paraissait  quotidiennement  depuis  1843,  fut  supprimé 
après  le  coup  d'Etat  du  2  décembre.  Plus  d'un  naïf  a  été  victime  des  sin- 
gulières tentatives  du  Salinois  :  tels  ceux  qui  hasardèrent  et  perdirent  leurs 
fortunes  dans  les  essais  phalanstériens  de  Condé-sur-Vesgre  (Seine-et-Oise) 
et  du  Texas,  pays  bien  différents,  ou  deux  échecs  complets  se  chargèrent 
de  démontrer  l'inanité  des  théories  du  commis  voyageur  Fourier  et  de  ses 
adeptes.  Rentré  en  France  en  1869,  M.  Considérant,  qui  cependant  avait 
été  élu  député,  en  1848  et  1849,  d'abord  dans  le  département  du  Loiret,  puis 
dans  celui  de  la  Seine,  se  retira  de  la  lutte,  entendant  se  confmer  dans  la 
retraite  :  l'âge  et  les  insuccès  avaient  sans  doute  calmé  ce  socialiste  senti- 
mental et  agissant,  sans  toutefois  le  faire  revenir  à  de  plus  saines  idées. 
Simple  précurseur,  il  a  abandonné  l'arôneà  d'autres  plus  militants,  mais  il 
est  resté  de  cœur  avec  eux,  ainsi  qu'il  résulte  notamment  d'une  espèce  d'a- 
pologue de  son  cru,  ni  nouveau  ni  spirituel,  inséré  dans  VAlmanach  de  la 
question  sociale  de  1892  et  intitulé  :  Petite  Histoire  de  la  féodalité  capitaliste, 
M.  Victor  Considérant  compte  à  son  actif,  ou,  comme  l'on  voudra,  à  son 
passif  philosophico-politico-littéraire  les  ouvrages  suivants  :  Destinée  sociale 
(1834-1844,  3  vol.  in-8  ;  2e  édition,  1851,  2  vol.  in-12);  —  Théorie  de  l'éduca- 
tion naturelle  et  attrayante  (1835,  in-8)  ;  —  Débâcle  de  la  politique  en  France 


k 


—  74  — 

(1836,  in-8)  ;  —  De  la  politique  générale  et  du  rôle  de  la  France  en  Europe, 
suivi  d'une  appréciation  de  la  marche  du  gouvernement  depuis  juillet  4830  (1840, 
in-8)  ;  —  Contre  M.  Arago,  réclamation.  Suivi  de  la  Théorie  du  droit  de  pro- 
priété (1840,  in-8)  ;  —  Manifeste  de  Vécole  militaire  fondée  par  Fowier,  ou 
Base  de  la  politique  positive  (1841,  in-8);  —  Delà  Souveraineté  et  de  la  régence 
1842,  in-8)  ;  —  Chemins  de  fer.  Lignes  de  Paris  à  Lyon  et  de  Paris  à  Strasbourg 
(1844,  in-8)  ;  —  Exposition  abrégée  du  système  phalanstériende  Fourier  (1845, 
in-32)  ;  —  Principes  du  socialisme.  Manifeste  de  la  démocratie  au  XIX*  siècle^ 
suivi  du  Procès  de  la  démocratie  au  XIX^  siècle  (1847,  in-18);  —  Description 
du  phalanstère  et  considérations  sociales  sur  Varchitectonique  (1848,  in-8)  ;  — 
Le  Socialisme  devant  le  vieux  monde,  ou  le  Vivant  devant  les  morts,  suivi  de 
Jésus-Christ  devant  les  conseils  de  gueire  (1848,  in-8)  ;  —  La  Dernière  Guerre 
et  la  paix  définitive  de  l'Europe  (1850,  in-8)  ;  —  Les  Quatre  Crédits,  ou  60  mil- 
liards à  4  4 12  pour  400  (1851,  in-8)  ;  —  La  Solution,  ou  le  Gouvernement  direct 
du  peuple  (1851,  in-8)  ;  —  Au  Texas  (1854,  in-8,  avec  2  cartes)  ;  —  Du  Texas, 
premier  rapport  à  mes  amis  (1857,  in-8);  —  Mexique,  quatre  lettres  au  maréchal 
Bazaine  (1868,  in-16).  —  Un  détail  curieux  oublié  ou  peu  connu  :  l'on  sait 
qu'aux  jours  déjà  lointains  de  la  célébrité  de  M.  Considérant,  les  journaux 
satiriques  affectaient  de  le  représenter  orné  d'un  appendice  caudal  pourvu 
d'un  œil  à  son  extrémité.  Afin  d'expliquer  cette  amusante  fantaisie,  nous 
rappellerons  ici  un  passage  de  l'interview  que  fit  subir  au  vieil  utopiste,  en 
juin  1891,  le  rédacteur  d'un  journal  parisien.  C'est  M.  Considérant  lui-même 
qui  parle  :  «  Fourier,  dans  ses  hypothèses  cosmogoniques,  a  supposé  que 
les  solariens  gigantesques,  doués  de  sens  plus  délicats  et  plus  nombreux 
que  les  terriens,  possèdent,  comme  l'éléphant,  une  sorte  de  trompe,  et  il  la 
fixait  du  côté  de  la  nuque.  Les  caricaturistes  de  1848  m'ont  représenté  alors 
nffligé  d'une  queue  partant  du  coccyx,  avec  un  œil  au  bout,  comme  ils  ont 
montré  un  Pierre  Leroux  broussailleux,  Proudhon  dévorant  des  enfants  tout 
crus,  et  Louis  Blanc,  vu  sa  taille  exiguë,  pris  par  une  dame  qui  le  fourre 
dans  son  manchon.  Tout  cela  n'est  pas  méchant  et  n'empêche  pas  le  blé  de 
pousser  ni  le  socialisme  de  croître.  »  —  Nous  reconnaîtrons  volontiers  que 
cette  drôlerie  n'empêche  point,  heureusement,  le  blé  de  pousser  ni  même  les 
raisins  de  mûrir  au  flanc  des  coteaux  ensoleillés  de  Salins  et  autres  lieux, 
et  qu'elle  n'a  pas  davantage,  hélas  !  enrayé  le  progrès  des  doctrines  subver- 
sives qui  acheminent  notre  chère  France  vers  les  abîmes,  que  Dieu  seul 
pourra  lui  faire  éviter,  s'il  lui  plaît. 

—  Mgr  Casimir  Chevalier,  mort  à  Tours  le  25  décembre,  était  né  à 
Sache  (Indre-et-Loire),  le  7  mars  1825.  A  vingt  et  un  ans,  on  lui  confia  la 
sous-direction  de  l'institution  Saint-Louis  de  Gonzague  à  Tours,  qu'il  con- 
serva pendant  quatre  ans.  Dès  1847,  on  le  distinguait  assez  pour  le  nom- 
mer secrétaire  adjoint  du  congrès  scientifique  de  France,  et  deux  ans  après 
il  fut  chargé  officiellement  de  lever  une  carte  géologique  et  agronomique 
de  Touraine  (1849).  Il  fut,  de  1853  à  1856,  principal  du  collège  de  Lo- 
ches, exerça  pendant  quelques  années  les  fonctions  du  ministère  curial. 
Membre  de  plusieurs  sociétés  savantes,  tant  de  l'étranger  que  de  France, 
correspondant  du  ministère  dé  l'instruction  publique,  il  accepta  en  1875  la 
charge  d'historiographe  du  diocèse  de  Tours,  eut  l'honneur,  en  1879,  d'être 
nommé  camérier  secret  par  S.  S.  Léon  XIII,  en  même  temps  que  plusieurs 
évêques  le  nommaient  chanoine  honoraire  de  leur  chapitre  cathédral.  Nous 
indiquerons  ici  quelques-uns  seulement  des  ouvrages  de  Mgr  Chevalier  : 
Études  sur  la  Touraine.  Hydrographie,  géologie,  agronomie,  statistique  (1868, 
in-8),  avec  la  collaboration  de  M.  G.  Chariot;  —  Debtes  et  créanciers  de 
la  royne-mère  Catherine  de  Médicis  (4589-4606)  (1862,  in-8);  —  Les  Quinze 


—  73  — 

Joyes  de  Notre-Dame  et  autres  dévotes  oraisons,  tirées  de  deux  manuscrits 
du  XV'  siècle  (1862,  in-12);  —  Tableau  de  la  province  de  Touraine,  4162- 
1766,  administration,  agriculture,  industne,  commerce,  impôts  (1863,  in-8); 

—  Archives  royales  de  Chenonceau.  Comptes  des  receptes  et  dépenses  faites 
en  la  chastellenie  de  Chenonceau  par  Diane  de  Poitiers,  duchesse  de  Valen- 
tinois,  dame  de  Chenonceau  et  autres  lieux.  Lettres  et  devis  de  Philibert  de 
VOrme  et  autres  pièces  relatives  à  la  construction  de  Chenonceau  (1864,  3  vol. 
in-8) ;  —  Diane  de  Poitiers  au  conseil  du  Roi;  épisode  de  l'histoire  de  Chenon- 
ceau sous  François  I"  et  Henri  II  (1535-4556)  (1865,  in-8);  —  Un  Tour  en 
Suisse,  publié  sous  le  pseudonyme  de  Jacques  Duverney  (1865,  2  vol.  in-12); 

—  Géologie  contemporaine  (1867,  in-8);  —  Histoire  de  Chenonceau  (1868,  in-8) ; 

—  Promenades  pittoresques  en  Touraine  (1868,  gr.  in-8);  —  Rechei^ches  histo- 
riques et  archéologiques  sur  les  églises  romanes  en  Touraine  (1869,  in-4),  avec 
M.  Tabbé  Bourassé;  —  Naples,  le  Vésuve  et  Pompai,  croquis  de  voyage  (1871, 
in-8);  —  Inventaire  analytique  des  archives  communales  d'Amboise  (4424- 
4789)  (1874,  in-8)  ;  —  Histoire  abrégée  de  Chenonceau  (1879,  in-8)  ;  —  Hercu- 
lanum  et  Pompéi,  scènes  de  la  civilisation  romaine  (1880,  in-8)  ;  —  Guide  pit- 
toresque du  voyageur  en  Touraine  (1883,  in-18)  ;  —  [Les  Fouilles  de  Saint- 
Martin  de  Tours  :  recherches  sur  les  six  basiliques  successives  élevées  autour  du 
tombeau  de  saint  Martin  (1888,  in-8;  note  complémentaire,  1891,  in-8);  — 
L'Abbé  Sorin  (1891,  in-8).  L'on  trouvera  une  bibliographie  infiniment  plus 
complète  des  publications  du  savant  archéologue  antérieures  à  1882  dans 
le  Tableau  analytique  des  travaux  et  publications  de  Mgr  C.  Chevalier  (Tours, 
Bousrez,  1882,  in-8  de  96  p.),  publié  par  lui-même. 

—  Mgr  Sébastian  Brunner,  mort  au  commencement  de  décembre,  était 
né  à  Vienne  en  1814.  L'Autriche  catholique  perd  en  lui  un  de  ses  plus 
vaillants  et  féconds  écrivains.  La  longue  liste  d'ouvrages  que  nous  dounons 
ici  prouve  son  activité  littéraire  et  scientifique.  De  ses  travaux,  quelques- 
uns  ont  eu  rhonneur  d'être  traduits  en  français.  On  lui  doit  une  vigoureuse 
réfutation  de  UAthée  Renan  et  son  Évangile,  dont  Tépiscopat  bavarois  tout 
entier  s'est  accordé  à  recommander  la  lecture.  Il  s'est  attaqué  avec  non 
moins  de  vigueur  au  joséphisme  ;  et  peut-être  sa  vigueur  a-t-elle  été  jus- 
qu'à la  rudesse  acerbe  dans  sa  Wiener  Kirchenzeitung,  On  lui  doit  entre 
autres  écrits  :  Wiener-Neustadt  in  Bezug  auf  Geschichte,  Topographie,  Kunst 
und  Alterthum  (1842,  in-8)  ;  — Die  siebcn  hciligen  Sacramente  {i8i2,  in-12); — 
Christkathol  Lehr-  und  Gebetbuch  (1842,  in-16)  ;  —  Jésus  mein  Leben  (1842, 
in-i2);  — Das  Heil  aus  Sion,  ein  Erbauungsbuch  (1842,  in-12);  —  Die  An- 
dacht  des  Kindes  (1843,  in-32)  ; — Der  Babenberger  Ehrenpreis,  Gedichte  (1*843, 
in-12)  ;  —  Des  Génies  Malheur  und  Gluck  (1843,  2  vol.  in-8)  ;  —  Die  Welt,  ein 
Epos  (1844,  in-8)  ;  —  Der  Nebeljungenlied  (1845,  in-8)  ;  —  Friede  in  Christus 
(1845,  in-16);  —  Fremdeund  Heimath  (1845,  2  vol.  in-8)  ;  —  Hurtervor  dem 
Tribunal  der  Wahrheitsfrunde  (1846,  in-18);  —  Dei'  dcutsche  Hiob  (1846,  in-8)  ; 

—  Die  Prinzenschule  zu  Môpselglûck  (1848,  2  vol.  in-8)  ;—Blôde  Ritter  (1848, 
in-8)  ;  —  Johannes  Ronge  (1848,  in-8)  ;  —  Schreiberknechte  (1848,  in-8)  ;  — 
Einige  Stunden  bei  Gôrres  (1848,  in-8)  ;  —  Die  klugen  und  thôrichten  Jung- 
frauen  des  Evangeliums  (1849,  in-fol.);  —  Einleitung  zur  Homiletik  der  Neu- 
zeit  (1849,  in-8);  —  Kanzel  und  Politik  (1850,  in-8);  —  Homilienbuch  fur  die 
Sonn-  und Feiertage  (1850-1854,  3  vol.  in-8);  —  Kirchen-  und  Staatsgedanken 
(1851,  in-12)  ;  —  Mane,  thekel,  phares  (1851,  in-8)  ;— JRom  und  Babylon  (1851, 
in-8);  —  Diogenes  von  Azzelbrunn  (1853,  in-8);  —  Petrus  und  Pius  (1853, 
in-8);  —  Zweifel  und  Trauer  (1853,  in-8);  —  Woher  !  Wohin!  Geschichten, 
Bildrr  und  Leute  aus  meinem  Leben  (1855,  2  vol.  in-8);  —  Paulusin  Athen 
(1856,  inS)  ;  —  Keilschriften  (1856,  iu-S);— Das  Hohenpriestergebet  Jcsu  Christi 


-  76  - 

(1856,  in-8);  —  Bûchlein  gegen'die  Todesfurcht  (1856,  in-16)  ;  —  Kennst  du 
dos  Land?  Heitere  Fahrten  durch  îlalien  (1857,  in-8);  —  Clemens  Maria  Eoff- 
bauer  und  seine  Zeit  (1858,  in-8);  —  Ein  eignes  Volk.  Aus  dem  Venediger- 
und  Longobardenland  (1859,  in-8)  ;  —  Unter  Lebendigen  und  Todten.  Spazier- 
gànge  in  Deulschland,  Franhreich  und  der  Sckweiz  (1862,  in-8)  ;  —  Die  Kunst- 
genossen  der  Klosterzelle  (1863,  2  vol.  in-8)  ;  —  Gesammelte  Erzàhlungen  und 
poetischen  Schriften  (1864-1868,  18  vol.  in-8);  —  Der  Aiheist  Renan  und  sein 
Evangelium  (1864,  in-8);  —  Heitere  Studien  und  Kritiken  in  und  ùber  Italien 
(1866,  2  vol.  in-8)  ;— D«*  Prediger-Orden  in  Wienund  Oesterreich  (1867,  in-8); 

—  Die  theologische  Dienerachaft  am  Hofe  Joseph  II  (1868,  in-8)  ; — DieMysierien 
der  Aufklàrung  in  Oesterreich  4110-1800  (1869,  in-8)  ;--i)as  Nekrologium  von 
Wilten  von  4442-4698  (1870,  in-8); — Agrum,  Einige  Notizen  ùber  Vergangen- 
heitund  Gegenvart  (1871,  in-8);  —  Correspondances  intimes  de  Vempereur  Jo- 
seph Il  avec  son  ami  le  comte  de  Cobenzl  et  son  premier  ministre  le  prince  de 
Kaunitz  (1871,  in-8);  —  Diehôchst  vergnùglichste  Raiss  des  Churfùrsten  Cari 
Albrechtvon  Hayern  nach  Môlh  4739  (1871,  in-8);  —  Der  Pràdicant  Caspar 
Tinktor  (1871,  in-8);  —  Dt  Humor  in  der  Diplomatie  und  Regierungskunde 
des  48,  Jahrhunderts  (1872,  2  vol.  in-8);  —  Glaube,  Hoffnung,  Liebe  (1874, 
in-16)  ;  —  Das  Leben  des  Noriker-Apostels  St.  Severln  von  seinem  Schiller  Eu- 
gippius  (1879,  in-8)  ;  —  Gebetbuch  fur  Reisende  (1879,  in-16)  ;  —  Das  Buch 
der  Naturmit  oder  ohne  Verfasser?  (1879,  in-8); — Ein Benediktinerbuch  (1880, 
in-12)  ;  —  Ein  Cisterzienserbuch  (1881,  in-12);  —  Denk-Pfennige  zur  Erinne- 
rung  an  Personen^  Zustànde  und  Erlebnisse  vor,  in  und  nach  dem  Explosions- 
jahre  4848  (1886,  in-8)  i  —  Ein  Chorherrenbuch  (1883,  in-12)  ;— Hom-  und  Bau- 
Steine  zu  einer  Literatur-Geschichte  der  Deutschen  (1885-1880,  2  vol.  in-8)  ;  — 
Joseph  H.  Charakteristik  seines  LebenSy  seines  Regierung  und  seiner  Kircfienre- 
form  (1885,  in-8,  5«  édition)  ;  —  Don  Quxxote  und  Sancho  Pansa  avf  dem  /i- 
ber'ilen  Parnasse  (1886,  in-8)  ;  —  Friedrich  Schiller  (1887,  in-8);  —  Fra  Gio- 
vanni Angelico  Fiesole  (1887,  in-8),  6"  livraison  du  8«  volume  des  Frankfur- 
ter  Zeitgemàsse  Broschuren;—  Krcuz-  und  Quei' fahrten  in  Italien  (1888,  in-12), 
dans  la  Reiscbibliothek  de  Wocrl  ;  —  Joseph  Ritler  von  Fùhrich  (1888,  in-8), 
8"  livraison  du  9«  volume  des  Frankfurter  Zeitgemàsse  Broschuren; — Die  vier 
Grossmeister  der  Aufklàrungs-Theologie  (1888,  in-8)  ;  —  Allerhand  Tugend- 
bolde  aus  der  Aufklàrungsgildr  (1888,  in-8)  ;  — Jacopone  da  Todi  (1889,  in-8); 

—  Kniffologie  und  Pfiffologi*!  des  Weltveisen  Schopenhaucr  (1889,  in-8)  ;  —  Die 
Hofschranzen  des  Dichterfiirsten  (1889,  in-8)  ;  —  Der  arme  Hauthaler  (1889, 
in-8);  — Lessingiasis  und  Nathanologie  (1890,  in-8);  —  Eine  Pechfackel  zur 
Belcuchtung  einiger  Prachtexemplare  aus  dem  neu-  evangelischen  Schniifftlbunde 
(1890,  in-8). 

—  Nous  devons  une  mention  toute  particulière  à  l'illustre  physicien  an- 
glais John  Tyndall,  mort  le  3  décembre,  à  Londres.  Il  était  né  le  21  août 
1820,  à  Leighlin-Bridge  (Irlande).  Issu  d'une  famille  pauvre,  ses  débuts 
furent  assez  pénibles,  et  ce  n'est  qu'eu  1847  que,  professeur  à  Queenswood 
Collège  (Ilampshirc),  il  commença  les  recherches  qui  devaient  rendre  son 
nom  si  célèbre.  Il  quitta  cette  place  pour  aller  terminer  ses  études  scien- 
tifiques à  l'Université  de  Marbourg,  sous  la  direction  de  Bunsen,  et  à  celle 
de  Berlin,  dans  le  laboratoire  de  Magnus.  Nommé  membre  de  la  Royal 
Society,  il  fut  appelé  en  1853  à  la  chaire  de  philosophie  naturelle  à  la  Aoya/ 
Institution  de  Londres  et  succéda  bientôt,  dans  la  surintendance  de  cette 
école,  à  Pillustre  Faraday.  En  1856,  il  commença  cette  exploration  des 
Alpes,  où  il  acquit  une  connaissance  si  approfondie  des  glaciers.  Voici,  non 
compris  les  mémoires  insérés  dans  les  Philosophical  Transactions  et  autres 
recueils  périodiques,  la  liste  de  ses  ouvrages,  qui  ont  été  traduits  presque 


—  77  - 

tous  en  français,  notamment  par  M.  Tabbé  Moigno  :  The  Glaciers  of  the 
Alps  :  being  a  narrative  of  excursions  and  ascents;  an  account  of  the  origin  and 
phenomena  of  glaciers  ;  and  an  exposition  of  the  physical  principles  to  which 
Ihey  are  related  (1860,  in-8)  ; — Mountaineering  in  1864  :  a  vacation  tour  (1862, 
in-8)  ;  —  Heat  considered  as  a  mode  of  motion  (1863,  in-8)  ;  —  On  Radiation 
(1865,  in-8);  —  Sound  (1867,  in-8)  ;  -Faraday  as  a  discovei'er  (1868,  in-8);  — 
Natural  philosophy  in  easy  tessons  (1869,  in-12)  ;  —  Eesearclies  on  diamagne- 
tism  and  Magne-crystallic-action  (1870,  in-8)  ;  —  Notes  of  a  course  of  nine  lec- 
tures on  light  (1870,  in-12)  ;  —  Notes  of  a  course  of  seven  lectures  on  electrical 
phenomena  (1870,  in-12);  —  Essays  on  the  imagination  in  science  (1870,  in-8); 

—  Hours  of  exercise  in  the  Alps  (1871,  in-8);  —  Fragments  of  science  for  un- 
scicntific  people  (1871,  2  vol.  in-8)  ;  —  Contributions  to  molecular  physics  in  the 
domain  of  radiant  heat  (1872,  in-8)  ;  —  The  Forms  of  water  in  clouds  and  ri- 
vers,  ice  and  glaciers  (1873,  in-8);  —  Sixth  Lectures  on  light  (1873,  in-8);  — 
On  the  transmission  of  sound  by  the  atmosphère  (1874,  in-8)  ;  — Lessons  in  elec- 
tricity  (1876,  in-8)  ;  —  Fermentation  (1877,  in-8)  ;  — Essays  on  thefloating  mat- 
ter  of  the  air  in  relation  to  putréfaction  and  infection  (1881,  in-8)  ;  —  Freemo- 
lecules  and  radiant  heat  (1882,  in-4). 

—  M.  Victor  ScHOELCHER,  mort  à  la  fin  de  décembre,  était  né  à  Paris 
le  21  juillet  1804.  Il  débuta  dans  la  carrière  littéraire  par  des  articles 
de  critique  dans  V Artiste,  Un  voyage  au  Mexique,  à  Cuba  et  aux  États-Unis 
(1829)  lui  inspira  pour  les  esclaves  une  pitié  qui  lui  fit  consacrer  sa  vie  à 
la  cause  de  l'émancipation.  Aussi,  en  même  temps  qu'il  collaborait  aux  jour- 
naux républicains  de  l'époque  et  à  la  Revue  de  Paris,  il  lançait  sa  première 
étude  sur  Tesclavage.  Des  voyages  successifs  aux  colonies  françaises,  à  Haïti 
et  dans  les  Antilles,  puis  en  Egypte  et  en  Turquie,  donnèrent  occasion  à 
d'autres  publications  dont  on  trouvera  les  titres  ci-après.  Sous-secrétaire 
d'État  à  la  marine  en  1848,  son  premier  acte  fut  de  faire  rendre  un  décret 
d'émancipation  des  noirs  (4  mars).  Il  n'entre  pas  dans  notre  rôle  de  racon- 
ter ici  la  part  prise  par  M.  Schoelcher  aux  événements  du  Deux-Décembre  — 
l'on  trouvera  ci-dessous  mentionnées  les  brochures  dans  lesquelles  il  a 
exhalé  sa  haine  contre  Napoléon  III  —  ni  d'examiner  sa  vie  politique.  Il 
nous  suffit  de  dire  qu'il  avait  été  élu  sénateur  et  qu'il  siégeait  à  la  gauche. 
11  est  plus  intéressant  pour  nos  lecteurs  de  rappeler  que  M.  Schoelcher  avait 
distribué  à  des  établissements  publics  les  riches  collections  qu'il  avait  réu- 
nies. Voici  les  titres  de  ses  ouvrages  :  De  V esclavage  des  noirs  et  de  la  législa- 
tion coloniale  (1833,  in-8);  — Abolition  de  l'esclavage,  examen  critique  du. 
préjugé  contre  la  couleur  des  Africains  et  des  sang-mêlé  (1839,  in-32)  ;  —  Des 
Colonies  françaises.  Abolition  immédiate  de  l'esclavage  (1842,  in-8)  ;  —  Colo- 
nies étrangères  et  Haïti^  résultats  de  Vémancipation  anglaise {iS A3,  2  vol.  in-8); 

—  U Egypte  en  1845  (1846,  in-8)  ;  —  Histoire  de  l'esclavage  pendant  les  deux 
dernières  années  (1847,  in-8)  ;  —  La  Véiité  aux  ouvriers  et  aux  cultivateurs  de 
la  Martinique  (1849,  in-8)  ;  —  Bulletin  colonial.  Élection  de  la  Guadeloupe  et 
de  la  Martinique  (1849,  in-fol.),  avec  M.  Perrinon;  —  Nouvelles  Observations 
sur  les  élections  de  la  Guadeloupe  (1849,  in-fol.),  avec  le  même;  —  Le  Procès 
de  Marie-Galante  (1851,  in-8)  ;  —  Protestations  des  citoyens  français,  nègres  et 
mulâtres,  contre  des  accusations  calomnieuses  (1851,  in-8)  ;  —  Abolition  de  la 
peine  de  mort  (1851,  in-8)  ;  — Histoire  des  crimes  du  Deux-Décembre  (1852, 
in-8);  —  Le  Gouvernement  du  Deux-Décembre  (1853,  in-8);  —  Le  Deux-Dé- 
cembre; les  massacres  dans  Paris  (1872,  in-32);  —  L'Arrêté  Gueydon  à  la  Mar- 
tinique et  Varrêté  Husson  à  la  Guadeloupe  (1873,  in-8)  ;  —  La  Famille,  la  pro- 
priété et  le  christianisme  (1873,  in-8)  ;  —  Le  Jury  aux  colonies  (1874,  in-8), 
avec  MM.  Pory-Papy,  Laserve  et  de  Mahy  ;  —  Le  Cnme  de  Décembre  en  pra- 


—  78  — 

vince  (1875,  in-32)  ;  —  La  Grande  Conspiration  du  pillage,  de  Vincendie  et  du 
meurtre  à  la  Martinique  (1875,  in-8)  ;  —  Le  Vrai  saint  Paul,  sa  vie,  sa  morale 
(1879,  in-12)  ;  —  L'Esclavage  au  Sénégal  en  4880  (1880,  iii-8)  ;  —  Événements 
des  48  et  49  juillet  4884  à  Saint-Pierre  (Martinique)  (1882,  in-8);  —Polé- 
mique coloniale  4874-4884  (1882-1886,  2  vol.  in-8);  —  L'Émigration  aux  co- 
lonies (1883,  in-8)  ; — Nouvelle  Réglementation  de  Vimmigration  à  la  Guadeloupe 
(1885,  in-8);  —  Vie  de  Toussaint  Louverture  (1889,  in-12). 

—  La  mort  de  sir  Alexander  Gunningham  prive  T Angleterre  du  doyen  de 
ses  indianistes.  Né  à  Londres  en  1814,  fils  d'un  poète  de  quelque  talent,  il 
fut  d'abord  élevé  à  Ghrist's-Hospital.  Nommé  lieutenant  en  second  dans  le 
corps  du  génie  au  jBengale  (1831),  attaché  bientôt  à  Tétat-major  du  gou- 
verneur général  (1834),  il  profita  des  loisirs  que  lui  laissaient  ses  fonctions 
militaires  pour  se  livrer  à  Tétude  de  l'archéologie  indienne.  Dès  1834,  il 
publia  son  premier  article  dans  le  Journal  of  the  Bengal  Asiatic  society.  Il  lit 
des  fouilles  heureuses,  notamment  près  de  Bénarès,  en  1837.  C'est  à  lui 
qu'on  doit  le  premier  essai  sérieux  pour  reconstituer,  d'après  les  monu^ 
ments  de  Tarchitecture,  une  histoire  du  bouddhisme*  Ses  nombreux  travaux 
le  désignèrent  naturellement  pour  remplir  les  fonctions  de  directeur  général 
de  l'inspection  archéologique,  quand  ce  poste  fut  créé  par  lord  Canning  en  1861 . 
En  1885,  sir  A.  Gunningham  abandonna  ce  poste  et  se  retira  en  Angleterre. 
Nous  indiquerons  ici  les  principales  publications  de  ce  laborieux  écrivain, 
auquel  on  reproche,  entre  autres  défauts,  une  certaine  précipitation  dans 
les  jugements  :  An  Essay  on  the  Arian  order  of  architecture,  as  exhibited  in 
the  Temples  of  Kashmir  (1848,  in-8)  ;  —  The  Bhilsa  Topes  ;  or  Buddhist  monun 
ments  of  Central  India  (1854,  in-8);  —  Ladak  statislical  and  historical  (1854, 
in-8)  ;  —  The  ancient  Geography  of  India  :  L  The  Buddhist  period  (1871 ,  in-8); 
—  Corpus  Inscriptionum  Indicarum  (1877,  in-4)  ;  —  The  Stupa  of  Bharhut  : 
a  Buddhist  monument  (1879,  in-4)  ;  —  Book  of  Indian  Eras  :  with  tables  for 
cakulating  Indian  dates  (1883,  in-8). 

—  On  annonce  encore  la  mort  :  du  R.  P.  de  Bar,  de  la  Compagnie  de  Jé- 
sus, mort  à  soixante-douze  ans,  le  15  décembre;  —  de  M.  H.  Dubreuil,  qui, 
après  avoir  dirigé  avec  succès  pendant  de  longues  années  le  Journal  d^Eure- 
et-Loir,  était  devenu  collaborateur  de  la  Croix  de  Paris,  mort  à  quarante- 
cinq  ans,  le  11  décembre;  —  de  M.  Dupré,  professeur  à  la  Faculté  de  méde- 
cine de  Montpellier,  qui  s'est  spécialement  occupé  des  maladies  de  poitrine, 
mort  au  château  d'Urac,  près  de  Tarbes,  le  11  décembre,  âgé  de  quatre- 
vingt-cinq  ans;  —  de  M.  Félix  Durbach,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et 
chaussées  en  retraite,  mort  à  soixante-dix  ans,  le  12  décembre,  à  Paris  ;  — 
de  M.  Paul  Fischer,  conchologiste,  aide-naturaliste  au  Muséum  d'histoire 
naturelle  de  Paris,  auteur  d'un  excellent  Afantie/  de  conchyliologie  (iSSb-iSSl, 
in-8),  mort  en  décembre;  —  de  M.  le  comte  Louis  de  la  Rochefoucauld, 
érudit  distingué,  mort  à  Niort,  le  22  décembre,  âgé  de  soixante-sept  ans; — 
de  M.  Georges  Mûller,  explorateur  français  à  Madagascar,  mort  en  décem- 
bre; —  de  M.  Jules  Remy,  ancien  professeur  au  collège  RoUin,  auteur  du 
Voyage  au  pays  des  Mormons,  mort  le  4  décembre,  à  soixante-sept  ans. 

—  A  l'étranger,  on  annonce  la  mort  :  de  M.  le  comte  Ulrich  von  Baudissin, 
auteur  dramatique  et  romancier,  mort  à  Wiesbaden  le  4  décembre,  à  l'âge 
de  soixante-dix-sept  ans;  —  de  M.  Adolfo  Borgognoni,  professeur  à  l'U- 
niversité de  Pavie,  à  qui  Ton  doit  des  Studî  di  erudizione  e  d'arte  (1877-1878, 
2  vol.  in-8),  mort  le  31  octobre;  —  de  M.  David  Brauns,  professeur  de  géo- 
logie à  l'Université  de  Halle,  mort  le  1er  décembre,  à  Gandersheim,  âgé  de 
soixante-sept  ans;  —  de  M.  Dokitch,  ancien  précepteur  du  roi  Alexandre 
de  Serbie  et  ancien  président  du  conseil  des  ministres  de  ce  pays,  mort  au 


—  "i)  — 

commencement  de  décembre;  —  de  sir  George  Elvey,  compositeur  anglais, 
organiste  de  la  chapelle  Saint-George  de  Windsor,  à  qui  Ton  doit  principa- 
lement de  la  musique  religieuse,  mort  à  soixante-dix-sept  ans,  le  9  dé- 
cembre; —  de  M.  Gabriel  Fiorentino,  professeur  de  droit  romain  à  TUni- 
versité  dlnnsbruck,  mort  le  19  novembre;  —  de  M.  Thomas  Henderson, de 
la  maison  Blackwood  et  G*",  Tun  des  fondateurs  de  VEdinburgh  architectural 
association,  à  qui  Ton  doit,  entre  autres  ouvrages,  Picturesque  Bits  of  Old 
Edinburgh,  mort  le  16  décembre;  —  de  M.  Am.  von  Keitz,  bibliothécaire  à 
Fulda,  mort  le  23  novembre,  à  soixante-quinze  ans;  —  de  M.  Klubien, 
avocat  et  directeur  du  musée  de  Copenhague,  mort  à  Elbing,  le  5  décembre, 
à  soixante  et  onze  ans;  —  de  M.  Samuel  Laycock,  dont  les  poésies  sont 
écrites  en  dialecte  du  Lancashire,  mort  à  soixante-six  ans,  à  Blackpool,  Je 
15  décembre  ;  —  de  M.  Franz  Mair,  directeur  d'école  à  Vienne  et  auteur  de 
nombreuses  publications  scolaires,  mort  à  soixante-treize  ans,  le  20  no- 
vembre; —  de  M.  MiLLiGAN,  professeur  à  Aberdeen,  théologien  à  qui  Ton 
doit  notamment  des  commentaires  sur  TÉvangile  de  saint  Jean  et  sur  TA- 
pocalypse ,  mort  à  Edinburgh  ;  —  du  Rév.  T.  S.  Norgate,  traducteur  de 
llliade  et  de  l'Odyssée,  mort  en  décembre  ;  —  de  M.  Henry  Pettitt,  fécond 
auteur  dramatique,  mort  à  Londres,  le  26  décembre,  à  quarante-six  ans;  — 
de  rorientaliste  Rachid  Eppendi,  mort  le  20  novembre,  à  Constantinople  ;  — 
de  M.  Talbot  Baines  Reed,  à  qui  Ton  doit,  outre  des  ouvrages  pour  la  jeu- 
nesse, une  History  of  the  early  English  letter  foundries; —  de  M.  Pietro 
Sbarbaro,  professeur  de  droit,  auteur  de  plusieurs  ouvrages  estimés  et 
journaliste,  mort  à  Rome  le  1"  décembre,  âgé  de  cinquante-cinq  ans;  —  du 
Rev.  Edward  Trollope,  évéque  anglican  de  Nottingham,  archéologue,  col- 
laborateur de  r Architectural  Journal  et  de  The  Archœologia,  où  il  a  écrit 
notamment  une  biographie  du  pape  anglais  Adrien  IV  et  un  article  sur  la 
captivité  de  Jean  I"  de  France,  mort  Je  10  décembre;  —  de  M.  Gustav  Van 
MuYDEN,  auteur  de  nombreux  travaux  scientifiques,  mort  à  cinquante-sept, 
ans,  à  Friedenau,  dans  les  premiers  jours  de  décembre  ;  —  de  M.  White, 
qui,  entre  autres  publications  classiques,  a  donné,  avec  la  collaboration  de 
M.  Riddle,  un  Latin-English  dictionary  assez  estimé. 

Institut.  —  Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  —  L'Académie  a 
tenu,  le  24  novembre,  sa  séance  publique  annuelle,  sous  la  présidence  de 
M.  Sénart.  Après  le  discours  du  président,  M.  Wallon  a  lu  une  notice  sur 
M.  Albert  Dumont,  et  M.  Le  Blant  un  mémoire  intitulé  :  Les  Premiers  Chré- 
tiens et  les  dieux.  Voici  la  liste  des  prix  décernés  : 

Pria:  des  antiquités  de  la  France.  —  !'•  médaille  :  M.  G.  Jacqueton  ;  2©  mé- 
daille :  M.  Loth  ;  3«  médaille  :  M.  Rupin  ;  l'«  mention  honorable  :  M.  Tabbé 
Devaux;  2«  mention  honorable:  MM.  Parfouru  et  Tabbé  de  Carsalade  du 
Pont  ;  3®  mention  honorable  :  M.  le  docteur  Vincent  ;  4«  mention  honorable  : 
M.  l'abbé  Delarc;  5«  mention  honorable  :  MM.  Boucher  de  Molandon  et 
Adalbert  de  Beaucorps;  6*  mention  honorable  :  La  Ville  de  Bayonne. 

Prix  Allier  de  Hauteroche.  —  Prix  :  M.  Ernest  Babelon. 

Prix  Gobert.  —  Premier  prix  :  MM.  Allmer  et  Dissard;  second  prix  :  M.  A. 
Lecoy  de  la  Marche. 

Prix  Bordin,  —  Prix  :  M.  René  Basset. 

Prix  Lafons-Melicocq.  —  Prix  :  M.  L.-H.  Labande. 

Prix  Stanislas  Julien.  —  Prix  :  M.  Terrien  de  la  Couperie. 

Prix  de  la  Grange.  —  Prix  :  M.  Emile  Picot. 

Fondation  Gamier.  —  Les  arrérages  de  Tannée  1892  et  du  premier  semestre 
de  1893  sont  attribués  à  M.  Fernand  Foureau. 

Fondation  Piot.  —  Sur  les  arrérages  de  la  fondation,  1,500  francs  sont 


—  80  — 

attribués  à  M.  le  docteur  Carton,  et  2,500  francs  à  la  commission  du  Corpus 
inscinptionum  semiticarum. 

—  L'Académie  a  procédé,  le  8  décembre,  à  l'élection  d'un  membre  titulaire 
en  remplacement  de  M.  Rossignol,  décédé.  Au  premier  tour  de  scrutin, 
M.  Louis  Havet  a  obtenu  13  voix;  M.  Collignon,  12;  M.  le  marquis  de  Beau- 
court,  5;  M.  de  Maulde-La-Clavière,  5,  et  M.  Beautemps-Beaupré,  2.  Au 
second  tour,  M.  Louis  Havet  a  été  élu  par  24  suffrages  contre  12  à  M.  Colli- 
gnon et  1  à  M.  de  Maulde. 

Académie  des  sciences  morales  et  politiques,  —  L'Académie  a  tenu  sa 
séance  publique  annuelle  le  2  décembre,  sous  la  présidence  de  M.  Leroy- 
Beaulieu.  Après  le  discours  de  celui-ci,  M.  Jules  Simon  a  lu  une  notice  sur 
M.  Hippolyte  Carnot.  Voici  la  liste  des  prix  décernés  : 

Prix  du  Budget  {Morale),  —  Prix  :  M.  Amélineau.  Mention  très  honorable  ; 
M.  Jules  Baillet. 

Prix  du  Budget  [Législation).  —  Le  prix  n'est  pas  décerné.  Récompense  de 
1,000  francs  à  M.  Charles  Bertheau.  Idem  à  M.  Paul  Nourrisson. 

Prix  Victor  Cousin,  —  Prix  :  M.  Léopold  Mabilleau. 

Prix  Gegner.  —  Prix  :  M.  F.  Pillon. 

Prix  Odilon  Barrot,  —  Prix  :  M.  Alfred  des  Cilleuls. 

Prix  Rossi.  —  Le  prix  n'est  pas  décerné.  Récompense  de  1,500  francs  : 
M.  J.  Le  Borgne-Arvet.  Récompense  de  1,000  francs  :  M.  H.  Denise. 

Prix  Boi'din.  —  Le  prix  n'est  pas  décerné.  Récompense  de  1,000  francs  : 
M.  Paul  Meuriot. 

Prix  Beaujour.  —  Prix  :  M.  Emile  Chevalier. 

Prix  Jean  Reynaud.  —  Prix  :  M.  Emile  Levasseur. 

Prix  Jules  Audéoud.  —  7  médailles  d'or  décernées  aux  établissements 
suivants  :  Compagnie  de  Saint-Gobain  ;  Établissements  du  Creusot;  Teintu- 
rerie Gillet,  de  Lyon;  Hospitalité  du  travail  de  l'avenue  de  Versailles,  à 
Paris;  Œuvre  des  enfants  tuberculeux;  Société  des  logements  économiques 
de  Lyon.  Une  médaille  de  bronze  décernée  à  M.  Raoul  Jay. 

Prix  Audifred,  —  Six  médailles  de  500  francs  chacune  à  :  MM.  Eugène 
Daubigny,  Léon  Deschamps,  Eugène  Piantet,  Robert  Carteron,  Emile 
Rousse,  Aubier. 

Prix  Le  Dissez  de  Penanrun,  —  Le  prix  n'est  pas  décerné.  Récompense  de 
1,000  francs  :  M.  Léon  Poinsard;  médaille  de  500  francs  :  M.  Octave  Noël; 
autre  médaille  de  500  francs,  partagée  entre  M.  Frantz  Funck-Brentano  et 
M.  Typaldo-Bassia. 

Prix  Cartier,  —  Prix  :  M.  Alfred  des  Cilleuls. 

Prix  Bigot  de  Morogues,  —  Prix  :  M.  Eugène  Rostand. 

—  L'Académie  a  procédé,  le  9  décembre,  à  l'élection  d'un  membre  titulaire 
dans  la  section  de  philosophie,  en  remplacement  de  M.  Franck,  décédé, 
M.  Fouillée  a  été  élu  par  23  voix  contre  11  à  M.  Ollicr-Laprune.  —  Le 
23  décembre,  elle  a  procédé  à  l'élection  d'un  membre  titulaire  dans  la  sec- 
tion de  législation,  en  remplacement  de  M.  Larombière.  M.  Bétolaud  est 
élu  par  20  voix  contre  6  à  M.  Humbert,  4  à  M.  Ducrocq,  et  4  à  M.  Bon- 
valot. 

Lectures  faites  a  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  — 
Dans  la  séance  du  8  décembre,  M.  Cailletet  a  communiqué  à  l'Académie 
une  note  sur  les  fouilles  exécutées  dans  l'oppidum  gaulois  de  Vertilium 
(Yonne).  —  Le  15  décembre,  après  une  communication  de  M.  Philippe  Ber- 
ger sur  une  inscription  phénicienne  de  Chypre,  M.  Salomon  Reinach  a  lu 
un  mémoire  sur  un  groupe  en  marbre  représentant  des  Gaulois  et  attribué 
au  sculpteur  Epigonios.  —  Dans  la  séance  du  22  décembre,  l'Académie  a 


—  81  — 

entendu  la  lecture  d'un  mémoire  de  M.  de  Mas-Latrie  sur  les  seigneurs 
dWrsur  en  Syrie. 

Lectures  faites  a  l'Académie  des  sciences  morales  et  politiques.  — 
Dans  la  séance  du  9  décembre,  M.  Doniol  a  commencé  la  lecture  d'un  mé- 
moire intitulé  :  Questions  que  fera  l'histoire  au  sujet  de  la  révolution  de 
1830.  —  Cette  lecture  a  été  achevée  dans  la  séance  du  16  décembre.  —  Le 
30  décembre,  l'Académie  a  entendu  un  mémoire  de  M.  Boissonnade  sur  les 
anciennes  coutumes  du  Japon  et  le  nouveau  Code  civiL 

Almanachs.  —  Parmi  les  retardataires,  il  en  est  deux  qu'on  ne  peut  pas- 
ser sous  silence  :  le  Grand  Almanach  Paul  Dupont  (1  fr.  50),  dont  les  gravures 
sont  quelquefois  un  peu  légères  pour  être  laissées  sur  la  table  de  la  famille, 
et  dont  Tune  surtout  (6  juillet)  a  le  tort  de  n'être  que  la  reproduction 
agrandie  de  celle  du  3  mars.  A  ce  sujet,  il  faut  dire  que  les  saints  ont  sou- 
vent des  poses  et  des  physionomies  grotesques.  —  L' Almanach  delà  question 
sociale  sera  apprécié  plus  tard  dans  le  Polybiblion  par  une  plume  compé- 
tente. Contentons-nous  de  dire  qu'il  est  composé  d'un  choix  d'articles  des 
écrivains  les  plus  connus  traitant  de  la  question  sociale  au  point  de  vue 
anticatholique  et  antifrançais.  Curieux,  mais  bien  triste  à  lire. 

Exposition  du  livre.  —  Il  se  tiendra,  du  23  juillet  au  23  novembre  1894, 
au  Palais  de  l'Industrie,  une  exposition  du  livre.  Elle  comprendra  quatorze 
groupes  :  I,  Papiers  et  cartons  ;  II.  Produits  pour  l'impression  ;  III.  Machi- 
nes, tant  pour  la  fabrication  du  papier  que  pour  les  diverses  industries  de 
l'impression  ;  IV.  Imprimés  ;  V.  Photographie  ;  VI.  Librairie  ;  VII.  Brochage 
et  reliure  ;  VIII.  Beaux-arts,  appliqués  à  l'illustration  du  livre  ;  IX.  Presse 
périodique  ;  X.  Exposition  rétrospective  (papyrus,  chartes,  estampes)  ;  XI.  Col- 
lectivités, comprenant  les  sociétés  savantes  et  bibliographiques,  les  écoles; 
les  sociétés  de  librairie  et  des  industries  du  livre  ;  XII.  Mobilier,  logement 
du  livre  ;  XIII.  Industries  diverses  ;  XIV.  Inventions  nouvelles. 

La  Langue  universelle.  —  Encore  un  essai  de  langue  universelle,  qui  ne 
paraît  pas  destiné  à  plus  de  succès  que  le  volapQk  ou  l'internacia.  C'est 
un  Russe,  M.  le  docteur  L.  Zamenhof,  qui  a  créé  le  nouvel  idiome  décoré 
par  lui  d'un  nom  plein  de  promesses  :  VEsperanto,  Nous  avons  sous  les 
yeux  deux  brochures  qui  se  complètent  l'une  l'autre  et  qui  permettent  de 
se  faire  une  idée  de  cette  tentative  :  Langue  internationale  «  Espéranto,  »  In- 
troduction et  manuel.  Traduit  par  L,  de  Beaufront  (Varsovie,  L.  Zamenhof  ; 
Épernay,  L.  de  Beaufront,  in-16  de  32  p.),  et  Langue  universelle  «  Espéranto.  » 
Manuel  complet  avec  double  dictionnaire^  traduit  par  L.  de  Beaufront  (éper- 
nay, M""  Bonnard  ;  M*'"  Radet^;  M™*  Planson,  in-16  de  155  p.).  Les  deux 
brochures  ont  une  couverture  verte,  comme  l'espérance,  et  le  titre  est  sur- 
monté de  l'étoile  du  bonheur.  L'introduction  est  fort  alléchante  ;  on  y  voit 
que  l'espéranto  est  une  langue  que  tout  le  monde  comprendra,  sans  même 
en  avoir  entendu  parler.  Comment  cela?  C'est  bien  simple  :il  suffit  d'écrire 
sur  un  papier  en  espéranto  ce  que  l'on  veut  demander,  de  présenter  le  pa- 
pier à  son  interlocuteur.  Français  par  exemple,  avec  un  dictionnaire  espé- 
ranto-français, en  tête  duquel  est  la  manière  de  s'en  servir  ;  puis,  pour 
qu'il  puisse  répondre,  on  lui  tend  le  dictionnaire  français-espéranto.  Pour 
rendre  plus  facile  l'étude  de  celte  langue,  M.  Zamenhof  a  simplifié  singu- 
lièrement la  grammaire,  en  réduisant  les  règles  de  formation  des  mots  à 
quelques  principes  seulement  et  en  supprimant  à  peu  près  la  syntaxe.  Nous 
ne  contestons  pas  l'ingéniosité  de  ce  système,  mais  nous  ne  croyons  pas  au 
succès  de  la  tentative.  Tous  ces  fondateurs  de  langues  supposent  l'immobi- 
lité parfaite  de  l'idiome  créé  par  eux,  et  l'immobilité  pour  une  langue, 
comme  pour  tout  être  vivant,  c'est  la  mort.  Toute  langue  se  transforme  peu 
Janvier  1894.  T.  LXX.  6. 


—  82  — 

à  peu,  pins  ou  moins  vite  ;  pourquoi  l^esperanto  échapperait-il  à  cette  loi  ? 
D'autre  part,  entre  les  a\'antages  de  sa  langue  «■  universelle,  »  le  docteur  Za- 
menhof  insiste  sur  ce  point  que  rien  n'y  répugne  au  génie  de  nos  langues 
européennes.  Il  semble  oublier  que  celles-ci  ne  représentent  qu'une  faible 
partie  des  idiomes  parlés  à  la  surface  de  la  terre,  et  confondre  trop  aisé- 
ment une  langue  «  internationale  w  et  une  langue  "  universelle.  <» 

Livres  de  raison. — On  sait  avec  quel  soin  nous  accueillons  toutes  ces  pu- 
blications si  utiles  pour  l'histoire  de  la  vie  familiale.  M.  Tamizey  de  Larro- 
que  vient  de  rendre  un  nouveau  service  à  nos  études  en  publiant,  avec 
MM.  Paul  Huet  et  le  comte  de  Saint-Saud.  le  Livre-joumal  de  Pierre  de  Bes- 
M^  1609-1652  ^Paris.  .\.  Picard.  in-S  de  152  p.  Exirai:  du  BuUetin  de  la  So- 
fiête  historique  et  an:keol(>jique  du  Périgord .  Ce::e  publ:ca:ion  n'est  pas 
seulement  utile  p.?ur  l'histoire  du  Périgord  :  on  y  tr»3uve  de  précieuses  indi- 
cations sur  les  hommes  et  les  choses  des  règnes  de  Lz'uis  Xm  eîdeL:-uis  XTV. 
De  plus  une  riche  annotation  permet  de  contrôler  s^z-igineusement  toutes 
les  issertious  de  l'auteur,  quand  elles  ne  les  comp:è:en:  pas  de  la  plus 
heureuse  fa:;on.  Ajoutons  qu'une  excellent?  table  a:phabé:ique  termine  di- 
gpe2ien:  le  volume. 

RiCTinciTiox.  —  Le  man'qrie  absolu  de  place  zoiis  a  e 21  péché  d'insérer 
dans  nocre  dernier  numèr»?  une  rectid'.-A:ion  qui  nous  es-  adressée  au 
suje:  des  Œuvres  de  Saini-Fraa'Mis  de  :îa:es  annon«:ees  dernièrement  ici- 
Ces:  par  erreur  que  nocre  co' '.ab»:n:eur  a  :a::  'nonneur  anx  presses  de  Ge- 
nève de  rex-'C'j'.ion  t^-pocrarhi^ue  du  voiume.  viu.:  es-  due  à  uze  maison 
frazviLse,  :ondce  à  .\nnecv  en  1732  e;  don:  le  rossesseur  actuel  est  M.  J. 
Niera:. 

P.vRis.  —  r.  se  fonde  en  ee  momen;  à  Paris  une  société  sur  'ivrne'Je  nous 
devons  appeler  ra::en:ion  et  pour  '.aquer.e  nous  crr yens  ptiuvc-Lr  réclamer  le 
concours  des  lecteurs  du  Poi'jàib^ùm.  Ces:  la  1  Sccir:=  d"his::Lre  littéraire 
de  la  France.  *  La  cireur  aire  lancée  par  les  oc«n:ïateurs  <:cns:a:e  qu'il 
n'v  A  malheureusemen:  en  France  a-cune  soc;r:c  iescinee  à  l'er-de  céné- 
raie  ie  î'nistoire  litt^^raire  de  Locre  ravs,  e:  ::';e,  raate  d'une  revue  siéné- 
raie  d'histoire  littéraire,  niaii::  travjL.  .  tr-^^c  restreint  rcur  l'air*  un  volume 
et  :rop  spécial  pour  'Jtre  accueil';  da:ts  les  revues  rr'iinaires.  reste  en  porte- 
feu:  e.  au  «irand  dctr-iîici::  .iu  progrès  ùes  jtudrs.  La  nouvelle  société  a 
pour  but  de  >»  !"ourti:r  aux  h-sunoLis  de  .a  Frunoe  ii^nire  !es  :ccasions  et 
les  lî^ o >  c t: s  de  s*.'  rx.*u : î  l r  ■.*  :  ,;o  s' 0 ii  te ï:d re ,  d  *  ^v han c^: r  "  e u rs  ide es .  de  c 0 m pa- 
re  r  '  c  u  rs  :  î  ^  c  ;  :^  v\i  os,  do  p  r\*  i  ^  : .-  r  0  :î  00  iî:  ::^  u  ::  i  es  >^c  h  e  r»:ces  :  nd  1  "'.  due  1 1  es ,  en 
un  :iîOt  d'aiiKMOP  u:io  vvriA.ro  ooordina'.io;:  daiîs  Irs  eirrrij*  en  vue  de  cette 
sy  M  ;  :>  ose  go  ;  torai  o  vj  u  :  os:  1  /  0  :  o  ;  d  0  rtt  :o  r  d  0  ;  0  u  :o  ?c  =.  e  1:  oe .  L' ne  re  vue  ^lui  pa- 
rai ;  r  A  dO  s  î  a:  u  î  o  r  l  ^^  0 1  \  :>o  î*h  '.  '  .*  r<a:i  o  .  la  :  u  r**  '. .  ■  La  >.x* .  c  ic  sièce ,  23 ,  rue 
MAdaïuo.  Oo:'.NAi;v»a  Cl*  i\\  \\\.t  x:\  a  pour  yr-^Siden:  M.  Ga^tor?  3oL?sier, 
et  ivur  svvr\'U-.;v  M.  K,  K;»ti.i,»t^ 

-  lMusioui>  doxS  A'.K'io-.'vH  MMî^r^^s  -.-î  Aiîî.s  du  >*»;-*••«■'  --"-tn  Havet.  dont 
nous  a\vHis  .i:j:to;uv  ici  :»îv»ji  :'îvii\i;uriv  d,^:î>  .u*;"r  ■■.*.:::;. :^.>  ie  scctennbre, 
St'  p:>*pOcio:ii  dk'  isiO':»»  ;i,i  \«»..i.rv'  d**  W*  ..i.*ii;*N  ,;  >.>,.'k  ^  .j  .ic  'yi^,iL>rjr-tphie^ 
dodio  à  Si  :uv  nîx^îv.  v\  .i\  »io  x\\N  iM::>  .j...  .ivsk-I'.  .1,  >  a>5vv.-.  r  i  >,  ;  Itonimage 
qui  lui  05^1  '.v.uiu,  xi*;;  ;m.  i m;  x^».  ;*:v\  a.  vm.  n»\:  .:„  *:v  ...svà.*  v  ^r  souscrip- 
tion, sout  in'ix's  d '*dU';».Nx  :  .'.''a  ,\  •';\*N\'.{.  vM.'  .^*i:^'^..  .\:  .\  M.  ;v.:;r:  jiront 
oonsorNalour  .id/\»i!»:  d\*  di'jM.  »»-.>>»m,  ,'i'N  i:.i  Uk>* .  in  à  a  >i-V". .,>;?.; ue  na- 
tiotulo.  l-o  |»ii\  du  >«M;.iK'  .»,-.*.  ;M;*  ,»ux*.'«  i\.  .  ;.,x  >  .1  -.ii  -;. v>issera 
20  IV.  on  ;iUouii  \\*.\ 

tricl$  et  (vmmi *  1  *.H«.i  ,^  ,^^*«».  \.<*<ii  ^»»*  \^^v      .V  »,<..  1  .v.xw. ,    ..->  . 


—  83  — 

—  La  Bibliothèque  polonaise,  fondée  en  1838  par  la  Société  historique  et 
littéraire  polonaise,  et  dont  le  siège  actuel  est  6,  quai  d'Orléans,  vient  d'être 
cédée  par  cette  Société  à  l'Académie  des  sciences  de  Gracovie.  L'Académie 
s'est  engagée  à  entretenir  à  Paris  cette  bibliothèque  considérable  (près  de 
60,000  volumes),  et  à  en  laisser,  comme  auparavant,  l'usage  au  public.  En 
outre,  l'Académie  a  créé  à  Paris,  près  de  la  bibliothèque,  une  station  scienti- 
iique,  dirigée  par  M.  Joseph  Korzeniowski,  et  dont  le  double  objet  est  de 
faciliter  aux  Polonais  l'utilisation  des  richesses  scientifiques  de  la  capitale, 
et  de  servir  d'intermédiaire  entre  les  savants  français  et  l'Académie  craco- 
vienne. 

—  Plusieurs  fois  déjà  nous  avons  eu  occasion  de  signaler  à  nos  lecteurs 
des  articles  de  la  Revue  rétrospective ^  habilement  dirigée  par  M.  Paul  Cottin. 
Voici  encore  deux  nouveaux  extraits  de  cet  intéressant  recueil,  dus  l'un  et 
l'autre  à  M.  Léon-G.  Pélissier  :  l*  Deux  satires  contre  Mgr  Malachie  d'In- 
guimbert,  évêque  de  Carpentras  (Paris,  aux  bureaux  de  la  Revue,  in-12  de  6  p.), 
pamphlets  curieux  et  d'une  extrême  violence  ;  2o  Pièces  relatives  aux  jour- 
nées des  5  et  S  juin  4832  (Ibidem,  in-12  de  71  p.),  composées  d'une  conver- 
sation du  général  de  Laidet  avec  Mahul  sur  les  événements  de  ces  deux 
journées  ;  différents  rapports  relatifs  à  la  conduite  des  troupes  commandées 
par  Laidet;  et  quelques  notes  dues  en  partie  à  Thibaudeau. 

—  M.  L.-G.  Pélissier  vient  aussi  de  publier,  dans  le  numéro  d'octobre  du 
Moyen  âge  (Tirage  à  part.  Paris,  Bouillon,  in-8  de  3  p.),  une  sorte  de  déposi- 
tion dans  laquelle  le  frère  mineur  Protasio  de'  Porri,  prédicateur  à  Lyon 
des  marchands  italiens,  fait  connaître  ce  qu'il  a  vu  ou  appris  de  l'état  de  la 
France  au  moment  de  l'expédition  contre  Liudovic  Sforza  :  Protasio  de*  Porri 
et  Vétat  de  la  France  en  août  4S99. 

—  Le  Bulletin  de  géographie  historique  et  descriptive  publie  (n°  2  de  1893) 
un  article  fort  intéressant  de  M.  Henri  Froidevaux  sur  Un  projet  de  voyage 
du  botaniste  Adanson  en  Guyane^  en  4763  (Tiré  à  part.  Paris,  E.  Leroux, 
in-8  de  15  p.).  C'est  Choiseul  qui  avait  chargé  l'illustre  naturaliste  de  faire 
ce  voyage,  et  de  transplanter  dans  ce  pays  quelques-unes  des  productions 
du  Sénégal,  qui  nous  avait  été  enlevé  par  les  Anglais.  Si  l'on  a  perdu  le  Pro- 
jet de  voyage  présenté  au  ministre  par  Adanson,  les  trois  lettres  de  lui  que 
publie  M.  Froidevaux  nous  renseignent  du  moins  sur  la  façon  dont  avait  été 
préparée  cette  expédition  qui  ne  put  malheureusement  être  réalisée. 

—  Grâce  à  un  certain  nombre  de  travailleurs  actifs,  la  géographie  des  Py- 
rénées ne  cesse  de  faire  des  progrès.  Au  premier  rang,  il  faut  placer  notre 
collaborateur  M.  de  Margerie,  auteur  d'études  géologiques  remarquables 
5ur  les  Corbières,  et  M.  Fr.  Schrader,  à  qui  l'on  doit  la  belle  carte  à 
1/100,000»  des  Pyrénées  centrales.  De  la  collaboration  de  ces  deux  sa- 
vants est  résulté  un  magistral  Aperçu  de  la  structure  géologique  des  Pyré- 
nées (Paris,  typ.  Chamerot  et  Renouard,  in-8  de  65  p.  Extrait  de  V An- 
nuaire du  Club  Alpin  français),  qui  rectifie  bien  des  erreurs  et  constitue 
un  très  réel  progrès  sur  les  connaissances  antérieures.  Il  en  ressort  que  les 
PvTénées,  pas  plus  que  les  autres  chaînes  de  nfontagnes,  ne  possèdent  ce 
privilège  d'une  rigueur  toute  mathématique  dans  l'orientation  de  leurs  élé- 
ments qu'on  leur  avait  à  tort  attribué,  et  que,  comme  la  moitié  des  .\lpes, 
les  Pyrénées  représentent  une  chaîne  essentiellement  symétrique.  Sans  se 
correspondre  terme  à  terme,  les  deux  versants  sont  homologues,  et  il  y  a 
tendance  manifeste  à  la  production  de  la  «  structure  en  éventail  composé.  » 
Pour  la  première  fois  dans  ce  travail,  les  Pyrénées  sont  divisées  en  un  cer- 
tain nombre  de  zones  longitudinales,  caractérisées  chacune  par  la  présence 
de  terrains  qu'elles  possèdent  en  propre,  ou  qui  du  moins  y  présentent  un 


—  84  — 

développement  particulier  :  zone  des  Corbières  (éocène  et  terrains  primai- 
res) ;  zone  des  Petites  Pyrénées  (crétacé  supérieur  et  éocène)  ;  zone  de  TA- 
riège  (crétacé  inférieur,  jurassique,  massifs  granitiques  extérieurs);  zone 
centrale ,  Haute  Chaîne  (terrains  primaires ,  grands  massifs  granitiques)  ; 
zone  du  Mont-Perdu  (crétacé  supérieur  et  éocène)  ;  zone  de  TAragon  (éo- 
cène) ;  zone  des  Sierras  (trias,  crétacé  et  éocène).  Les  deux  cartes  qui  ac- 
compagnent cet  important  mémoire,  Tune  schématique,  figurant  Tallure 
des  principales  lignes  de  dislocation  des  Pyrénées,  l'autre  géologique  (au 
1/800,000"),  permettent  de  se  rendre  un  compte  exact  de  tous  les  faits  inté- 
ressants qui  y  sont  énoncés,  et  dont  nous  ne  pouvons  donner  ici  qu'un  trop 
court  résumé. 

—  Pour  PeiresCf  S.  V.  P.  (Paris,  in-8  de  8  p.),  tel  est  le  titre  sous  lequel 
Tun  de  nos  plus  assidus  collaborateurs  tend  la  main  pour  restaurer  le  mo- 
nument de  son  illustre  devancier  du  xvii«  siècle,  de  ce  savant  que  con- 
naissent bien  nos  lecteurs.  Cette  fois  M.  Tamizey  de  Larroque,  pour  avoir 
sans  doute  «  de  la  veine,  »  a  mis  les  chats  dans  Tatlaire.  Nous  y  entrons  à 
leur  suite  et  le  Polybiblion  s'inscrit  parmi  les  souscripteurs.  C'est  la  Revue 
félibréenney  9,  rue  Richepance,  qui,  grâce  au  concours  de  M.  Mariéton,  veut 
bien  encaisser  les  souscriptions. 

—  M.  Léopold  Delisle  a  publié  une  notice  sur  la  Collection  Morrison  (extrait 
du  Journal  des  savants  d'août-septembre  1893,  in-4  de  32  p.).  Il  donne  les 
détails  les  plus  intéressants  sur  le  catalogue  de  la  magnifique  collection  de 
lettres  autographes  et  de  documents  historiques  formée  par  Alfred  Morri- 
son de  1865  à  1882.  L'éminent  critique  ne  se  contente  pas  d'analyser  le» 
précieux  volumes  qui  forment  ce  catalogue;  il  leur  emprunte  quelques-unes 
des  pièces  dont  on  y  trouve  le  fac-similé  héliographique,  notamment  une 
promesse  de  Charles  le  Téméraire  d'accorder  un  sauf-conduit  pour  l'en- 
trevue que  Louis  XI  avait  chargé  le  cardinal  la  Balue  de  lui  proposer,  un 
mémoire  que  Richelieu  envoyait  de  Conflans  au  Roi,  le  21  juin  1636,  et  en 
marge  duquel  sont  marquées  les  réponses  de  Louis  XIII,  etc.  M  Delisle  a 
joint  à  ses  citations,  descriptions,  énumérations,  quelques  discussions  qui 
permettront  de  corriger  sûrement  certaines  erreurs  du  catalogue  et  qui 
achèvent  de  donner  à  sa  notice  une  extrême  importance. 

—  Le  R.  P.  V.  Delaporte  publie  une  brochure  singulièrement  attachainte 
sous  ce  titre  :  Centenaire  de  Marie- Antoinette.  Documents  inédits.  Extrait  des 
Études  religieuses  du  15  octobre  1893  (Paris,  Dumoulin,  gr.  in-8  de  24  p.). 
L'auteur,  après  avoir  raconté  avec  une  éloquente  émotion  la  journée  du  16  oc- 
tobre 1793,  où,  selon  le  mot  de  Chateaubriand,  fut  commis  «  le  crime  le 
plus  affreux  de  la  Révolution,  »  donne  de  très  curieux  détails  sur  ce  qu'il 
appelle  «  un  dévouement  trop  peu  connu.  »  Il  s'agit  là  de  M™«  Charlotte 
Atkyns,  qui  travailla  de  tout  son  pouvoir  à  l'évasion  des  prisonniers  du 
Temple  et  y  risqua  noblement  sa  fortune  et  sa  tète.  La  brochure,  dont 
l'exécution  est  très  soignée  et  qui  est  ornée  d'un  beau  portrait  de  Marie- 
Antoinette  au  Temple,  complète  tous  les  livres  sur  le  sujet  et  particulière- 
ment ceux  de  MM.  de  la  Rocheterie  et  de  la  Sicotière. 

—  Dès  la  clôture  de  l'exposition  universelle  de  1889  s'est  organisée  à 
Paris,  sous  la  présidence  de  Meissonier,  une  réunion  d'artistes  et  d'officiers, 
dont  l'objet  était  d'obtenir  la  création  d'un  musée  de  l'armée.  En  attendant 
la  réalisation  de  ce  vœu,  la  Société  réunit  les  documents  de  toute  sorte  qui 
peuvent  servir  à  la  constitution  de  cet  établissement.  Elle  a  décidé  la  publi- 
cation de  notices  d'archéologie  et  d'histoire  militaire,  qui  paraissent  depuis 
janvier  1893.  La  Société  ayant  pris  pour  emblème  la  sabretache,  sa  Revue 
s'intitule  naturellement  :  Carnet  de  la  sabretache  (Paris,  Berger-Levrault^ 


-  85  — 

6  fr  par  an).  Quelques  titres  d'articles  donneront  une  idée  de  ce  qu'est  ce 
recueil  :  Le  Double  Armement  des  lanciers  sous  le  premier  Empire,  par  le  ba- 
ron Dautancourt;  Le  Travail  d* hiver  d'un  régiment  de  dragons  de  4778  à 
4779,  par  le  général  V.  ;  Une  Critique  de  l'armée  française  en  4736;  Le  Der- 
nier Registre  de  correspondance  du  général  de  Pully  (1814-1815);  Le  Journal 
de  marche  du  colonel  Lataye  (1805)  ;  et  une  série  d'articles  sur  nos  anciens 
uniformes. 

—  L'on  annonce,  pour  le  1"  février,  la  fondation  d'une  Revue  de  droit  in- 
ternational pub  lie ,  sous  la  direction  de  MM.  Antoine  Pillet,  professeur  à  la 
Faculté  de  droit  de  Grenoble,  et  Paul  Faucbille,  avocat.  Droit  des  gens, 
histoire  diplomatique,  droit  pénal,  droit  fiscal,  droit  administratif,  rentrent 
également  dans  le  plan  de  la  Revue,  qui  paraîtra  tous  les  deux  mois  et  sera 
éditée  par  la  maison  Pedone-Lauriel.  Le  prix  de  l'abonnement  est  de  20  fr. 
par  an. 

Champagne.  —  M.  Albert  Babeau  s'occupe  avec  prédilection  de  Thistoire 
de  sa  province  natale.  En  1892,  il  avait  publié  :  Les  Vues  d'ensemble  de 
Troyes.  Étude  iconographique  illustrée  de  sept  gravures.  En  1893,  il  nous  a 
donné  une  intéressante  notice  sur  le  Château  de  Spoy  et  les  comtes  d'Estaing 
{Trojes,  imp.  Dufour-Bouquot,  in-8,  de  10  p.).  M.  Babeau  décrit  l'aména- 
gement intérieur  du  château  au  xviie  siècle  et  nous  fournit  de  curieux  dé- 
tails sur  ceux  qui  l'habitaient  à  cette  époque,  d'après  un  inventaire  inédit 
conservé  aux  archives  judiciaires  de  l'Aube. 

—  M.  Frédéric  Henriet  publie  une  brochure  doublement  intéressante  sur 
la  Statue  de  Racine  à  la  Ferté-Milon  (Château-Thierry,  imp.  Lacroix,  gr.  in-8, 
de  31  p.  Extrait  des  Annales  de  la  Société  historique  et  archéologique  de 
Château-Thierry).  Le  texte  et  les  dessins  sont  de  la  môme  habile  main,  et 
les  érudits  comme  les  artistes  doivent  d'égales  félicitations  à  l'auteur.  A  la 
curieuse  histoire  de  la  statue  de  Racine,  M.  F.  Henriet  a  joint  un  essai  sur 
les  statues  à  l'antique. 

Dauphiné.  —  M.  Jourdan,  phototypeur  à  Grenoble,  tente  de  donner  une 
suite  aux  revues  dauphinoises  qui  n'ont  pas  vécu,  et  il  reprend  précisément 
le  titre  de  la  plus  brillante,  de  celle  qui  fit  tant  d'honneur  à  M.  Savigné,  de 
Vienne.  Le  numéro  1  de  la  Revue  du  Dauphiné  illustré  (Grenoble,  Jourdan, 
gr.  in-8  de  24  p.)  vient  d'être  distribué  aux  souscripteurs.  La  richesse,  la 
grâce,  la  variété  des  illustrations  en  couleurs,  suffiraient  à  assurer  le  succès 
à  ce  recueil  si,  parallèlement,  d'agréables  et  savants  articles  de  MM.  Henj'i 
Second,  Léon  Barracand  et  Maignien  ne  témoignaient  pas  que  le  concours 
de  brillants  rédacteurs  lui  est  assuré.  Cette  revue  n'est  pas  mise  en  vente, 
elle  est  uniquement  réservée  aux  souscripteurs. 

—  Sous  ce  titre  :  Notice  historique  sur  Vécole  centrale  de  Gap  (Gap,  San- 
glard,  in-8  de  43  et  35  p.),  M.  Nicolet,  professeur  au  lycée  de  cette  ville, 
donne  la  fin  d'un  intéressant  travail  dont  nous  avons  déjà  signalé  les  pre- 
miers fascicules  (t.  LXVIII,  p.  472). 

—  Les  ouvrages  consacrés  au  sanctuaire  célèbre  de  Notre-Dame  de  la 
Salette  sont  nombreux;  mais  il  conviendra  de  placer  en  bonne  ligne  :  U Ap- 
parition de  Notre-Dame  de  la  Salette,  discours  prononcé  par  le  P.  H,  Fayollat 
(Lyon,  Delhomme  et  Briguet,  in-32  de  135  p.).  Ce  n'est  point  là  un  sermon 
banal,  mais  bien  une  étude  élevée,  approfondie,  dans  laquelle  l'auteur  exa- 
mine tour  à  tour  les  preuves,  les  avertissements,  les  châtiments  et  les 
espérances.  Cinq  dessins  accompagnent  le  texte. 

Flandre.  —  Le  département  du  Nord  est  de  ceux  où  la  publication  des 
inventaires  des  archives  communales  est  dans  la  meilleure  voie.  A  l'heure 
actuelle,  il  n'y  a  pas  moins  de  dix-huit  communes  de  ce  département  qui 


—  86  — 

ont  imprimé  Tinventaire  de  leurs  archives  ;  et  parmi  elles  sont  des  villes 
importantes  comme  Roubaix,  Douai,  Armentières,  Hazebrouck,  à  côté  d'au- 
tres moins  considérables  comme  Bouchain,  Bergues,  Comines,  et  de  simples 
villages  comme  Linselles  ou  Wattignies.  La  publication  se  poursuit  active- 
ment sous  l'habile  direction  de  M.  J.  Finot,  Tarchiviste  du  Nord,  et  grâce 
au  zèle  intelligent  de  M.  Vermaere,  attaché  aux  archives  départementales. 
M.  Vermaere  rédige  en  ce  moment  l'inventaire  des  archives  de  la  ville  de 
Saint-Amand-en-Pevèle;  il  préparera  ensuite  celui  des  archives  de  l'impor- 
tante commune  de  Mortagne-sur-l'Escaut,  puis  celui  des  archives  de  la  ville 
de  Bailleui.  L'inventaire  des  archives  communales  de  Saint-Amand  paraîtra 
dans  le  courant  de  l'année  1894,  et  l'activité  prouvée  de  M.  Vermaere  est  un 
sûr  garant  que  ceux  de  Mortagne  et  de  Bailleui  suivront  à  bref  délai.  Il  est 
regrettable  que  la  publication  de  l'iaventaire  des  archives  départementales 
du  Nord  ne  marche  pas  du  même  train.  On  y  travaille  sans  relâche;  mais 
le  plan  en  est  si  défectueux  et  l'exécution  si  lente,  que  ce  n'est  pas  dans 
deux  siècles,  et  avec  cent  volumes  du  format  grand  in-4,  qu'on  terminera 
l'entreprise  si  l'on  s'obstine  à  la  mener  comme  aujourd'hui.  Les  inventaires 
soi-disant  sommaires  sont  devenus  de  vrais  recueils  de  documents  inédits; 
et  dans  ces  conditions,  la  publication  d'un  état  numérique  des  fonds  con- 
servés aux  archives  du  Nord  s'imposerait,  si  l'on  voulait  réellement  faire 
connaître  sans  retard  au  public  toute  l'importance  du  merveilleux  dépôt 
d'archives  de  Lille. 

Franche-Comté.  —  M.  Léonce  Pingaud  a  extrait  du  volume  publié  à  l'oc- 
casion du  congrès  tenu  à  Besançon  par  V Association  française  pour  l'avan- 
cernent  des  sciences,  signalé  dans  notre  livraison  de  novembre  (p.  467),  une 
étude  aussi  savante  qu'attachante  sur  V Université  de  Besançon  (1808-4892) 
(Besançon,  imp.  Dodivers,  in-8  de  24  p.).  A  côté  de  détails  très  instructifs^ 
on  trouvera  des  particularités  biographiques  curieuses  sur  certains  profes- 
seurs qui  ont  occupé  avec  plus  ou  moins  d'éclat  les  chaires  bisontines,  tels 
qu'Amédée  Thierry,  Genisset,  Bourgon,  Pérennès,  Henri  Sainte-Claire  De- 
ville  et  Charles  Grenier.  Cette  notice  qui  reproduit,  tout  en  le  développant 
sur  certains  points,  le  travail  publié  sur  le  même  sujet  par  M.  Pingaud,  oii 
1884,  dans  la  Revue  internationale  de  V  enseignement  ^e^i  nu  excellent  chapitre 
de  l'histoire  de  l'enseignement  en  France  au  xix*  siècle. 

—  Signalons  aussi,  quoique  un  peu  tardivement,  le  rapport  présenté  par 
M.  Henri  Mairot  au  congrès  de  la  Société  bibliographique  tenu  l'an  dernier 
à  Besançon,  lequel  rapport  a  été  publié  dans  la  livraison  du  15  août  1893  du 
Bulletin  de  la  Société  générale  d* éducation  et  d'enseignement,  sous  ce  titre  :  Les 
Ecoles  libres  du  département  du  Doubs,  Onze  pages  ont  suffi  à  l'auteur  pour 
esquisser  un  tableau  encourageant  de  la  situation  des  écoles  chrétiennes 
fondées  et  entretenues  depuis  la  laïcisation,  par  la  générosité  des  catholi- 
ques, dans  cette  partie  de  la  Franche-Comté.  Ce  travail  se  fait  remarquer 
par  la  clarté  de  l'exposition  et  la  netteté  du  style,  qualités  que  M.  H.  Mai- 
rot  possède  à  un  très  haut  point. 

—  VAlmanach  des  bonnes  gens  du  pays  de  Montbéliard  pour  1894  (Montbé- 
liard,  A.  Pétermann,  petit  in-4  illustré  de  87  p.),  conçu  dans  un  esprit  beau- 
coup moins  répréhensible  que  les  précédents,  est  certainement  le  plus  gra- 
cieux-de  la  collection.  On  admirera  d'abord  les  jolis  et  nombreux  dessins 
dont  M.  P.  de  Résener  a  semé  son  originale  publication.  Ces  dessins  repro- 
duisent des  vues  de  certains  coins  curieux,  disparus  ou  encore  existants,  de 
la  ville  de  Montbéliard,  et  un  portrait  du  peintre  Bretegnier,  d'Héricourt, 
mort  récemment.  Puis,  à  côté  de  poésies  et  de  récits  en  français  et  en  pa- 
tois, on  trouvera  dans  cet  almanach  plusieurs  chansons,  dont  quelques-unes- 


—  87  — 

assez  anciennes,  avec  les  airs  notés,  feront  la  joie  des  folkloristes.  L'au- 
teur déclare  avoir  voulu  produire  une  œuvre  unique  en  son  genre  à  Tocca- 
sion  des  fêtes  du  centenaire  de  la  réunion  du  pays  de  Montbéliard  à  la 
France.  Il  nous  paraît  avoir  réussi. 

Ile-de-France.  —  Sous  le  titre  de  Varia  1891-1893,  notre  collaborateur  le 
comte  de  Marsy  a  réuni  plusieurs  articles  extraits  de  VÉcho  de  VOise  et  qui 
forment  un  recueil  charmant  tiré  à  cent  exemplaires  (Compiègne,  in-8  carré 
de  240  p.).  L'énumération  des  chapitres  dira  tout  leur  piquant  intérêt  :  Dans 
mille  ans  ;  La  Société  historique  de  Compiègne  et  ses  travaux  pendant  Vannée 
4894  ;  Une  famille  péronnaise  pendant  la  première  moitié  du  XIX^  siècle;  Anne 
d^ Autriche,  ses  bijoux  et  son  mobilier  ;  A  travers  les  catalogues  d'autographes; 
V Alphabet  d'érudition  par  un  moraliste  savoisien  du  XVIII^  siècle;  Ce  que 
mangeaient  les  Romains  en  Gaule;  Le  Congrès  archéologique  d'Orléans;  Le 
Congrès  historique  et  archéologique  d'Anvers  ;  La  Vie  et  les  amours  tragiques 
du  châtelain  de  Coucy  et  de  la  dame  de  Fayel;  L'Exposition  des  arts  de  la 
femme  au  palais  des  Champs-Elysées  ;  La  Société  historique  de  Compiègne  et 
le  quatrième  centenaire  de  la  découverte  de  l'Amérique  ;  L'Ouverture  dune  foire 
sous  Louis  XJV;  En  ballon;  Le  Colonel  de  Poul;  Un  ambassadeur  de  France  à 
Rome  sous  Louis  XIV;  Excursion  dans  la  vallée  de  VOise;  Rapport  sur  les  tra- 
vaux de  la  Société  histonque  de  Compiègne  depuis  sa  fondation  ;  la  Société  his- 
torique de  Compiègne  au  congrès  archéologique  de  France  à  Abbeville  et  en 
Angleterre  ;  de  Compiègne  à  Ostende  en  traxn  de  plaisir.  En  suivant  un  guide 
aussi  spirituel  queTauteurde  Varia,  on  est  toujours  sûr  de  voyager  en  train 
de  plaisir. 

Languedoc.  —  Annonçons  le  commencement  d'un  recueil  bien  intéres- 
sailt  et  bien  important  et  que  voudront  connaître  tous  ceux  qui  s'occupent 
de  l'histoire  de  la  Révolution  :  Les  Reclus  de  Toulouse  sous  la  Terreur,  Re- 
gistres officiels  concernant  les  citoyens  emprisonnés  comme  suspects,  publiés  et 
annotés  par  le  baron  R.  de  Bouglon,  de  la  Société  archéologique  du  Midi  de 
la  France.  !•'  fascicule.  Les  Citoyens  reclus  à  la  Visitation  {Toulouse,  Ed. 
Privât,  gr.  in-8  de  168  p.).  M.  de  Bouglon  a  été  le  consciencieux  éditeur  de 
curieux  documents  retrouvés  aux  archives  de  la  Haute-Garonne,  au  greffe 
de  la  cour  d'appel  de  Toulouse.  Il  a  entouré  ces  documents  de  notes  excel- 
lentes qui  contiennent,  au  sujet  de  chaque  prisonnier,  tous  les  renseigne- 
ments désirables,  et  comme  le  nombre  de  ces  prisonniers  était  fort  considé- 
rable, l'annotation  a  pris  un  développement  tel,  qu'elle  forme,  en  quelque 
sorte,  un  tableau  biographico-généalogique  des  principales  familles  de  Tou- 
louse et  des  environs  à  la  sinistre  époque  où,  comme  le  rappelle  l'auteur,  ne 
fut  que  trop  justifiée  la  parole  célèbre  :  «  0  liberté  I  que  de  crimes  on 
commet  en  ton  nom  I  » 

—  Un  Notaire  d'autrefois,  tel  est  le  titre  que  M.  Tamizey  de  Larroque  a 
donné  à  la  correspondance  inédite  de  M«  Baboulène  (de  Beauville)  avec  le 
comte  de  Galard  de  Brassac-Béarn  pendant  les  années  1792  à  1797.  Quelle 
honnête  figure  si  différente  de  celles  qu'on  rencontre  trop  fréquemment  au- 
jourd'hui, dans  la  corporation,  même  à  Paris  (Agen,  in-8  de  24  p.  Extrait 
de  la  Revue  de  l'Agenais). 

Limousin.  —  M.  J.-B.  Dubédat  donne  une  seconde  édition  d'un  petit  ou- 
vrage qui  a  été  très  goûté  :  Un  Pèlerinage  en  Limousin,  Notre-Dame  de  Sau- 
vagnac,  Saint-Étienne  de  Muret  et  V abbaye  de  Grandmont  (en  vente  au  pèleri- 
nage de  Sauvagnac,  par  La  Jonchère  (Haute-Vienne),  in-8  de  106  p.).  Cette 
nouvelle  édition  est  fort  augmentée  et  presque  entièrement  refondue  à 
Taide  de  documents  puisés  aux  sources.  Un  savant  ecclésiastique,  Tabbô  Le- 
bouchard,  curé  de  Saint-Léger-la-Montagne,  a  collaboré  à  cette  seconde  édi- 


—  90  — 

gr.  in-8  de  93  p.  Extrait  des  Mémoires  de  l'Académie  de  Vauclu&e.  Tiré  à 
100  exemplaires).  M.  Gap,  qui  prépare  une  monographie  de  la  commune  de 
Vitrolles,  a  retrouvé  dans  les  archives  municipales  de  cette  commune  le  do- 
cument dont  on  vient  de  lire  le  titre.  Il  faut  signaler  particulièrement  dans 
cette  brochure  une  substantielle  introduction  et  (en  appendice)  la  transaction 
intervenue  le  20  mars  1504  entre  le  prieur  et  les  habitants  au  sujet  de  la  dtme. 

TouRAiNE.  —  M.  Paul  Lesourd  vient  de  donner,  en  une  brochure  publiée 
à  Tours,  chez  Péricat,  une  analyse  des  Registres  des  délibérations  municipales 
de  la  commune  de  Montbazon  (Indre-et-Loire),  de  1791  à  1830.  Cette  publica- 
tion renferme  de  curieux  détails  sur  les  motions  révolutionnaires,  la  situa- 
tion faite  au  clergé,  les  fêtes  patriotiques,  etc.,  et  bien  qu'elle  ne  signale 
aucun  fait  important  pour  l'histoire  générale,  elle  se  lit  avec  intérêt  et  peut 
être  donnée  comme  un  exemple  à  suivre. 

Alsace-Lorraine.  — M.  F.  des  Robert  raconte  le  Voyage  d*un  Anglais 
à  Metz  (Nancy,  Sidot,  in-8  de  36  p.  Extrait  des  Mémoires  de  l'Académie  de 
Stanislas),  Il  s'agit  là  d'un  voyageur  contemporain,  Henri  Wolff,  qui  a  visité 
Metz  et  l'Alsace-Lorraire  en  1890.  M.  des  Robert  analyse  spirituellement 
les  impressions  consignées  par  M.  Wolff  dans  The  country  of  the  Vosges 
(Londres,  1891,  in-8  de  368  p.).  Il  discute  ses  appréciations  qui  touchent  à 
tout  (monuments,  coutumes,  histoire,  bibliothèque,  points  de  vue,  gastro- 
nomie, etc.),  et  il  relève  assez  souvent  des  erreurs.  La  brochure  est  d'un 
bout  à  l'autre  écrite  avec  autant  de  verve  que  de  patriotisme. 

—  M.  l'abbé  A.-M.-P.  Ingold  publie  une  Nouvelle  contribution  à  Vais- 
toire  des  prieurés  clunisiens  en  Alsace  (Colmar,  Huffel;  Paris,  A.  Picard, 
in-8  de  11  p.).  C'est  une  analyse  du  gros  volume  que  vient  de  donner  en 
langue  anglaise  le  baronnet  sir  G.F.Duckett(yt$t{a(tons  andcîiapters  gênerai 
of  the  ordre  of  Cluni  (Londres,  gr.  in-8  de  400  p.).  M.  l'abbé  Ingold  a  extrait 
du  volume  «  ce  qui  intéresse  notre  Alsace,  »  tout  en  relevant  d'assez  nom- 
breuses inexactitudes  de  l'auteur.  La  brochure  du  savant  critique  sera 
l'indispensable  complément  de  l'ouvrage  de  Térudit  anglais,  lequel  a  ea 
le  tort  de  n'accomplir  qu'en  sa  chambre  le  voyage  de  reconnaissance  qu'il 
aurait  dû  faire  en  Alsace  et  en  Lorraine. 

Allemagne,  —  Nous  avons  sous  les  yeux  le  premier  volume  (année  1893) 
d'une  revue  trimestrielle  publiée  à  Berlin  (C.  Heymann,  éditeur)  par  les 
soins  de  MM.  Schultzenstein  et  A.  Keil  :  Verwaltungsarchiv.  L'objet  de  ce  re- 
cueil est  l'étude  du  droitadministratif  et  detout  ce  qui  se  rapporte  aux  tribu- 
naux administratifs.  Quatre  sections  forment  l'économie  de  chaque  fasci- 
cule; nous  en  donnons  l'indication,  en  marquant  quelques-uns  des  travaux 
publiés  dans  le  premier  volume  :  I.  Études  originales  (l'impôt  sur  l'indus- 
trie en  Prusse  ;  histoire  et  avenir,  par  M.  B.  Fuisting  ;  les  eaux  publiques 
et  privées,  par  M.  Frank  ;  les  lois  sur  le  droit  de  réunion  dans  les  divers 
États  de  Tempire,  par  M.  Paul  Berger)  ;  II.  Communications  d'intérêt  pra- 
tique (la  chasse  dans  les  domaines  privés,  par  M.  Berger  ;  l'impôt  sur  les 
grains  par  spéculation  dans  la  loi  de  l'impôt  sur  le  revenu  du  24  juin  1891, 
par  M.  Witthseft);  111.  Comptes  rendus;  IV.  Législation. 

•—  Nous  signalerons  également  le  premier  volume  d'un  autre  recueil  im- 
portant, destiné  à  l'histoire  sociale  et  économique  :  Zeitschrift  fur  Social- und 
Wirthschaftsgeschichte  (Fribourg,  J.  C.  B.  Mohr,  12  fr.  50  l'abonnement  au 
volume),  qui  paraît  par  fascicules  irréguliers.  MM.  St.  Bauer,L.  M.  Hartmann, 
C.  Grûnberg  et  S.  Szanto,  qui  dirigent  la  revue,  se  sont  assuré  le  concours 
des  hommes  les  plus  éminents,  et  les  articles  qui  composent  le  premier  vo- 
lume sont  signés  de  MM.  R.  Pôhlmann  (la  communauté  agraire  dans  Ho- 
mère); Théodore  Mommsen  (l'administration  des  biens  de  l'église  sous 


—  89  — 

y  a  aussi  une  pointe  d'esprit  qui  n'est  nullement  déplaisante  et  un  talent 
de  description  que  nous  aimerons  à  revoir. 

—  M.  Pierre  Le  Verdier,  Térudit  et  distingué  secrétaire  de  la  Société  de 
l'histoire  de  Normandie,  vient  de  publier,  dans  la  Revue  catholique  de  Nor- 
mandie (Tiré  à  part,  in-8  de  29  p.),  un  travail  sur  un  mystère  inédit  com- 
posé pour  la  Confrérie  de  la  Passion  de  Rouen,  par  Nicole  Mauger  au  xvi*  siè- 
cle et  intitulé  :  Le  Lavement  des  pieds.  C'est  une  suite  aux  excellents  tra- 
vaux qu'il  a  donnés  déjà  sur  la  matière.  Son  commentaire  est  bon  ainsi  que 
son  histoire  de  la  Confrérie. 

—  C'est  à  la  Coulonche  (Orne)  que  MM.  Jules  Appert  et  W.  Challemel 
ont  découvert  un  Atelier  de  monnaies  romaines  (Alençon,  in-4  de  6  p.;  ex- 
trait de  la  Revue  normande  et  perchei'onne).  Ces  messieurs  ont  trouvé  des 
avers  remontant  à  la  fin  du  iii«  siècle  de  notre  ère,  entre  284  et  306.  Vingt 
ans  plus  tôt  on  avait  recueilli  non  seulement  des  disques,  mais  des  cartou- 
ches entières. 

Périgord.  —  Si  les  travaux  des  spécialistes  sont  les  plus  recommanda- 
bles,  il  faut  recommander  sans  réserve  les  deux  brochures  d'un  spécialiste 
s'il  en  fut  jamais  et  qui  s'est,  toute  sa  vie,  occupé  de  l'histoire  de  l'antique 
famille  à  laquelle  il  appartient  :  Maison  de  Bourdeille  en  Périgord.  Filiation 
complète  établie  sur  titres  depuis  40AA  jusqu'en  4893  (Troyes,  imp.  Legleu, 
gr.  in-8  de  72  p.).  —  Notice  sur  Pierre  de  Bourdeille,  abbé  et  seigneur  de  Bran- 
tosme.  2*  édition,  revue,  corrigée  et  augmentée  (Troyes,  même  imp.,  gr.  in-8 
de  28  p.).  Cette  notice,  déjà  très  bonne  dans  la  première  édition,  devient 
excellente  dans  celle-ci.  M.  le  marquis  de  Bourdeille  a  tiré  le  meilleur  parti 
de  deux  importants  documents  qui  sont  dans  ses  archives,  le  testament  du 
chroniqueur  et  un  travail  biographique  par  l'abbé  Lambert,  chanoine  de 
la  Congrégation  de  Chancelade  ;  il  reproduit,  à  la  fin  de  son  intéressante 
brochure,  l'épitaphe  de  l'abbé  de  Brantosme,  faite  par  lui-même,  gravée 
sur  une  plaque  de  marbre  noir  dans  la  chapelle  du  château  de  Richemont. 
La  notice  sur  la  maison  de  Bourdeille  se  divise  en  plusieurs  chapitres 
parmi  lesquels  on  remarque  r Origine  de  la  maison  de  Bourdeille,  l'his- 
toire de  la  branche  aînée,  qui  est  éteinte,  et  de  la  branche  de  Mastas, 
représentée  par  l'auteur,  le  tableau  des  alliances  directes  de  la  maison  de 
Bourdeille,  le  tableau  de  ses  principales  seigneuries.  Les  dernières  pages 
sont  occupées  par  les  lettres  patentes  d'érection  de  la  terre  d'Archiac  en 
marquisat,  et  par  une  lettre  de  M«»e  de  Maintenon  à  Françoise  de  Bour- 
deille, comtesse  de  Chantérac. 

Poitou.  —  La  description  d'Un  Reliquaire  du  XIII*  siècle  à  Sainte-Rade- 
gonde  de  Pommiers  (Deux-Sèvres)  (Extrait  du  Bulletin  monumental,  année 
1893.  Caen,  Delesques,  in-8  de  19  p.)  donne  à  Mgr  Barbier  de  Montault  l'oc- 
casion de  nous  fournir  des  renseignements  fort  précis  et  aussi  fort  précieux  : 
1»  sur  les  différents  termes  employés  au  moyen  âge  pour  désigner  les  reli- 
quaires et  leurs  diverses  parties  ;  2°  sur  les  moyens  de  distinguer  avec  cer- 
titude l'époque  de  fabrication  de  telle  ou  telle  œuvre.  Le  reliquaire  décrit 
ici  est  le  reliquaire  dit  «  du  saint  Lait,  »  parce  qu'il  contient  un  frag- 
ment de  pierre  pris  à  la  Grotte  du  lait  de  Bethléem.  Mgr  Barbier  de  Mon- 
tault attribue  ce  travail  au  milieu  du  xiiP  siècle  et  à  un  artiste  poitevin, 
assez  médiocre.  Une  reproduction  photographique  accompagne  cette  excel- 
lente dissertation. 

Provence.  —  Un  document  digne  d'attention  vient  d'être  imprimé  sous  ce 
titre  :  Acte  d'habitation  de  la  te^re  de  Vitrolles-lez-Lubei'on  (Vaucluse),  du 
20  mars  450â.  Traduction  française  du  xvii«  siècle,  publiée  avec  une  intro- 
duction, un  appendice  et  des  notes,   par  Lucien   Gap  (Avignon,  Seguin, 


—  90  — 

gr.  in-8  de  93  p.  Extrait  des  Mémoires  de  U Académie  de  Vaucluse.  Tiré  à 
100  exemplaires).  M.  Gap,  qui  prépare  une  monographie  de  la  commune  de 
Vitrolles,  a  retrouvé  dans  les  archives  municipales  de  cette  commune  le  do- 
cument dont  on  vient  de  lire  le  titre.  Il  faut  signaler  particulièrement  dans 
cette  brochure  une  substantielle  introduction  et  (en  appendice)  la  transaction 
intervenue  le  20  mars  1504  entre  le  prieur  et  les  habitants  au  sujet  de  la  dîme. 

TouRÀiNE.  —  M.  Paul  Lesourd  vient  de  donner,  en  une  brochure  publiée 
à  Tours,  chez  Péricat,  une  analyse  des  Registres  des  délibérations  municipales 
de  la  commune  de  Montbazon  (Indre-et-Loire),  de  1791  à  1830.  Cette  publica- 
tion renferme  de  curieux  détails  sur  les  motions  révolutionnaires,  la  situa- 
tion faite  au  clergé,  les  fêtes  patriotiques,  etc.,  et  bien  qu'elle  ne  signale 
aucun  fait  important  pour  Thistoire  générale,  elle  se  lit  avec  intérêt  et  peut 
être  donnée  comme  un  exemple  à  suivre. 

Alsace-Lorraine.  —  M.  F.  des  Robert  raconte  le  Voyage  d^un  Anglais 
à  Metz  (Nancy,  Sidot,  in-8  de  36  p.  Extrait  des  Mémoires  de  V Académie  de 
Stanislas).  Il  s'agit  là  d'un  voyageur  contemporain,  Henri  Wolff,  qui  a  visité 
Metz  et  TAlsace-Lorraire  en  1890.  M.  des  Robert  analyse  spirituellement 
les  impressions  consignées  par  M.  WolfT  dans  The  country  of  the  Vosges 
(Londres,  1891,  in-8  de  368  p.).  Il  discute  ses  appréciations  qui  touchent  à 
tout  (monuments,  coutumes,  histoire,  bibliothèque,  points  de  vue,  gastro- 
nomie, etc.),  et  il  relève  assez  souvent  des  erreurs.  La  brochure  est  d'un 
bout  à  l'autre  écrite  avec  autant  de  verve  que  de  patriotisme. 

—  M.  l'abbé  A.-M.-P.  Ingold  publie  une  Nouvelle  contribution  à  Vhis- 
taire  des  prieurés  clunisiens  en  Alsace  (Colmar,  Huffel;  Paris,  A.  Picard, 
in-8  de  11  p.).  C'est  une  analyse  du  gros  volume  que  vient  de  donner  en 
langue  anglaise  le  baronnet  sir  G.F.Duckeii(Visitations  andchapters  gênerai 
of  the  ordre  of  Cluni  (Londres,  gr.  in-8  de  400  p.).  M.  l'abbé  Ingold  a  extrait 
du  volume  «  ce  qui  intéresse  notre  Alsace,  »  tout  en  relevant  d'assez  nom- 
breuses inexactitudes  de  l'auteur.  La  brochure  du  savant  critique  sera 
l'indispensable  complément  de  l'ouvrage  de  l'érudit  anglais,  lequel  a  eu 
le  tort  de  n'accomplir  qu'en  sa  chambre  le  voyage  de  reconnaissance  qu'il 
aurait  dû  faire  en  Alsace  et  en  Lorraine. 

Allemagne.  —  Nous  avons  sous  les  yeux  le  premier  volume  (année  1893) 
d'une  revue  trimestrielle  publiée  à  Berlin  (C.  Heymann,  éditeur)  par  les 
soins  de  MM,  Schultzenstein  et  A.  Keil  :  Verwaltungsarchiv,  L'objet  de  ce  re- 
cueil est  l'étude  du  droit  administratif  et  de  tout  ce  qui  se  rapporte  aux  tribu- 
naux administratifs.  Quatre  sections  forment  l'économie  de  chaque  fasci- 
cule ;  nous  en  donnons  l'indication,  en  marquant  quelques-uns  des  travaux 
publiés  dans  le  premier  volume  :  I.  Études  originales  (l'impôt  sur  l'indus- 
trie en  Prusse  ;  histoire  et  avenir,  par  M.  B.  Fuisting  ;  les  eaux  publiques 
et  privées,  par  M.  Frank  ;  les  lois  sur  le  droit  de  réunion  dans  les  divers 
États  de  l'empire,  par  M.  Paul  Berger)  ;  II.  Communications  d'intérêt  pra- 
tique (la  chasse  dans  les  domaines  privés,  par  M.  Berger  ;  l'impôt  sur  les 
grains  par  spéculation  dans  la  loi  de  l'impôt  sur  le  revenu  du  24  juin  1891, 
par  M.  Witthseft);  III.  Comptes  rendus;  IV.  Législation. 

*—  Nous  signalerons  également  le  premier  volume  d'un  autre  recueil  im- 
portant, destiné  à  l'histoire  sociale  et  économique  :  Zeitschrift  fur  Social-  und 
Wirthschaftsgeschichte  (Fribourg,  J.  C.  B.  Mohr,  12  fr.  50  l'abonnement  au 
volume),  qui  paraît  par  fascicules  irréguliers.  MM.  St.  Bauer,  L.  M.  Hartmann, 
C.  Grûnberg  et  S.  Szanto,  qui  dirigent  la  revue,  se  sont  assuré  le  concours 
des  hommes  les  plus  éminents,  et  les  articles  qui  composent  le  premier  vo- 
lume sont  signés  de  MM.  R.  Pôhlmann  (la  communauté  agraire  dans  Ho- 
mère) ;  Théodore  Mommsen  (l'administration  des  biens  de  1'.  -iglise  sous 


—  91  — 

Grégoire  le  Grand)  ;  E.  Sackur  (Matériaux  pour  Thistoire  économique  de» 
monastères  français  et  lorrains  aux  x«  et  xi«  siècles)  ;  K.  Lamprecht  (Le 
mouvement  économique  et  social  en  Allemagne  du  xiv®  au  xvi*  siècle). 

—  La  Zeitschrift  fur  deutsche  Culturgeschichte  élargit  son  cadre  en  modi- 
fiant son  titre  :  elle  devient  Zeitschrift  fur  Culturgeschichte  sous  la  direction 
de  M.  G.  Steinhausen  (Berlin,  E.  Felber,  trimestrielle),  et  se  propose  de 
servir  d'organe  à  toute  Thistoire  générale  de  la  civilisation,  tout  en  laissant 
une  lai^e  place  à  la  civilisation  allemande  en  particulier. 

—  Les  numéros  de  novembre  et  de  décembre  de  Nord  und  Sud  contien- 
nent une  étude  sur  la  «  vie  spirituelle  »  de  Jeanne  d'Arc,  par  M.  Th.  Tho- 
massin,  que  nous  croyons  intéressant  de  signaler  ici,  bien  que  nous  ne 
puissions  aucunement  nous  associer  aux  vues  de  Tauteur  de  cet  article. 

Angleterre.  —  La  quatrième  session  de  la  Société  bibliographique  d'E- 
dimbourg s'est  tenue^dans  la  première  quinzaine  de  novembre,  sous  la  pré- 
sidence de  M.  William  Cowan.  La  Société  a  distribué  à  ses  membres  quatre 
fascicules  présentant  un; réel  intérêt;  une  étude  de  M.  Cowan  sur  leslivres- 
sortis  des  presses  de  Andro  Hart  ;  des  Notes  on  a  Leaf  of  an  Early  Scottish 
Donatus,  accompagnant  le  fac-similé  d'une  feuille  antérieure  à  toutes  les 
éditions  connues  imprimées  en  Ecosse,  et  rédigées  par  M.  Gordon  DufT;  le 
même  érudit  a  commenté  les  deux  premiers  ouvrages  publiés  en  langue 
écossaise  :  The  Art  of  Good  Living  and  Good  Dying  et  le  Kalendar  of  She- 
pherds,  imprimés  tous  deux  à  Paris  vers  l'année  1503;  enfin  M.  Edmond, 
dans  un  rapport  intitulé  :  Inventories  of  Edinburg  Printers  (1577-1603),  éta- 
blit ce  fait  curieux,  que  sur  cent  éditions  écossaises  cataloguées  à  cette 
époque,  vingt-six  seulement  sont  connues  aujourd'hui,  et  elles  ne  sont  repré- 
sentées que  par  quarante-trois  exemplaires. 

—  M.  J.-G.  Alger,  l'auteur  apprécié  de  :\Englishmenin  theFrench  Révolution^ 
va  publier  prochainement  un  livre  ayant  pour  titre  :  Glimpses  of  the  Prench 
Kevolutiony  pour  lequel  il  a  mis  à  contribution  les  archives  et  les  bibliothè- 
ques du  continent. 

—  MM,  Rivington,  Percival  et  C'«  annoncent  la  mise  en  vente  de  Diary  of 
a  Joumey  across  Thibet  par  le  capitaine  Hamilton  Bower,  de  la  cavalerie  du 
Bengale.  Cet  officier,  dans  son  aventureux  voyagea  travers  le  Thibet,  tra- 
versa huit  cents  milles  de  régions  inexplorées  ;  l'ouvrage  est  accompagné  de 
cartes,  de  photogravures  et  contient  des  renseignements  précieux  en  fait 
d'histoire  naturelle  et  de  linguistique. 

—  MM.  Sampson  Low  et  C'"  publient  un  autre  livre  sur  l'Asie  centrale  ; 
c'est  la  relation  du  troisième  voyage  du  docteur  HenryLansdell,  suivie  d'une 
très  complète  bibliographie. 

Belgique.  —  Sous  ce  titre  :  Documents  inédits  pour  servir  à  l'histoire  ecclé- 
siastique de  la  Belgique^  le  R.  P.  Dom  Ursmer  Berlière,  l'infatigable  bénédic- 
tin de  Maredsous,  entreprend  une  publication  appelée  à  prendre  une  place 
excellente  auprès  des  Analectes  pour  servir  à  l'histoire  ecclésiastique  de  la 
Belgique,  Les  documents  inédits  relatifs  à  cette  histoire  sont,  en  effet,  telle- 
ment nombreux,  qu'il  ne  saurait  y  avoir  double  emploi  entre  la  publication 
que  nous  annonçons  et  celle  que  dirige  depuis  de  longues  années  M.  le 
chanoine  Reusens.  Le  premier  volume  des  Documents  inédits  de  Dom  Ber- 
lière va  paraître.  On  y  trouvera  notamment  des  chartes  de  Lobbes,  une 
chronique  de  saint  Jacques  de  Liège,  un  nécrologe  de  saint  Martin  de  Tour- 
nay,  des  procès- verbaux  des  chapitres  de  l'ordre  de  Saint-Benoît  dans  les- 
provinces  de  Reims  et  de  Sens  aux  xiii",  xiv«  et  xv«  siècles. 

—  M.  Ernest  Matthieu  va  mettre  prochainement  sous  presse  un  tra- 
vail couronné  en  1892  par  la  Société  des  sciences,  lettres  et  arts  de  Hainaut^ 


—  92  — 

sous  ce  titre  :  Histoire  de  l'enseignement  primaire  dansle  Haviaut,  L'auteur  se 
propose  de  publier  successivement  des  monographies  analogues  pour  toutes 
les  autres  provinces  de  Belgique. 

—  Parmi  les  travaux  que  contient  le  tome  V,  sur  le  point  de  paraître, 
des  Annales  du  Cercle  archéologique  d'Enghien^  une  mention  spéciale  doit 
être  faite  d'un  important  Glossaire  toponymique  de  la  ville  de  Braine-le-Comte^ 
dû  à  la  collaboration  de  MM.  les  abbés  C.  Dujardin  et  Croquet. 

' —  Nous  devons  signaler  à  nos  lecteurs  un  nouvel  extrait  du  fascicule  V  du 
Répertoire  des  sources  historiques  de  M.  le  chanoine  Ulysse  Chevalier,  analo- 
gue à  celui  que  nous  avons  précédemment  annoncé  sur  TAllemagne.  Cette 
fois,  c'est  la  Belgique.  Topo-bibliographie  (Montbéliard,  imp.  P.  Hoffmann, 
in-16  de  24  p.),  dont  Téminent  érudit  nous  offre  la  bibliographie  générale. 
Comme  l'article  Allemagne,  l'article  Belgique  est  complété  par  une  Table  des 
divisions,  selon  lesquelles  sont  classés  les  différents  ouvrages  y  mentionnés. 

Italie.  —  La  direction  générale  de  la  statistique  au  ministère  de  l'agri- 
culture, de  l'industrie  et  du  commerce  entreprend  la  publication  d'une  sta- 
tistique des  bibliothèques  du  royaume  d'Italie,  dont  le  tome  I  a  récemment 
paru  :  Ministero  di  agncoltura,  industria  e  commercio.  Direzione  générale 
délia  statistica.  Statistica  délie  biblioteche.  Parte  I.  Biblioteche  dello  stato,  délie 
provincie,  de'  comuni  ed  altri  enti  morali,  aggiuntevi  alcune  biblioteche  pri- 
vate  accessibili  agli  s^wrfiosi  (Roma,  Bocca,  in-4  de  xlviii-208  p.).  Ce  premier 
volume,  relatif  au  Piémont,  à  la  Ligurie,  à  la  Lombardie,  à  la  Vénétie 
et  à  l'Emilie,  contient  dans  Tintroduction  la  liste  de  1,852  principales  bi- 
bliothèques d'Italie,  puis,  pour  les  provinces  auxquelles  se  réfère  le  vo- 
lume, des  tableaux  synoptiques  donnant  pour  chaque  bibliothèque  le  nom 
du  fondateur,  l'année  de  fondation,  le  possesseur  actuel,  le  caractère  des 
collections,  le  nombre  des  volumes,  le  personnel,  les  jours  d'ouverture,  le 
nombre  de  lecteurs,  le  mouvement  économique.  Ces  tableaux  succincts  sont 
suivis  de  monographies  de  chaque  établissement,  reprenant  et  développant 
les  premières  indications,  faisant  connaître  en  outre  les  volumes  ou  ma- 
nuscrits les  plus  précieux  contenus  dans  chacun  d'eux,  et  notant  soigneuse- 
ment les  publications  qui  s'y  rapportent.  C'est  donc  là  un  travail  compris 
avec  intelligence  et  que  l'on  consultera  utilement. 

—  M.  Ferdinando  Colonna,  des  princes  de  Stigliano,  vient  de  donner  au 
public  des  Notizie  storiche  di  Castelnuovo  in  iVapo/i  (Napoli,  tipogr.  Francesco 
Giannini  e  figli,  gr.  in-8  de  152  p.),  qui  ont  d'autant  plus  droit  à  une  men- 
tion particulière  dans  notre  recueil  que  Naples  a  joué  dans  notre  histoire  un 
rôle  assez  considérable  et  a  souvent  été  pour  des  princes  français  un  objet 
de  convoitise  et  de  possession.  C'est  en  1279  que  Charles  1*^''  d'Anjou,  frère 
de  saint  Louis,  roi  de  Naples,  et  tige  de  la  première  maison  angevine,  or- 
donna la  construction  du  Château-Neuf  pour  remplacer  le  Chàteau-Capouan, 
qui  n'était  ni  assez  beau  ni  assez  fort.  Dans  la  première  partie  du  travail 
que  nous  annonçons  ici,  l'auteur  retrace  l'histoire  architecturale  du  château, 
qui  naturellement  eut  à  subir  des  modifications  dans  le  cours  des  siècles; 
donne  des  renseignements  sur  son  artillerie  et  sur  l'arc  de  triomphe,  qui  est 
une  de  ses  curiosités,  et  montre  les  avantages  qu'il  y  aurait  à  utiliser  ce 
monument  historique  comme  musée,  auquel  on  pourrait  joindre  la  biblio- 
thèque communale  et  les  archives  anciennes  de  la  ville.  La  deuxième  partie, 
et  la  plus  considérable  (p.  27-152),  est  un  exposé  chronologique  de  tous  les 
événements  dont  le  château  a  été  le  théâtre  depuis  sa  fondation.  Nous  pré- 
ciserons sur  un  point  de  détail  les  renseignements  de  M.  F.  Colonna  :  c'est 
le  27  août  1387  que  fut  signé  l'acte  relatif  à  Giovanni  Lappera  de  Rodisio, 
comme  on  le  voit  par   le  Journal  de  Jean  le  Fèvre,  publié  en  1887  par 


—  *):<  — 

M.  Henri  Moranvillé  (Paris,  Picard,  t.  I,  p.  386),  journal  qui  contient  tant 
de  faits  relatifs  au  royaume  de  Naples.  Nous  aurions  souhaité  que  cette 
intéressante  monographie  fût  terminée  par  une  table  alphabétique,  qui  au- 
rait permis  de  se  reconnaître  plus  aisément  au  milieu  de  la  multitude  d'in- 
dications utiles  que  renferme  le  volume. 

—  M.  Jules  de  Laurière  étudie  les  Ambons  de  la  cathédrale  de  Cagliari 
(Caen,  Delesques,  in-8  de  27  p.  Extrait  du  Bulletin  monumental).  La  descrip- 
tion et  rhistoire  de  ces  monuments  ne  laissent  rien  à  désirer.  La  savante 
brochure  est  ornée  de  gravures  qui  représentent  non  seulement  les  ambons 
de  Cagliari,  mais  aussi  ceux  de  Pistoia,  dont  s'est  inspiré  Fauteur  inconnu 
des  sculptures  de  Cagliari,  «  Pœuvre  la  plus  intéressante  et  la  plus  curieuse 
que  les  archéologues  puissent  trouver  en  Sardaigne.  » 

Norvège.  —  Le  4  juillet  dernier,  a  été  accepté  par  les  deux  chambres  nor- 
végiennes un  projet  de  loi  générale  sur  la  propriété  littéraire  et  artistique. 
Cette  loi  est  une  préparation  à  l'entrée  de  la  Norvège  dans  l'Union  de  Berne, 
et,  à  ce  titre,  elle  a  une  importance  considérable. 

Roumanie.  —  Le  ministère  de  l'instruction  publique  et  des  cultes  a  com- 
mencé en  août  la  publication  d'un  bulletin  officiel  bimensuel  :  Buletinul 
oficial  al  ministerului  cultelor  si  instructiunei  publiée  (Bucuresci,  Socecù).  Le 
recueil  contient  tous  les  documents  officiels  émanés  du  ministère  et  tous 
les  renseignements  intéressant  l'instruction  publique  dans  ce  pays. 

Indo-Chine.  —  Nous  devons  nos  encouragements  à  l'intéressante  Revue 
indo-chinoise  illustrée  (Hanoï,  46,  rue  du  Coton,  mensuelle,  40  fr.  par  an),  dont 
le  premier  numéro  a  été  lancé  en  août  1893.  Les  auteurs  de  cette  publication 
se  sont  proposé  pour  objet  de  mieux  faire  connaître,  à  des  points  de  vue 
multiples,  l'Indo-Chine  à  leurs  compatriotes  de  France.  Nous  signalerons 
particulièrement  dans  le  premier  numéro  un  article  important  sur  les  mines 
de  charbon  de  Kebao,  au  Tonkin. 

Japon.  —  Nous  recommandons  à  l'attention  de  ceux  de  nos  lecteurs  qui 
s'intéressent  aux  questions  d'éducation,  la  substantielle  brochure  publiée  en 
mai  dernier  par  le  département  de  Téducation  au  Japon  :  Outlines  of  the mo- 
dem éducation  in  Japan  (Tokyo,  in-8  de  218  p.).  On  y  trouve,  fortbien  conden- 
sés, les  renseignements  que  l'on  peut  désirer  sur  l'instruction,  qui,  après 
avoir  brillé  pendant  le  moyen  âge  d'un  vif  éclat,  s'obscurcit  et  s'éclipsa 
pros(|ue  totalement  jusqu'à  la  révolution  qui,  en  restaurant  l'ancienne  dy- 
nastie et  en  rattachant  le  Japon  au  monde  occidental,  a  contribué  à  y  ravi- 
ver le  goût  des  études.  Par  une  série  de  mesures  (réorganisation  en  1868  des 
anciennes  écoles  de  Choheiko,  d'Igakoujo  et  de  Kaijeijo,  codes  successifs 
de  1872,  de  1877  et  de  1880,  ordonnances  de  1885,  1886  et  des  années  sui- 
vantes), le  gouvernement  créa  tout  un  ensemble  d'institutions  destinées  à 
répandre  dans  le  pays  l'instruction  à  tous  les  degrés.  L'on  trouvera,  dans  la 
brochure  que  nous  signalons,  d'amples  renseignements  sur  la  création,  l'or- 
ganisation, le  fonctionnement  de  ces  institutions  :  département  de  l'éduca- 
tion ou  ministère  de  l'instruction  publique  ;  écoles  primaires  élémentaires, 
actuellement  au  nombre  de  25,369,  avec  3,153,258  élèves  ;  écoles  primaires 
supérieures  ;  écoles  normales  (une  par  district),  et  école  normale  supérieure 
de  Tokyo  (75  élèves  du  sexe  masculin,  83  du  sexe  féminin):  établissements 
d'enseignement  secondaire  (54  dont  11  privés)  élevant  11,554  enfants,  et  o^ 
la  durée  des  cours  d'études  est  de  cinq  ans;  écoles  secondaires  supérieures, 
par  lesquelles  il  faut  passer  avant  de  suivre  les  cours  de  l'Université,  au  nom- 
bre de  sept  avec  4,442  élèves;  Université,  avec  ses  différents  collèges  de  droit, 
de  médecine,  de  lettres,  de  sciences,  d'industrie,  d'agriculture  et  son  labo- 
ratoire de  travaux  pratiques,  comptant  en  tout  1,304  élèves;  écoles  spé- 


—  94  - 

ciales  ;  écoles  féminines  ;  écoles  diverses  ;  écoles  pour  les  sourds-muets  et 
les  aveugles  ;  écoles  enfantines.  Cette  publication  fait  aussi  connaître  l'Aca- 
démie japonaise,  qui  ne  compte  encore  que  27  membres  au  lieu  de  40  qu'elle 
doit  avoir,  et  qui  publie  un  journal;  les  musées  scolaires;  les  bibliothèques 
{celle  de  Tokyo  a  déjà  294,344  volunies,  et  a  reçu,  en  1891,  59,717  lecteurs), 
6t  les  musées.  Un  chapitre  complémentaire  parle  des  institutions  d'ensei- 
gnement rattachées  à  d'autres  ministères  qu'à  celui  de  l'instruction  publique. 
Publications  nouvelles.  —  Le  Déluge  devant  la  critique  historique,  par 
R.  de  Girard.  T.  I.  V École  historique  (in-8,  Fribourg,  Librairie  de  l'Uni- 
versité). —  Les  Quatre  Évangiles,  trad.  de  Lemaistre  de  Sacy,  revue  par 
l'abbé  S.  Verret  (in-18,  Poussielgue).  —  La  Tunique  sans  couture  de  Notre- 
Seigneur  Jésus-Christ,  conservée  dans  Véglise  d* Argenteuil,  par  l'abbé  A.  Jao- 
quenot  (in-18.  Société  de  Saint-Augustin).  —  Cours  complet  de  religion 
catholique,  par  le  R.  P.  SifTerlen  (in-18,  Gaume).  —  Tractatus  canonicuê 
de  sacra  ordinatione,  auctore  P.  Gasparri,  T.  I  (in-8,  Delhomme  et  Bri- 
guet).  —  Nazareth,  école  de  la  famille  chrétienne,  par  l'abbé  Debeney  (in-16, 
Lyon,  Vitte).  —  Conférences  de  Notre-Dame,  par  Mgr  d'Hulst.  Carême  de 
4893  (fin)  (in-8,  Poussielgue).  —  VAmi  du  prêtre,  entretiens  sur  la  dignité, 
les  devoirs  et  les  consolations  du  sacerdoce,  par  l'abbé  Rouzaud  (in-18, 
Poussielgue).  —  V Année  liturgique,  par  le  R.  P.  Dom  P.  Guéranger,  4«  vol. 
Le  Temps  après  la  Pentecôte  (in-18,  Oudin).  —  Du  Spiritualisme  au  christia- 
nisme. La  Religion,  par  J.-L.  Gondal  (in-18,  Roger  et  Chernoviz).  —  Le 
Bouddha,  sa  vie,  sa  doctrine,  sa  communauté,  par  H.  Oldenberg,  trad.  de  l'al- 
lemand par  A.  Foucher  (in-8,  Alcan).  —  Leçons  de  droit  social  naturel,  par 
le  docteur  E.  Tardif,  d'Aix  (in-18,  Delhomme  et  Briguet).  —  Histoire  des 
sources  du  droit  romain,  par  P.  Krueger,  trad.  de  l'allemand  par  Brissaud 
{in-8,  Thorin).  —  Des  Obligations.  Sources,  extinction,  preuve,  par  A.  Rude- 
lot  et  E.  Metman  (in-18,  Delhomme  et  Briguet).  —  Des  Droits  de  vaine 
pâture  et  de  parcours,  par  R.  Dargent  (in-8,  Besançon,  imp.  P.  Jacquin).  — 
Traité  théorique  et  pratique  du  contrat  d'assurances  sur  la  vie,  par  J.  Lefort, 
T.  I  (in-8,  Thorin).  —  Code  pratique  de  la  presse  et  de  Vimprimerie,  par 
V.  Jeanvrot  (in-8,  Chevalier-Marescq).  —  La  Méthode  expérimentale  appli- 
quée au  droit  criminel  en  Italie,  par  A.  Desjardins  (in-8,  Pedone-Lauriel).  — 
Institutiones  theodicaeae  theologiae  naturalis,  secundum  pnncipia  S.  Thomae 
Aquinatis,  accommodavit  L  Hontheim  (in-8,  Fribourg-en-Brisgau,  Herder). 
—  Geschichte  der  Religionsphilosophie  von  Spinoza  bis  auf  die  Gegenwart, 
von  D.  0.  Pfeiderer  (in-8,  Berlin,  G.  Reimer).  —  Logica  inusum  scholarum, 
auctore  G.  Frick,  S.  J.  (in-8,  Fribourg-en-Brisgau,  Herder).  —  La  Vie  et  la 
pensée,  par  le  docteur  J.  Pioger  (in-8,  Alcan).  —  V Éducation  de  la  volonté, 
par  J.  Pavot  (in-8,  Alcan).  —  Les  Caractères,  par  F.  Paulhan  (in-8,  Alcan). 
Dégénérescence,  par  M.  'Nordau,  trad.  de  l'allemand  par  A.  Dietrich,  T.  I 
{in-8,  Alcan).  —  UHomme,  la  vie,  la  science,  l'art,  par  E.  Hello  (in-18,  Per- 
rin).  —  La  Philosophie  en  France  (Première  moitié  du  XJX*  siècle),  par 
C.  Adam  (in-8,  Alcan).  — Annuaire  de  l'économie  politique  et  de  la  statistique 
pour  4893  (in-18,  Guillaumin).  —  Pour  devenir  financier,  par  R.  Chevrot 
(in-8,  Gauthier-Villars).  —  La  Vie  dans  les  mers,  par  H.  Coupin  (in-18,  Al- 
can). —  Les  Émules  de  Darwin,  par  A.  de  Quatrefages  (2  vol.  in-8  cart., 
Alcan).  —  Pêches  et  chasses  zoologiques,  par  le  marquis  de  Folin  (in-18, 
J.-B.  Baillière).  —  Le  Mouvement,  par  E.-J.  Marey  (in-18,  Masson).  —  Traité 
de  mécanique  rationnelle,  par  P.  Appell,  T.  L  Statique.  Dynamique  du  point 
(in-8,  Gauthier-Villars).  —  Compléments  d'algèbre  et  de  géométrie,  par 
P.  Porchon  (in-18,  cart.,  Alcan).  —  Cours  d'analyse  de  l'École  polytechnique, 
par  C.  Jordan,  T.  I.  Calcul  différentiel  (in-8,  Gauthier-Villars).  —  Les  Cou- 


—  éti- 
rants polyphasés,  par  J.  Rodet  et  Busquet  (in-4,   Gauthier-Villars).  —  La 
Géométrie  du  mouvement,  par  le  docteur  A.  Schœuflies,  trad.  de  rallemand 
par  G.  Speckel  (in-8,  Gauthier-Villars).  —  Les  Armes  à  feu  portatives  des 
armées  actuelles  et  leurs  munitions,  par  Un  officier  supérieur  (in-8,  Baudoin). 

—  Stratégie  de  marche,  par  le  général  Lewal  (in-8,  Baudoin).  —  La  Tactique 
appliquée  au  terrain,  par  J.  Mumme  (in-8,  Charles  Lavauzelle).  —  Éducation 
du  soldat,  par  ***  (in-8,  Baudoin).  —  Psychologie  du  militaire  professionnel, 
par  A.  Hamon  (in-18,  Bruxelles,  Rozez;  Paris,  Charles).  —  Dictionnaire  des 
explosifs,  par  J.-P.  Cundill  (in-8,  Gauthier-Villars).  —  Le  Merveilleux  scien- 
tifique, par  J.-P.  Durand  (de  Gros)  (in-8,  Alcan).  —  L'Art  au  moyen  âge,  par 
G.  Cougny  (in-8,  Firmin-Didot).  —  ÙArt  arabe,  par  A.  Gayet  (in-8,  cart.,  May 
et  Molteroz).  —  Histoire  de  l'éloquence  romaine  depuis  la  mort  de  Cicéron  jusqu^à 
V avènement  de  Vempereur  Hadrien,  par  V.  Cucheval  (2  vol.  in-18.  Hachette). 

—  Le  Odi  di  Pindaro  dichiarate  e  tradotte  da  G.  Fraccaroli  (in-8,  Verona, 
Franchini).  —  Croquis  d'après  nature,  par  A.  Fertiault  (in-18,  Lemerre). 

—  Au  temps  des  châtelaines,  par  H.  Malo  (in-18,  Lemerre).  —  Bleuets  et 
nielles,  par  C.  Martel  (in-18,  Lemerre).  —  Sur  le  sable,  par  M.  Chassang 
(in-18,  Lemerre).  —  Fleurs  du  Mé-Kong,  par  M.  Olivaint  (in-18,  Lemerre). — 
Récital  mystique,  par  A.  Mithouard  (in-18,  Lemerre).  —  Salut  à  vous,  par 
M.  de  Talleyrand-Périgord,  duc  de  Dino  (in-18,  Lemerre).  —  La  Poésie  au 
moyen  âge,  par  L.  Clédat  (in-8,  Lecène  et  Oudin).  —  Impressions  de  théâtre, 
7e  série,  par  J.  Lemaître  (in-18,  Lecène  et  Oudin).  —  Bertrand  Du  Guesclin, 
Prise  du  château  de  Pougeray  (4356),  drame  en  3  actes  et  en  vers,  par 
Tabbé  A.  Poulain  (in-18,  Lamulle  et  Poisson).  —  Figaro  et  ses  origines,  par 
P.  Toldo  (in-8,  Milan,  Dumolard).  —  Cœurs  russes,  par  le  vicomte  E.-M.  de 
Vogué  (in-18.  Colin).  —  La  Tourmente,  par  P.  Margueritte  (in-18,  Kolb).  — 
Souvenirs  d'auberge,  par  P.  Harel  (in-18,  Vie  et  Amat).  —  La  Mare  aux 
loups,  par  M.  Levray  (in-18,  Ha  ton).  —  Un  Oiseau  bleu,  par  la  vicomtesse 
de  Pitray  (in-18,  Haton).  —  La  Jeune  Indienne,  par  M™«  Chéron  de  la 
Bruyère  (in-18,  Haton).  —  Chateaubriand,  par  A.  Bardoux  (in-8,  Lecène  et 
Oudin).  —  Les  Sources  du  roman  de  Renart,  par  L.  Sudre  (in-8,  Bouillon).  — 
Les  Grands  Écrivains  de  la  France.  Saint-Simon.  Mémoires.  T.  X  (in-8,  Ha- 
chette). —  Études  et  portraits,  par  E.  Biré  (in-8,  Lyon,  Vitte).  —  Les  Om- 
rides,  préface  historique  à  VAthalie  de  Racine,  par  Tabbé  F.  Martin  (in-18, 
Delhomme  et  Briguet).  —  Géographie.  V.  L'Expansion  européenne,  par  le  co- 
lonel Niox  (in-8,  Delagrave).  —  En  Pays  roannais,  par  M.  Dumoulin  (in-8, 
Roanne,  Souchier).  —  Les  Grands  Ports  maritimes,  par  D.  Bellet  (in-18,  Al- 
can). —  Mit  Emin  Pascha  ins  Herz  von  Africa,  von  F.  Stuhlmann  (gr.  in-8, 
relié,  Berlin,  Reimer).  —  Mémoires  publiés  par  les  membres  de  la  mission  ar- 
chéologique française  au  Caire,  sous  la  direction  de  M.  U.  Bouriant,  T.  XII, 
l*''fasc.,  D.  Mallet.  Les  Premiers  Établissements  des  Grecs  en  Egypte  (gr.  in-4, 
Leroux).  —  Les  Persécuteurs  et  les  martyrs  aux  premiers  siècles  de  notre  ère, 
par  E.  Le  Blant  (in-8,  Leroux).  —  Vie  de  saint  François  d'Assise,  par  P.  Sa- 
batier  (in-8,  Fischbacher).  —  Le  Bienheureux  Antonio  Baldinucci  de  la  Com- 
pagnie de  Jésus,  par  le  P.  C.  Clair  (in-18.  Société  de  Saint-Jean).  —  Histoire 
populaire  illustrée  du  bienheureux  Louis-Marie  Grignon  de  Montfort,  par  Tabbé 
H.Boutin  (in-8,  Saint-Laurent-sur-Sèvre,  Librairie  Saint- Joseph).  —  La  Ser- 
vante de  Dieu,  Marie  de  Sainte-Euphrasie  Pelletier,  par  le  chanoine  Portais 
(2  vol.  in-8,  Delhomme  et  Briguet;  Angers,  Germain  et  Grassin).  —  Jansé- 
nius,  évéque  d!Ypres,  ses  derniers  moments,  sa  soumission  au  Saint-Siège  (in-8, 
Louvain,  Vanlinthout;  Bruxelles,  Société  belge  de  librairie).  — Eugène  Bore, 
supérieur  général  de  la  congrégation  de  la  Mission  et  des  filles  de  la  Charité,  par 
L.  de  la  Rallaye  (in-8,  Delhomme  et  Briguet).  —  Monseigneur  de  Miollis, 


—  96  — 

évéque  de  Digne  (4153-48^8),  par  Mgr  Ricard  (in-18,  Dentu).  —  V Alsace- 
Lorraine  et  la  paix,  La  Dépêche  (TEms,  par  J.  Heiraweh  (in-16,  A.  Colin).  — 
Histoire  de  France,  par  E.  Darsy  et  T.  Toussenel  (in-18,  cart.,  Delagrave).  — 
Histoire  de  France,  Moyen  âge,  par  J.  Michelet.  T.  I  et  II  (in-8,  Flammarion). 

—  Histoire  de  cent  ans.  4792-4892,  Révolution  française.  Siège  de  Paris, 
par  A.  Bertezène  (in-18,  Savine).  —  Les  Aitaées  françaises  jugées  par  les  habi- 
tants de  l'Autriche,  4797-4800-4809,  d'après  les  rapports  de  l'époque,  par 
R.  Chélard  (in-18.  Pion  et  Nourrit).  —  Campagne  du  maréchal  Soult  dans  les 
Pyrénées  occidentales  en  4843-4844,  par  le  commandant  Clerc  (in-8,  Bau- 
doin). —  Fastes  épiscopaux  de  l'ancienne  Gaule,  par  Tabbé  L.  Duchesne. 
T.  I  (in-8,  Thorin).  — La  Faculté  de  théologie  de  Paris  et  ses  docteurs  les 
plus  célèbres,  par  Tabbé  P.  Féret.  T.  L  Moyen  âge  (in-8.  Picard).  —  Histoire 
de  la  latinité  de  Constantinople,  par  A.  Belin  (in-8,  Picard).  ^-  Documents  sur 
la  négociation  du  Concordat  et  sur  les  autres  rapports  àe  la  France  avec  le 
Saint-Siège  en  4800-4804,  publiés  par  le  comte  Boulay  de  la  Meurthe.  T.  III 
(gr.  in-8,  Leroux).  —  Cours  d'histoire  ecclésiastique  à  l'usage  des  grands  sé- 
minaires, par  Tabbé  Rivaux.  T.  I,  II,  III  (in-8,  Delhomme  et  Briguet).  — 
Histoire  de  V  infanterie  en  France,  par  le  lieutenant-colonel  Bel  homme.  T.  I 
(in-8,  Charles-La vauzelle).  —  V Europe  politique,  par  L.  Sentupéry,  4©  fasc. 
Grande-Bretagne  (in-8,  Lecène  et  Oudin).  —  Un  Serviteur  et  compère  de 
Louis  XI,  Jean  Bourré,  seigneur  du  Plessis,  4424-4506,  par  G.  Bricard  (in-8, 
Picard)'.  —  Cathelineau  généralissime  de  la  grande  armée  catholique  et  royale 
(43  mars-4 4  juillet  4793).  Réponse  à  M,  Célestin  Port,  par  Tabbé  E.  Bossard 
(in-8,  Lamulle  et  Poisson).  —  Mémoires  de  M™®  la  duchesse  d'Abrantès.  T.  I 
(in-18,  Garnier,  frères).  —  Mémoires  d'outre-tombe,  par  Chateaubriand.  T.  I 
(in-8,  Garnier).  -  Le  Maréchal  de  Mac-Mahon,  par  le  commandant  Grandin 
(2  vol.  in-18,  Haton).  —  4822-4892,  Jubilé  de  M.  Pasteur  (27  décembre) 
(in-4,  Gauthier-Villars).  —  Un  Jeune  empereur,  Guillaume  II  d'Allemagne, 
par  H.  Frédéric,  trad.  de  l'anglais  par  J.  de  Clesles  (in-18,  Perrin).  —  An- 
tonio Blado  tipografo  romano  del  secolo  XVI,  di  G.  Fumagalli  (Milan,  Hoepli). 

—  La  Bibliothèque  nationale.  Choix  de  documents  pour  servir  à  Vhistoire  de 
l'établissement  et  de  ses  collections,  par  L.  Vallée  (in-8,  Terquem).  —  Minia- 
tures choisies  de  la  bibliothèque  du  Vatican,  par  E.  Beissel.  S.  J.  (gr.  in-4, 
Fribourg-en-Brisgau,  Herder).  —  Le  Biblioteche  in  Italia  alV  epoca  romana, 
di  F.  Garbelli  (in-8,  Milano,  Hoepli).  Visenot. 


QUESTIOIVS  ET  RÉPONSES 

Revues.  —  Dans  quelles  villes  et  lo  Ephemerides  liturgicae  ; 
chez   quels   éditeurs  paraissent  les  2*  Gardellini  :  Annotationes  in  de- 
deux  publications  suivantes,  qui  ne  cisiones  sacrae  rituum  congregatio- 
se  trouvent  pas  à  la  Bibliothèque  na-  nis. 
tionale  ? 

Le  Gérant  :  CHAPUIS. 


BESANÇON.  —  IMPR.  ET  STÉRÉOTTP.  PAUL  JACQUIN. 


POLYBIBLION 


REVUE  BIBLIOGRAPHIQUE  UNIVERSELLE 


OUVRAGES  D'INSTRUCTION  CHRÉTIENNE  ET  DE  PIÉTÉ 

1.  La  Beligion,  étude»  apologétiques^  par  L.  Gondal.  Paris,  Roger  et  Ghernoviz,  1894, 
iD-12  de  xii-342  p.,  2  fr.  —  2.  Cours  complet  de  religion  catholiquej  par  le  R.  P.  Sip- 
FERLEN.  Paris,  Gaume,  1893,  in-12  cart.  de  xziv-196  p.,  1  fr.  50.  —  3.  La  Foi  et  la  rai- 
son, par  L.  Barrou.  5*  fasc.  Paris,  Librairie  générale,  1893,  iD-8  de  62  p.  —  4.  La 
Gerbe  du  catéchiste,  par  l'abbé  Dsbroisb.  Paris,  Hatoo,  1893,  iD-12  de  612  p., 
3  fr.  50.  —  5.  Le  Fruit  défendu,  par  l'abbé  H.  Bolo.  Paris,  Hatoo,  1894,  in-12  de  286  p., 
2  fr.  50.  —  6.  Devant  la  mort,  par  Tabbé  H.  Bolo.  Paris,  Haton,  1894,  in-12  de  278  p., 
2  fr.  50.  —  7.  La  Gloire,  par  l'abbé  H.  Bolo.  Paris,  Halon,  1893,  in-12  de  40  p.,  0  fr.  75. 
—  8.  Nos  Deuils  et  nos  consolations,  par  le  P.  Gh.  Laurent.  Paris,  Haton,  1894,  in-12 
()o  410  p.,  2  fr.  50.  —  9.  J^  Purgatoire,  d'après  les  révélations  des  saints,  par  l'abbé 
LoDVET.  3»  éd.  Paris,  Relaux,  1893,  in-12  de  xiv-406  p.,  3  fr.  50.  —  10.  LAmi  du 
prêtre.  Entretiens  sur  la  dignité,  les  devoirs  et  les  consolations  du  sacerdoce,  par  l'abbé 
RouzAUD.  Paris,  Poussielgue,  1893,  in-12  de  458  p.,  3  fr.  —  11.  Novum  veni  mecum 
sacerdotum,  2.  éd.  aucta  per  D.  A.  Foppiano.  Tournai,  typ.  S.  Jean.,  1893,  in-18 
de  x-29(T  p.,  relié,  0  fr.  80.  —  12.  Accessus  ad  altare  et  recessus,  3.  éd.  emendata  et  aug- 
mentata.  Fribourg-en-Brisgan,  Herder,  1893,  in-18  do  viii-180  p.,  1  fr.  —  13.  Ma- 
nuale  de  indulgentiis,  auctore  Benedicto  Mblata.  Rome,  Â.  Befani,  1892,  in-12 
carré  de  xxiv-374  p.  —  14.  L'Année  liturgique,  par  le  R.  P.  Dom  Pr.  Goéranoer. 
Le  Temps  après  la  Pentecôte,  t.  IV.  Paris,  H.  Oadin,  1893,  in-12  de  592  p.,  3  fr.  75.— 
15.  La  Famille  chrétienne,  par  le  R.  P.  de  Laaoe.  Paris,  Téqui,  1893,  in-12  d» 
xxviii-356  p.,  2  fr.  —  16.  Nazareth.  École  de  la  famille  chrétienne,  par  l'abbé 
Debkney.  Lyon,  Vilte,  1893,  iD-12  de  xvi-264  p.,  1  fr.  25.  —  M.  Le  Père  Lacordaire 
et  les  jeunes  gens,  par  le  P.  Babonnbau,  des  FF.  PP.  Le  Havre,  F.  Dumesnil,  1893, 
A*  éd.,  in-8  de  56  p. —  18.  Pour  les  jeunes  gens.  Nouveaux  Entretiens  et  discours,  par 
le  P.  Jean  Vaudon.  Paris,  Retaux,  1894,  in-12  de  x-348  p.  —  19.  A  l'école  de 
Jésus-Christ.  Souvenirs  oratoires,  par  l'abbé  S.  Bruzat.  Paris,  Poussielgue,  1893) 
in-8  do  xii-528  p.,  6  fr.  —  20.  Lettres  spirituelles,  par  Mgr  Gilly,  évéque  de  Nîmes. 
Paris,  Bloud  et  Barrai,  1893,  in-18  de  x-432  p.,  3  fr.  —  21.  Conseils  de  direclionaux 
enfants  de  Marie,  par  Mgr  Gillt,  évéque  de  Nimes.  Paris,  Bloud  et  Barra!,  1893,  in-18 
de  viii-208  p.,  1  fr.  25.  —  22.  De  l'union  et  de  la  transformation  de  l'âme  en  Jésus- 
Christ,  par  S.  Alphonse  Rodriguez,  trad.  de  l'espagnol.  Paris  et  Lille,  Société  de  Saint- 
Augustin,  1893,  in-8  de  326  p.,  1  fr.  50.  — 23.  Méditations  sur  la  vie  de  N.  S.  Jésus- 
Christ,  par  le  P.  Meschler,  trad.  par  Ph.  Mazoyer,  t.  II.  Vie  temporelle  de  Jésus 
(suite)  jusqu'à  la  Passion.  Paris,  Letliielleux,  1894,  in-12  de  578  p.,  4  fr.  —  24.  Les 
Vœux  et  la  règle.  Considérations  pratiques  à  l'usage  des  religieuses,  par  le  P.  Mailly.  Pa- 
ris et  Lille,  Desclée  et  de  Brouwer,  1893,  in-18  do  viii-140  p.,  0  fr.  75.  —  25.  Di- 
reclorium  ascelicum,  a  R.  P.  Matthaeo  Josepbo  Rousset.  Fribourg-en-Brisgau, 
Herder,  s.  d.,  in-12  de  vi-308  p.  —  26.  Moyens  de  mener  une  vie  chrétienne  et 
parfaite,  par  Un  Père  de  la  Compagnie  de  Jésus.  Paris,  Desclée  et  de  Brouwer,  1893, 
in-3'2  de  110  p.,  0  fr.  25. —  27.  La  Dévotion  à  saint  Joachim,  par  l'auteur  de  la  Dévo- 
tion à  sainte  Anne.  Paris,  Téqui,  1893,  in-12  do  xiv-404  p.,  2  fr.  —  28.  Manuel  de 
dévotion  en  faveur  des  âmes  du  Purgatoire,  par  l'abbé  Randanne.  Glerroonl-Ferrand, 
Bollet.  s.  d.,  in-32  de  160  p.,  0  fr.  50.  —  29.  Courtes  réflexions  sur  la  vie  future 
pour  le  mois  de  novembre,  par  F.-J.  Michel.  Paris,  Delbomme  et  Briguel,  1894,  in-18 
de  80  p.,  0  fr.  30. 

1  à  9.  —  DocTRhNE.  —  Parmi  les  nombreux  livres  d'enseignement 
(loclrinal  qui  se  publient  à  notre  époque,  il  en  est  peu  qui  s'adaptent 
Fétrier  1894.  T.  LXX.  7. 


—  98  — 

mieux  aux  besoins  actuels  que  celui  de  M.  Gondal,  de  Saint-Sulpice. 
C'est  l'avis  autorisé  de  S.  E.  le  cardinal-évêque  de  Rodez,  et  un  simple 
aperçu  de  Fouvrage  suffit  pour  souscrire  à  cette  opinion.  «  Beaucoup  de 
bons  esprits  conviennent  qu'il  faut  modifier  l'enseignement  de  la  doc- 
trine chrétienne  aux  gens  du  monde,  non  certes  dans  la  substance,  mais 
dans  la  manière  de  l'exposer....  Noire  siècle,  raisonneur  et  confiant  en 
ses  propres  lumières,  parait,  en  efiet,  préférer  la  preuve  de  raison  à 
toute  autre  et  ne  vouloir  se  rendre,  qu'après  contrôle,  aux  preuves  d'au- 
torité et  de  tradition.  Or,  comme  la  raison  bien  comprise  et  aidée  de  la 
grâce  ne  peut  manquer  de  conduire  à  la  foi  les  esprits  sincères,  il  me 
semble  que  vous  êtes  bien  dans  le  ton  qu'il  faut  pour  obtenir  ce  résul- 
tat. »  Ainsi  s'exprime  Mgr  Bourret,  donnant  au  livre  de  M.  Gondal  la 
plus  flatteuse  approbation.  Après  de  telles  paroles,  le  rôle  du  critique  ne 
peut  que  se  borner  à  faire  connaître  l'idée  générale  de  l'auteur  et  son 
plan.  M.  Gondal  a  formé  le  projet  de  donner  au  public  une  nouvelle  dé- 
monstration de  la  foi  catholique.  L'œuvre  qu'il  prépare  comprend  trois 
séries  d'études  apologétiques,  déjà  groupées  dans  sa  pensée  sous  les 
titres  suivants  :  Du  Scepticisme  au  spiritualisme  ;  Du  Spiritualisme  au 
christianisme  ;  Le  Christianisme  intégral.  Son  but  est  de  démontrer 
que  l'homme  raisonnable  est  spirilualiste,  que  le  parfait  spiritualiste  est 
chrétien,  que  le  vrai  chrétien  est  catholique.  L'étude  qu'il  publie  et  qu'il 
intitule  :  La  Religion^  est  la  première  de  la  seconde  série.  Il  a  préféré  dé- 
buter ainsi  pour  répondre  au  besoin  de  tant  d'esprits  honnêtes  qui, 
croyant  déjà  à  la  vérité,  cherchent  de  bonne  foi  le  chemin  «  du  spiritua- 
lisme au  christianisme.  »  Cette  étude  comprend  cinq  livres  :  1**  Ce  qu'il 
faut  entendre  par  religion  ;  2°  Qu'il  faut  une  religion  ;  3*  Du  devoir  de  la 
prière  ;  4*  De  la  nécessité  d'un  culte  public  ;  5**  De  l'unité  essentielle  de 
la  religion  obligatoire.  Quant  à  la  méthode,  elle  est  des  plus  simples  : 
d'abord  des  dissertations  théologiques  pour  exposer  la  doctrine  ;  ensuite 
des  citations  pour  récréer  le  lecteur.  Les  dissertations  éclairent  la  route, 
les  citations  1  embelUssent.  Mgr  l'évêque  de  Rodez  dit  à  ce  sujet  :  «  Vos 
divisions  logiques  et  nettes  sont  fondées  sur  la  nature  même  des  choses 
que  vous  voulez  traiter  et  bien  suivies  dans  leurs  diverses  parties.  »  A 
la  fin  du  volume,  se  trouve  un  «  Index  alphabétique  »  qui  permet  d'avoir 
promptement  sous  les  yeux  le  sujet  que  l'on  veut  étudier  spécialement. 
—  C'est  aussi  un  corps  d'enseignement  doctrinal  que  nous  ofire  le 
R.  P.  Sifferlen,  par  son  Cours  complet  de  religion  catholique  ;  mdAs  cet 
ouvrage  est  exclusivement  classique.  Le  volume  que  nous  annonçons 
est  destiné  aux  élèves  de  troisième  du  cours  supérieur  secondaire,  et 
traite  de  la  révélation  ancienne  et  du  symbole  ;  il  répond  aux  espérances 
qu'avait  fait  concevoir  la  publication  précédente  du  cours  moyen.  Un 
éminent  publiciste  écrivait  à  l'auteur  :  «  Vous  avez  rendu  un  immense 
service  aux  catéchistes,  aux  aumôniers  de  lycée,  à  tous  ceux  qui  ont 


-  99  — 

la  haute  mission  d'enseigner  la  religion  à  la  jeunesse.  Votre  livre  est  un 
guide  précieux  pour  tous.  S'il  m'était  permis  d'exprimer  un  vœu,  je 
vous  supplierais  de  compléter  votre  travail  en  nous  donnant,  avec  des 
modifications  analogues,  le  Cours  supérieur.  Vous  ne  sauriez  faire  œuvre 
plus  utile.  »  Le  P.  Sifferlen  a  été  bien  inspiré  de  suivre  ce  conseil  :  son 
livre  du  symbole,  qui  fait  partie  de  ce  cours,  méritera  les  suffrages  qu'a- 
vait obtenus  le  Cours  moyen.  Deux  parties  générales  embrassent  toute 
la  matière  à  traiter  :  Fondement  du  symbole  et  le  Symbobe.  Dans  la 
première  rentre  tout  ce  qui  a  trait  à  la  religion  ou  à  son  histoire,  c'est- 
à-dire  tout  ce  qui  concerne  la  révélation  ancienne  :  livres  saints,  familles 
patriarcales,  le  culte  juif,  les  rois,  les  prophètes,  les  espérances  messia- 
niques, etc.  ;  la  deuxième  partie  comprend  le  commentaire  ou  l'explica- 
tion du  symbole  ;  un  chapitre  préliminaire  indique  ce  qu'il  faut  entendre 
par  dogme  et  enseignement  dogmatique;  deux  autres  chapitres  sont 
consacrés  à  parler  de  Di(îu  en  lui-même  et  de  Dieu  considéré  dans  ses 
œuvres.  On  le  voit,  c'est  complet,  pourrons-nous  dire  de  ce  volume 
comme  disait  la  Vraie  France  du  volume  qui  Ta  précédé  :  c'est  complet 
et  cependant  c'est  court;  cette  brièveté  pourra  paraître  un  peu  sèche  à 
l'écolier  ;  pour  le  maître,  elle  sera  précieuse  :  définitions,  preuves  indi- 
quées, notions  et  faits  précis  sont  réunis  sous  ses  yeux  dans  un  ordre 
logique,  et  fournissent  matière  à  des  développements  faciles.  Le  com- 
mentaire rendra  aux  choses  l'ampleur  et  la  vie.  Disposé  par  numéros  et 
paragraphes,  abondamment  fourni  de  titres  et  de  sous-titres,  ce  petit 
livre  est  un  guide  commode  pour  le  catéchiste.  Le  lecteur  instruit  lui- 
même  s'en  servira  comme  d'un  mémento  pour  raviver  ses  connaissances 
avec  précision  et  rapidité.  Deux  tables  des  matières.  Tune  par  para- 
graphes, l'autre  par  numéros,  servent  soit  à  indiquer  le  plan  et  la  mé- 
thode de  l'auteur,  soit  à  se  retrouver  promptement  au  milieu  des  ques- 
tions multiples  traitées  dans  ce  volume.  Nous  faisons  des  vœux,  à  notre 
tour,  pour  que  le  P.  Sifferlen  ne  tarde  pas  trop  à  nous  donner  la  conti- 
nuation de  son  œuvre,  qui  est  bien,  en  vérité,  une  «  œuvre  utile.  » 

—  La  Foi  et  la  raison,  tel  est  le  titre  d'un  fascicule  que  vient  de 
mettre  au  jour  M.  Barrou  ;  il  fait  suite  à  d'autres  fascicules  qui  ont  pro- 
voqué, de  la  part  de  quelques  incrédules,  certaines  objections  ou  re- 
marques auxquelles  l'auteur  nous  semble  répondre  assez  catégorique- 
ment. N'ayant  sous  les  yeux  qu'une  cinquantaine  de  pages,  il  nous 
serait  difficile  de  porter  un  jugement  sur  l'œuvre  de  M.  Barrou  :  ce  que 
nous  avons  lu  du  chapitre  XII  nous  autorise  à  considérer  l'auteur  de 
l'opuscule  comme  très  convaincu  ;  il  aura  travaillé  pour  une  bonne  part 
à  la  «  solution  des  deux  grands  problèmes  qui  ont  pour  but  de  concilier 
la  raison  avec  la  raison  et  la  raison  avec  la  foi.  » 

—  D'un  abord  plus  séduisant,  la  Gerbe  du  catéchiste  est  Bwssi  le  com- 
plément nécessaire  des  ouvrages  qui  précèdent,  traitant  exclusivement 


—  400  — 

■ 

de  la  doctrine.  C'est  im  recueil  d'histoires,  de  pensées  et  de  paroles 
édifiantes  selon  Tordre  des  matières  expliquées  dans  les  catéchismes. 
«  Encore  un  recueil  d'histoires  !  s'écriera- t-on.  Qu'en  est-il  besoin  ?  » 
C'est  vrai,  répond  Tauteur;  ils  abondent  et  il  n'est  personne  parmi  les 
maîtres  de  Tenfance  qui  n'en  possède  au  moins  un.  Mais  n'est-ce  pas  le 
meilleur  moyen,  sinon  le  seul,  de  rendre  la  doctrine  chrétienne  facile  à 
comprendre,  facile  à  retenir,  facile  à  pratiquer?  ^  Donc  il  n'y  aura 
jamais  trop  de  ces  recueils.  Celui  que  nous  annonçons  nous  semble 
devoir  être  classé  parmi  les  meilleurs.  L'auteur  l'a  composé  en  compul- 
sant un  grand  nombre  de  volumes  et  en  les  lisant  la  plume  à  la  main, 
(c  Nous  l'avouons  humblement,  dit  M.  l'abbé  Debroise,  cette  Gerbe  du 
catéchiste,  malgré  bien  des  imperfections,  est  le  résultat  de  dix  années 
d'un  labeur  presque  incessant.  Commencé  à  l'occasion  des  catéchismes 
de  Saint-Sulpice,  à  Paris,  nous  l'avons  continué  lentement  parmi  les 
élèves  d'un  collège  ecclésiastique  et  parmi  les  catéchisés  de  deux  belles 
paroisses.  Elle  est  donc  faite,  notre  Gei^be,  des  plus  beaux  épis  que  nous 
avons  pu  glaner  dans  les  champs  assez  riches  de  nos  prédécesseurs.  » 
Nous  avons  considéré  la  plupart  de  ces  épis  et  nous  les  avons  trouvés 
en  eflel  très  beaux;  la  Gerbe  est  riche  et  le  catéchiste  pourra  y  refaire 
souvent  son  petit  trésor  de  trails  édifiants  qui  captiveront  et  orneront 
l'intelligence  en  même  temps  qu'ils  y  fixeront  d'une  façon  plus  claire  et 
plus  durable  la  doctrine  dont  ils  sont  la  confirmation. 

—  Si  de  l'ensemble  de  la  doctrine  nous  descendons  au  détail,  voici  le 
Fruit  défendu,  de  M.  l'abbé  Henry  Bolo,  qui  s'oflre  à  notre  attention. 
Encore  un  titre  qui  frappe  les  yeux  et  pique  l'imagination  ;  il  n'a  rien 
toutefois  d'étrange  et  nous  l'acceptons  volontiers.  Nous  devons  même 
déclarer  aussitôt  que  le  livre  tout  entier  ne  se  ressent  en  rien  du  défaut 
que  nous  avions  cru  reconnaître  dans  les  ouvrages  précédents  de  l'au- 
teur :  style  et  pensées,  tout  est  ici  dans  Tordre  et  rien  ne  se  heurte. 
Sans  doute  c'est  toujours  la  méthode,  le  genre  et  le  style  de  l'auteur,  ce 
qui  le  distingue  et  en  fait  un  écrivain  de  marque,  mais  le  style  s'est 
châtié  en  se  dépouillant  de  l'exubérance  qui  lui  nuisait,  et  la  pensée  a 
gagné  en  force  et  en  clarté  par  la  sobriété  et  la  retenue.  Nous  signale- 
rons surtout  le  dernier  chapitre  :  La  Douleur  râdemptnce,  dont  les  trente 
pages  ne  sont  qu'une  série  de  pensées  détachées  mais  se  rapportant 
toutes  au  même  sujet  :  pensées  profondes,  vraies,  rendues  dans  un  style 
élégant  et  sobre  à  la  fois,  autant  de  traits  qui  pénètrent  l'esprit  du  lec- 
teur et  qui  s'y  gravent  à  jamais.  Les  antres  chapitres  sont  intitulés  :  Le 
Mal  —  Les  Contaminés —  L'Orgueil  de  la  chair —  Les  Vengeances  de 
la  nature  —  L Enfer,  Ce  chapitre  de  l'enfer  contient  une  démonstration 
rationnelle  de  l'existence  de  ce  lieu  de  supplice  et  de  la  terrible  gravité 
des  souffrances  qu'y  endurent  les  damnés. 

—  La  conséquence  du  fruit  défendu,  le  châtiment  du  péché,  c'est  la 


—  iOI  — 

morl.  C'est  donc  Devant  la  mort  que  nous  place  maiotenant  M.  Tabbé 
Bolo  :  salutaire  spectacle  pour  les  méchants  et  pour  les  bons.  «  Quelle  est, 
s'écrie  l'auteur,  la  puissance  qui  ouvre  aux  yeux  de  la  foi  les  portes  de 
to  lumière?  Quelle  est  celle  dont  le  souvenir  évoqué  encourage  la  vertu, 
console  les  opprimés,  rassure  les  justes  vaincus  dans  la  bataille  de  la 
vie?....  Quelle  est  la  grande  auxilialrice  de  la  conscience  dans  ses  ré- 
voltes contre  les  infâmes  tyrannies  de  la  chair?  La  mort.  Que  tous,  bons 
et  méchants,  aient  donc  le  courage  de  se  placer  souvent,  les  yeux  ou- 
verts et  le  cœur  ferme  devant  la  mort.  »  Comme  le  précédent,  ce  volume 
contient  six  chapitres  dont  les  titres  sont  les  suivants  :  Sa  Majesté  la 
Mort  —  La  Seconde  Mort  —  Jésus-Christ  —  Les  Fiancés  de  la  mort 
—  Les  Morts  qui  vivent  —  Le  Mauvais  Riche.  La  première  mort  est  la 
mort  corporelle,  de  laquelle  on  revient  ;  la  seconde  est  celle  de  l'âme,  la 
damnation,  dont  on  ne  reviendra  jamais.  Le  principe  de  la  résurrection 
est  le  Verbe  fait  homme,  Jésus-Christ  qui  est  la  résurrection  et  la  vie  ; 
c'est  aussi  le  Sauveur  qui,  par  son  exemple  et  sa  doctrine,  adoucit  la 
perspective  et  les  amertumes  de  la  mort  ;  lui  qui  nous  apprend  à  mourir 
tous  les  jours  pendant  notre  vie  afin  que  nous  puissions  vivre  toujours 
après  notre  mort  ;  lui  qui,  par  la  parabole  du  mauvais  riche,  nous  sol- 
licite plus  efficacement  à  éviter  un  pareil  malheur  en  nous  assurant  de 
préférence  le  sort  de  Lazare.  Nous  n'avons  pas  à  redire  ce  que  nous 
écrivions  ci-dessus  des  qualités  remarquables  de  l'auteur  :  dans  les 
Fiancés  de  la  mort  et  les  Morts  qui  vivent,  il  y  a  de  nombreuses  pages 
de  haute  morale,  bien  capables  d'éclairer  les  esprits  et  de  loucher  le 
coeur.  Nos  félicitations  les  plus  sincères  à  M.  l'abbé  Bolo. 

—  La  Gloire,  du  même  auteur,  est  un  simple  discours  prêché  à  Beau- 
vais  pour  la  fête  de  l'assaut  en  l'honneur  de  Jeanne  Hachette,  le  25  juin 
1893.  Cette  gloire  est  celle  de  la  France  ;  elle  rayonne  d'un  éclat  intense 
autour  de  cette  page  d'or  de  nos  annales  et  l'orateur  a  pour  but,  dans 
son  discours,  d'en  découvrir,les  secrets,  c'est-à-dire  les  conditions  aux- 
quelles elle  se  donne,  sa  source,  les  lois  qui  assurent  son  immortalité. 
Cette  courte  indication  suffira  à  nos  lecteurs  qui  connaissent  la  tournure 
d'esprit  et  les  ressources  intellectuelles  de  M.  l'abbé  Bolo  pour  pressen- 
tir quel  développenient  il  a  pu  donner  à  cette  grande  et  belle  concep- 
tion :  qu'ils  lisent  ce  remarquable  discours  et  ils  jugeront  avec  nous  que 
le  nouveau  vicaire  général  de  Saint-Denis  est  non  moins  orateur  distin- 
gué que  remarquable  écrivain. 

—  Le  livre  du  P.  Ch.  Laurent  iTVb*  Deuils  et  nos  consolations  fait  na- 
turellement suite  à  celui  de  M.  l'abbé  Bolo  intitulé  :  Devant  la  mort. 
Quelle  épreuve  douloureuse  que  celle  de  la  séparation  l  II  doit  en  être 
ainsi,  puisque  la  mort  est  la  peine  du  péché  ;  mais  à  côté  de  cette  amer- 
tume de  la  mort,  il  est  des  douceurs  et  des  consolations  que  la  foi  nous 
révèle  et  dont  toutes  les  âmes  sont  avides.  C'est  à  nous  peindre  ces  dou- 


—  102  — 

leurs  et  à  nous  rappeler  ces  consolations  que  s'attache  le  P.  Laurent  :  il 
remplit  ce  rôle  en  bon  littérateur  et  en  théologien  exact.  Son  livre  se 
divise  en  cinq  parties.  La  première  :  TExpiation,  comprend  le  départ  de 
lïime,  le  nombre  des  captifs,  le  lieu  de  Texpiation,  les  soufirances  de 
l'expiation,  les  larmes  de  l'exil,  la  durée  des  peines,  les  inégales  sanc- 
tions. Dans  la  deuxième  partie,  Fauteur  affirme  et  démontre  qu'il  y  a 
des  consolations  dans  le  Purgatoire;  consolations  intrinsèques  :  l'impec- 
cabilité,  l'heureuse  certitude,  la  conformité  à  la  volonté  de  Dieu  ;  des 
consolations  extrinsèques  :  consolations  de  l'amour,  les  célestes  consola- 
tions, les  maternelles  visites.  La  troisième  partie  traite  de  la  prière  pour 
les  morts  ;  la  quatrième  de  nos  dettes  :  dettes  de  la  piété,  de  la  charité, 
de  Tamitié,  de  la  reconnaissance  et  de  la  justice  ;  la  cinquième,  des  res- 
sources de  notre  charité  :  la  sainte  messe,  la  prière,  les  indulgences, 
Taumône.  Rien  n'est  omis  de  ce  qui  peut  attirer  notre  attention  sur  nos 
défunts  et  émouvoir  notre  cœur  en  laveur  des  âmes  souffrantes  du  Pur- 
gatoire. Les  morts  sont  vite  oubliés;  les  pages  lumineuses  et  convain- 
cues qu'a  écrites  le  P.  Laurent  nous  rappellent  efficacement  le  souvenir 
des  morts  et  nous  sollicitent  à  leur  accorder  l'aumône  de  notre  charité. 
Nous  voudrions  voir  ce  livre  en  toutes  les  mains  ;  la  dévotion  pour  les 
âmes  du  Purgatoire  y  gagnerait  beaucoup  au  double  point  de  vue  de  sa 
diffusion  et  des  vraies  notions  théologiques  qui  en  sont  le  solide  fonde- 
ment. 

—  M.  l'abbé  Louvet  traite,  lui  aussi,  du  Purgatoire,  mais  en  nous  faisant 
connaître  sur  ce  point  les  révélations  des  saints.  «  A  côté  de  l'enseigne- 
ment officiel  de  l'école,  dit-il,  il  y  a,  dans  la  sainte  Église  de  Dieu,  une 
riche  mine  de  matériaux,  je  veux  parler  des  révélations  des  saints  et  de 
leurs  rapports  surnaturels  avec  les  âmes  du  Purgatoire;  j'ai  pensé  à  ex- 
ploiter ce  trésor....  Pour  mon  édification  personnelle,  j'ai  lu  presque 
tout  ce  que  les  saints  nous  apprennent  du  Purgatoire;  j'ai  été  effrayé  et 
consolé  en  même  temps.  »  Cette  étude  a  fait  du  bien  à  Tauleur  et,  sur 
l'invitation  d'amis  compétents,  il  a  voulu  en  faire  aux  autres  en  publiant  le 
fruit  de  son  labeur,  les  notes  qu'il  a  prises  au  cours  de  ses  lectures.  M.  l'abbé 
Louvet  s'en  est  scrupuleusement  tenu  à  la  doctrine  de  saint  Augustin, 
de  saint  Thomas,  de  saint  Bonaventure  et  de  Suarez.  D'autres  lui  ont 
reproché  de  n'avoir  pas  apporté  assez  de  discernement  dans  les  extraits 
qu'il  donne  de  quelques  révélations  ou  d'avoir  accordé  trop  d'autorité  à 
certaines  autres.  Nous  ne  souscrivons  pas  davantage  à  ce  blâme,  qui 
ne  nous  parait  pas  justifié.  Tout  en  faisant  de  larges  emprunts  aux  ré- 
vélations des  saints,  M.  l'abbé  Louvet  n'ignore  pas  que  ces  révélations 
n'eurent  jamais,  aux  yeux  de  l'Église,  l'importance  et  l'autorité  d'un  en- 
seignement théologique,  mais  il  sait  aussi  que  ces  révélations  sont 
tenues  par  l'Église  en  très  haute  estime,  soit  à  cause  de  la  sainteté  des 
personnages  dont  elles  émanent,  soit  à  cause  des  grandes  leçons  qu'eUes 


—  103  — 

renferment.  Et  pourvu  qu'on  n'accorde  pas  à  ces  témoignages  plus  de 
valeur  qu'il  ne  .convient,  il  est  bien  manifeste  qu'ils  ont  le  précieux 
avantage  de  nous  convaincre  plus  profondément  de  la  sévérité  des  juge- 
ments de  Dieu,  de  la  rigueur  des  expiations  du  Purgatoire,  de  la  néces- 
sité de  fuir  le  péché  pour  nous  épargner  ces  supplices  et  de  procurer  aux 
âmes  des  défunts  leur  soulagement  par  tous  les  moyens  qui  sont  en 
notre  pouvoir.  D'ailleurs,  M.  l'abbé  Louvet  a  fait  preuve  du  plus  judi- 
cieux discernement  en  écartant  certaines  citations  :  il  s'est  imposé  le 
devoir  de  ne  donner  que  des  faits  attestés  par  des  saints  canonisés. 
Encore  même  a-t-il  bien  soin  de  déclarer,  pour  se  conformer  aux  pres- 
criptions si  sages  établies  par  les  Souverains  Pontifes  en  ces  matières, 
«  que  le  lecteur  ne  doit  attacher  qu'une  foi  purement  humaine  aux  difiK- 
rents  récits  qu'il  rapporte,  la  sainte  Église  ne  s'étant  pas  prononcée  sur 
l'authenticité  de  la  plupart  des  documents  dont  ils  sont  tirés.  » 

10  à  H.  —  Sacerdoce  et  liturgie.  —  L'Ami  du  prêtre  f  —  C'est  un 
beau  titre  pour  un  livre.  Le  prêtre  a  beaucoup  de  guides,  de  docteurs, 
de  maîtres;  à  l'heure  où  nous  sommes,  il  a  surtout  beaucoup  de  détrac- 
teurs et  d'ennemis  :  ses  amis  sont  rares,  et  c'est  pourquoi  celui  qui  va 
au  prêtre  eu  l'appelant  «  son  ami,  »  ami  sincère,  fidèle,  dévoué,  a  bien 
de  la  chance  d'être  favorablement  accueilli.  Que  le  livre  de  M.  l'abbé 
Rouzaud  soit  donc  le  bienvenu.  Les  considérations  qu'il  renferme  n'ont 
été  écrites  que  parce  qu'elles  n'ont  pu  être  prèchées;  l'écrivain  s'est  sub- 
stitué à  l'orateur  parce  que  la  voix  a  manqué  à  celui-ci,  mais,  n'en  dé- 
plaise au  vénérable  chanoine  de  Toulouse,  qui  eût  préféré  parler,  nous 
ne  regrettons  nullement  qu'il  ait  été  condamné  à  écrire  :  sa  prédication 
ne  se  fût  adressée  qu'à  un  auditoire  très  restreint;  son  livre  pénétrera 
dans  tous  les  diocèses;  il  se  lira  toujours  avec  le  même  intérêt,  pro- 
duisant toujours  les  mêmes  heureux  fruits.  M.  Tabbé  Rouzaud  sera 
pour  tous  ses  confrères  le  meilleur  ami  du  prêtre.  11  leur  parle  de  leur 
sublime  vocation,  de  la  dignité  du  sacerdoce,  reproduction  de  Notre- 
Seigneur  Jésus-Christ,  de  l'esprit  ecclésiastique,  du  pécfhé,  de  la  mort, 
du  jugement,  de  l'enfer,  du  ciel  ;  de  la  vie  cachée  de  Notre-Seigneur  au 
tabernacle,  etc.,  en  un  mot  de  la  dignité,  des  devoirs  et  des  consolaliows 
du  sacerdoce.  Tous  ces  sujets,  au  jugement  de  S.  Em.  le  cardinal  Des- 
prez,  qui  a  béni  et  loué  ce  livre,  sont  «  bien  choisis;  ils  comprennent 
dans  leur  ensemble  les  vérités  les  plus  importantes  à  méditer  et  sur 
lesquelles  nous  avons  sans  cesse  besoin  de  revenir.  ^ 

— 11  faut  aussi  an  prêtre  des  livres  spéciaux  contenant  <5e  qui  a  rapport 
à  la  pratique  de  la  piété  sacerdotale  ou  à  l'exercice  du  ministère  parois- 
sial. Le  Novum  veni  mecum  sacerdotum  nous  semble  bien  répondre  à 
ce  besoin  :  de  fomral  commode,  oe  petit  vohime  eirt  l'idéal  des  manuels 
du  prêtre.  Au  début,  les  prières  du  matin  et  du  soir,  particulièreB  aux 
prêtres,  la  préparation  à  la  confession,  la  préparation  à  la  sainte  Messe 


et  l'action  de  grâces,  quelques  exercices  spéciaux  de  piété,  avec  des 
prières  à  la  sainte  Vierge,  à  saint  Joseph,  à  saint  Michel,  etc.,  un  appen- 
dice formé  des  règles  et  des  cérémonies  pour  l'administration  du  Bap- 
tême, de  l'Eucharistie,  du  saint  Viatique,  de  l'Extrême-Onction,  pour 
la  recommandation  de  l'âme;  d'un  grand  nombre  de  formules  de  béné- 
dictions. Le  livre  se  termine  par  une  sorte  de  tableau  synoptique  où 
sont  méthodiquement  exposées  les  diverses  rubriques  fixes  ou  générales 
pour  la  célébration  de  la  sainte  Messe.  Si  le  livre  de  M.  le  chanoine  Rou- 
zaud  est  l'ami  du  prêtre,  celui-ci  en  doit  être  le  compagnon  inséparable. 

—  VAccessus  ad  altare  vise  au  même  but  :  faciliter  au  prêtre  surtout 
la  préparation  au  saint  sacrifice  de  la  Messe  et  l'action  de  grâces.  11  est 
moins  complet  que  le  précédent  sous  le  rapport  de  la  variété  des  exer- 
cices, mais  il  l'est  davantage  pour  l'objet  spécial  auquel  il  se  consacre. 
Il  conliept  un  grand  nombre  de  pratiques,  de  prières  et  d'aspirations 
admirablement  adaptées  aux  besoins  de  l'âme  sacerdotale  se  préparant 
à  l'importante  fonction  du  saint  sacrifice  ou  se  recueillant,  après  la 
messe,  dans  une  fervente  action  de  grâces.  Nous  recommandons  ce  petit 
livre  à  tout  prêtre  désireux  de  tirer  le  plus  grand  profit  spirituel  de  la 
célébration  de  la  messe  et  d'en  témoigner  au  Seigneur  la  plus  afiec- 
tueuse  reconnaissance.  On  n'use  pas  assez  de  ces  prières  recommandées 
par  l'Église  ou  composées  par  les  saints  :  en  les  vulgarisant  l'éditeur  ne 
peut  qu'aboutir  à  favoriser  la  plus  solide  piété. 

—  I^  Manuale  de  indulgentiis,p^.v  le  docte  Benedicto  Melata,  est  des- 
tiné à  fixer  le  prêtre  sur  uu  sujet  très  complexe  et  en  même  temps  très 
pratique.  Beaucoup  de  savants  auteurs  ont  traité  la  question  des  indul- 
gences ;  notamment,  il  y  a  quelques  années,  le  P.  Maurel  et  récemment 
l'abbé  Gastelbou  et  le  P.  Béringer;  mais  ceux-ci  ont  été  trop  brefs, 
ceux-là  se  sont  trop  étendus.  Il  y  avait  place  pour  un  vrai  manuel,  c'est- 
à-dire  pour  un  livre  qui  précisât  d'une  manière  claire,  méthodique  et 
concise  la  doctrine  de  l'Église  sur  les  indulgences,  en  faisant  toutefois 
la  part  qui  convient  aux  détails  pratiques.  Ce  livre  nous  parait  être  celui 
que  nous  annonçons,  également  éloigné  d'une  sobriété  qui  suppose  des 
lacunes  et  d'une  prolLxité  qui  engendre  la  confusion.  Ajoutons  que  la 
langue  latine  dont  se  sert  l'auteur  se  prête  encore  mieux  à  la  précision 
théologique  et  à  une  exposition  plus  méthodique.  L'ouvrage  se  divise 
en  deux  grandes  parties,  traitant,  la  première,  des  indulgences  en  gé- 
néral, la  deuxième,  des  indulgences  en  particulier.  Dans  un  double 
appendice  l'auteur  a  réuni  tous  les  documents  utiles  à  connaitre  et  les 
diverses  formules  pour  bénir  et  indulgencier  les  objets  auxquels  sont 
attachées  des  indulgences. 

—  Une  autre  science  non  moins  nécessaire  au  prêtre,  c'est  la  science 
liturgique.  Si  elle  est  en  si  grand  honneur  de  nos  jours,  elle  le  doit 
sans  conteste  à  l'initiative  et  aux  efforts  persévérants  de  l'illustre  abbé 


—  105  — 

de  Solesmes,  le  bénédictin  Dom  Prosper  Guéranger.  Les  Institutions  li- 
turgiques eiY Année  liturgique  s*adressent  plus  spécialement  au  clergé, 
qui  les  considère  comme  une  mine  inépuisable  de  documenls  et  de  com- 
mentaires de  la  plus  haute  portée.  Mais  les  chrétiens  instruits  peuvent, 
avec  avantage,  lire  et  méditer  ces  œuvres  importantes  ;  TAnwé^ /i7ur- 
gique  leur  ofire  surtout  de  nos  bréviaires,  de  nos  missels,  de  nos  livres 
saints,  de  nos  cérémoniaux  et  de  nos  rituels,  les  explications  les  plus 
intéressantes  et  les  plus  autorisées.  L'éminent  auteur  a  été  empêché  par 
la  mort  de  mettre  la  dernière  main  à  cette  œuvre,  mais  Dieu  lui  a  suscité 
de  dignes  continuateurs,  et  VAnnée  liturgique  arrive  peu  à  peu  à  son 
couronnement.  Peut-être  bien  trop  lentement  à  notre  gré  :  llntervalle 
de  deux  ou  trois  ans,  d'un  volume  à  Tautre,  nous  paraît  un  peu  consi- 
dérable et  nous  désirerions  bien  qu'il  fût  réduit.  Nous  attendons  avec 
la  plus  vive  impatience  le  cinquième  volume  de  la  continuation. 

15  à  19.  *—  Famille.  —  La  question  sociale,  dont  la  solution  préoc- 
cupe les  meilleurs  esprits,  dépend  uniquement  de  la  condition  même  de 
la  famille.  Un  homme  d'État  disait  :  «  Donnez-moi  de  la  bonne  poli- 
tique et  je  vous  donnerai  de  bonnes  finances.  »  On  peut  dire  avec  autant 
de  raison  :  Que  chaque  famille  soit  chrétienne  et  la  société  le  sera.  «  Les 
familles  chrétiennes  sont  rares,  dit  l'auteur  de  la  Famille  chrétienne  : 
elles  subsistent  au  milieu  de  nous  comme  des  vestiges  des  temps  qui 
ne  sont  plus....  Qu'il  nous  soit  donné  de  voir  le  nombre  des  familles 
vraiment  chrétiennes  s'accroître  et  leur  influence,  en  ramenant  la  so- 
ciété à  un  état  meilleur,  conjurer  les  maux  qui  nous  affligent.  »  Pour 
atteindre  ce  but,  que  les  familles  profitent  des  leçons  et  des  conseils  que 
leur  donne  le  P.  de  Laage  ;  qu'elles  en  apprennent  leurs  devoirs  et  leurs 
vertus  ;  qu'elles  goûtent  et  mettent  en  pratique  ses  salutaires  considé- 
rations sur  les  épreuves;  qu'elles  remplissent  les  devoirs  qu'il  leur  trace 
pour  l'éducation  des  enfants  et  pour  leur  établissement;  qu'elles  s'ins- 
pirent des  sentiments  qu'il  cherche  à  leur  suggérer  et  des  enseignements 
qu'il  met  sous  leurs  yeux.  Là  est  tout  l'objet,  tout  le  plan  et  toute  l'éco- 
nomie du  livre  :  bien  lu,  bien  médité  et  surtout  bien  pratiqué,  cet  ou- 
vrage est  de  nature  à  renouveler  l'esprit  de  la  famille,  à  faire  revivre  la 
famille  chrétienne  et  à  infuser  un  sang  nouveau  dans  les  veines  de 
notre  société  contemporaine  qui  se  meurt.  * 

—  Le  modèle  des  bonnes  familles  est  la  Sainte  Famille  de  Nazareth. 
Nos  esprits  forts  pourront,  à  l'instar  des  pharisiens  du  temps  de  Jésus- 
Christ,  s'écrier  :  «  Que  peut-il  venir  de  bon  de  Nazareth?  »  11  nous  sera 
permis  de  leur  répondre  :  Nazareth  est  l'école  de  la  famille  chrétienne  ; 
il  peut  en  sortir,  si  nous  le  voulons,  le  salut  de  la  société.  C'est  ce  que 
prétend,  et  avec  raison,  M.  l'abbé  Debeney;  il  est  d'accord  sur  ce 
point  avec  les  émlnents  évêques  qui  ont  daigné  honorer  d'une  appro- 
bation élogieuse  son  livre  :  Nazareth,  école  de  la  famille  chrétienne. 


—  lOG  — 

«  Le  tilre,  lui  écrit  Mgr  révoque  de  Belley,  en  indique  à  lui  seul 
l'opportunilé  incontestable,  et  il  suffit  de  parcourir  le  sommaire  des 
divers  chapitres  pour  reconnaître  que  vous  avez  traité  le  sujet  à  des 
points  de  vue  aussi  intéressants  que  remplis  d'actualité.  »  —  «  Votre 
nouvel  ouvrage,  déclare  à  son  tour  Mgr  Tévêque  de  Grenoble,  fera 
beaucoup  de  bien  aux  personnes  qui  le  liront,  parce  quil  est  le  fruit 
d'une  longue  expérience,  unie  à  un  grand  amour  de  Jésus,  Marie, 
Joseph.  » 

—  Les  deux  livres  qui  précèdent  s'adressent  surtout  aux  parents,  le  pre- 
mier leur  est  même  exclusivement  réservé  dans  la  pensée  de  Tauleur  ; 
les  trois  qui  suivent  appartiennent  aux  jeunes  gens,  à  ceux  qui  sont 
destinés  plus  tard  à  former  de  nouvelles  familles  et  qui  doivent  être 
tout  d'abord  formés  eux-mêmes.  Nous  leur  offrons  aussitôt  Tétude  du 
P.  Babonneau  ayant  pour  titre  :  Le  P.  Lacordav^e  et  les  jeunes  gens, 
étude  qui  a  pour  unique  objet  de  rappeler  Tamitié  réciproque  du  P.  La- 
cordaire  pour  les  jeunes  gens  et  des  jeunes  gens  pour  le  P.  Lacordaire. 
Le  grand  nom  du  conférencier  de  Notre-Dame  n'est  pas  le  seul  attrait  de 
cette  brochure  ;  le  talent  remarquable  de  Tauteur  y  a  semé  des  charmes 
séduisants  qui  attireront  à  ses  belles  pages  de  nombreux  lecteurs  et  qui 
leur  feront  goûter  les  plus  salutaires  conseils. 

—  Les  Nouveaux  Entretiens  et  discours,  du  P.  Jean  Vaudon  indiquent 
aux  jeunes  gens,  d'une  façon  plus  explicite  et  avec  plus  de  développe- 
ments, les  devoirs  qu'ils  ont  à  pratiquer.  Les  premiers  entretiens  et 
discours  ont  eu  le  succès  dont  ils  étaient  dignes;  les  nouveaux  obtien- 
dront le  même  heureux  résultat.  «  Vous  possédez  des  dons  précieux  pour 
parler  à  la  jeunesse,  écrit  à  Tauleur  Mgr  Tévêquc  de  Nancy;  de  hautes 
et  fortes  pensées,  des  sentiments  élevés,  l'imagination  brillanle  d'un 
poète  qui  a  fait  ses  preuves,  un  style  toujours  correct,  élégant  et  facile. 
Vous  aimez  les  jeunes  gens  et  vous  savez  leur  faire  aimer  le  vrai,  le 
bien  et  le  beau.  »  Dans  ce  volume,  sont  étroitement  unis  le  dogme  et  la 
morale;  les  sujets  sont  variés,  tous  de  la  plus  haute  importance,  et  ils 
sont  traités  avec  cette  facilité,  cet  abandon  qui  est  propre  à  de  simples 
entreliens  et  qui,  loin  d'engendrer  l'ennui,  fléau  redoutable  pour  les 
auditoires  (fe  douze  à  dix-huit  ans,  sont  pleins  de  charme  et  d'intérêt. 

—  En  s'adressant  aussi  aux  jeunes  gens,  M.  le  chanoine  Bmzal  a  préféré 
tirer  les  enseignements  qui  conviennent  à  leur  âge  des  diverses  solenni- 
tés liturgiques  ou  des  évangiles  des  dimanches;  une  large  part  est  fiJle  à 
la  première  communion  et  les  quelques  discours  qui  terminent  A  Vécole 
de  Jésus-Christ  ont  pour  sujet  les  devoirs  généraux  qui  s'imposent  à  la 
jeunesse  :  travail,  respect,  bonté,  etc.;  ce  sont  des  discours  de  distribution 
des  prix.  Mgr  Tévêque  de  Périgueux  se  plait  à  faire  Téloge  de  ce  bel  ou- 
vrage :  «  J  admire,  dit-il  à  l'auteur,  les  convenances  oratoires  de  votre 
enseignement....  vos  jeunes  auditeurs  trouvent  toujours  dans  le  déve- 


—  107  — 

loppemenl  de  tos  sujets  un  exposé  doctrinal  simple  et  clair  qui  suffit  à 
leur  foi,  mais  auquel  se  mêlent,  comme  pour  en  tempérer  le  caractère 
sérieux  et  grave,  des  rapprochements,  des  contrastes  inattendus,  des  ta- 
bleaux empruntés  à  la  nature  et  à  Thistoire,  même  des  aperçus  philoso- 
phiques habilement  ménagés.  Et  tout  cet  harmonieux  ensemble  est 
animé  par  une  parole  vive,  pénétrante,  passionnée  d*amour,  comme  le 
cœur  qui  l'inspire.  »  Il  serait  à  désirer  que  de  pareils  livres  lussent  pla- 
cés sous  les  yeux  du  plus  grand  nombre  de  nos  jeunes  gens;  ils  tempé- 
reraient cette  imagination  volage  qui  se  porte  sur  tant  de  sujets  frivoles 
et  dangereux  ;  ils  comprimeraient  ces  passions  naissantes  qui  ne  récla- 
ment d'être  assouvies  qu'au  prix  de  la  vertu  et  de  la  santé. 

20  à  25.  —  SriRiTUALiTÉ.  —  En  tête  de  cette  nouvelle  catégorie  d'ou- 
vrages, il  convient  de  placer  :  Les  Lettres  spiHtuelles,  de  Mgr  Gilly, 
évèque  de  Nîmes.  Ce  sont  des  lettres  spécialement  destinées  à  des  reli- 
gieuses, mais  la  plupart  des  questions  qui  y  sont  traitées  conviennent  tout 
aussi  bien  aux  simples  fidèles.  Qu'on  en  juge  par  ces  quelques  sujets  :  Sur 
le  temps  ;  rapports  avec  Notre-Seigneur,  roi,  prêtre  et  prophète;  sur  la 
Sainte  Vierge  ;  de  la  faiblesse  et  de  la  petitesse  de  l'homme;  sur  la  vo- 
lonté de  Dieu;  de  l'esprit  de  paix,  de  charité  et  d'union;  sur  Tétude; 
de  la  nécessité  de  se  connaître;  de  la  vigilance  chrétienne;  des  fins  der- 
nières, etc.  En  traitant  ces  divers  sujets,  Mgr  Tévêque  de  Nîmes  a  fait 
de  nombreux  emprunts  aux  lettres  de  Bossuet,  de  Fénelon  et  de  quel- 
ques autres,  et  il  croit  devoir  s'en  excuser  devant  ses  lecteurs  en  ne  pré- 
tendant qu'à  l'honneur  d'être  l'humble  disciple  de  tels  maîtres.  Quelle 
bonne  leçon  de  modestie  donnée  à  certains  écrivains  qui  s'érigent  si  ai- 
sément en  docteurs  et  dont  la  pauvreté  n'a  d'égale  que  leur  suffisance  ! 
Mais  en  réalité,  malgré  tous  ces  emprunts,  l'œuvre  de  Mgr  Gilly  est  une 
œuvre  originale,  comptant  «  pour  sa  valeur  personnelle.  »En  tête  du  vo- 
lume se  trouvent  des  prières  diverses  pour  la  sainte  Messe,  pour  la 
communion,  pour  la  récitation  du  Rosaire. 

—  Les  jeunes  filles  chrétiennes  trouveraient  peut-être  ces  Lettres 
spirituelles  au-dessus  de  leur  portée;  aussi  Mgr  l'évêque  de  Nîmes  a-t-il 
bien  voulu  leur  donner  des  Conseils  de  direction  adaptés  à  leur  âge. 
Les  exhortations  qu'il  leur  offre  ont  fait  l'objet  de  quelques  allocutions 
adressées  aux  Enfants  de  Marie  du  prieuré  de  TAssomplion  :  le  bien 
qu'elles  ont  produit  parmi  elles  a  fait  présumer  qu'elles  pourraient  être 
aussi  utiles  à  beaucoup  d'autres,  et  de  Jà  l'excellente  pensée  de  les  pu- 
blier sous  la  forme  d'un  petit  volume  de  propagande.  Ce  volume  est 
divisé  en  deux  parties  :  l'enfant  de  Marie  au  pensionnat;  l'enfant  de 
Marie  dans  le  monde,  et  comprend  tous  les  devoirs  qui  sont  imposés  à 
la  jeune  fille  chrétienne  :  la  piété  propre  aux  enfants  de  Marie  ;  leur  foi, 
leur  modestie,  leur  humilité,  leur  charité;  puis,  au  dehors,  un  règle- 
ment de  vie,  les  exercices  de  piété,  le  travail,  devoirs  de  famille  et  de 


—  108  — 

société,  bonnes  œuvres.  Le  livre  se  clôt  par  un  petit  traité  sur  l'orai- 
son mentale  et  l'office  de  llmmaculée  Conception. 

—  Nous  n'avons  pas  à  faire  Téloge  de  Topuscuie  de  saint  Alphonse 
Rodriguez  publié  sous  ce  litre  :  De  iunion  et  de  la  transformation  de 
Vdme  en  Jésus-Christ.  C'est  le  livre  d'un  saint,  le  langage  d'une  âme 
déjà  unie  elle-même  au  divin  Sauveur  et  déjà  transformée  eu  lui;  cette 
àme  nous  révèle  ses  propres  pensées,  ses  propres  sentiment-s  ;  elle  nous 
dit  ce  qu'elle  sait  par  expérience  et  nous  sollicite  ainsi  plus  efficacement 
nous-mêmes  à  pratiquer  à  noire  tour  cette  œuvre  d'union  et  de  transfor- 
mation spirituelles.  Ce  traité  est  suivi  de  U*ois  autres  :  l'un  parle  du 
Saint-Esprit  et  de  ce  qui  dispose  Tàme  à  recevoir  ce  divin  consolateur, 
la  pureté,  l'humilité,  l'oraison  et  la  mortification  ;  l'autre  donne  des 
moyens  simples  et  pratiques  pour  croître  dans  la  connaissance  et  l'amour 
de  la  Très  Sainte  Vierge;  le  quatrième  traite  des  anges.  Viennent  ensuite 
quelques  conseils  pour  se  bien  préparer  à  célébrer  le  saint  sacrifice  de 
la  messe,  et  enfin  quelques  pages  sur  la  manière  dont  Dieu  agit  avec  les 
âmes  qu'il  veut  conduire  à  la  perfection.  Un  résumé  de  la  vie  du  saint 
auler.r  est  placé  en  lèle  de  l'opuscule. 

—  Les  Méditations  sur  la  vie  de  *V.-S.  Jésus-Christ,  par  le  P.  Meschler, 
en  sont  au  deuxième  volume  et  nous  conduisent,  dans  la  vie  publique 
du  Sauveur,  de  la  troisième  Pàque  à  la  Passion.  Ce  nouveau  volume  ne 
fait  que  nous  confirmer  dans  nos  premières  appréciations  ;  la  méthode 
de  l'auteur  est  toujours  la  même,  celle  de  saint  Ignace;  les  divisions 
sont  naturelles,  fécondes  ;  les  développements  s'enchainent  avec  logique 
et  clarté:  les  applications  sont  faciles,  convenant  à  tous  les  tempéra- 
ments, réveillant  l'indolence,  secouant  la  paresse,  encourageant  la  timi- 
dité, dissipant  tous  les  troubles.  L'œuvre  du  P.  Meschler  se  poursuit 
ainsi  pour  le  plus  grand  profit  spirituel  des  âmes.  Quand  elle  sera  ter- 
minée, elle  aura  aussi  le  précieux  avantage  d'oflrir  Ihisloire  la  plus 
complète  de  la  vie  de  Noire-Seigneur,  histoire  dont  chaque  fait,  chaque 
parole  auront  été  commentés  et  médités  en  vue  de  notre  sanctification. 
Que  M.  l'abbé  Mazoyer,  qui  a  entrepris  de  traduire  cotte  œuvre  de  l'al- 
lemand, se  hâte  de  nous  livrer  le  dernier  volume  :  il  y  est  encouragé 
par  l'approbation  du  Père  génénil  de  la  Compagnie  de  Jésus  et  colle  de 
S.  E.  le  cariiinal-arohovêiiuo  de  Paris  :  il  sait,  d'autre  part,  que  le  public 
chrétien  qui  a  si  favorablement  accueilli  sa  traduction,  alléché  par  les 
charmes  des  premiers  volumes,  attend  avec  une  vivo  impatience  la  con- 
tinuation et  la  fin  de  son  excelloal  travail.  Le  volume  en  publication  con- 
tient une  quarantaine  de  j^gos  où  l'auteur  jette  un  coupdœil  rétrospec- 
tif sur  la  vie  publique  do  Jésus  et  la  résume  on  cos  trois  points  :  eusoi.:ne- 
ment  du  Sauveur:  ses  miracles:  ses  \orUis.  Puis  >iont  une  considération 
finale  sur  les  résultats  dos  miracles  et  dos  onsoignomonls  do  Jésus. 

—  Les  deux  ouvrages  qui  suivent  s'adrt^;^Jiont  oxolusivomont  aa\  ordres 


—  109  — 

religieux.  Le  premier,  les  Vœux  et  la  règle,  contient  des  considérations 
pratiques  à  Tusage  des  religieuses  et  traite  des  trois  vœux  de  pauvreté, 
de  chasteté  et  d'obéissance,  ainsi  que  de  la  sainte  règle.  Le  but  que  se 
propose  dans  ces  pages  le  P.  Mailly  est  d'appeler  Tattention  des  reli- 
gieuses sur  leurs  devoirs  d'obligation,  «  la  vraie  dévotion  d'une  religieuse 
consistant  avant  tout  dans  la  pratique  des  trois  vœux.  »  C'est  pourquoi 
il  a  pris  à  tâche  de  donner  une  notion  exacte  de  ces  vœux,  d'en  mon- 
trer l'importance,  d'en  inspirer  une  haute  idée  et  un  véritable  amour. 
Dans  son  approbation  motivée  l'Ordinaire  de  Tournai  tient  à  constater 
«  que  le  pieux  auteur  a  pleinement  et  parfaitement  atteint  le  but  qu'il 
s'est  proposé.  » 

—  Le  Directorium  asceticum,  édité  par  le  P.  Matthieu-Joseph  Roiîsset, 
est  d'un  degré  plus  haut  dans  la  spiritualité,  mais  il  est  accessible  à 
toutes  les  généreuses  volontés.  L'ouvrage  contient  trois  parties  :  prin- 
cipes de  la  vie  spirituelle  ;  pratique  de  la  vie  spirituelle  ;  abrégé  de  la 
doctrine  spirituelle,  et  les  principaux  points  traités  ici  ou  là  sont  :  la 
pauvreté,  le  silence,  la  purelé  du  cœur,  la  mortification  de  la  volonté  et 
de  l'amour-propre,  l'union  divine;  l'obéisssance,  la  sobriété,  l'étude,  la 
prière,  la  prédication,  les  remèdes  aux  tentations.  C'est  la  doctrine 
même  de  saint  Vincent  Ferrier  que  nous  offre  le  P.  Matthieu-Joseph,  mise 
en  ordre  et  développée.  11  y  a  de  longues  années  déjà  que  cet  excellent 
religieux  se  fait  l'humble  éditeur  de  livres  ascétiques  ;  nous  nous  souve- 
nons d'avoir  bien  goûté  son  petit  opuscule  de  la  vie  et  de  la  doctrine 
spirituelle  de  la  Vén.  Mère  Julienne  Morell,  d'avoir  rendu  compte  de 
nos  impressions  et  d'avoir  recommandé  la  lecture  de  ce  livre.  C'est  avec 
satisfaction  qu'à  plus  de  vingt-cinq  ans  d'intervalle  nous  nous  retrou- 
vons en  présence  du  même  auteur,  pour  redire  tout  le  bien  que  nous 
pensons  de  lui  et  faire  Téloge  de  son  nouvel  ouvrage.  Le  livre  du  P.  Mat- 
thieu-Joseph contient  en  outre  sept  exercices  spirituels  sur  divers  sujets 
et  autant  d'autres  empruntés  au  traité  de  saint  Vincent  Ferrier  sur  le 
travail  de  l'âme  se  dépouillant  des  attaches  d'ici-bas  et  d'elles-mêmes 
pour  s'attacher  à  Jésus-Christ  et  se  revêtir  de  sa  divinité.  Cet  ouvrage 
peut  servir  de  Directoire  aux  prêtres  aussi  bien  qu'aux  religieux. 

26  à  29.  —  Piété,  dévotions.  —  La  sainteté  est  aussi  une  obliga- 
tion rigoureuse  pour  les  simples  fidèles,  une  sainteté  en  rapport  avec 
leur  état.  Il  s'agit  de  savoir  en  quoi  consiste  cette  vie  chrétienne  et  par- 
faite ;  il  importe  surtout  de  connaître  les  moyens  qui  doivent  nous  aider 
à  mener  cette  vie,  même  au  milieu  du  monde.  Lisez  Topuscule  :  Moyens 
de  mener  une  vie  chrétienne  et  parfaite;  vous  trouverez  là  le  secret  de 
vivre  saintement.  L'auteur  y  passe  en  revue  tous  les  devoirs  du  chré- 
tien et  indique  la  manière  de  les  bien  remplir;  il  trace  surtout  les 
règles  que  doit  suivre  le  pieux  fidèle  pour  sanctifier  ses  pensées,  en  par- 
ticulier pour  sanctifier  le  travail  manuel. 


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—  ilO  — 

—  L'auteur  de  la  Dévotion  à  saint  Joachim  se  propose  de  propager  le 
€uUe  du  saint  patriarche,  père  de  Tauguste  Mère  de  Dieu.  Nous  ne  pou- 
vons douter  que  saint  Joachim  ne  soit  très  puissant  auprès  de  la  Reine 
des  Cieux,  qui  est  sa  fille  bien-aimée,  et  il  nous  est  facile  dès  lors  de 
comprendre  combien  il  nous  sera  utile  d'implorer  son  intercession  au- 
près de  Marie.  Aussi  bien,  pourrions-nous  imaginer  quelque  chose  de 
plus  agréable  à  celte  Vierge  incomparable  que  d'accorder  nos  hommages 
et  notre  confiance  à  l'auteur  de  ses  jours  ?  Nous  devons  trouver  encore 
un  motif  d'accroître  notre  dévotion  à  saint  Joachim  dans  l'honneur 
même  que  l'Église  vient  de  lui  accorder  en  élevant  sa  fête,  ainsi  que 
celle  de  sainte  Anne,  au  rite  double  de  seconde  .classe.  Dans  le  livre, 
dont  nous  nous  occupons,  l'auteur  considère  saint  Joachim  d'abord 
comme  prédestiné  à  devenir  le  père  de  l'Immaculée  Vierge-Mère,  ensuite 
se  préparant  lui-même  à  cet  insigne  privilège,  obtenant  enfin  celte  glo- 
rieuse paternité  et  exalté  dans  le  ciel  aussi  bien  que  sur  la  terre.  La  der- 
nière partie  contient  diverses  pratiques  de  piété  en  l'honneur  de  saint 
Joachim  et  surtout  une  prière  à  laquelle  S.  S.  Léon  XIII,  dont  saint  Joa- 
chim est  le  palron,  a  daigné  attacher  une  indulgence  de  trois  cents  jours. 

—  Le  Manuel  de  dévotion  en  faveur  des  âmes  du  Purgatoire  nous  ra- 
mène à  un  sujet  traité  plus  haut  ;  mais  ici  la  question  du  Purgatoire  est 
envisagée  au  point  de  vue  exclusivement  pratique.  Ce  petit  livre  con- 
tient tous  les  exercices  pieux  que  peut  faire  un  fidèle  pour  les  défunts  : 
neuvaine  pour  les  trépassés,  rosaire  et  chemin  de  croix  pour  les  morts  ; 
messe  et  vêpres  des  morts  ;  principales  indulgences  à  gagner  pour  les 
âmes  du  Purgatoire.  C'est  un  petit  et  précieux  écrin  d'excellentes  pra- 
tiques, et  nombre  de  chrétiens  seront  désireux  de  le  posséder. 

—  C'est  aussi  la  dévotion  aux  âmes  du  Purgatoire  que  tend  à  favoriser 
et  à  alimenter  l'opuscule  de  M.  F.  Michel  :  sa  pratique,  à  lui,  est  l'exer- 
cice quotidien  du  mois  de  novembre,  pratique  que  S.  S.  Léon  XIII  a  encou 
ragée  en  y  attachant  de  riches  indulgences.  L'exercice  consiste  en  con- 
sidérations spirituelles  tirées  de  la  doctrine  de  saint  Augustin  et  se 
rapportant  à  l'objet  de  cette  dévotion  spéciale.  Nous  sommes  convaincu 
que  les  fidèles  retireront  de  ces  lectures  le  fruit  le  plus  avantageux 
d'abord  pour  eux-mêmes,  parce  qu'ils  seront  encouragés  à  se  sanctifier 
davantage,  ensuite  pour  les  âmes  du  Purgatoire,  parce  qu'ils  se  sentiront 
plus  cflicacement  portés  à  les  secourir  et  à  les  délivrer.        F.  Chapot. 


POÉSIE 


1.  Louise,  roman  lyrique,  par  Charles  Poster,  3«éd.  Paris,  Fischbacber,  1893,  in-i2  de 
208  p.,  3  fr.  50.  —  2.  Heures  de  rêve.poèsies  devant  la  mer,  par  Georges  Blot,  avec  une 
lellre- préface  do  Sully-Prudliommo.  Paris,  Lemorre,  1893,  in-12  do  157  p.,  3  fr.  — 
3.  Fleurs  du  Mé-KonÇy  par  Maurice  Olivaint.  Paris,  Lemerre,  1894,  in-12  de  176  p.,  3  fr. 
—  4.  Trente  poésies  russes^  mélodies  imitées,  par  Paul  Colun.  Paris,  Lemerre,  1894,  in-12 


— 111  — 

de  156  p.,  3  fr.  —  5.  Anthologie  de  Venfance,  par  Frédéric  Bataille.  Paris,  Lemerre, 

1893,  in-12  de  v-342  p.,  3  fr.  50.  —  6.  Sur  le  sable^  par  Maurice  Chassano.  Paris, 
Lomerra,  1894,  in-12  de  97  p.,  3  fr.  —  7.  Au  pays  natale  par  Auguste  Gaud.  Niort, 
Cloazot,  1893,  iQ-12  de  157  p.,  2  fr.  —  8.  Salut  à  vota/  par  Maurice  de  Talley- 
rand-Périgord,  avec  préface  de  M"*  Juliette  Adam.  Paris,  Lemerre,  1894,  in-12  de 
2*4  p.,  3  fr.  —  9.  Les  Déclins,  par  Sfenosa.  Paris,  Lemerre,  1893,  in-12  de  04  p., 
2  fr.  —  \0,  Au  temps  des  châtelaines,  par  Henri  Malo.  Paris,  Lemerre,  1893,  in-12  do 
127  p.,  3  fr.  —  11.  Médaillons  bretons,  par  Olivier  de  Gourcuff.  Vannes,  Lafoly, 
in-12  de  20  p.  —  12.  Sérénité^  par  L.  Laurens.  Paris,  Rotaux,  1893,  in-8  de  110  p., 

2  fr.  50.  —  13.  Poésies  mignonnes^  par  A.  Prieur,  préface  do  M""*  Edouard  Lonoir. 
Montpellier,  chez  l'auteur,  1893,  in-12  de  50  p.,  1  fr.  —  14.  Gerbe  d'œillets,  par 
Camille  Natal.  Paris,  Fisctibacher,  1892,  in-8  de  55  p.,  1  fr.  50.  — 15.  Paroles  d'amour^ 
par  Antonin  Lavergne,  préface  de  Frédéric  Bataille,  Paris,  Lemerro,  1893,  in-12  de 
170  p.,  3  fr.  — 16.  Les  Mélancolies,  sonnets,  par  Raphaël  Damédor.  Paris,  Vannier,  1893, 
in-12  do  110  p.,  2  fr.  —  17.  Le  Dernier  des  Rabodanges,  par  Hector  Leveillé.  Le 
Mans,  Monnoyer,  1893,  in-8  de  48  p.  —  i  S,  Bleuets  et  nielles,  par  Casty  Martel, 
préface  do  Coppéo.  Paris,  Lemorre,  1893,  in-12  de  133  p.,  3  fr.  —  19.  Récital  mystique, 
par  Adrien  Mithouard.  Paris,  Lemerro,  1894,  in-12  de  110  p.,  3  fr.  —  20.  Voix  de 
la  plaine,  des  monts  et  de  la  mer,  par  Paul  de  Tournefort.  Paris,  Vannier,  1893, 
in-12  do  160  p.,  3  fr. —  21.  Idylles  de  chambre,  par  Ernest  Prarond.  Paris,  Lemerre, 

1894,  in-12  de  193  p..  3  fr.  —  22.  Les  Obsédées,  par  Constant  Casanoès.  Paris,  Biblio- 
thèque des  modernes,  1893,  in-12  de  94  p.,  2  fr.  50.  —  23.  Bertrand  du  Guesclin, 
drame,  par  l'ahbé  Poulain.  Paris,  Lamullo  et  Poisson,  1893,  in-12  de  165  p.,  2  fr.  — 
*î4  Saint-Thibéry,  par  l'abbé  H.  Galabru.  Montpellier,  Grollier  père,  1893,  in-12  do 
70  p.  —  25.  Croquis  d'après  nature,  par  Fertiault.  Paris,  Lemerre,  1893,  in-12  de 
253  p..  3  fr.  —  26.  Poésies,  par  M'"^  Guzman.  Paris,  Savine,   1893,  in-12  de  131  p., 

3  f:-.  50.  —  27.  Recueil  de  chants  moraux,  par  Omer  Coppin,  musique  d'Alexandre 
Lefàve.  Paris,  Casierman,  1893,  in-8  de  68  p.,  Ofr.  65.  —  28.  Idylles  joyeuses,  par  Ernest 
Dupont,  préface  de  Jean  Berge.  Parus,  Vannier,  1893,  in-8  de  36  p.,  1  fr. 

1.  —  Nous  avons  déjà  dit  noire  sentiment  sur  les  poésies  de  M.  Char- 
les Fuster.  et  nous  ne  sachons  pas  que  notre  appréciation  ait  été  pour 
lui  déplaire.  Louise  est  un  roman  lyrique;  le  genre  n'est  pas  facile. 
M.  Fuster  s'en  est  tiré  à  son  honneur.  Non  que  le  volume  soil  exempt 
de  défauts  :  il  y  a  des  longueurs,  surtout  au  début,  des  chevilles,  des 
rimes  insuffisantes,  comme  fawe  et  mère,  nuit  et  lui,  des  passages  qui 
n'ont  pas  été  assez  mis  et  remis  sur  le  métier;  le  style  et  la  composition 
ne  sont  pas  toujours  assez  châtiés.  Cette  fille  des  champs  qui  lit 

Tous  les  poètes  d'aujourd'hui 
nous  paraît  assez  invraisemblable.  Et  quand  l'auteur  nous  dit  : 

Chaque  flocon  qui  s'attache 
Le  brûle  à  lui  faire  mal.... 

nous  songeons,  involontairement,  que  tout  ce  qui  brûle  fait  mal  et  va 
jusqu'à  celle  extrémité  pénible.  D'autre  part,  les  réflexions  qu'il  met 
dans  la  bouche  de  la  jeune  paysanne  nous  semblent  quelque  peu  recher- 
chées. Enfin,  nous  assistons  à  l'éclosion  et  au  développement  d'une  pas- 
sion qui  nous  semble  bien  farouche,  bien  folle,  bien  exaltée.  Mais  aussi, 
combien  de  beaux  tableaux,  de  bonnes  descriptions,  de  jolis  vers  et  d'in- 
térêt dans  ce  roman  lyrique  !  Cela  ne  doit-il  pas  nous  faire  passer  sur 
les  moindres  défauts  ?  C'est  mon  avis.  El  n'est-il  pas  plus  agréable  de  s'ar- 
rèt.T  aux  qualités  d'un  ouvrage  que  d'en  rechercher  mesquinement  les 


—  113  — 

polils  Inivors.  Avons  de  ia  reconnaissance  envers  le  poète  qui  nous  charme 
ot  \\o  voyons  pas  toujours  ce  que  la  critique  grincheuse  ou  même  sévère 
lui  pvmrrtûl  reprocher.  Dos  bons  vers,  nous  en  pourrions  reproduire  par 
ronlainos;  par  exemple,  ce  passante  où  la  jeune  femme  dit  au  blessé  guéri 
tout  ce  qu'elle  st^ail  capable  de  faire  pour  lui.  Nous  n'en  citons  pas, 
panv  qu'il  en  faudrait  donner  trop  lonj:.  Résumons  en  quelques  lignes 
le  sujet.  NvHis  sonmies  dans  un  département  de  l'Est.  C'est  à  l'époque 
de  la  jruerre  et»  holas!  de  la  défaite.  Les  troupes  se  sont  réfugiées  dans 
le  viDasiO,  en  délvindade.  Tn  malheureux  vient  de  tenter  de  se  sui- 
cidor.  l^Mùse  et  Pierre,  un  bra\e  paysan  qui  l'aime,  l'ont  ramassé.  Il 
est  nvneilli  chez  la  mère  de  Louise,  et  celle-ci  lui  prodigue  tons  les 
soins.  Le  blessé.  Heno,  un  poète  —  un  de  ceux  précisément  qr.e  lit  la 
jeune  li'ile  -  nn ient  à  la  vie.  Mais  Louise  sest  prise  à  l'aimer,  peu  à 
peu,  sans  s'en  douter,  au  crand  dcsespoir  de  Pierre,  qui  le  comprend. 
Keue  nopei^l  manquer,  de  son  cMe,  de  se  prendre  d'affection  fiour  cette 
jeune  fille  si  drxonee,  si  inleilicenle.  et  qni  l'aiimire.  Un  tel  secret  finit 
toiyo;ii*<  par  se  dexoiler.  Vne  circonstance  ainèuf  l'axeu.  Mais  René  est 
loui  à  coup  rappru'  chez  lui.  \\  ï»art,  et  ne  donne  p'.us  de  ses  nouvelles. 
Louise  \eul  voir,  de  ses  propres  you\.  si"  iraniv  Ijujonr?  son  amour 
vixanî.  Helis  !  elle  a  vn  que  rinfiôêle  iavi^i;  ouiriit*;  elle  a  vn  sa  vie 
drpTaxve,  Kilc  n'xienî  brisée  an  vi-lapf-.  Mais  Pierrr-,  Thjnnt^le  rarcon, 
qui,  niaiv.Te  tout.  \i\\  avait  carde  ton;  son  Oiie-ur.  f^î  ]&.  qui  î'&tlend,  et 
tous  ôer.x  îmisseni  |»arse  marier.  Lf  drarnr  se  comjOffne  de  la  jalousie 
el  de  "la  j^ssiôn  ù'iuie  autrf-  tnic  du  xiiiace.  eu:  finiî  par  déterminer  l'u- 
nion «irs  der.x  leiincs  cens,  a^r-cs  Kv,i]r  vk  sar.vi^r  iirt  oui  d'un  incendie. 
1.  «Si  Mer  inuliie  de  i^irf-  que.  inisTr;  la  poi'Sie  e:  Jt^  sctîues  bien  jieinLes 
di.  dî'amc  Rioiuer.j  i\  c*  nàie  rt^nmr. 

"I.  -  //r*»/ v>  ot-  --jv  r.  es.  ]ias  ju;  rciMn-ii  î.  litMÎnicne.:.  ioin  delà.  «  Le 
!.»;  impt^rlan;  de  vo<  ivvsie>  qnr  v,i!^>  nr.  r.v-^  .'nmmnnique  ma  live- 
meï^l  inlcre^se.  ^  ili;  \;  Snî.^  Prndlionimr.  dans  nnr  courle  préface.. 
«  >o;r*  «VI  vpr.  an»nle-i-i:.  nr  niMi!  niHUcine:  lii  \'nîs  conanèrir leslime 
i»i  1k  s^mî^;h^^"  dr  l«">iî>  li^  )oci«-»nrs  on;  s:;\'Mj  crt  i.  \n  imeir  de  mettre 
«».  Si'»vvi,^  i-*MPf  nvdiiHîior.  hnn!<  o,  j.'PîVimîsi  h>  r:>s>onrces  d'un  art 
i:N>  e\pt»rimi^nt«-.  ^  l^  mo;  mi*dii.;ihor.  u-ip?- r.aiMi:  iiiiîs  msie  que  ceux 
iVa^i   ir'->  r\ni»rin»ept4-.   I.  ni"viî>  >i.^mln«    o".    i-    ^oiinut    es;  ni  us  iihilo- 

I  A  J 

soî^bv^iîr.  :ina>  liour.  n>:>  :Mi.M;vii»p;  .  ont  i.tui«n>  irri.*.nroc.habie  au 
Tv^ip,  il:  \nr  (|(  l>,  l'i^nnt  .  n:.r  kuu  !i>  di*'.Mn;>  on  ni'»n>  v  rencontrons 
s^i:M);  IT:-^  nviri"«n^«Us.  mais  narcr  v^pt .  n m?>  t^^tj-v^n  pv  irris-'^nce  dnn 
trxHJ  sivi-MA.  tvv^v  ;...->  .:  il-%i.  ,".  "'r  ":.,:>  wjr-an;.  l  r.  .crand 
1"» 'nib",  d-  i^'iVi^v  '*j">>5seni!ii^n  ;.  ,■  i.i:-^  ai- ".v;"?^  n  •  >-  ti  trouvons  Je 
^■^.'i;  •.  ."^nU'rtnîSî^v..  v«r:v  ...  m.-.i'.i:  i.;.  în,-i".,!.  ■>;.  >">i:\pn:  court i- e.i 
"jp.'^j''-  r^  '.'^ïK  i 'c>;  i:  •''.  ■■.i>.  lii.  j-pv  ■  or,  i ':>>.  Tvrmir  qi:'*;  Ja 
\'\h-'.  \:    (>,Mr4rr^  1^ '^i  rtiuv   .■■.'■»,■■:  ^r     î-   -,   rî.    .■■■nr«ari  o  v"  nouî  con- 


—  143  — 

dure.  C'est  trop  visible  et,  par  ce  fait  même,  cela  manque  un  peu  d'art. 
Mieux  vaudrait  que  la  conclusion  pût  se  dégager  d'elle-même  de  la  pièce, 
sans  avertir  en  quelque  sorte  le  lecteur  qu'une  morale  va  être  donnée. 
Les  comparaisons,  en  elles-mêmes,  sont  d'ailleurs  presque  toujours  heu- 
reuses et  bien  faites,  Il  y  a  de  fort  bonnes  pièces  et  de  très  bons  vers. 
Citons,  au  hasard,  ceux-ci  où  le  pécheur  est  comparé  au  poète  : 

Pêcheur,  poète,  êtres  infimes. 

Si  semblables  et  si  divers, 

Dieu  nous  partagea  les  abîmes 

Insondables  de  Tunivers  : 

A  toi  rOcéan,  à  moi  Tàme, 

Gouflres  sans  fonds  où  nous  péchons. 

Ou  encore  ceux-ci  : 

Car  j'admire  ce  qui  s'oppose 
A  tout  océan  démonté  : 
Que  ce  soit  un  être,  une  chose, 
Ils  ont  toujours  la  majesté. 

La  pièce  intitulée  la  Ville  d'Is  serait  excellente,  n'était  la  conclusion, 
toujours  la  conclusion.  Car  nous  sommes  parfaitement  convaincu  du  con- 
traire de  cette  affirmation  que 

....  les  saints  iînissent  tous  par  être 
De  grands  désespérés  qui  meurent  abattus, 

sous  prétexte  que  leurs  fautes  passées  reparaissent  toujours  au  fond  de 
leur  âme,  comme  la  ville  d'Is  sous  les  vagues.  C'est  un  prétexte  pour  ne 
point  se  corriger.  Nous  ne  le  croyons  pas,  d'abord  parce  que  tous  les 
saints  n'ont  pas  à  se  reprocher  des  fautes  passées;  ensuite,  parce  que, 
s'ils  ont  été  coupables,  la  sérénité  de  leurs  vertus  acquises  finit  tou- 
jours par  les  tranquilliser.  Enfin,  jamais  un  saint  ne  peut  être  un  déses- 
péré, parce  que,  par  ce  seul  fait,  il  ne  serait  plus  saint.  Mais  c'est  là 
une  discussion  toute  théologique  et  nous  n'avons  pas  à  étudier  ces  ques- 
tions. Mieux  vaut  nous  en  tenir  à  notre  jugement  de  tout  à  l'heure  : 
Heures  de  rêve  est,  en  somme,  un  bon  volume  de  poésies,  renfermant 
beaucoup  de  beaux  vers  philosophiques. 

3.  —  Dès  les  premiers  vers,  on  sent  chez  M.  Olivaint  l'artiste  épris 
de  la  forme,  du  coloris,  qui  cisèle  ses  strophes  avec  amour,  qui  les 
revêt  de  toutes  les  teintes  chaudes  et  délicates  des  paysages  d'Orient. 
A  part  un  ou  deux  hiatus  vous  ne  relèverez  dans  ce  livre  aucune  fai- 
blesse poétique  ;  l'auteur  est  de  l'école  de  Leconte  de  Lisle  et  de  Hérédia. 
Ces  fleurs  écloses  au  soleil  d'Indo-Chine  ne  pâlissent  point,  comme 
il  en  exprime  la  crainte,  sous  le  ciel  de  France.  Ces  tableaux,  on  les 
Toit;  ces  murmures  de  la  terre  et  du  ciel,  on  les  entend.  Certaines 
pièces  sont  délicatement  émues  et  touchantes  :  ainsi  le  Jour  des  Morts 
en  Indo-Chine.  A  celte  fête  du  souvenir  si  fidèlement  célébrée  en  France, 
F^YiUBR  1894.  T.  LXX.  8. 


Tauteur  oppose  Toubli  qui  là-bas  règne  comme  de  coutume,  dans  les 
cimetières  envahis  par  le  lierre  et  la  glycine  ;  il  nous  arrête  au  bord 
d'une  tombe;  quel  est  celui  qui  dort  sous  cette  pierre  brisée? 

L'épitaphe  courte  et  hautaine 
Que  rongera  bientôt  le  temps, 
Disait  qu'il  était  capitaine, 
Et  tout  jeune  encor  :  vingt-sept  ans. 

Et  dans  cette  nuit  de  Noël,  cette  jeune  femme  qui  -pleure,  songeant 
qu'elle  n'-est  pas  mère  : 

Les  mères  ne  soupçonnent  pas 
Combien  souvent  rendent  jalouse, 
Au  Luxembourg,  les  petits  pas 
Qui  s'essayent  sur  la  pelouse. 

Comme  une  fillette,  elle  a  mis  son  soulier  dans  la  cheminée,  et  Jésus, 
en  guise  de  poupée,  y  place  «  un  bébé  souriant  et  rose.  »  Il  existe 
malheureusement  dans  ce  livre  quelques  morceaux  trop  réalistes.  Je 
ferai  aussi  remarquer  au  poète  qu'espérer  et  croire,  c'est  autre  chose 
«  qu'une  saine  absurdité,  »  et  que  «  si  un  peu  de  science  éloigne  de 
la  religion,  beaucoup  de  science  y  ramène.  » 

4.  —  Le  vicomte  de  Vogué  a  dit  du  russe  que  «  traduire  celte  langue  de 
diamant, c'est  une  gageure  à  rendre  fou  de  désespoir.» Ceci  donne  l'idée 
des  difiicullés  qu'a  rencontrées  et  qu'a  surmontées  M.  Paul  CoUin,  lors- 
qu'il a  entrepris  non  seulement  de  traduire  du  russe,  mais  de  traduire 
des  poésies  russes,  celles  des  grands  maîtres,  Sourikov,  Merejtowski, 
Tolstoï,  de  les  traduire  en  vers  français,  de  les  adapter  à  la  musique, 
joignant  ainsi  à  la  tyrannie  des  mots  celles  de  la  mesure  et  des  notes.  11 
a  écrit  une  œuvre  attachante  et  vraiment  littéraire.  Le  sens  est  fidèle- 
ment rendu,  les  vers  à  la  fois  coulants  et  énergiques,  harmonieux  et 
colorés.  Et  je  n'éprouve  qu'un  embarras;  je  voudrais  citer  plutôt  qu'ap- 
précier, pour  laisser  aux  lecteurs  le  plaisir  de  goûter  eux-mêmes,  mais 
je  ne  sais  trop  quel  passage  choisir  dans  ce  volume.  Je  prendrai  d'abord 
celui-ci,  un  peu  au  hasard,  je  l'avoue  : 

J'étais  une  herbe  aux  champs,  verdoyante  et  fleurie, 
Le  soleil  m'inondait  de  ses  joyeux  rayons, 
Je  grandissais  paisible  en  ma  calme  prairie, 
Libre  comme  Tessaim  des  jeunes  papillons. 

La  main  du  moissonneur  sans  pitié  m'a  fauchée. 
Adieu,  féconde  ardeur  du  ciel  limpide  et  bleu, 
Souffle  frais  du  matin,  brise  embaumée,  adieu, 
A  terre  je  languis  flétrie  et  desséchée. 

C'est  encore  un  morceau  curieux,  cette  Compassion  de  Tolstoï  :  une 
âme  qui  monte  au  ciel  ne  peut  pas  jouir  du  bonheur  des  élus,  détacher 
ses  pensées  de  ce  monde  où  l'on  pleure.  Elle  s'écrie  : 


Laisse-moi  retourner  sut  terre,  ô  Créateur, 
Pour  compatir  encore  à  l'humaine  souffrance, 
Pour  rendre  à  qui  faiblit  en  chemin  Tespépance, 
Pour  dire  à  qui  gémit  un  mot  consolateur  ! 

5.  —  «  Je  cherche  partout  des  vers  à  faire  apprendre  à  mes  petites 
filles,  »  a  dit  George  Sand.  «  Je  cherche  partout  des  vers  à  faire 
apprendre  à  mes  enfants,  »  avaient  dit  avant  et  ont  dit,  depuis  George 
Sand,  bien  des  pères  el  mères  de  famille,  bien  des  maîtres  de  la  jeu- 
nesse. Je  leur  signalerai  V Anthologie  que  vient  de  faire  paraître  M.  Fré- 
déric Bataille,  et  à  laquelle  je  n'hésite  pas  à  accorder  une  place  dans 
celle  revue  des  publications  poétiques. 

Les  pièces  qu'elle  renferme,  très  variées  de  ton,  de  genres,  de  rythmes, 
sont  véritablement  les  plus  remarquables  qu'ait  produites  la  lyre  con- 
temporaine sur  les  enfants  et  sur  ce  qui  les  touche  de  près.  Elles  sont 
nombreuses,  car  notre  siècle,  autant  et  plus  que  n'importe  quel  autre, 
a  su  comprendre  les  petits  ;  je  ne  fais  pas  difficulté  de  le  reconnaître, 
sans  d'ailleurs  attribuer,  comme  M.  Frédéric  Bataille,  ce  mouvement  à 
Jean-Jacques  Rousseau. 

Voici  :  Lorsque  V enfant  paraît,  la  Prièt^e  de  Venfance,  Dans  V Al- 
côve sombre,  celles  des  pages  de  Victor  Hugo  qui  vivront  le  plus  long- 
temps, et  que  tous  peuvent  admirer  ;  puis  :  L'Enfant  grondé,  la  Grande 
Sœur,  Tu  seras  soldat,  perles  détachées  du  Livre  d'un  père,  de  Laprade  ; 
deux  ou  trois  pièces  de  Jean  Rameau,  qu'on  ne  peut  entendre  sans 
pleurer,  quand  l'auteur  les  lit  de  sa  voix  chaude,  musicale,  un  peu  voilée. 
Je  continue,  et  je  trouve  :  Le  Fuseau  de  ma  grand'mère,  de  Plouvier; 
Dans  la  rue,  Un  Évangile,  de  François  Goppée,  le  poète  des  humbles; 
La  Pauvre  Fille,  de  Soumet;  Première  Solitude,  de  Sully  Prudhomme, 
Le  Petit  Turco,  de  Déroulèle;  bien  d'autres  chefs-d'œuvre  que  vous 
savez  par  cœur,  n'est-ce  pas,  chers  lecteurs  et  lectrices,  et  que  vous 
apprendrez  à  vos  enfants  ?  Tous  les  morceaux  qui  composent  ce  recueil 
sont  habilement  groupés  sous  des  titres  bien  choisis  :  Les  Parents,  les 
Jouets,  les  Petits  Patriotes,  les  Berceaux,  les  Tombes  aussi,  hélas  !  et 
les  Orphelins,  car  il  est  bien  des  mères  qui  pleurent  leurs  enfants,  et  des 
enfants  qui  pleurent  leur  mère. 

0.  —  M.  Maurice  Chassang  aime  les  refrains,  refrains  de  vers,  comme 
refrains  de  mots.  Dès  les  premières  pages,  je  lis  : 

....  et  j'eus  quelque  fierté 
D'avoir  passé  par  ce  passé  plein  de  tendresse. 

Cest  ainsi  qu'il  déclare  ailleurs  :  «  J'ai  dressé  une  stèle  pieuse 
A  mon  passé  d'amour,  à  Tamour  du  passé. 

Et  il  y  revient  encore  plus  loin,  sans  parler,  cette  fois,  de  sa  «  stèle,  » 
mais  dans  les  vers  étranges  qne  voici  : 


—  416  — 

Parmi  tant  de  passés,  jadis  des  avenirs  ; 

Parmi  tant  de  lointains,  flottent,  presque  un  peu  flous 

Des  souvenirs, 

Soit  caresse,  frisson,  —  comme  satin  qu'on  froisse.... 

Ce  ne  sont  plus  des  vers.  Puis  les  repétitions  de  mois  et  d'assonances 
succèdent  aux  répélilions  de  mots  et  d*assonances  à  vous  en  fatiguer  : 

Chère  petite  aux  longs  blonds  cheveux  frisottants. 
Puis  d'autres  étrangetés  : 

Ta  délicate  voix  s'était  comme  apâlie 
Puis  viennent  les  vers  de  onze  pieds  : 

Quelques  mimosas  avaient  encor  des  fleurs.... 
C'était  le  temps  rose  où  régnent  les  couleurs.... 

Puis  les  vers  heurtés  : 

C'était  absurde,  mai^est  un  fait  :  oui,  j'ai  cru 
Vous  aimer  1  et  ce  fut,  —  cet  amour-erreur,  —  si 
Bizarre,  etc. 

C'est  un  fait?  C/est  un  fait  qu'il  n'y  a  plus  là  aucune  harmonie. 
Ajoutez  à  ces  défauts  une  certaine  tendance  au  sensualisme.  Heureuse- 
ment, le  poète  se  reprend,  quand  il  le  veut,  et  alors  la  pensée  va  de 
pair  avec  la  forme,  et  le  vers  est  harmonieux  et  la  rime  est  riche.  Mais, 
de  bonne  foi,  pourquoi  ne  pas  toujours  s'en  tenir  à  ce  procédé,  le  vieux, 
le  vrai?  M.  Chassang  s'imaginc-t-il  que  le  nouveau  est  toujours  bien  et 
que  Télrange  est  toujours  beau  ? 

7.  —  Je  voudrais  ne  dire  que  du  bien  du  livre  de  M.  Gaud,  car  j'y  ai 
trouvé  beaucoup  de  beaux  vers.  Il  iaut  cependant  que  je  le  fasse  re- 
marquer d'abord,  Fauteur  n'est  pas  toujours  heureux  lorsqu'il  parle  de 
la  religion  ou  de  ses  ministres.  Il  a  aussi  quelques  notes  un  peu  trop 
gauloises.  Ces  réserves  faites,  je  suis  à  Taise  pour  reconnaître  que 
M.  Gaud  aime  et  fait  aimer  au  lecteur  les  paysans  du  Poitou,  la  cam- 
pagne, les  fleurs,  et  les  grands  bœufs  qui  rêvent  devant  leur  crèche  : 

Quand  la  bise  d'automne  a  dépouillé  les  aulnes, 

Et  que  dans  les  sentiers,  jonchés  de  feuilles  jaunes. 

Le  dernier  papillon  meurt  sur  le  sol  durci, 

Quand  le  merle  frileux  que  le  froid  a  transi, 

A  quitté  son  vieux  nid  de  mousse  et  d'herbes  sèches.... 

Voici  une  pièce  encore  que  je  veux  signaler.  Une  enfant  interroge  un 
menuisier  qui  fait  une  bière.  Quelques  jours  après,  c'est  pour  elle  qu'il 
travaille,  hélas  I 

Et  le  soir,  j'aperçus  un  tout  petit  cercueil. 

Où  le  vieillard  clouait  une  dernière  planche, 

Tandis  que  brillaient  des  pleurs  dans  sa  barbe  blanche. 


—  J17  — 

Ce  dernier  vers  attire  une  remarque;  il  est  très  difficile  à  scander,  et 
il  a  cela  de  commun,  du  reste,  avec  plusieurs  de  ceux  qui  ont  place 
dans  ce  volume,  tels  que  les  suivants  : 

Comme  toi,  j'aime  la  province  où  je  suis  né, 
Et  ses  paysans  au  costume  suranné. 

8.  —  Je  n'ai  pas  commencé  la  lecture  de  Salut  à  vous/  par  la  préface 
de  M"""  Juliette  Adam,  qui  parle  beaucoup  d'escrime,  mais  par  la  table, 
et  le  premier  litre  que  j'y  ai  aperçu  est  celui  de  Charité.  El  comme 
c'est  un  sujet  qui  me  plait  chez  tout  poète,  j'ai  lu  ce  morceau  avant  les 
autres.  Il  est  certainement  très  beau,  et  j'ajouterai  le  seul  vraiment 
beau  du  livre.  A  la  porte  d'une  église,  un  mendiant  implore  une 
aumône  pour  son  enfant  restée  malade  au  logis,  et  qui  n'a  plus  de  mère. 
La  foule  des  élégants  auditeurs  qui  sortent  d*un  sermon  de  charité 
passe  indifférente  : 

Seul,  un  pauvre  ouvrier  mit  la  main  à  sa  poche, 
Sourit  au  mendiant  et  lui  donna  deux  sous. 

« 

Pendant  que  je  d's  du  bien  du  Salut  â  vous  !  (un  titre  qui,  d'ailleurs, 
me  semble  assez  singulièrement  choisi),  je  signalerai  Deux  vieux,  Cruel, 
poème  émouvant,  mais  qui  gagnerait  à  être  quatre  fois  moins  long;  et 
le  Musée  de  Ghiseh, 

Mais  quand  M.  de  Talleyrand  nous  parle  de  la  grande  pyramide  : 

Immuable  gardien  du  Caire, 
Se  détachant  sur  la  nuit  claire, 
Gigantesque,  pyramidal  ; 

quand  il  décrit  des  visions  nuageuses  et  des  aurores  brillant  dans  des 
cieux  problématiques,  je  ne  suis  plus  ému  du  tout.  Il  a  trop  cherché  le 
grandiose  en  écrivant  ces  poésies,  d'ailleurs  bien  tournées,  à  la  fois 
fermes  et  faciles  ;  Teflet  qu'il  veut  atteindre  est  souvent  manqué. 

9.  —  Le  titre  seul  vous  dit,  n'est-ce  pas?  qu'il  sera  question,  dans  les 
Déclins,  de  couchers  du  soleil;  il  en  est  même  beaucoup  question,  et 
j'en  ai  compté  douze,  tout  juste,  sur  une  trentaine  de  pièces  que  com- 
prend le  recueil.  La  proportion  est  respectable  (surtout  si  l'on  ajoute  à 
ce  nombre  cinq  ou  six  levers  de  lune).  D'ailleurs,  celte  scène,  qui,  très 
belle,  manque  de  variété,  y  est  généralement  décrite  avec  beaucoup  de 
couleur  (ce  qui  s'explique,  du  reste)  et  d'harmonie.  Quant  à  l'idée,  on 
ne  l'aperçoit  pas  toujours  très  clairement,  mais  elle  est  parfois  heu- 
reuse, comme  dans  Excelsior  : 

Toujours  plus  haut,  et  quoi  qu'on  dise, 
Monte  toujours,  élève-toi, 
Ayant  pour  guide  ta  devise, 
Et  pour  soutien  ta  simple  foi.... 


^  118  — 

L'auteur,  il  faut  bien  le  dire,  se  permet  d'excessives  licenceft  aa  point 
de  vue  du  seatiment,  de  Texpression^  de  la  césure  : 

Les  cordages  tendus  des  noires  balancelles 

Sous  le  vent  qui  redouble  et  souffle,  à  pleins  poumons 

Vibrent  ainsi  que  de  rooraea  violoncelles. 

Enfin,  les  Rimes  libres.,  par  lesquelles  il  clôt  son  recueil,  ont  pour  ca- 
ractère particulier  de  n'être  plus  des  rimes. 

Mais,  en  somme^  il  s'agit  d'un  genre  spécial,  et  même  dans  cette  der- 
nière partie,  il  y  a  une  pièce  qui  n'est  pas  sans  mérite  : 

Is  pauvre^  eommis  à  cenifraoïGS  par  mois, 
Quand  vient  le  dimanche,  et  qu'heureux  s'agitent 
Bien  emmitouflés,  messieurs  les  bourgeois. 
Attend-  tout  honteux,  pour  gagner  son  gîte, 
Oite/  lia  sombre  nuit  ait  gagné  les  toits; 

Voilà  ce  qui  me  plaît  surtout  en  M.  Sfenosa  :  la  façon  dont  il  a  com- 
pris et  peint  la  misère. 

10.  —  C'est  un  fervent  ami  du  moyen  âge  qui  a  écrit  :  Au  temps  des 
châtelaines.  L'époque  tout  entière  défile  sous  nos  yeux.  Voici  le  mé- 
nestrel, les  preux,  armés  de  leur  bonne  lance,  frappant  d'estoc  et  de 
taille,  l'escholier,  «  la  tête  pleine  et  vide  la  sacoche,  »  les  cours  d'amour, 
la  fille  du  chevalier,  promise  au  plus  vaillant  : 

Aiénorà  seize  ans,  blonde  comme  la  Viw?ge, 

Qu'elle  prie  en  brûlant  chaque  matin  un  cierge, 

Ses  grands  yeux  sont  naïffe,  bleus  comme  un  coin  du  ciel. 

L'un  des  plus  beaux  morceaux  a  pour  titre  :  Les  Premiers  Croisés.  Ils 
sont  là,  revivant  avec  leur  foi  ardente  et  leur  bravoure  héroïque,  et  non 
pas  seulement  les  barons  et  les  ducs,  mais 

Des  tas  de  miséreux,  de  ceux  qu'a  recueillis, 
Jésus-Christ,  dans  son  cœur  plus  vaste  que  le  monde. 
Et  qui  s'en  vont  vers  lui,  tourbe  grouillante,  immonde. 
Aujourd'hui  oonsolé»  par  l'espoir  de  demain. 

Après  ces  exemples,  je  n'ai  pas  besoin  d'insister  sur  le  parfum,  sur  la 
grâce  et  aussi  sur  la  vigueur  des  vers  de  M.  Malo.  Il  faut  cependant  si- 
gnaler quelques  idtôes  fausses  et  parfois  des  expressions  vieillottes.  Les 
lmpi*€ssiom  gothiques  d'aujourd'hui  renferment  d*ingénieux  rappro- 
chements et  dé  jolis  vers,  parmi  lesquels,  cependant,  je  ne  classerai  pas 
celui-ci  : 

Mkis  non,  les  cadavres  doivent  se  taire. 

Villon  est  un  drame  à  deux  personnages,  intéressant,  malheureuse- 
ment entremêlé  de  mots  trop  libres  qui  choquent. 

il. —  Plus  que  jamais,  aujourd'hui,  on  chante  la  Bretagne.  Après  les  Le 
Braz,lesLeGoffic  et  tant  d'autres,  M.  de  Gourcuff  vient  de  consacrer  à  son 


—  149  — 

« 

pays  natal  quelques  jolies  pièces,  qu'il  a  réunies  sous  le  titre  de  Mé- 
dailions  bretons.  H  célèbre  cependant  moins  la  Bretagne  que  les  héros, 
la  bonne  duchesse  Anne,  Du  Guesclin,  Clisson,  Jacques  Cartier,  le  con- 
quérant du  Canada  : 

Oui  partit  plein  de  foi  dans  la  Vierge  Marie, 
Étoile  de  la  mer,  souveraine  des  flots, 
Sur  deux  petits  vaisseaux,  il  portait  la  patrie. 
Cent  fidèles  Bretons  étaient  ses  matelots. 

Un  peu  plus  loin  et  dans  la  même  pièce,  je  trouve  ces  beaux  vers  : 

Le  Canada  n'est  pas  moins  français  que  TAlsace  : 
L'étranger  a  le  corps,  la  Patrie  a  le  cœur. 

121.— Il  n'y  a  pas  dans  Sérénité  une  seule  poésie  qui  ne  soit  essentiel- 
lement morale  et  chrétienne.  M.  Laurens  s'est  surtout  inspiré  de  la  Bible, 
et  généralement  avec  bonheur.  La  prière  d'Abraham  à  Dieu  pour  lui  de- 
mander d'épargner  Sodome  est  fort  belle,  ainsi  que  les  lamentations  des 
Hébreux  :  Super  flumina  Babylonis.  La  note  patriotique  est  aussi  bien 
rendue,  surtout  dans  Robert  le  Fort.  Mais  le  fond  n'est  pas  tout  ;  la  forme 
a  son  importance,  et  je  dois  dire  qu'on  trouve  parfois  chez  M.  Laurens 
des  longueurs,  des  répétitions  d'idées,  des  vers  ornés  de  chevilles  : 

Or  le  ciel  annonçait  par  là  notoirement 
La  gloire  de  David  et  son  avènement. 

Ailleurs,  on  voit  Saùl  : 

Que  mord  de  plus  en  plus  le  souci  corrosif. 

13.  —  Ce  sont  des  essais  de  jeunesse  que  nous  présente  M.  Prieur 
sous  le  titre  de  :  Poésies  mignonnes,  et  qui  permettent  de  bien  augurer 
de  son  avenir  littéraire.  Certaines  pièces  sont  gracieuses,  légères,  fa- 
ciles. Voici,  par  exemple,  une  jolie  strophe  : 

Or,  les  bébés,  les  fleurs,  les  oiseaux  me  connaissent, 
Car  j'aime  les  oiseaux,  les  fleurs  et  les  bébés. 
Ces  êtres  innocents  qu'on  chante  dès  qu'ils  naissent. 
Qu'on  pleure  dès  qu'ils  sont  tombés. 

Mais  d'autres,  en  voulant  être  mignonnes,  sont  mignardes.  L'auteur, 
en  outre,  se  complaît  trop  dans  des  exercices  de  gymnastique  dont  on 
trouve  le  modèle  à  la  préface  des  dictionnaires  de  rimes,  il  est  bien 
difficile  que  les  vers  à  trois  pieds  ne  soient  pas  boiteux.  Je  trouve  aussi 
que  M.  Prieur  abuse  un  peu  des  ruisselets,  des  oisillons,  des  agnelets 
et  autres  diminutifs  genre  Deshoulières. 

1  i.  —  Voici  un  petit  volume  rempli  de  bonnes  intentions  :  Gerbe 
dWeillets,  Malheureusement,  il  est  dans  l'ordre  naturel  que  nos  bonnes 
intentions  n'atteignent  pas  toujours  le  but  désiré.  Le  rêve  est  si  loin 
et  la  réalité  si  proche  !  Je  ne  veux  pas  dire  que  Gerbe  d' œillets  soit  sans 


—  120  — 

valeur.  Il  s*y  trouve  de  rharmonie;  de  la  cadence,  surtout  dans  les  petits 
vers  souvent  gracieux,  et,  certes,  ces  qualités  ne  sont  pas  à  dédaigner. 
Mais  enfin  ce  n'est  pas  parfait. Ainsi,  pour  les  sonnets,  qui  doivent  être 
sans  défaut,  j'en  trouve  dont  les  rimes  ne  sont  pas  enlacées,  je  ne 
dirai  pas  selon  les  règles  strictes  de  Tart,  mais  d'après  les  usages  rigou^ 
reusement  observés.  Deux  rimes  masculines,  puis  deux  rimes  féminines 
et  ainsi  de  suite,  dans  les  quatrains,  sans  entrecroisements  :  ce  n'est  pas 
assez  respectueux  pour  le  sonnet.  Mais  il  y  a  des  crimes  plus  graves 
dans  ce  volume  :  les  rimes  sont  pauvres,  souvent  absentes.  Séduit 
peut-il  rimer  avec  fui,  litanie  avec  Marie,  agonie  avec  Patrie  et  fardeau 
avec  oiseau,  pour  n'en  citer  que  quelques-unes?  Assurément  non  !  Et 
ce  n'est  pas  tout  :  voici  des  chevilles,  voici  des  manques  de  goût  et  de 
composition.  Dès  le  deuxième  sonnet,  l'auteur  nous  montre  des  nuages 
qui  lui  représentent  des  seigneurs,  des  dames  ou  des  pages,  dans  des 
tournois  fantastiques.  C'est  quelque  peu  recherché.  Ailleurs,  le  poète 
nous  peint  la  nuit  et  ses  bienfaits,  et,  tout  à  coup,  nous  trouvons  ce 
vers  mêlé  aux  autres  : 

Angoisses  du  réveil  !  Qu'il  fait  souffrir,  le  doute  I 
Qu'est-ce  que  le  doute  vient  faire  ici,  sans  prévenir?  Et  ailleurs,  encore, 

Las  !  je  peignais  le  fin  pastel 
Représentant  naa  douce  Adèle 
Lorsque  la  mort  prit  le  modèle. 

Pas  de  chance  !  Et  quelle  mauvaise  farce  I  Et  cette  complainte  sur  : 

L'époux  que  j'aimais  tant.... 

Il  était  tout  pour  mon  cœur  tendre.... 

Voici  qui  nous  révèle  que  Tanleur  est  une  femme,  à  supposer  que  nous 
ne  l'ayons  pas  déjà  compris.  Mais  ne  critiquons  pas  trop.  C'est  si  difiS- 
cile  de  faire  de  bons  vers. 

15.  —  «  Un  sonnet  sans  défaut  vaut  seul  un  long  poème.  »  Peut-être 
en  est-il  de  même  d'un  rondeau,  mais  quatre-vingts  rondeaux  à  la  suite 
les  uns  des  autres^  cela  manque  un  peu  de  variété.  Néanmoins,  Paroles 
d'amour  est  assez  agréable  à  lire;  l'auteur  parle  à  sa  fiancée  de  ces  mille 
riens  qui  prennent  une  grande  importance  lorsque  le  cœur  est  en  cause. 
On  remarque  cà  et  là  un  peu  de  fadeur,  quelques  complimenls  qui  rap- 
pellent trop  la  fameuse  guirlande  de  Julie  ;  cependant  la  plupart  des 
strophes  sont  gracieuses.  Il  est  fâcheux  pour  le  poète  que  la  mode  des 
vers  de  neuf  et  de  onze  pieds  n'ait  pas  encore  prévalu  ;  chez  lui  ils  ne 
sont  pas  accidentels,  ils  sont  cherchés.  En  voici  un  échantillon  : 

Votre  chère  image  est  comme  un  talisman, 
Elle  ouvre  à  mon  àme  un  monde  de  merveilles. 
Elle  est  comme  une  aurore  aux  clartés  vermeilles, 
Elle  est  le  charme  exquis,  elle  est  le  calmant. 


—  121  — 

Ce  procédé  déroute.  Il  y  a  d  autres  vers  qui  manquent  d'harmonie  : 

Lève-toi,  ma  grande  amie,  et  t'en  viens. 

Enfin,  j'en  ai  noté  un  qui  se  trouve  faux,  parce  que  le  mot  souhaiter 
y  est  compté  comme  ayant  deux  syllabes.  Quelques  jolies  pièces  dans  la 
seconde  partie,  plus  sérieuse,  intitulée  :  Au  fil  des  jours.  J'indiquerai 
entre  autres  le  Don  des  lai^mes.  J'aime  assez  encore  la  plupart  des  Ta- 
bleautins qui  terminent  le  volume.  Pour  donner  une  idée  des  meilleurs, 
je  citerai  cette  strophe  de  TA/oue^/e  : 

Quand  Therbe,  les  buissons,  les  feuilles  étincellent, 
Et  que  de  vagues  bruits  montent  de  la  forêt. 
Quand  aux  deux  où  des  flots  de  lumière  ruissellent, 
Dans  une  gloire  d'or  le  soleil  apparaît.... 

16.  —  Il  ne  manque  pas  de  grandeur  le  but  qu'avait  rêvé  d'atteindre 
M.  Raphaël  Damedor,  et  que  nous  indique  le  prologue  de  Mélancolies  : 

Je  voulais  embrasser  dans  ma  vaste  esthétique 
Tout  ce  que  Tavenir  renferme  d'idéal. 
Au  spiritualisme  unir  la  politique, 
La  réforme  du  culte  au  progrès  social. 

Mais,  hélas  I  l'auteur  n'a  pas  tardé  à  s'apercevoir  que  c'était  trop  pour 
un  seul  homme.  Six  vers  plus  loin  il  s'écrie  : 

Dire  que  la  nature  avait  mis  en  mon  âme 

La  force  qui  convient  pour  remplir  ce  programme. 

Frères,  pardonnez-moi,  je  n'ai  pas  réussi. 

Cette  note  attristée,  découragée,  se  retrouve  à  chaque  instant  dans  ce 
recueil,  et  en  justifie  le  titre.  Ne  faut-il  pas  attribuer  la  mélancolie  du 
poète  au  tourment  que  lui  causent  de  perpétuelles  hésitations  entre  le 
scepticisme  et  la  foi?  Son  Credo  commence  par  ces  mots  :  «  Je  ne  crois 
pas;  »  Dieu,  pour  lui,  c'est  :  «  l'universelle  clé  du  problème  géant,  »  ou 
encore:  «  une  inextricable  algèbre.  » 

Dans  ses  sonnets  littéraires,  ses  appréciations  sur  Dante,  Molière, 
Alfred  de  Musset,  sont  justes.  Je  lui  reprocherai  seulement  une  admira- 
lion  singulièrement  exagérée  pour  l'auteur  des  Misérables  : 

Comme  on  s'écrierait  Dieu  :  J'ai  dit  Victor  Hugo  ! 

17.  —  Le  Dernier  des  Rabodanges  :  ce  titre  est  retentissant,  et  l'œuvre 
est  pathétique.  Ils  sont  touchants  ces  deux  enfants  qui,  au  moment  où 
la  Terreur  ensanglantait  la  France,  sont  tombés  entre  les  mains  du  plus 
cruel  ennemi  de  leur  famille,  et  dont  chacun  n'a  qu'un  souci  :  sauver 
l'autre.  Us  échappent  à  la  mort  grâce  au  dévouement  d'un  vieux  servi- 
teur :  le  premier  se  fait  soldat,  le  second,  prêtre.  Il  me  semble  que  ce  drame 
réalise  toutes  les  conditions  nécessaires  pour  être  joué  avec  succès  dans 
les  maisons  d'éducation  religieuses.  M.  Léveillé  s'est  inspiré  des  clas- 


—  122  — 

siques  ;  il  a  des  réminiscences  heureuses  d'Aihalie  et  de  Polyeucte. 
Mais  beaucoup  des  tirades  qu'il  met  dans  la  bouche  de  ses  héros  sont 
trop  longues,  d'autant  plus  que  les  interlocuteurs  se  racontent  des  évé- 
nements qu'ils  connaissaient  déjà  aussi  bien  Tun  qne  Taulre. 

18.  —  Si  la  préface  de  F.  Coppée  ne  m'en  avait  tout  d'abord  averti,  je 
n^aurais  jamais  deviné  que  Tauteur  de  Bleuets  et  nielles  ttii  nne  femme; 
il  ou  elle  parie  toujours  au  masculin.  Il  n'y  a  rien  d'excellent  ni  rien  de 
très  mauvais  dans  ce  volume  :  c'est  du  bon  ordinaire,  et  M"'*  Casty-Martei 
ne  s'écarte  guère  des  sentiers  battus.  Les  frissons,  les  lilas,  les  doux 
yeux,  les  abîmes  qui  séparent  deux  eœnrs^  ou  les  chaînes  qui  les  réu- 
nissent jouent  un  grand  rôle  dans  Bleuets  et  nieiles.  Le  tout  est  mêlé 
parfois  d'une  façon  assez  singulière  ;  ainsi  : 

Ses  yeux  sont  réternelle  amorce, 
La  ligne  est  son  corps  gracieux, 
De  par  le  pouvoir  des  doux  yeux, 
On  cède  à  la  coquette  insigne, 
Qui  garde  un  front  insoucieux 
On  le  sait  et  Ton  s'y  résigne.... 

Ailleurs,  il  est  question  d'un  «  corsage  »  rose  qui  envek^pe  un  «  corps 
sage.  »  La  rime  n'est  pas  toujours  millionnaire,  et  elle  est  souvent  obte- 
nue à  coups  d'épilhètes. 

....La  mer,  la  pleine  mer,  et  livide  et  déserte. 

Sous  un  ciel  automnal,  morne,  brumeux  et  roux. 

Et  loin,  venus  du  large  et  mêlés  d'algue  verte. 

Les  flots  ourlés  d'hermine,  aux  chants  rauques  et  doux. 

La  langue  et  la  mesure  sont  généralement  respectées,  mais  ces  qua- 
lités ne  suffisent  pas  à  faire  un  poète.  11  faut  signaler,  pour  être  juste, 
quelques  pièces  bien  inspirées  :  L'Église  abandonnée,  quoiqu'on  y  recon- 
naisse un  peu  trop  l'imitation.  Petite  Sœur  des  pauvres  et  «  La  mère 
est  morte,  »  fragment  de  Croquis  à  la  plume. 

19.  —  Très  mystique  le  livre  de  M.  Milhouard,  d'un  mystique  qui 
souvent  touche  au  nuageux.  La  première  pièce  est  intitulée  Jean  de  la 
Lune;  l'auteur  nous  avertit  que  les  hommes  purs,  après  leur  mort, 
reposent  dans  ce  satellite.  Ledit  satellite,  sans  qu'on  sache  pourquoi, 
devient  ensuite  une  cloche  dont  un  certain  ermite  Jean  est  le  sonneur. 
Voici  le  signalement  de  celui-ci  : 

Il  est  simple  en  esprit,  son  àme  est  toute  moite, 
Ses  yeux  limpides  sont  bleus  comme  des  lapis. 
Sa  face  est  diaphane  et  paradisiaque, 
Et  la  chadr  de  ses  mains  est  mate  comme  un  lis. 

Je  reconnais  que  les  vers  sont  ordinairement  colorés,  musicaux  tels 
que  ceux  qui  forment  le  début  de  :  L'Ane  crépusculaire  (un  titre  très 
original)  : 


—  123  — 

Le  soir  se  rassérène  et  rOccident  s'embrase. 
Sur  la  mer,  que  parfois  une  hirondelle  rase, 
Court  un  ruisseau  de  feu  qui  jaillit  du  couchant, 
Nappe  d'or  qui  se  perd  dans  Técume  d'argent. 

PourlaDt  j'aimerais  mieux  une  idée  touchante,  un  de  ces  mois  du  cœur 
qui  font  pleurer.  Elle  ne  m'intéresse  pas  beaucoup  la  psychologie  de  cet 
àne  qui  rôve  au  bord  de  la  mer  : 

....Et  regarde  la  paix  du  monde  avec  tendresse. 

La  rime  est  riche  d'ordinaire,  mais  souvent  cherchée  bien  loin,  par 
exemple  dans  ces  vers  : 

Je  sortis  le  matin  de  la  Saint-Babvlas 

Un  corbeau  noir  touchait  le  ciel  ainsi  qu'un  as. 

Il  est  certain  que  saint  Babylas  u'est  là  que  pour  rimer  avec  Tas.  Très 
curieux  aussi  le  portrait  de  ce  corbeau  qui  «  vole  du  prétérit  vers  le  futur.  » 

....cabalistique, 
II  décrivait  un  circuit  gauche  et  sarcastique, 
Et  si  sa  patte  avait  heurté  quelque  bois  sec, 
Rébarbatif,  il  bougonnait  du  bout  du  bec. 

Il  parait  que  ce  genre  de  vers  est  le  dernier  mot  du  modernisme. 
J'avoue  que  je  ne  le  goûte  que  médiocrement.  Peut-être  ne  suis-je  pas 
assez  {Ln  de  siècle? 

20.  —  Les  prés,  les  forêts,  les  collines,  la  a  grande  bleue  »  surtout, 
ont  des  voix,  tour  à  tour  rianles  et  graves,  qui  parlent  à  Tàme;  ces 
Voix,  M.  Paul  de  Tournefbrt  les  a  entendues,  comme  seuls  les  poètes  et 
les  rêveurs  les  entendent.  Et  souvent,  il  peint  avec  charme  les  tableaux 
qu'il  a  admirés,  la  nature  qu'il  aime; ainsi  dans  Crépuscule  : 

La  pleine  nuit  montait,  les  cloches  des  églises, 
En  mourant  dans  les  airs,  terminaient  TAngeluâ.... 
Les  étoiles  déjà  visibles  s'allumaient, 
Et  les  petits  enfants,  anges  que  rien  ne  trouble. 
Attendant  leur  berceau,  dès  la  nuit  s'endormaient. 

Mais  souvent  aussi,  les  vers  de  M.  de  Tournefort,  beaux  et  corrects 
lorsqu'on  les  prend  isolément,  ont  dans  leur  ensemble  toute  l'incohé- 
rence du  rêve.  J'ajouterai  qu'on  y  peut  signaler  quelques  faiblesses  poé- 
tiques : 

0  nature,  avec  toi  je  me  sens  rajeuni. 
Mai  fait  épanouir  des  fleurs  sur  son  passage. 
Mon  rêve  n'est  qu*un  rêve  !  Hélas  il  n'ôte  ni 
La  glace  du  cœur  ni  les  rides  du  visage. 

En  somme,  je  crois  que  l'auteur  a  tout  ce  qu'il  faut  pour  produire 
une  bonne  œuvre,  le  jour  où  il  s'attachera  à  rendre  plus  précis  ses  sen- 
timents et  ses  expressions. 


21.  —  Quatre  préfaces  pour  un  seul  volume,  c'est  beaucoup.  De  celles 
qui  précèdent  Idylles  de  chambre,  je  ne  dirai  rien  parce  que  je  ne  les 
ai  pas  comprises.  D'ailleurs  je  n*ai  guère  mieux  compris  l'œuvre  elle- 
même.  Comme  de  Maislre,  M.  Prarond  voyage  autour  de  sa  cbambre,  et 
un  peu  aussi  dans  les  nuages.  11  redit  d'abord  en  ces  termes  lescbarmes 
du  logis  paternel  : 

La  maison  vit  de  nous,  et  de  nous  elle  est  pleine, 

Ses  vastes  poumons  creux  ont  souffle  en  notre  haleine  ; 

Ce  vernis  est  le  derme  intérieur  fixé 

Contre  les  murs  qui  sont  notre  test  lambrissé. 

Dans  la  cheminée  du  poète,  brûle  un  feu  qui  nous  vaut  toute  une 
dissertation  sur  le  Zend  Avesta,  les  Védas,  et  Agni  Twasktro,  «  fondeur 
brillant  de  l'or  vermeil.  » 

Et  par  sa  fenêtre,  M.  Prarond  voit  de  bien  jolies  choses.  Il  écrit  : 

Ma  solitude  est  haute  entre  campagne  et  ville, 
J*ai  d'un  côté  le  mont,  de  l'autre  des  jardins 
Gazons  tondus,  buissons,  massifs  incarnadins. 
Ou  neigeux  ;  et  Tespoir  biteinté  de  calville. 

Cela  suffit,  n'est-ce  pas?  Parmi  ce  fantastique  imbroglio,  je  trouve 
pourtant  un  joli  sonnet  intitulé  :  Le  Petit  Cheval  de  peine.  Ce  bidet  hé- 
rissé, aux  flancs  maigres,  nous  l'avons  tous  vu  entre  les  brancards 
d'une  charrette  chargée  de  charbon  ou  de  légumes;  pour  une  fois,  l'au- 
teur n'a  pas  cherché  ses  idées  dans  les  astres,  et  il  a  été  bien  inspiré. 

22.  —  L'éditeur  des  Obsédées  écrit  un  Avant-propos,  afin  de  nous 
avertir  que  M.  Casangès  est  un  étranger  qui  s'exerce  à  versifier  en 
français.  Celte  explication  était  nécessaire  pour  excuser  (je  ne  dis  pas 
pour  justifier)  une  foule  d'inversions  très  forcées,  et  de  néologismes 
absolument  inattendus,  dont  voici  quelques  spécimens  : 

Roulent,  lèchent,  les  vagues  blondes.... 

L'œil  inane  et  hagard  semblait  fixer  la  mort.... 

Les  draps  m 'apparaissaient  tombés  blancs  en  linceul. 

Ce  qui  veut  dire  changés  en  unlinceul  blanc.  Quant  aux  mots  latins  et 
grecs  francisés  tant  bien  que  mal,  et  plutôt  mal  que  bien,  ils  abondent 
dans  ce  recueil  : 

Vers  un  autel  de  marbre  blanc. 
Je  vis  marcher  une  victime. 
De  frayeur  se  gonfle  son  flanc. 
De  pressentiment  son  pas  trime. 
Vers  un  altar  je  vis  aller 
Une  victime  résignée. 

Je  ne  parle  que  pour  mémoire  des  césures  qui  brillent  souvent  par 
leur  absence  : 

Horreur,  n'étreignais-je  qu'une  ombre  inanimée  ?  , 


—  425  — 

el  des  hiatus  : 

0  femme,  je  t'adore,  enfant  tu  m'as  bercé 
De  baisers  et  de  chants,  car  tu  étais  ma  mère. 

Il  existe  toutefois  dans  les  Obsédées  quelques  strophes  colorées,  em- 
preintes d'une  mélancolie  qui*  n'est  pas  sans  charme.  Mais  comme  elles 
sont  peu  nombreuses,  comme  la  plupart  de  ces  pièces  sont  d'une  crudité 
excessive,  je  conseillerais  volontiers  à  M.  Casangès  d'écrire  de  préfé- 
rence dans  sa  langue  natale. 

23.  —  L'un  des  personnages  historiques  qu'on  a  le  plus  chantés,  Ber- 
trand du  Guesclin,  est  le  héros  du  nouveau  drame  que  nous  offre 
M.  l'abbé  Poulain.  L'événement  qui  constitue  le  fond  de  la  pièce  est 
la  prise  du  château  de  Fougeray;  au  récit  des  faits  tel  que  nous  les  pré- 
sentent les  chroniqueurs,  Fauteur  a  seulement  ajouté  quelques  épisodes. 
Les  caractères  sont  bien  peints;  deux  surtout  me  plaisent  :  ceux  d'Oli- 
vier et  du  vieil  Yvon.  «  Dédiant  mon  œuvre  aux  patronages  d'ouvriers, 
dit  M.  l'abbé  Poulain,  j'ai  voulu  l'écrire  dans  le  style  le  plus  simple  pos- 
sible. »  Ce  style  est  même  trop  simple.  En  effet,  un  certain  nombre  de 
vers  sont  prosaïques  ou  offrent  des  répétitions  d'idées  : 

Trop  amère  douleur  à  nulle  autre  pareille.... 
....Le  conjure  instamment  de  venir  à  son  aide, 
D^apporter  à  ses  maux  un  prompt  et  sûr  remède. 
De  lui  prêter  enfin  assistance  et  secours.... 

24.  —  Saint  Thibéi^y  est  le  patron  d'une  paroisse  voisine  de  Montpel- 
lier, dont  M.  l'abbé  Galabru  est  le  curé.  Et  voilà  pourquoi  celui-ci  a 
écrit,  sous  forme  de  drame,  l'histoire  de  cet  angélique  enfant,  qui,  con- 
verti par  un  précepteur  chrétien,  lut  mis  à  mort,  à  douze  ans,  sur 
Tordre  de  son  père,  gouverneur  d'Agde.  Les  Vers  sont  en  général  har- 
monieux et  classiques,  quelques-uns  d'une  certaine  envolée,  tels  que 
ceux-ci  : 

Pierre  meurt  aujourd'hui,  mais  régnera  demain. 

....Espoir,  et  préparons  ce  triomphe  sublime. 

Pour  le  hâter.  Seigneur,  il  faut  une  victime. 

S'il  faut  mourir,  ô  Christ,  eh  bien  !  voilà  mon  sang. 

U  y  a  pourtant  quelques  taches,  tirades  déclamatoires,  inversions  forcées  : 

De  père,  il  n'en  est  qu'un,  et  très  bon  est  le  mien; 

des  tournures  faibles  : 

On  dirait  anarchie  une  seule  couronne 
Ceignant  deux  fronts  rivaux. 

Et  puis,  ne  parlons  pas  d'anarchie! 

25.  —  «  La  fantaisie,  écrit  l'auteur,  m'a  pris  de  dessiner  en  vers,  en 
donnant  à  V humour  toute  la  précision  d'un  fidélissime  croquis.  Types, 


—  IÎ6  — 

soonos,  paysages,  sont  traités  avec  la  pUis  entière  sincérité.  Ni  traits  de 
plus,  ni  traits  de  moins.  Rien  de  chic.  »  Voilà  nettement  expliqué  le 
procédé  de  M.  Fertiault.  Mais  on  peut  se  demander  si  le  marché  du 
village,  et  les  K>nnes  femmes  qui  en  reviennent,  la  domus  à  vol  d  oi- 
seau, le  tambour  de  ville,  le  porteur  de  dépèches,  le  commissionnaire  du 
coin,  sont  toujours  intén^ssants  à  célébrer  en  vers.  Or  tels  sont  les  héros 
que  choisit  le  poète.  Chacime  de  ces  pièces  est  dédiée  à  un  parent  ou  à 
uu  ami  :  cVst  de  la  K>uue  versification  de  femille.  à  lire  après  un  repas 
intime.  Sans  vouloir  le  moins  du  monde  être  désagréable  à  M.  Fer- 
tiault, j*ai  tout  lieu  de  croire  que  le  tableau  ci*dessoos,  représentant 
un  bnii%o  homme  qui  man^  sa  soupe,  ne  passera  pas  à  la  postérité  : 


Jo  îe  verrai  toujourï^  s'a::aiblarit.  ie  vieux  père, 
l\n:wr  Ur^  yeux  i\àsc>ie::e  àu  po:apt^  doré, 
r  jubîUv:!  Vv\rvL  !  sous  sa  :Vv  pr^^sr-ère 

U  y  a  vvp^ndaut  çà  et  là  quelques  coup.s  de  pioo>aa  réussis,  quelques 
d<iails  f  iaooKques.  qui  siefaiest  à  n^ser.  slls  étaient  exprimés  avec 
plus  de  disUiKiioii. 

ii^  —  M^  iHuman  est  sar^v>ut  cca:iae  ccinme  eUnt  Tantear  d'an 
(e-ps:  d^  MXOOO  fr«  qui  s^nira  à  reccmpens^r  avis  a£xx  ama&eors;, 
i  koioxaie  asses  isu^tt^Kti  pour  «  èutCir  isoe  cv^cT«s|Madac^.-«  par  sîjnaax 
î\iv  «  s  bibiuuSs  a^'aae  ràuK^e  auîr»  qïse  llars.  »  C  partit  qiie  Les  na- 
t;:rv<s  v:e  vYl^*à  câ:  siefà  de<  afr>yi£&s  suifiiSLi^s  we  ixw»jcxp:?r  leors 
unj''cvsi?;\*rs  aav  utr.^os.  }iliîs  vnîiie  àisae  i^sî  eococt^  Ticiecr  rautre 
ctit:i$«*  :  .W  r/<:nt  it*  *V^.  rcvxrfc:»f5:;*  '^je  >*  ^  jl  IiKs  à  ipçKC&^r  ici.  et 
ù\*::t  ^^^;T*£I  taiiîcii;  r\v;rv/?.  U  >f  a  i'aLiKfirs  ".lï  wa  ie  sùc;  dios  ce 

c:,  i>-^  xccs  ^sç^nLî^vs  jlu  si:r»fc  ie5*;»>fis  >f  peràfcai  >  s&î«i3i.*«,  et  poor 
^  A.:S4.\  Je  ?^  v'cv  jsfcs  ■  cw  Axusc  o^  jttcTîiicsr.  tîc  v  iw  iii*  i*  .^^  -pi'ii 
^\i>C;\  >^-:  .X  ;'-Mî;:^i.  :iz  isî^i  >cci  .a>:cw*x^  0 ^»v  ";4  3ra«  i*:i2  vieux 
>s^...:  ;.  :,^Jirt:  ^  ¥^30?  i  ^îi  SîLîi^  ik*rs  *nà^q>i$  àcrîîs  ii  lîîAV  ^^lel- 
^-.v^î'  .V'  »,^  Sx^:cc?fîS  jK;5S5a  i)ii£fes  a  f^»?^  ,ï»^<*f  rttm,  li.  Xùs  cn'avait 

de  >d,„*rtxvNs  *v  ^.ïv^r  ^  :s^\wj:ç*i  At  J!j*ifcKii!^iïMrî  >  \x  anurs  fan 
>fet>.  ,vimf^•  j^.f  A^'  ^»tts  c»»f  ^t^vii.    ut  À»  tviu^laûes  ^fia  i&it 


—  127  — 

27.  —  Amis,  de  la  dextérité  ! 

Les  mains  en  avant,  en  arrière  ! 

Avec  un  peu  d'agilité, 

Rien  n'est  plus  facile  à  bien  faire. 

Et  tout  le  petit  Recueil  de  chants  moraux  est  composé  de  vers  de  ce 
genre.  L'auteur  s'est  proposé  de  moraliser  Tenfant  par  des  «  chants  mo- 
raux, simples,  faciles,  sur  les  vertus,  les  vices,  les  devoirs  de  récolier, 
sur  les  différentes  circonstances  qui  se  rencontrent  dans  sa  vie.  »  Lln- 
lention  est  excellente.  La  musique  sort  de  notre  compétence.  Les  vers 
sont  faits  pour  la  musique. 

28.  —  M.  Ernest  Dupont,  Tauteur  de  Idylles  joyemes — c'est  le  titre, 
mais  nous  n'avons  su  découvrir  dans  la  petite  plaquette  qui  porte  ce 
litre  ni  idylle,  ni  joyeuseté  —  M.  Dupont  est  présenté  au  public  par 
M.  Jean  Berge,  que  vous  ne  connaissez  peut-être  pas,  ce  qui  prouve  que 
nous  n'en  savons  pas  plus  long  l'un  que  l'autre.  Al.  Jean  Berge  —  ce 
n'est  pas  le  premier  venu  qui  serait  présenté  par  lui  —  déclare  : 
«  Certes,  mon  patronage  vous  sera  nul  auprès  de  la  foule  (je  te  crois!), 
mais  je  suis  fier  pour  moi  et  heureux  pour  vous  que  vous  ayez  souhaité 
accoler  nos  deux  noms  dans  votre  premier  ouvrage  :  cela  me  prouve 
que,  véritiAIe  esthète,  vous  aimez  les  artistes  pour  ce  qu'ils  sont,  non 
pour  ce  qu'on  les  fait.  »  Devant  ce  brevet  que  se  décerne  M.  Jean  Berge, 
comment  douter  de  la  valeur  de  l'œuvre  ?  Et  cependant,  nous  en  dou- 
tons. L'introduction  nous  révèle  d'ailleurs  que  l'auteur  n'a  que  vingt 
ans  —  il  est  très  avancé  pour  son  âge  —  et  qu'il  est  «  presque  chaste.  » 
Nous  ne  pouvons  malheureusement  l'en  croire  sur  parole.  Mais  en  voilà 
bien  assez!  C'est  trop  raffiné  pour  que  nous  comprenions,  pauvre  public 
que  J30US  sommes,  et  trop  faisandé  pour  que  nous  devinions  les  sous- 
entendus.  P.  Saint-Marcel. 


THEOLOGIE 

Conférenees  de  HVotre-Damc  Carême  de  4893,  par  Mgr  d'Hulst. 
Paris,  Poussielgue,  1893,  in-8  de  322  p.  —  Prix  :  5  fr. 

Ces  nouvelles  conférences,  déjà  publiées  en  feuillets  séparés,  viennent 
d'être  réunies  en  volume  par  la  librairie  Poussielgue.  L'éminent  orateur 
avait  commencé  Tannée  précédente  l'exposé  de  nos  devoirs  envers  Dieu. 
Il  l'a  terminé  dans  le  carême  de  1893.  Mgr  d'Hulst  traite  en  trois  confé- 
rences du  culte  dû  à  Dieu,  de  la  prière  et  du  sacrifice,  qui  est  la  forme  la 
plus  hante  de  la  prière.  Dans  une  quatrième  conférence,  il  s'étend  sur 
le  respect  dû  au  nom  de  Dieu  ;  il  est  conduit  à  s'occuper  des  questions 
si  importantes  du  serment  et  du  vœu.  Les  deux  dernières  conférences 
sont  consacrées  au  dimanche,  dimanche  de  Dieu  et  dimanche  de  l'homme  : 
dimanche  de  Dieu  établi  pour  assurer  le  culte  privé  et  social  dû  au 


créateur,  dimanche  de  rbomme  établi  pour  donner  à  rhomme  un  repos 
nécessaire,  et  réserver  une  part  à  sa  vie  intellectuelle  et  morale. 

Nous  recommandons  tout  particulièrement  au  lecteur  ces  deux  der- 
nières conférences.  Mgr  d'Hulst  y  touche  avec  une  mesure  parfaite  à  des 
questions  aujourd'hui  brûlantes,  également  éloigné  de  cet  égoïsme  im- 
placable qui  ne  voit  dans  les  souffrances  du  pauvre  que  la  conséquence 
nécessaire  des  lois  économiques,  et  de  ces  entraînements  généreux  qui 
promettent  ce  qu'ils  ne  pourront  pas  donner. 

L'orateur  montre  très  éloquemment  le  remède  aux  conflits  des  classes 
dans  le  retour  à  la  loi  de  Dieu  et  au  respect  du  dimanche.  «  La  profa- 
nation du  dimanche,  dit-il,  n'est  pas  la  seule  cause  des  maux  qui  pèsent 
sur  le  monde  industriel,  mais  elle  est  le  signe  d'un  état  d'esprit  qui,  à 
lui  seul,  explique  et  molive  tous  ces  maux.  Quand  Dieu  n'est  plus  respecté, 
quand  la  cupidité  du  plus  fort  ne  s'arrête  plus  devant  cette  barrière  invi- 
sible que  la  main  divine  avait  dressée,  les  rapports  du  capital  et  du  tra- 
vail se  réduisent  à  un  conflit  d'égoïsme,  et  Ton  voit  apparaître,  tantôt 
sourde  et  latente,  tantôt  furieuse  et  déchaînée,  cette  chose  terrible  et 
funeste  :  la  guerre  sociale.  » 

11  est  regrettable  que  cette  dernière  conférence  n'ait  pu  être  prononcée, 
et  que  la  sanlé  de  Tillustrc  prélat  lui  ait  interdit  de  finir  la  station  qua- 
dragésimale.  Telle  que  nous  la  lisons,  elle  est  une  des  plus  belles.  La 
largeur  des  vues,  l'élévation  des  idées  et  l'opportunité  des  conseils  eus- 
sent vivement  impressionné  son  auditoire  d'élite,  et  fait  retentir  an 
loin  des  avis  qui  nous  sont  plus  que  jamais  nécessaires. 

La  même  cause  a  empêché  Mgr  d'Hulst  de  prêcher  la  retraite  pascale. 
Il  n'a  pas  cru  devoir  imprimer  celle  qu'il  avait  préparée.  Peut-être  au- 
rions-nous à  regretter  cette  discrétion.  Mais  il  a  complété  le  volume-par 
un  grand  nombre  de  notes  très  instructives,  et  qui  donnent  sur  l'appli- 
cation des  préceptes  des  règles  trop  souvent  oubliées  ou  méconnues. 

D.  V. 


Rffsal  sur  la  loi  de  la  Tie  dans  le  eéllbat  et  le  marlai^c,  par 

l'abbé  J.  Crozat,  curé-archiprêtre  du  Touvet.  Grenoble,  Vallier,  1893, 
in-8  de  xii-460  p.  —  Prix  :  5  fr. 

n  est  certaines  questions  d'un  ordre  tout  particulièrement  délicat  qui 
ne  peuvent  être  traitées  qu'avec  une  extrême  réserve,  et  dont  l'étude 
rigoureusement  délimitée  doit,  pour  ne  pas  devenir  dangereuse,  conve- 
nir à  une  classe  bien  déterminée  de  lecteurs.  Nous  rangerions  volontiers 
dans  leur  nombre  VEssai  sur  la  loi  de  la  vie,  de  M.  l'abbé  Crozat,  mais 
nous  n'oserions  pas  dire  que  ce  livre  ait  été  composé  avec  la  minutieuse 
prudence  et  toute  la  maturité  nécessaires.  On  se  demande  à  quelle  caté- 
gorie de  personnes  s'adresse  en  réalité  l'écrivain.  Est-ce  aux  moralistes, 
aux  philosophes,  aux  ecclésiastiques?  Si  oui,  son  œuvre  est  trop  peu 


—  i29  — 

scientifique,  iocomplèle,  et  manque  de  celle  précision  dans  les  défini- 
tions, qu*on  esl  en  droit  d*attendre  d*un  homme  qui  aborde  de  si  baules  et 
en  même  temps  de  si  passionnantes  considéralions.  —  Esl-ce  au  public 
ordinaire,  aux  gens  du  monde  ?  Ici,  encore,  mainle  page  détonne,  démon- 
Irant,  à  n'en  pas  douler,  une  incompétence  (d'ailleurs  très  honorable) 
relativement  aux  entraînements  du  cœur  et  aux  influences  de  milieu,  en 
face  de  laquelle  mainle  lectrice  de  M.  P.  Bourget  sourirait  malicieusement. 
—  Esl-ce  enfin  les  personnes  pieuses,  les  bons  chrétiens  que  Tauteur  a 
eus  en  vue  ?  Alors  son  livre  sera  le  plus  souvent  inutile,  quelquefois 
dangereux. 

Que  M.  Crozat  nous  pardonne  l'expression  un  peu  franche  de  cette 
appréciation  ;  nous  lui  avouerons  simplement  en  avoir  cherché  la  con- 
firmation dans  des  expériences  discrètement  tentées  auprès  de  lecteurs 
appartenant  à  ces  diverses  catégories,  et  le  résultat  est  venu  fortifier 
noire  premier  jugement.  Certes  il  ne  faut  pas  de  pruderie  aflectée  :  pour 
qui  sait  regarderie  péril  en  face,  la  victoire  est  presque  certaine,  et  nous 
sommes  loin  de  blâmer  ces  penseurs  généreux  qui  travaillent  à  détruire 
les  malentendus  et  veulent  montrer  où  se  trouvent  la  véritable  force,  la 
grandeur,  la  beauté  de  l'être  humain  et  le  but  mystérieux,  trop  souvent 
méconnu,  hélas  I  auquel  doivent  tendre  ses  efforts.  Mais,  pour  entre- 
prendre une  tâche  aussi  ardue,  il  faut  être  sérieusement  armé,  se  tenir 
au  courant  du  mouvement  des  idées,  suivre,  au  moyen  d'informations 
bibliographiques  persévérantes,  les  publications  diverses  qui  viennent 
chaque  jour  apporter  un  nouvel  appoint  au  sujet  qu'on  aborde.  Cela  n'est 
guère  facile  en  dehors  des  grands  centres  où  les  éléments  de  travail  et 
d'informations  abondent^  et  c'est  peut-être  là  la  cause  des  lacunes  et 
des  points  faibles  qu'on  rencontre  dans  ce  livre.  La  pensée  en  est  bonne  ; 
mais  Texécution  un  peu  défectueuse,  et,  par  conséquent,  les  résultats 
atteints  seront  pour  le  moins  douteux.  G.  Péries. 


SCIENCES  ET  ARTS 

MmrmâpiiMmmophAe.  Eine  wissenschaftliche  Darlegung  der  sittlicheriy  ein- 
schliesslich  der  rechtlichen  Ordnung,  von  Victor  Cathrein,  S.  J.  2.  Aufl. 
Fpibourg-en-Brisgau,  Herder,  1893,  2  vol.  de  xix-338  et  xvi-662  p.  — 
Prix  :  15  fr.  50. 

Le  premier  volume  de  la  c  Moralphilosophie  »  du  R.  P.  Cathrein 
date  de  1890,  et  son  apparition  a  été  remarquée  par  tous  ceux  qui  se 
préoccupent  des  grandes  questions  rentrant  dans  le  domaine  du  droit 
naturel  et  de  la  philosophie  du  droit.  Le  savant  jésuite  est  assez  connu 
de  tous  les  moralistes,  des  sociologues  et  des  publicistes  pour  que  nous 
n'ayons  pas  besoin  de  faire  ici  l'éloge  de  son  talent  d'exposition  et  de  la 
précision  didactique  de  ses  ouvrages.  Nous  trouvant  aujourd'hui  en  pré- 
Fétribr  i894.  T.  LXX.  9. 


—  130  — 

^  sence  de  la  deuxième  édition  d'un  de  ses  plus  importants  travaux,  nous 
n'entrerons  sans  doute  pas  dans  une  étude  détaillée  de  cette  œuvre  con- 
sidérable, ce  qui  serait  contraire  aux  usages  de  la  Revue,  mais  nous  ne 
pouvons  manquer  d'en  indiquer,  à  ceux  de  nos  lecteurs  qui  ne  les  connai- 
traient  pas  encore,  les  divisions  principales. 

L'auteur  expose  d'abord  l'objet  et  la  méthode  de  la  science  qu'il  en- 
seigne, puis,  entrant  immédiatement  dans  son  sujet,  il  fait  connaître 
la  nature  de  Thomme  et  des  actions  humaines  sous  le  rapport  physique. 
Personnalité  et  sociabilité,  liberté  et  prépondérance  possible  de  la  volonté, 
jeu  des  passions,  obstacles  que  rencontre  l'exercice  normal  du  libre 
arbitre  :  tels  sont  les  principaux  points  de  son  premier  traité.  Mais 
l'homme  a  un  but,  puisque  toutes  les  créatures  sont  faites  pour  une  fin 
déterminée  :  ce  but,  c'est  le  bonheur  qu'il  faut  préparer,  mériter  ici-bas. 
De  là,  la  question  de  la  moralité;  le  bien  et  le  mal  doivent  être  dis- 
tingués, connus,  définis.  L'auteur  rencontre  ici  les  décourageantes  doc- 
trines du  scepticisme,  du  positivisme  moral,  les  lois  trompeuses  et  va- 
cillantes de  l'honnêteté  mondaine,  le  rationalisme,  etc.  Nous  ne  pouvons 
le  suivre  dans  la  réfutation  de  ces  systèmes  erronés,  mais  nous  admi- 
rerons sa  limpide  exposition  de  la  théorie  du  vice  et  de  la  vertu,  si 
concluante,  si  touchante,  si  persuasive  dans  la  rigueur  de  son  évolution 
théorique.  Il  y  a  donc  une  loi  morale,  un  devoir  consacré  par  une  sanc- 
tion, facilité  par  la  direction  d'une  loi  naturelle  et  d'une  loi  positive, 
éclairé  par  la  conscience  individuelle,  qui  démontre  où  se  trouve  la  faute, 
où  existe  le  mérite.  La  doctrine  du  droit  repose  sur  ces  bases. 

Ces  grands  principes  établis  d'une  façon  indiscutable,  il  faut  main- 
tenant venir  à  leur  application  détaillée  :  c'est  l'objet  du  second  volume. 
Le  P.  Cathrein  nous  expose  les  devoirs  de  l'homme  vis-à-vis  de  Dieu 
(nécessité  de  la  religion,  nature  et  forme  du  culte,  etc.);  vis-à-vis  de  lui- 
même  (soin  de  son  âme,  de  sa  santé,  de  ses  biens,  de  son  honneur)  ; 
enfin  ses  devoirs  vis-à-vis  des  autres  hommes.  Nous  arrivons  ainsi  aux 
importantes  questions  de  la  propriété,  des  contrats,  de  la  famille,  de 
l'État  et  de  ses  devoirs,  du  droit  des  gens. 

Signalons  comme  particulièrement  intéressantes,  bien  qu'à  certains 
égards  discutables,  les  pages  consacrées  au  socialisme,  peut-être  trop 
durement  jugé,  à  Témancipation  des  femmes^  à  la  séparation  de  l'Ëglise 
et  de  l'Ëlat. 

La  c(  Moralphilosophie  »  forme  un  magnifique  corps  de  doctrine  dont 
ne  sauraient  trop  se  pénétrer  tous  ceux  qui,  à  un  titre  quelconque, 
aspirent  à  la  direction  des  esprits,  à  la  suprématie  morale,  à  une  in- 
fluence publique;  ils  trouveront  là  un  enseignement  sûr  et  une  direction 
prudente,  résultats  d'une  longue  et  profonde  expérience.    G.  Péries. 


.._>.iSi» 


—  431  - 

Cieselilebte  der  Relli;loii«plillo(ioplile,  von  Otto  Pfleiderbr. 
3.  Auflage.  Berlin,  Reimer,  1893,  in-8  de  xvi-712  p. 

Le  litre  de  cet  ouvrage  pourrait  donner  lieu  de  croire  au  lecteur  fran- 
çais qu'il  s'agit  d'une  histoire  de  la  philosophie  de  la  religion,  c'est-à- 
dire  de  l'élude  des  fondements  rationnels  et  des  conséquences  les  plus 
générales  de  la  religion  naturelle  ou  révélée.  Ce  n'est  pas  tout  à  fait  de 
cela  qu'il  s'agit,  mais  plutôt  de  l'histoire  des  systèmes  religieux  créés 
par  une  pensée  indépendante.  M.  Pfleiderer  remarque  lui-même  que 
celle  philosophie  religieuse  n'a  pu  se  produire  dans  l'antiquité,  où  la 
religion  était  une  affaire  d'État,  ni  au  moyen  âge,  où  le  dogme  était  fixé 
par  l'autorité  de  l'Église.  C'est  pourquoi  il  ne  commence  son  histoire 
qu'à  Spinosa. 

Un  livre  de  ce  genre  ne  peut  guère  s'analyser,  il  faut  le  lire.  C'est  une 
vasle  enquête  sur  toutes  les  conceptions  religieuses  des  temps  modernes, 
en  Allemagne,  en  Angleterre,  en  France,  en  Italie,  en  Hollande,  dans 
les  pays  Scandinaves  et  jusqu'aux  États-Unis.  Cette  enquête  est  conduite 
avec  cette  abondance  d'érudition  et  cette  précision  d'information  qui 
caraclérise  la  science  allemande.  Les  chercheurs  y  pourront  trouver 
beaucoup  de  renseignements  intéressants.  Parmi  les  philosophes  dont 
les  conceptions  sont  étudiées,  il  en  est  quelques-uns,  comme  Leibniz  ou 
Rosmini,  respectueux  de  la  tradition,  mais  la  plupart  sont  des  libres 
penseurs  décidés  et  leurs  systèmes  sont  autant  d'erreurs.  Cela  ne  pour- 
rail  élonner  d'après  le  point  de  vue  où  s'est  placé  l'auteur.  Les  rapports 
de  Dieu  avec  l'homme,  qui  constituent  l'essence  de  la  religion,  échap- 
pent, si  l'on  sorl  des  termes  les  plus  généraux,  à  la  compétence  de  la 
raison.  Dieu  seul  peut  nous  dire  quels  sont  les  rapports  qu'il  lui  convient 
d'avoir  avec  nous.  Toute  conception  qui  n'est  pas  appuyée  sur  une  révé- 
lation est  par  là  même  sans  autorité,  si  elle  n'est  une  étrange  méprise. 

Dans  une  introduction  fort  intéressante  M.  Pfleiderer  montre  l'origine 
de  celle  libre  spéculation  sur  les  choses  religieuses,  dans  certains  mys- 
tiques du  quinzième  siècle  et  dans  les  tendances  de  la  théologie  alle- 
mande à  la  même  époque.  Il  en  conclut  que  Luther  n'a  pas  lant  innové 
qu'on  le  prétend,  et  qu'il  a  trouvé  déjà  répandues  autour  de  lui  les  idées 
fondamentales  de  la  réforme.  En  effet  la  manière  dont  M.  Pfleiderer 
envisage  la  production  des  conceptions  religieuses  en  philosophie  dérive 
du  même  principe  d'où  est  né  le  protestantisme,  l'indépendance  de  la 
raison  individuelle.  De  Luther  à  Comte  ou  à  Renan  il  n'y  a  de  différence 
que  dans  l'étendue  où  ce  principe  est  appliqué.  D.  V. 


Leçons  de   cblmle  {Notation  atomique),  par  Emile  Bokant.  Paris, 
AÎcan,  1893,  in-12  de  378  p.  —  Prix  :  4  fr. 

Ces  leçons  de  chimie,  destinées  aux  classes  de  mathématiques  élémen- 
taires cl  de  philosophie^  renferment  les  éléments  exigés  des  candidats 


—  432  — 

aux  baccalauréats  letires-nialhéma(iques  et  leltres-philosophie.  L*anteur 
présente  avec  beaucoup  de  précision  et  de  clarlé  les  premières  notions 
de  la  chimie,  en  faisant  usage  de  la  notation  atomique  el  de  la  nomen- 
clalure  ou  du  langage  qui  l'accompagne  le  plus  souvent.  Ce  petit  ouvrage 
comprend  quatre  parties  consacrées  respectivement  aux  notions  géné- 
rales, aux  métalloïdes,  aux  métaux  et  aux  composés  organiques.  La 
première  renferme  l'exposé  des  lois  numériques  des  combinaisons,  des 
propriétés  physiques  et  chimiques  des  corps,  ainsi  que  des  notions 
pratiques  générales;  de  cette  façon,  l'auteur  a  groupé  un  certain  nombre 
d'observations,  de  remarques,  de  dispositions  d'appareils  qui,  sans  cela, 
devraient  être  répétées  à  l'occasion  de  l'étude  de  chaque  corps.  On  ne 
peut  que  louer  lés  restrictions  qu'il  apporte  au  fameux  principe  du  tra- 
vail maximum,  présenté  comme  un  dogme  par  M.  Berthelot,  et  destîoé 
probablement  à  subir  avec  le  temps  de  singulières  modifications  :  on 
doit  aussi  remarquer  le  soin  avec  lequel  il  distingue  les  circonstances 
déterminantes  des  réactions  et  les  énergies  étrangères  qui  interviennent 
dans  leur  production.  11  eût  été  bon,  croyons-nous,  de  développer  les 
considérations  relatives  à  l'équation  des  poids,  constamment  utilisée 
dans  l'analyse  des  composés  binaires,  où  plusieurs  éléments  sont  gazeux, 
el  dont  les  élèves  ont  souvent  tant  de  peine  à  saisir  le  sens  ;  ce  qui  tient 
probablement  à  ce  que  les  manuels,  même  les  plus  sérieux,  font  usage 
de  cette  équation  sans  l'expliquer. 

Nous  croyons  qu'il  faut  féliciter  l'auteur  d'avoir  renvoyé  à  la  fin  de  la 
troisième  partie,  après  l'étude  des  métalloïdes  et  des  métaux,  les  élé- 
ments du  système  atomique;  cette  belle  et  intéressante  théorie,  si 
féconde  en  résultats,  et  qui  a  détrôné  à  peu  près  complètement  le  sys- 
tème des  équivalents,  non  seulement  dans  les  grandes  écoles,  mais 
même  dans  l'enseignement  élémentaire,  risquerait  de  n'être  pas  com- 
prise si  on  la  présentait  aux  élèves  dès  le  début  des  leçons  de  chimie. 

Ce  livre  est  donc  un  excellent  manuel  à  mettre  entre  les  mains  des 
débutants;  il  fournit  même  aux  élèves  plus  avancés  un  utile  mémento 
parfaitement  au  courant  de  la  science  dans  les  parties  qu'il  leur  est 
indispensable  de  connaître.  H.  C. 

Dlctloniialre  des  ciLplosIffi,  par  J.-P.  Cundill.  Édition  française 
remaniée  par  E.  Désortiaux.  Paris,  Gauthier-Villars,  1893,  in-8  de  vi-247p. 
—  Prix  :  6  fr. 

Les  récentes  et  trop  fréquentes  explosions,  qui  trahissent  les  effrayantes 
dispositions  morales  d'un  groupe  toujours  plus  nombreux  d'anarchistes, 
donnent  un  caractère  d'actualité  à  ce  Dictionnaire  publié  en  Angleterre 
en  1889,  et  remanié  et  mis  au  jour  cette  année,  avec  l'assentiment  et  le 
concours  de  l'auteur,  par  M.  E.  Désortiaux,  ingénieur  des  poudres  et 
salpêtres.  Dans  une  introduction  de  quarante-deux  pages,  l'auteur  nous 


—  133  — 

renseigne  sur  la  force  des  explosifs,  leur  composition  chimique,  la  quan- 
lilé  de  chaleur  qu'ils  dégagent.  Il  ajoute  des  observations  pratiques  rela- 
tives aux  explosifs  en  général,  des  remarques  sur  Tetfet  du  mélange 
d'une  matière  inerte  avec  un  explosif,  et  les  effets  à  distance.  Il  range 
les  substances  dont  il  est  question  en  huit  classes,  savoir  :  les  poudres 
noires  ordinaires,  les  autres  poudres  nitratées  ou  chloratées,  les  dyna- 
mites, les  pyroxyles,  les  poudres  picriques  et  picratées  ;  les  explosifs  du 
type  Sprengeljet  les  fulminates  ;  il  termine  par  des  avertissements  utiles 
à  tous  ceux  qui  ont  à  manier  ces  dangereuses  matières. 

Le  dictionnaire  proprement  dit  comprend  cent  quatre-vingt-douze 
pages  et  donne  par  ordre  alphabétique  soit  les  noms  des  explosifs,  soit 
ceux  des  inventeurs  avec  l'indication  du  brevet  dont  ils  sont  pourvus. 
On  y  trouve  aussi  ceux  des  engins  qui  servent  à  faire  détoner  les  subs- 
tances étudiées.  On  peut  donc,  à  Taide  de  ce  dictionnaire,  se  renseigner 
sur  la  dynamite,  la  mélinile,  la  roburite,  la  panclastite,  la  fulgurite,  et 
les  autres  produits  analogues  qui  paraissent  malheureusement  destinés 
à  produire  de  tristes  effets  dans  les  sociétés  modernes. 

Faut-il  recommander  ce  livre,  faut-il  en  déconseiller  la  lecture?  Le 
conseil  est  subordonné  à  Tusage  que  !«  lecteur  prétend  faire  des  con- 
naissances qu'il  puisera  dans  cet  intéressant  et,  nous  le  souhaitons  du 
moins,  inoffensif  ouvrage.  H.  Courbe. 

Annuaire  du  Bureau  des  lon^^ltudes  pour  1894*  Paris,  Gau- 
thier-Villars,  in-18  de  v-722-hA  22,  B  37,  C  24,  D  13,  E  30  F  (tables) 
38,  ou  en  tout  886  p.  —  Prix  :  1  fr.  50. 

I.  Partie  technique.  —  Les  modifications  et  additions  qui  différen- 
cient Y  Annuaire  de  1894  de  celui  de  d893  sont  les  suivantes  : 

Quatre  éclipses  sont  annoncées  :  deux  éclipses  de  soleil,  d'ailleurs 
invisibles  à  Paris,  aux  6  avril  et  29  septembre;  deux  éclipses  partielles^ 
de  lune,  aux  21  mars  et  i5  septembre,  cette  dernière  seulement  visible 
à  Paris  ;  plus  un  passage  de  Mercure  devant  le  soleil,  au  10  novembre. 
—  De  33,  le  tableau  des  étoiles  supposées  variables  a  été  porté  à  93. 
Les  corrections  pour  les  levers  et  couchers  de  la  lune  et  du  soleil  vont 
de  l'équateur  à  60**  de  latitude,  au  lieu  de  partir  seulement  du  33*  degré. 
Deux  chapitres  importants  ont  été  ajoutés  par  M.  Cornu  sur  la  Physique 
solaire  et  la  Spectroscopie  solaire.  Le  nombre  des  planètes  télescopiques 
entre  Mars  et  Jupiter  a  été  porté,  par  suite  des  récentes  découvertes,  de 
347  à  389. 

Aux  observations  sur  les  spectres  des  nébuleuses  et  des  comètes, 
M.  Cornu  a  joint  deux  pages  concernant  le  spectre  de  l'étoile  variable  |3 
de  la  Lyre,  et  les  apparitions  et  disparitions  successives  de  la  nouvelle 
étoile  de  la  constellation  du  Cocher.  Enfin  Ton  doit  encore  à  M.  Cornu 
deux  courts  mais  substantiels  articles  sur  la  Vitesse  de  Véleclricité  et  sur    / 


—  134  — 

V Electro-optique,  Des  faits  d'observations  de  plus  en  plus  nombreux 
tendent  à  établir  d'une  manière  certaine  l'identité  de  la  nature  de  la 
lumière  et  de  Télectricité  nonobstant  la  très  grande  différence,  dans  la 
pratique,  de  la  vitesse  de  la  transmission  télégraphique  et  de  celle  de  la 
lumière;  toutes  deux  néanmoins  ont  le  même  mécanisme,  toutes  deux 
ont  leur  siège  dans  l'éther.  El  quant  à  la  vilesse  intrinsèque  de  Télec- 
tricité,  M.  Blondlot  est  parvenu  à  la  mesurer  dans  une  décharge  élec- 
trique et  Ta  trouvée  de  298,000  kilomètres  à  la  seconde,  ce  qui  est,  à 
2^000  kilomètres  près,  la  vitesse  même  de  transmission  de  la  lumière. 

II.  Notices.  —  Elles  sont  au  nombre  de  trois  sous  les  lettres  A,  B,  C, 
suivies  de  six  discours  ranges  sous  les  lettres  D  et  E. 

La  notice  A,  due  au  célèbre  mathématicien  M.  Poincarré,  a  pour  objet 
la  Lumière  et  C  électricité  d'après  Maxwell  et  Hertz,  Il  y  expose  com- 
ment les  très  remarquables  expériences  du  savant  physicien  allemand 
(mort  récemment),  complétées  en  France  par  celles  toutes  récentes  de 
M.  Blondlot,  dont  il  vient  d'être  parlé,  tendent  à  fournir  la  vérification 
expérimentale  et  définitive  des  théories  que  Maxwell,  le  grand  physicien 
anglais,  avait  créées  en  matière  d'électrodynamique  et  d'électrostatique, 
par  une  sorte  d'intuition  de  génie.  La  lumière  tirerait  son  origine  de 
séries  de  courants  à  alternance  excessivement  rapide  (un  quatrillon  de 
changements  de  sens  par  seconde),  se  produisant  dans  les  corps  isolants, 
dans  l'air  et  jusque  dans  le  vide  intersidéral,  et  provoquant  une  induc- 
tion énorme,  source  d'autres  courants  dans  les  parties  voisines  des  corps 
diélectriques  ou  isolants.  «  C'est  ainsi  que  les  ondes  lumineuses  se  pro- 
pagent de  proche  en  proche.  » 

La  notice  B,  sur  VOrig'me  et  Vemploi  de  la  boussole  marine  appelée 
aujourd'hui  compas,  a  pour  auteur  M.  le  contre-amiral  Fleuriais,  suc- 
cesseur de  feu  l'amiral  Mouchez  au  Bureau  des  longitudes.  C'est  un  his- 
torique de  l'origine  de  la  vulgarisation  de  la  boussole,  des  débuts  de  son 
emploi,  de  ses  perfectionnements  successifs  à  partir  du  grossier  appareil 
qui  consistait  en  une  simple  aiguille  aimantée  tenue  en  équilibre  sur 
l'eau  à  l'aide  d'un  flotteur,  jusqu'au  magnifique  instrument  qu'elle  est 
devenue  sur  nos  navires,  où  elle  est  garantie  contre  toutes  secousses, 
toute  composition  possible  entre  la  force  directrice  et  la  pesanteur,  toute 
déviation  pouvant  résulter  des  masses  plus  ou  moins  considérables  de 
fer  ou  d'acier  entrant  dans  la  construction  des  bâtiments,  et  où  sa  sen- 
sibilité peut  aller  jusqu'au  demi-degré. 

Avec  la  notice  C,  nous  nous  élevons,  conduits  par  M.  l'astronome 
Janssen,  au  sommet  du  Mont-Blanc.  Quatre  jours  d'observation  au 
sommet  du  Mont-Blanc,  tel  est  le  titre  de  cette  notice.  On  se  rappelle  les 
efforts  persévérants  et  d'un  courage  allant  jusqu'à  l'héroïsme,  grâce  aux- 
quels le  vénérable  savant,  malgré  son  grand  âge,  est  parvenu  à  faire 
construire,  sur  ce  redoutable  faîte,  un  observatoire  habitable,  parfaite- 


—  135  — 

menl  aménagé  en  vue  de  toutes  observations  astronomiques  et  météo- 
rologiques, et  offrant  une  installation  suffisamment  confortable  pour  y 
rendre  la  vie  possible,  sinon  joyeuse,  aux  liomme  d'abnégation  et  de 
dévouement  que  Tamoyr  de  la  science  y  conduira.  Il  a  pu  contrôler  et 
confirmer,  celte  fois  avec  toutes  les  garanties  d'une  organisation  stable 
et  complète,  ses  observations  spectroscopiques  antérieures  démontrant 
Tabsence  d'oxygène  dans  les  enveloppes  gazeuses  du  soleil. 

Les  lettres  D  et  E  correspondent  chacune  à  une  série  de  trois  discours, 
les  premiers  prononcés  le  1:2  avril,  aux  funérailles  de  l'amiral  Paris, 
membre  de  l'Institut  et  du  Bureau  des  longitudes,  les  seconds  à  l'inau- 
guration de  la  statue  de  François  Arago  dans  le  jardin  de  l'Observatoire 
de  Paris.  MM.  Paye,  Bouquet  de  la  Grye  et  le  contre-amiral  Fleuriais  ont 
tour  à  tour  retracé  le  dévouement,  jusqu'à  la  dernière  heure,  de  ce  savant 
et  de  ce  marin,  aux  œuvres  scientifiques  et  aux  progrès  de  l'art  nautique  ; 
ses  débuts  sous  Dumont  d'Urville,  ses  travaux  de  mécanique  appliquée 
à  la  navigation  à  vapeur;  son  habile  direction  du  Dépôt  des  cartes  de  la 
marine  qu'il  sut  préserver  pendant  les  sanglantes  orgies  de  la  Commune; 
la  reconstitution  par  ses  soins  du  Musée  de  la  marine  enrichi  des  plans 
cotés  des  modèles  aujourd'hui  abandonnés  des  navires  et  bâtiments  de 
toutes  les  époques;  son  rôle  dans  les  travaux  relatifs  à  la  transformation 
de  la  propulsion  des  navires  quand  la  vapeur  dut  remplacer  la  voile.  La 
note  chrétienne  a  été  donnée,  dans  cette  suite  de  discours,  par  M.  Bou- 
quet (je  la  Grye,  qui  s'est  honoré  en  faisant  allusion  à  ce  monde  meil- 
leur où  doit  conduire  une  vie  toute  d'honneur  et  de  désintéressement 
comme  celle  du  regretté  amiral.  Terminée  depuis  plusieurs  années  et  due 
au  ciseau  d'Oliva,  un  artiste  de  mérite  qui  mourut  avant  l'inauguration, 
la  statue  d'Arago,  destinée  à  l'Observatoire  de  Paris,  n'a  pu  y  être  inau- 
gurée que  le  11  juin  dernier.  Deux  premiers  discours  ont  été  prononcés  à 
cette  cérémonie  par  MM.  Tisserand  et  Cornu.  Un  troisième,  trouvé  dans 
les  papiers  laissés  par  feu  l'amiral  Mouchez,  a  été  lu  par  M.  Tisserand, 
comme  un  suprême  hommage  à  la  fois  et  à  l'auteur  et  au  héros  du  dis- 
cours. Bien  étonnamment  brillante  fut  la  carrière  scientifique  d'Arago,  ce 
jeune  savant,  membre  de  l'Institut  à  vingt-trois  ans  et  y  acquérant  bien- 
tôt une  situation  prépondérante;  puis  créant  l'astronomie  physique, 
enrichissant  VAnnuaire  de  ses  immortelles  notices,  modèle  achevé  de 
vulgarisation  scientifique  à  la  portée  de  tous;  égalant  ses  découvertes 
astronomiques  par  ses  travaux  en  physique  expérimentale;  accueillant 
Fresnel,  l'encourageant  et  faisant  prévaloir  sa  théorie  des  ondulations 
lumineuses  à  l'enconlre  de  la  théorie  newtonienne  de  l'émission  jusque- 
là  considérée  comme  définitive.  Parmi  les  innombrables  faits  d'une  car- 
rière scientifique  si  bien  remplie,  nous  en  passons  et  des  plus  remar- 
quables. C'est  encore  à  Arago  que  l'on  doit,  comme  le  faisait  remarquer 
l'amiral  Mouchez,  la  publicité  des  séances  de  l'Académie  des  sciences,  la 


—  136  — 

publicalion  de  ses  Comptes  rendus,  et  enfin  des  inslructions  nautiques 
qui  ont  puissamment  contribué  au  succès  des  longues  explorations  mari- 
times. Jean  d^Estisnne. 

BELLES-LETTRES 

JDIe  Haaptprobleme  der  Spraebu^lfisensebafft  in  ihren  Bezie- 
hungen  zur  Théologie^  Philosophie  und  Anthropologie^  von  D''  Alexander 
GiESSWEiN.  Fribourg-en-Brisgau,  Herder,  1892,  in-8  de  viii-245  p.  — 
Prix  :  6  fr.  25. 

C'est  en  1890  que  M.  Giesswein  a  publié  la  première  édition  de  cet 
ouvrage,  destiné  à  mettre  le  grand  public  au  courant  des  problèmes  que 
cherche  à  résoudre  la  science  des  langues.  Mais  cetle  première  édition 
était  en  hongrois,  idiome  malheureusement  peu  accessible  à  beaucoup 
de  lecteurs.  Aussi  Fauteur,  encouragé  par  le  succès  de  son  livre  dans  sa 
patrie,  s'est-il  décidé  à  nous  en  donner  la  traduction  allemande.  Nous 
lui  en  savons  un  gré  infini,  car  son  travail  est,  sans  conteste,  de  ceux  sur 
la  matière  qui  méritent  le  plus  d'être  lus  et  médités  :  une  science  éten- 
due et  exacte,  une  critique  prudente  et  pénétrante,  une  exposition  claire, 
une  doctrine  sûre,  recommandent  cet  ouvrage  à  l'attention,  particulière- 
ment des  catholiques. 

La  linguistique  a  fait  dans  notre  siècle  des  progrès  si  considérables 
que  l'on  a  pu  dire  qu'elle  y  était  née.  La  comparaison  scientifique  des 
langues  est  devenue  l'un  des  principaux  instruments  dont  on  a  prétendu 
se  servir  pour  résoudre  les  diflîciles  problèmes  de  l'origine  du  langage 
et  de  l'histoire  primitive  des  races  humaines.  Tandis  que  les  uns  ten- 
taient des  efiorts  jusqu'ici  restés  infructueux  pour  rattacher  toutes  les 
langues  les  unes  aux  autres  et  en  tirer  un  argument  en  faveur  de  l'u- 
nité de  la  race  humaine,  les  autres  triomphaient  de  cette  impuissance 
et  l'apportaient  comme  preuve  du  polygénisme  humain  et  même  de  l'o- 
rigine animale  de  l'homme. 

M.  Giesswein  vient  résumer  et  critiquer  ces  diverses  solutions.  Son 
ouvrage  comprend  deux  parties  :  1®  la  linguistique  et  l'unité  d'origine 
du  genre  humain  ;  2®  l'origine  du  langage  et  l'état  primitif  de  l'huma- 
nité. Sept  chapitres  divisent  la  première  partie  :  1)  Y  a-t-il  une  ou  plu- 
sieurs langues  primitives?  2)  Classification  morphologique  des  langues; 
3)  Relations  réciproques  des  classes  morphologiques:  A. Langues  isolantes 
et  agglutinantes;  B.  L'harmonie  vocale;  C.  Évolution  de  la  flexion;  D. 
Formations  fiexionnelles  dans  les  langues  agglutinantes;  4)  Les  classes 
morphologiques  comme  degrés  de  l'évolution  linguistique  ;  o)  La  classi- 
fication généalogique  des  langues;  G)  La  différenciation  des  langues  : 
A.  Les  diverses  espèces  de  permutation  des  sons  :  a.  Les  sons  de  la 
langue  humaine;  b.  Permutation  des  consonnes;  c.  Assimilation,  dissi- 
milation,  aphérèse,  syncope,  apocope,  prosthèse  et  épenthèse;  d.  Les 


—  137  — 

causes  des  permutations  phonétiques;  B.  Changements  de  sens;  7)  Les 
familles  de  langues  et  la  question  de  Tunité  d'origine  du  langage  :  A.  Vi- 
cissitudes des  langues;  B.  Langues  indo-germaniques  el  sémitiques; 
C.  Rapport  des  langues  indo-germaniques  aux  familles  ouralo-altaïqnes 
el  à  d'autres  familles  de  langues.  La  deuxième  partie  comporte  cinq 
chapitres  :  1)  Les  divers  systèmes  sur  l'origine  du  lan^^age  (A.  traditio- 
nalisme; B.  Nalivisme;  C.  Empirisme;  D.  Théorie  dynamique);  2)  Cri- 
tique de  ces  théories;  3)  Le  pouvoir  créateur  de  Tesprii  humain  sur  le 
langage;  4)  La  langue  primitive;  5)  Linguistique  el  histoire  primitive. 

Nous  ne  pouvons  entrer  ici  dans  le  détail  de  l'exposition  de  M.  Giess- 
wein.  Mais  nous  devons  signaler  notamment  dans  la  première  pariie  la 
judicieuse  critique  qu'il  fait  des  classifications  présentées  jusqu'ici  des 
langues  humaines;  la  manière  dont  il  fait  ressortir  les  défauts  de  ce 
classement  commode,  mais  sans  vigueur;  son  habileté  à  démêler  dans 
une  classe  des  exemples  de  ce  qu'on  pose  comme  la  caractéristique  d'une 
autre;  enfin  la  sagesse  de  son  observation  sur  l'impossibilité  de  con- 
clure rigoureusement  de  l'irréductibilité  apparente  et  actuelle  des  langues 
humaines  à  leur  irréductibilité  primitive  et  absolue.  Bien  plus,  il  semble 
se  croire  fondé  en  droit  à  conclure,  des  résultats  obtenus  jusqu'ici  par  la 
linguistique  el  des  rapprochements  faits  entre  des  langues  diverses,  à 
l'unité  primordiale  du  langage,  bien  qu'il  avoue  d'ailleurs  le  peu  d'es- 
poir qu'il  y  a  de  jamais  reconstituer  celle  langue  primitive.  La  critique 
des  systèmes  dans  la  seconde  partie  est  aussi  fort  bien  menée;  et  je  note 
avec  plaisir  les  observations  de  M.  Giesswein  sur  le  péril  qu'on  court  à 
vouloir  trop  tirer  des  données  de  la  linguistique  pour  la  reconstitution 
de  l'histoire  primitive  de  l'homme. 

Les  conclusions  personnelles  de  l'auteur  sur  l'origine  du  langage  sont 
favorables  à  la  théorie  qui  en  fait  une  faculté  nalurelle  départie  par  le 
Créateur  à  l'homme  el  qui  montre  ce  dernier  développant  la  langue  dans 
sa  pleine  liberté  el  non  point  sous  l'influence  d'une  nécessité  naturelle. 
«  La  langue,  dans  sa  naissance  comme  dans  ses  derniers  développements, 
n'est  pas  plus  une  œuvre  de  l'aveugle  nécessité  que  du  pur  arbitraire; 
c'est  l'impression  libre  el  consciente  delà  pensée,  réalisée  par  des  signes 
phonétiques.  »  Nous  ne  saurions  mieux  terminer  le  compte  rendu  de  ce 
remarquable  ouvrage  qu'en  citant  les  dernières  paroles  de  l'auteur  :  «  La 
langue  est  en  fait  une  fidèle  image  de  l'homme;  elle  est  composée  d'un 
corps  et  d'une  âme  ;  les  sons  émis  par  les  organes  vocaux  ne  sont  que  le 
corps,  la  partie  sensible  de  la  langue  ;  ils  ne  témoignent  en  soi  que  de 
la  perfection  de  l'organisme  humain;  l'âme  du  langage,  c'est  d'exprimer 
par  ces  sons  les  plus  nobles  sentiments  du  cœur,  les  plus  profondes 
pensées  de  l'esprit,  et  c'est  là  que  se  révèle  la  vertu  divine  immanente 
en  l'homme....  Le  linguiste,  après  avoir  démembré  la  langue  et  l'avoir 
réduite  à  ses  éléments,  arrive  à  un  point  au  delà  duquel  il  ne  peut  pé- 


—  J38  — 

nétrer,  et  il  doit  se  demander  avec  étonnemenl  qui  a  prèle  à  l'homine 
la  vertu  merveilleuse  qui  souffle  dans  ces  sons  privés  de  vie  l'esprit 
vital;  et  alors,  le  cœur  plein  de  reconnaissance,  il  doit  élever  son  regard 
vers  le  Toul-Puissant,  qui  a  créé  l'homme  à  son  image  et  ressemblance 
et  Ta  élevé  sur  toutes  les  créatures  de  la  terre.  »  E.-G.  Ledos. 


Alt-Keltisefaer  Spraelisefaatz,  von  Alfred  Holder.  Vierte  Lie- 
ferung.  Carant-o  (n)  —  Cintu-smus.  Leipzig,  Teubner,  1893,  gr.  in-8,  col. 
769-1024.  —  Prix  :  10  fr. 

Voici  la  4®  livraison  du  grand  répertoire  onomatologique  de  l'antiquité 
gauloise,  dont  nous  avons  déjà  trois  fois  parlé  ici.  On  voit  que  M.  Hol- 
der n'a  abordé  l'impression  qu'avec  un  manuscrit  déjà  préparé  et  que  le 
grand  éditeur  de  Leipzig,  M.  Teubner,  tient.à  honneur  d'achever  rapi- 
dement celte  publication. 

Par  suite  du  plan  de  l'auteur,  ses  articles  fournissent  des  matériaux  à 
rhistoire  et  à  la  géographie  autant  qu'à  la  linguistique,  puisque  l'auteur 
donne  tous  les  textes  de  la  littérature,  de  Tépigraphie  et  de  la  numis- 
matique où  figure  le  mot  étudié  :  ainsi  nous  citerons  dans  ce  fascicule, 
comme  noms  géographiques,  Cassiterides  elCebenna;  comme  noms  de 
peuples.  Garni,  Cwnutes  et  Celtœ  ;  comme  noms  de  personnages  histo- 
riques, Caratacus  et  Carausius  ;  comme  mots  communs  intéressants 
pour  l'histoire  de  la  civilisation  :  carpentum,  cateia,  cervisia. 

Nous  n'avons  pas  à  revenir  sur  les  éloges  donnés  à  celte  belle  publi- 
cation ;  l'auteur,  M.  Holder,  a  reçu  les  remerciements  publics  de  nom- 
breux savants  pour  le  courage  avec  lequel  il  a  rassemblé  tant  de  maté- 
riaux et  le  zèle  avec  lequel  il  les  rend  bien  de  tous.  Ce  concert  d'éloges 
nous  permettra  de  glisser  une  petite  critique.  Il  était  déjà  regrettable  que 
dans  cette  œuvre  de  caractère  international,  M.  Holder  n'eût  pas  employé 
le  latin  ;  mais  il  l'est  encore  plus  qu'il  s'avise  d'écrire  l'allemand  avec 
Torthographe  réformée  de  certains  philologues  d'outre-Rhin.  Les  lec- 
teurs peu  familiers  avec  l'allemand  ne  peuvent  se  retrouver  avec  des 
formes  comme  rise,  et  ire  (zûge),  d'autant  plus  qu'ils  ne  trouveront  pas 
dans  leurs  dictionnaires  de  mots  orthographiés  de  la  sorte.  M.  Holder 
devrait  ménager  un  peu  ses  lecteurs  de  France,  d'Espagne  et  d'Angle- 
terre, surtout  lorsque  ceux-ci  reçoivent  un  Sprachschatz  après  avoir 
souscrit  à  un  Thésaurus,  M.  Renan  a  cité  un  jour  un  dicton  arabe  aussi 
bon  pour  les  auteurs  de  livres  que  pour  les  meneurs  d'hommes  :  la 
marche  de  la  caravane  doit  se  régler  sur  le  pas  de  l'agneau  dernier-né. 

H.  Gaidoz. 


—  139  — 

FnbllaiiiK,  études  de  littérature  populaire  et  d'histoire  du  moyen  âge^ 
par  Joseph  Bédier,  maître  de  conférence  à  la  Faculté  des  lettres  de  Caen. 
Paris,  Bouillon,  1893,  in-8  de  472  p.  -  Prix  :  12  fr.  50. 

Voici,  sans  conlredil,rim  des  meilleurs  ouvrages  qu'on  ait  publiés  sur 
la  litlérature  du  moyen  âge  depuis  plusieurs  années,  ouvrage  remar- 
quable par  la  valeur  du  style,  considérable  par  les  questions  impor- 
tantes qui  Y  reçoivent  une  solution  toute  nouvelle.  C'est  la  seconde  par- 
tie qui  répond  seule  exactement  au  litre  principal  inscrit  ci-dessus  ; 
Tauteur  s'y  livre  avec  beaucoup  de  talent  à  des  considérations  générales 
sur  lesprit  des  fabliaux,  leurs  auteurs  et  le  public  auquel  ils  s'adres- 
sent; nous  Y  trouvons  de  brillantes  variations  sur  des  thèmes  connus, 
sur  l'esprit  gaulois,  le  mal  que  le  moyen  âge  a  dit  des  femmes,  le  type 
du  poète  errant,  famélique  et  débauché,  mais  si  sympathique  aux  ima- 
ginations romantiques;  tout  cela  sans  grande  précision  scientifique,  ce 
qui,  sans  doute,  plaira  davantage  à  la  plupart  des  lecteurs.  En  résumé, 
le  goût  des  fabliaux  a  duré  du  milieu  du  xii'  siècle  jusqu'en  1340  envi- 
ron ;  ils  ont  commencé  à  apparaître  avec  l'esprit  bourgeois  auquel  ne 
convenait  pas  l'idéal  des  poèmes  chevaleresques  et  courtois.  Ces  contes 
sans  prétention  littéraire  sont  purement  plaisants,  fort  rarement  satiri- 
ques; une  réelle  gaieté  et  une  grande  vérité  d'observation  en  font  dis- 
tinguer quelques-uns  entre  la  généralité  qui  n'est  qu'odieusement  cyni- 
que. Comme  source,  les  auteurs  n'ont  eu  qu'à  choisir  parmi  les  innom- 
brables contes  plaisants  qui,  «  depuis  le  haut  moyen  âge,  végétaient 
ohscurément  dans  la  tradition  orale.  »  Ces  poètes  étaient  de  pauvres 
jongleurs  errants,  et  je  trouve  excellente  Topinion  qui  les  lait  d'une  race 
très  apparentée  avec  celle  des  goliards  vagabonds,  clercs  interlopes  et 
moines  défroqués.  Tout  ce  qui  pouvait  ressembler  à  un  appareil  scien- 
tifique est  rejeté  à  la  fin,  en  appendice  ;  d'abord  la  localisation  des  fa- 
bliaux :  dans  leur  ensemble,  ils  ont  été  composés  au  nord  et  au  nord- 
est  de  la  France  ;  M.  Bédier,  pour  arriver  à  cette  conclusion,  a  seulement 
considéré  les  renseignements  géographiques  donnés  par  les  fabliaux 
eux-mêmes  ;  il  a  renoncé  à  un  examen  des  rimes  et  de  la  langue,  la 
science  lui  ayant  déclaré  par  la  bouche  de  M.  Suchier,  l'éminent  pro- 
fesseur de  Halle,  un  des  maitres  de  la  philologie  romane  en  Allemagne, 
qu'elle  n*était  pas  encore  en  état  de  déterminer  avec  une  précision  suf- 
fisante le  dialecte  d'un  fabliau.  Viennent  ensuite  des  notes  comparatives 
données  à  regret  par  l'auteur  qui,  comme  on  le  verra,  méprise  profon- 
dément ce  genre  de  travail  ;  une  liste  des  auteurs  la  plupart  complète- 
ment inconnus,  d'autres,  tout  au  contraire,  très  connus  par  des  œuvres 
plus  importantes  et  fort  difliérentes  (il  suffit  de  citer  Philippe  de  Beau- 
manoir,  Rutebeuf,  Watriquet  de  Couvains,  Jean  Bodel,  Jean  de  Condé)  ; 
enfin  des  corrections  à  l'édition  de  MM.  de  Montaiglon  et  Reynaud; 
j'y  relève  cette  observation  que  pourraient  méditer  bien  des  éditeurs 


d'anciens  textes  français  passés  ou  à  venir:  M.  Bédier  comprend  qu*OQ 
n'ait  pas  élaboré  un  texte  critique  des  fabliaux;  ce  serait,  dit-il,  leur 
faire  trop  d'honneur  que  de  les  étudier  »  avec  le  même  scrupule  que 
l'Odyssée  ou  la  Vulgate.  » 

C'est  à  dessein  que  j'ai  parlé  de  la  seconde  partie  du  livre  de  M.  Bédier 
avant  la  première  ;  là,  en  effet,  la  question  est  toute  différente  et  s'élar- 
git singulièrement;  les  idées  de  l'auteur  y  sont  plus  nouvelles,  même  un 
peu  révolutionnaires,  et  défendues  avec  une  ardeur  particulière  ;  il  ne 
s'agit  de  rien  moins  que  de  Torigine  des  contes,  aussi  bien  des  contes 
plaisants  comme  les  fabliaux,  que  des  contes  merveilleux  et  un  peu  de 
tout  ce  qu'on  appelle  le  folklore.  Tous  mes  lecteurs  ont  entendu  dire 
que  ces  contes  viennent  de  l'Inde;  le  prototype  des  milliers  de  récits  du 
Décaméron,  de  La  Fontaine,  des  Mille  et  une  Nuits,  Au  Cabinet  desfées^ 
a  été  inventé  par  les  moines  bouddhistes  pour  la  prédication  et  la  pro- 
pagation de  leur  morale  et  de  leur  doctrine.  Telle  est  la  théorie  commu- 
nément admise  aujourd'hui  que  M.  Bédier  combat  avec  une  grande  vi- 
gueur, et  j'ai  été  très  heureux  de  voir  réfuter,  avec  tant  d'habileté  et  de 
logique,  une  théorie  qui  m'avait  toujours  semblé  à  prio7*i  si  peu  vrai- 
semblable. Non,rinde  antique  n'a  pas  été  une  vaste  usine  de  contes  inon- 
dant Tnnivers  de  ses  produits  dont  les  folklorisLes  de  nos  jours  retrou- 
veraient les  débris  ;  l'Inde,  pour  des  raisons  historiques,  a  recueilli  et 
écrit  ses  contes  quinze  ou  vingt  siècles  avant  Grimm,  avant  MM.  Cos- 
quin,  Bladé  ou  Luzel;  de  leur  ancienneté  conclure  à  la  paternité,  c'est 
faire  le  sophisme  :  posthoc,  ergo  propter  hoc.  Ces  contes  sont-ils  les  plus 
anciens  qu'on  connaisse?  M.  Bédier  montre,  avec  beaucoup  de  raison, 
l'existence  très  certaine  de  ces  récits  ailleurs  et  bien  antérieurement  à  la 
littérature  de  l'Inde;  les  contes  égyptiens,  si  heureusement  retrouvés  par 
M.  Maspero,  datent  du  xiv"  siècle  avant  l'ère  chrétienne;  ils  sont  plus 
vieux  de  dix  siècles  que  Çakya-Mouni.  Il  y  a  des  traces  de  récits  popu- 
laires dans  Homère;  Hésiode  a  connu  des  fables;  Babrius  et  Avien  sont 
du  m®  siècle  avant  Jésus-Christ.  L'antiquité  a  aussi  connu  les  contes 
merveilleux  :  Psyché,  Midas,  ou  Jean  de  l'Ours.  La  nouvellistique  est 
représentée  dans  Apulée  et  par  les  contes  milésiens  malheureusement 
perdus.  La  traduction  des  grands  recueils  de  contes  de  l'Inde  a  été 
faite  en  Occident  généralement  au  xiii'  siècle";  mais,  nous  dit-on,  Us  ont 
pu  y  pénétrer  oralement  à  l'époque  des  croisades  ;  mais  avant  le  xiii* 
siècle,  avant  les  croisades,  on  trouve  le  recueil  de  fables  et  d'historiettes 
d'où  dérivent  Marie  de  France  et  le  Romulus  Roberti  et  qui  date  du 
commencement  du  xi' siècle;  or  un  grand  nombre  de  ces  fables  et  de 
ces  récits  se  retrouvent  encore  vivants  dans  la  tradition  orale  de  nos 
jours,  et  il  n'y  a  pas  plus  de  raison  de  les  faire  venir  de  l'Inde  que 
d'Egypte  ou  de  Grèce.  Au  moins  pour  les  contes  beaucoup  plus  rares 
qu'on  ne  le  dit,  qui  ont  leur  similaire  en  Orient,  la  forme  indienne 


s'accuse-t-elle  comme  la  forme-mère?  Loin  de  là,  el  le  plus  souvent  il 
est  impossible  de  choisir  enlre  les  deux  formes  ;  quelquefois  même  la 
forme  occidentale  et  moderne  est  mieux  conservée,  plus  logique  et  plus 
vivante  ;  une  ou  deux  exceptions  n'infirment  pas  la  règle.  Trouve-t-on 
dans  les  contes  des  survivances  des  mœurs  indiennes  ou  de  la  religion 
de  Bouddha?  On  a  allégué  les  marâtres  persécutant  les  enfants  de 
leur  mari  qu'on  explique  par  la  polygamie  ;  mais  la  polygamie  est-elle 
exclusivement  indienne?  —  les  animaux  reconnaissants;  on  les  re- 
trouve très  anciennement  en  Grèce. 

Voilà  donc  le  fantôme  de  l'origine  orientale  des  contes  évanoui  et  j'ap- 
plaudis à  rhabileté  du  raisonnement,  à  la  précision,  à  la  clarté  et  à 
l'aisance  du  style  de  l'auteur  dans  cette  partie  de  son  livre  ;  mais  où  ses 
recherches  ingénieuses  nous  ont-elles  conduit  ?  Qu'édifier  à  la  place  des 
ruines  qu'il  a  amassées?  Rien.  I-a  conclusion  est  négative  ;  le  problème 
de  l'origine  des  contes  est  insoluble  et  d'ailleurs  indifiërent,  les  contes 
n'étant  caractéristiques  d'aucun  temps,  d'aucun  lieu.  D'autres  plus  com- 
pétents discuteront,  je  l'espère,  cette  solution  radicale,  mais  je  veux  ici 
protester  contre  l'ironie  que  M.  Bédier  a  trop  facile  et  trop  dédaigneuse 
pour  ceux  qui  se  livrent  à  la  collection  et  à  la  comparaison  des  thèmes 
et  des  variantes  des  contes  populaires  ;  mieux  vaudrait,  dit-il,  collec- 
tionner dès  timbres-poste.  Je  persiste  à  croire  que  la  méthode  compara- 
tive est  la  seule  féconde  pour  étudier  le  folklore.  Les  nombreuses  réfé- 
rences de  M.  KOhler  et  autres  ont  seules  rendu  le  travail  de  M.  Bédier 
possible  ;  lui-même  a  bien  été  obligé  de  sortir  ses  «  petits  papiers  »  en 
étudiant  certains  fabliaux  dans  la  seconde  partie  et  de  nous  montrer  les 
formes  italiennes,  allemandes,  anglaises  et  autres.  Le  résultat  de  cette 
vaste  enquête  ne  prouve  pas  l'origine  indienne  des  contes;  soit; 
prouve-t-elle  leur  ubiquité,  comme  le  croit  M.  Bédier?  Un  conte  se 
trouve-t-il  toujours  et  nécessairement  partout  ?  J'en  doute  encore  et  un 
nouveau  KOhler  nous  renseignera  peut-être  un  jour  à  ce  sujet.  La  com- 
paraison des  variantes  nous  fait  découvrir  la  forme  la  plus  complète,  la 
plus  logique  et  par  conséquent  la  plus  rapprochée  du  conte  primitif;  est-ce 
donc  un  résultat  à  dédaigner?  Un  conte  se  présente  le  plus  souvent  plus 
ou  moins  fruste  et  inintelligible,  et,  quoi  qu'en  dise  M.  Bédier,  des  lam- 
beaux incohérents  de  contes  ont  encore  la  vie  dure  et  se  conservent  fort 
longtemps  dans  la  tradition  ;  comment  les  reconnaître  et  les  comprendre, 
sinon  par  la  comparaison  souvent  répétée  et  quelquefois  cherchéefort  loin? 
M.  Bédier  distingue  des  contes  «  ethniques  :  »  je  crois  cette  distinction 
chimérique,  et  une  recherche  dans  les  «  cartons  de  fiches  »  du  savant 
bibliothécaire  de  Weimar  aurait  peut-être  amené  la  disparition  de  ces 
caractères  prétendus  ethniques  sur  lesquels  M.  Bédier  bâtit  sa  théorie 
dans  les  exemples  cités.  Les  contes  ne  sont  limités  ni  dans  l'espace  ni  dans 
le  temps,  nous  dit-il.  Quant  à  leur  propagation,  peut-être;  certainement 


—  142  — 

non.  quant  à  leur  origine:  je  ne  sais  s'il  ost possible  de  fixer  cette  limite, 
mats  Û  faut  reconnaître  que  les  races  qr.i  habitent  actaeliemeot  TEarope 
ne  tont  plus  de  contes:  il  y  a  des  siècles  que  le  monle  en  est  brisé.  Les 
contes,  nous  dit-on  encore,  ne  s«3nt  caractéristiques  d'aucune  époi^ne.  d'au- 
cun pays.  Je  les  trouTe  singulièrement  caractéristiques  d'un  état  psycho- 
lo^q;;e  très  particulier  :  qu'un  écriTain  doué  de  lunarlnation  lapins  ingé- 
nieuse essaie  de  faire  un  Petit  Poucet!  TL  n'est  peul-^tre  pas  impossi- 
ble de  déterminer  ^  dans  îe  temps  et  dans  l'espace  •  les  races  qui  ont 
passé  par  cet  état  psychologique. 

Mil^  queiqU'?s  affirmations  téméraires,  le  lÎTre  de  ^L  Bédîer  reste  le 
p'us  important  Ira^afl  scr  le  folklore  qa'on  ait  £ût  en  Frince;  Toilà 
qoioie  ans  q'.2e  MM.  E.  Rolland  et  Gaidoz  nous  ont  initiés  à  cette  sdeiioe; 
i-t-rlle  ecin  trouvé  des  principes  et  une  mêth*Dde?  J.  C  P. 


r  5e  r*:  Jimit  «pe  !e  titre  d:~c-ê  i  scn  nocTeî  «^arrige  par  M.  Joss^ 
r.::  :  ir  :i:  ris  rccr  toat  le  izioni-*  une  e£>r:eite  d"c:i  sens  bsen précis. 
•"f-jL^s-l  ■:»=  r--?  Willâm  Ijinda~i  et  son  erocée  mvsdtr»?  se  demizidera 
i-:.;:-^lr?  p'-s  dca.  LiB,r.i!!d.  q::"c<i  i  prénocnmè  1:2551  Rr-fc^n.  est  le 
r-r?.;::- -f?  irs^rlursen:  în:onE-  à  qvd  roc  lurcc-*  ja  zatemi:é  de  la 
P*  .4  ,;V  PïVrj  P'.:'j.:xTi£%^  l'-èn»  u^ea  votne  i  ji  fn  ds  ht*  siècle, 
r»: .:  ! u  -e:  cec:  lisir'.e  EJLiawcazt.  sois  -i-Xit  le  ûir»  aa  m^jiss  z'cst  pas 
\r:::>;  i^  .•^cx  .:':::  c-a:  prxÛ5*:f  !a  liùtenîsre  in^rat^,  Cecï-à.  d'ail- 
"r .::^.  rr*f:;'ir::i;  ce  ,v:iiii::e  le  livre  ie  M.  J:issenzjl.  se  npp<<Âci  le 
riiisir  ,-u *lls  ::::  f-.: p'us i.:--?  :';Ls en sca rirjdii*?  ; -EptriJe. \xr^ com- 
':v:  v.i.f,::  ^vrii-^  i'xrcri  >  ::i':'fv:  ia::s  le\î*J3eî  s'-îst  çp:C(X:5  >  pcéme. 
nvr  1>  v.va:bieî:  -cjl::  js^:;?  ^tr  IXie.  en  Frud-'e.  <a  AiSîcecTe.  1«»  adre 
d:»:>  S\f>  e^:  ^is:;crs^  ev  :ri^f  >  '.l'rce*::  ies  :îrxasti2xs  zccràfMS  et 
a;,r:fs;.  c,:-*rr^^$v  >^s*s  -ii  :z^ciYv*'2i!^^^  i*  wcr?.  L'iaal^se  ri  rc^me. 
>;,::  :?  1  *.û  :r- 1:\  r:  jfe^ùœ,  >*  1  ,vcij:{W  jds  lciî;f^:faii:Sw  3ia5s  i*ircfs  les 
x*l:r</cr:>  c--  *>  ,^;vtv'*ttî  ,vct;'*îra!e^  il  re'jssst^  1  :;uJ3ar  pùisfxirti 
v;.:\ -:  *.x^  Vixi.;  ^co.ve  àù:  Id  iju^  i^  *ui  t*:^,^:*:^  ies  r-:c?  jcir-dri 
te\.^  l>^  1.^^  t.^T^lJ^r'.  tJ^^l,?^.  ^rsc  i \ i^  5^a*ar.îc:i  ^"îl  se 
*Uvi,>*  i  ;  rvc  iu  ^^vuu^f   .^^  -re^Ltie.  i  ÀÂiC   ic  •:ixi-^   loc*  sccr», 

a;^vl:*  >\,:>aju^.  -;  i   3St\-yL:  :?v*  ,*c?  IXU  /a  i,<.^   1  •,lfv\:iiry'.îl:cà3apr 

revT\\l",ù:  V  s.a\  \-a  ^.*^N^>t    .V  îk  >  \s*w».  X:cit  jx?  ,Hr\;^'*  çw  Lit^ 


—  143  — 

ria,  bien  que  clerc  et  attaché  à  l'Église  à  un  titre  quelconque  :  les  «  chan- 
leries  »  étaient  les  instruments  de  son  travail,  son  gagne-pain.  Enfin,  il 
habita  Londres,  vécut  dans  une  maisonnette  de  Gornhill,  non  loin  de 
Saint-Paul,  et  retourna  probablement,  avant  de  mourir,  vers  les  col- 
lines de  rOuest.  Biographie  bien  incomplète,  sans  doute,  pourtant  en 
progrès  sur  les  plus  récentes  inductions  de  la  critique  anglaise.  M.  Skeat, 
qui  a  fait  sa  chose  de  Piers  Ploughman^  a  la  parole  pour  la  réplique. 
Rectifions  aussi,  d'après  M.  Jusserand,  Topinion  qu'on  s'était  faite, 
un  peu  à  la  légère,  des  idées  de  Langland.  C'est  un  satirique,  un  mora- 
liste réformateur,  non  un  hérétique  ni  un  révolté;  il  ne  veut  aucun 
bouleversement  dans  la  société  civile  ou  religieuse,  mais  il  insiste  pour 
que  chacun,  dans  quelque  position  qu'il  soit,  fasse  son  devoir,  tout  son 
devoir.  Ce  vif  sentiment  de  l'obligation  morale  est  foncièrement  anglais  : 
il  forme  le  fond  des  remontrances  des  communes.  La  devise  de  Lang- 
land :  disce,  doce,  dilige,  n'a  rien  assurément  de  révolutionnaire,  mais 
u  il  est  du  nombre  de  ces  rares  penseurs  qui  défendent  avec  violence  des 
idées  modérées,  et  emploient  toutes  les  ressources  d'une  âme  de  feu 
pour  la  défense  du  sens  commun.  »  Je  ne  puis  qu'indiquer  sommaire- 
ment quelques-unes  des  conclusions  de  cette  minutieuse  analyse. 
M.  Jusserand  clôt  son  livre  par  une  étude  sur  la  littérature  mystique, 
et  donne  quelques  extraits  du  texte,  suivis  d'un  glossaire.  Au  point  de 
vue  de  la  forme,  la  Vision  a  ceci  de  particulier,  qu'écrite  dans  la  langue 
de  Chaucer,  elle  a  conservé  l'allitération  germanique  de  préférence  à  la 
nouvelle  prosodie  anglo-normande.  Lonchamp. 


Don  Juan  et  la  Critique  espagnole,  traduit  de  Tespagnol  par 
J.-G.  Magnabal.  Paris,  Leroux,  1893,  in-12  de  xix-460  p. — Prix:3fr.  50. 

Les  Espagnols  aiment  leur  don  Juan,  malgré  toutes  ses  méchantes 
actions  et  sa  vie  débauchée;  leurs  sympathies  pour  lui  sont  telles  qu'un 
grand  poète,  Zorrilla,  en  a  fait  le  héros  d'un  drame  assez  édifiant  —  par 
son  dénouement,  du  moins  —  pour  être  fréquemment  représenté  le  jour 
dos  morts.  Les  Espagnols  voient  de  mauvais  œil  que  des  Français,  des 
italiens,  des  Anglais  se  soient  permis  de  leur  prendre  ce  personnage,  et 
pour  prouver  qu'il  est  bien  complètement  à  eux,  ils  seraient  aises  de 
découvrir  quel  en  fut  le  type.  Suivant  M.  Pi  y  Margall,  il  paraît  qu'il 
existe  une  tradition  à  laquelle  pourrait  se  rattacher  l'histoire  de  don 
Juan.  Au  reste,  nous  n'avons  pas  du  tout  envie  de  pontester  son  origine, 
et  de  peur  d'être  rabroué  par  quelque  grincheux  Castillan,  nous  ne 
chercherons  pas  même  une  analogie  entre  l'invitation  à  souper  adressée 
à  la  statue  du  Commandeur  et  une  invitation  de  même  genre  adressée^ 
dans  un  vieux  conte  populaire  picard,  à  une  tête  de  mort  et  acceptée  par 
elle.  Cette  prédilection  pour  don  Juan  explique  que  nos  confrères 


É^ 


—  ii4  - 

d'au  delà  des  Pyrénées  s'occupent  beaucoup  de  lui.  Il  a  donné  Heu  à 
trois  éludes,  l'une  de  M.  Manuel  de  la  Revilla,  Taulre  de  M.  Pi  y  Mar- 
gall,  la  troisième  de  M.  Felipe  Picatosla.  M.  Magnabal  a  pensé  qu'il 
pourrait  être  intéressant  de  nous  les  faire  connaître  et  nous  en  a  donné 
la  traduction  en  un  volume.  Ce  qui  doit  feire  bien  présumer  de  Tappré- 
cialion  des  trois  critiques,  c'est  qu'ils  se  rencontrent  dans  l'ensemble  de 
leurs  jugements.  Tirso  de  Molinaest  le  premier  dramaturge  qui  ail  traité 
le  sujet  de  don  Juan,  il  le  mit  en  scène  dans  sa  pièce  El  Burlador  de 
Sevilla,  ouille  représenta,  il  faut  en  convenir,  moins  dépravé  que  dans 
l'œuvre  de  Molière.  Le  Burlador  deSevitla  fut  refait  par  Juan  de  Zamora 
dans  une  pièce  composée  sous  Tinfluence  des  doctrines  classiques  ve- 
nues de  France,  et  que  pour  celte  raison,  Moralin,  imbu  des  mêmes 
idées,  a  louée  beaucoup  trop.  Enfin,  de  nos  jours,  Zorrilla  a  écrit  sur 
don  Juan  Tenorio  un  drame  plein  de  contradictions,  d'impossibilités, 
mais  d'une  poésie  spiendide  qui  peut  cacher  aux  yeux  du  vulgaire  des 
défauts  que  les  trois  critiques  ont  fort  bien  vus  et  qui  les  engagèrent  à 
laisser  au  premier  rang  le  vienx  Tirso  de  Molina.  A  la  fin  de  son  étude, 
M.  Picatosla  parle  incidemment  d'une  œuvre  assez  originale  et  non  dra- 
matique, de  Campoamor.  Ce  poète  y  peint  don  Juan  retiré  du  monde,  à 
ses  derniers  moments,  accablé  d'infirmités,  et  sa  mort  n'est  plus  un 
châtiment  visible  du  ciel,  mais  la  conséquence  naturelle  de  ses  passions. 
C'est  une  bonne  idée  d'avoir  voulu  nous  faire  connaître  ce  que  les 
Espagnols  pensent  de  leurs  trois  don  Juan,  mais  la  traduction  de 
M.  Magnabal  n'est  pas  toujours  fort  élégante.  Quelques  phrases  y 
offrent  même  un  enchevêtrement  d'où  la  pensée  ne  se  dégage  pas  très 
clairement.  Disons  en  passant  que,  page  212,  on  rencontre  un  mot  qui 
n'est  pas  français  :  rancuneuse.  Peut-être  y  aurait-il  de  légères  observa- 
tions à  faire  sur  la  manière  dont  quelques  citations  ont  été  traduites. 
Ainsi  ces  mots  que  prononce  don  Juan  au  moment  où  il  disparaît  dans 
les  flammes  : 

Que  me  quemo  !  que  me  abraso  ! 
Muerto  soy  1 

ont  été  rendus  de  cette  manière  :  «  Je  hxi\\Q,  j'embrase^  je  suis  mort  !  » 
Dans  sa  préface,  M.  Magnabal  se  prononce  vivement,  presque  aigrement, 
contre  cette  école  qui  surcharge  les  pages  de  renvois  et  de  notes.  C'est 
un  exemple  qu'il  n'a  pas  voulu  suivre.  N'eût-il  pas  bien  fait  cependant,  dans 
une  petite  note,  de  défendre  la  France,  souvent  fort  injustement  attaquée 
parles  auteurs  qu'il  traduit  et  de  relever  des  phrases  comme  celle-ci  :  «  Les 
critiques,  et  en  particulier  les  critiques  français  qui  se  sont  consacrés  avec 
une  constance  si  stérile  à  rechercher  l'origine  de  toutes  les  créations 
littéraires....  »  (p.  102).  Décidément  nos  deux  sœurs,  l'Espagne  et  l'Italie, 
sont  bien  susceptibles,  et  il  est  difiicile  de  les  contenter.       Tn.  P. 


—  145  — 

HISTOIRE 

Manuel  des  antiquité»  romaines,  par  Th.  Mommsen,  J.  Marquardt 
et  P.  Kruger.  t.  XV.  La  Vie  piivée  des  Romains,  'par  Joachim  Marquardt, 
Ouvrage  traduit  sur  la  2«  édit.  allemande,  par  Victor  Henry,  t.  IL  Paris, 
Thorin,  1893,  in-8  de  576  p.,  avec  23  grav.  —  Prix  :  12  fr. 

L'éloge  du  célèbre  Manuel  des  antiquités  romaines  de  Mommsen  et 
Marquardt  n'est  plus  à  faire.  Les  deux  volumes  traduits  en  français  par 
M .  Victor  Henry  sont  des  plus  attachants  ;  le  second  en  particulier  présente 
un  vif  intérêt.  Ce  n'est  pas  seulement  un  ouvrage  à  consulter  où  Ton 
trouvera  des  renseignements  variés  sur  la  vie  privée  des  Romains,  c'est 
presque  un  livre  amusant  ;  loul  homme  à  Tesprit  cultivé  éprouvera  un 
véritable  plaisir  en  parcourant  ces  pages  si  pleines  de  faits  et  d'idées. 

Voulez-vous  savoir  ce  que  mangeaient  les  Romains?  Vous  serez  im- 
médiatement renseigné  sur  les  différentes  qualités  du  pain  et  sur  la 
manière  de  le  fabriquer  ;  les  légumes  les  plus  délicats,  les  fruits  les  plus 
savoureux  etlesplus  rares  passeront  sous  vos  yeux.  La  viande,  le  gibier, 
le  poisson,  accommodés  avec  une  véritable  science  et  un  rafl5nement 
extraordinaire,  les  huîtres,  dont  on  était  déjà  engoué  et  que  du  temps 
d'Ausone  on  élevait  artificiellement  à  Bordeaux,  formaient,  sous  l'em- 
pire, le  fond  de  Talimentation  des  gens  à  leur  aise.  Quant  aux  vins, 
Ténuméralion  de  ceux  que  produisaient  la  Grèce,  l'Asie  Mineure  et  la 
Campanie  est  fort  suggestive  ;  les  prix  élevés  qu'atteignaient  les  plus 
généreux  feraient  pâmer  d'aise  nos  amateurs  contemporains.  Ce  chapitre 
sur  l'alimentation  se  termine  par  un  aperçu  rapide  de  toutes  les  profes- 
sions qui  se  rattachent,  en  dehors  des  producteurs  proprement  dits,  à  la 
circulation  des  denrées  alimentaires. 

L'histoire  des  modes  dans  l'antiquité  n'est  pas  moins  curieuse.  La 
fabrication  et  le  commerce  des  matières  premières,  la  confection  des 
étoffes,  la  décoration  des  vêtements,  du  linge  de  table,  des  couvertures, 
l'application  des  broderies  précieuses,  forment  le  sujet  d'autant  d'études 
spéciales  et  presque  d'actualité.  Si  nos  élégantes  modernes  ne  s'intéres- 
sent pas  aux  changements  du  costume  masculin,  elles  suivront  avec 
infiniment  d'intérêt  les  variations  delà  toilette  des  dames  et  ne  s'éton- 
neront pas  d'apprendre  que  le  costume  des  femmes  diff'érait  de  celui  des 
jeunes  tilles,  qui  à  son  tour  n'était  pas  le  même  que  ceux  des  esclaves  et 
des  courtisanes.  Je  ne  parle  pas  des  modes  exotiques,  grecques  surtout, 
dont  l'introduction  bouleversait  les  sages  matrones.  Les  fourrures  et  les 
pelleteries  étaient  peu  en  usage  chez  les  vrais  Romains  ;  elles  ne  péné- 
trèrent qu'assez  tard,  à  la  suite  des  invasions  germaniques.  La  variété 
des  chaussures  était  infinie  :  suivant  les  exigences  du  moment  on  por- 
tait des  sandales,  des  souliers  ou  des  bottes  dont,  à  son  tour,  la  mode 
changeait  indéfiniment  la  forme  et  donnait  lieu  à  d'élégantes  fantaisies. 
Février  1894.  T.  LXX.  10. 


—  146  — 

La  coupe  des  cheveux,  Tarrangement  de  la  barbe,  la  coiffure,  ont  subi 
aussi  des  modificalions  dont  il  est  possible  de  fixer  la  chronologie.  Pour 
les  femmes  l'emploi  des  boucles  artificielles,  des  faux  cheveux,  des 
perruques  élail  aussi  courant  que  de  nos  jours  ;  les  coifieurs  de  Rome 
vendaient  même  aux  dames  fin  de  siècle  du  temps  d'Auguste  des  che- 
veux blonds  importés  de  Germanie. 

Dans  le  même  ordre  d'idées  l'habitalion  et  l'ameublement  forment 
un   intéressant  chapitre  de  l'histoire  de  l'art  chez  les  Romains.  La 
Grèce  leur  fournit  tous  les  modèles  à  une  époque  où  ils  ne  savaient 
guère  les  apprécier,   mais  quand  le  goût  du  beau  se  fut  éveillé  chez 
eux,  ils  eurent  la  gloire  de  conserver  intacte  pendant  des  siècles  la 
technique  grecque  et  les  arts  qui  s'y  rattachent.  Les  plus  beaux  mar- 
bres de  la  Grèce,  de  l'Asie  et  de  l'Afrique,  ceux  de   l'Italie  et  de  la 
Gaule  arrivaient  à  Rome  pour  orner  les  temples,  les  tombeaux,  les 
édifices  publics,  les  demeures  des  riches  particuliers  ou  pour  donner  la 
vie  aux  arts  mineurs  qui  dépendent  de  l'architecture.  Le  sol  se  couvrait 
de  mosaïques  aux  riches  couleurs  ;  les  innombrables  produits  de  l'in- 
dustrie céramique  remplissaient  les  maisons  des  pauvres  et  des  riches  ; 
le  bronze  prenait  toutes  les  formes  aussi  bien  pour  les  usages  domesti- 
ques que  pour  ceux  du  culte,  de  la  guerre  ou  pour  le  plaisir  des  yeux  : 
les  statuettes  des  dieux,  les  busles  et  les  statues  des  empereurs,  les 
armes,  les  appareils  d'éclairage,  lampes  ou  candélabres,  les  ustensiles 
de  tout  genre,  faisaient  partie  du  mobilier  de  chaque  maison,  sans  par- 
ler des  vases  d'argent,  ciselés  avec  une  rare  perfection,  qui  excitaient 
l'admiration  des  amateurs.  Au  travail  des  métaux  se  rattachent  encore  la 
bijouterie,  dont  tous  les  grands  musées  possèdent  des  spécimens,  et  le 
travail  des  pierres  fines  qui  a  fait  et  qui  fera  encore  le  sujet  de  maintes 
recherches.  Le  bois  était  la  matière  première  de  l'ameublement  dont  les 
formes  gracieuses  revivent  à  nos  yeux,  soit  dans  les  images  que  les  an- 
ciens eux-mêmes  nous  en  ont  laissées,  soit  dans  les  meubles  de  bronze 
ou  de  marbre  qui  nous  sont  parvenus.  Le  cuir,  Tos,  l'ivoire  et  le  verre, 
travaillés  de  mille  façons  différentes,  contribuaient,  avec  les  métaux  et 
les  étoffes,  à  compléter  les  détails  infinis  du  mobilier  romain. 

Le  chapitre  suivant  est  relatif  au  travail  intellectuel  et  aux  professions 
qui  en  dépendent,  telles  que  le  barreau,  le. professorat,  la  médecine,  la 
pharjnacie,  la  librairie,  les  arts  mécaniques,  etc.  Enfin  le  dernier  chapi- 
tre a  trait  aux  jeux  et  divertissements  dos  enfants,  aux  jeux  de  dés  et, 
en  général,  à  ceux  qu'on  joue  sur  un  tablier. 

Tel  est  le  résumé  très  bref  des  matières  développées  avec  autant  de 
talent  que  de  clarté  dans  ce  gros  volume,  dont  le  seul  défaut  est  de  ne 
pas  être  plus  complètement  illustré.  Les  quelques  gravures  qu'on  y  ren- 
contre sont  insuffisantes.  Le  mérite  du  texte  n'en  éclate  pas  moins  aux 
yeux  de  tous  les  lecteurs.  T.  de  C. 


—  147  — 

nistolre  de  l'Église,  par  le  cardinal  Hergenroether.  Traduction  de 
l'abbé  Belet.  T.  VI.  Paris,  Palmé,  1892,  in-8  de  580  p.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

Ce  tome  comprend  la  suite  de  la  septième  période  :  De  la  fln  du 
XY*  siècle  au  traité  de  Weslphalie  —  et  les  deux  premiers  chapitres  de 
la  huitième  :  Du  traité  de  Weslphalie  à  la  Révolution  française.  —  Les 
deux  cents  premières  pages  nous  présentent  le  tableau  de  la  magnifique 
effloraison  de  vie  et  de  force  expansive  dont  se  montre  animé  le  catho- 
licisme victorieux  de  l'hérésie  après  la  réforme  accomplie  par  le  concile 
de  Trente.  Dans  cette  seconde  moitié  du  xvi®  siècle,  tout  paraît  renou- 
velé comme  par  miracle.  Les  ordres  religieux  qui  se  multiphent  pour  la 
défense  et  Thonneur  de  TÉglise,  la  prospérité  des  missions,  l'activité 
des  grands  Pontifes,  le  progrès  des  sciences  et  des  arts,  les  exemples 
fortifiants  donnés  par  un  grand  nombre  de  saints,  tous  ces  points  de 
vue  sont  présentés  de  main  de  maître  par  le  savant  cardinal,  avec  une 
concision  qui  n'omet  rien.  Chaque  paragraphe  est  suivi  d'indications 
bibliographiques  et  parfois  de  notes  critiques  de  la  plus  grande  utilité. 

Le  reste  du  volume  est  presque  tout  entier  consacré  au  xvii*  siècle. 
Les  choses  de  France  y  occupent  une  place  prépondérante.  Il  est  intéres- 
sant de  voir  comment  elles  sont  présentées  et  jugées  par  un  auteur 
étranger.  Sur  un  seul  point  le  traducteur  s'est  séparé  de  sa  manière  de 
voir;  c'est  au  sujet  de  Bossuet  pour  lequel  le  cardinal  est  un  peu  sévère 
et  qu'il  place  comme  orateur  au  second  rang,  après  Bourdaloue.  Cette 
petite  note  de  l'abbé  Belet  nous  a  fait  regretter  qu'il  n'en  ait  pas  mis 
quelques  antres,  ajoutant  à  la  nomenclature  des  ouvrages  à  consulter 
l'indication  de  tels  ou  tels  travaux  parus  dans  ces  derniers  temps  sur 
ces  matières  et  qui  n'ont  pu  venir  à  la  connaissance  du  cardinal. 

La  traduction  est  bien  faite,  quoique  parfois  timide.  Au  lieu  de  Denys 
Sammartbe  et  Félix  de  Cantalicio,  nous  aurions  voulu  lire  :  Denys  de 
Sainte-Marthe  et  Félix  de  Cantalice.  Ce  n'est  pas  au  traducteur  mais  à 
l'imprimeur  que  nous  reprocherons  d'avoir  mis  Salmon  pour  Salmeron 
et  deux  fois  Arménien  pour  Arminien.  Faibles  taches  qui  n'enlèvent 
rien  au  mérite  de  l'immense  travail  dont  nous  sommes  reconnaissants 
à  M.  l'abbé  Belet.  Lamoureux. 

Mellto  Ton  Sardes*  Eine  kirchengeschichtliche  StudiCt  von  Carl  Thomas. 
Osnabriick,  Mcinders-Elstcrmann,  1893,  in-8  de  145  p. 

Le  D''  Harnack  a  fait  reporter,  dans  son  Histoire  des  dogmes,  le  déve- 
loppement parallèle  et  relativement  distinct  de  la  vie  ecclésiastique  et  de 
la  théologie  vers  la  fin  du  ii®  siècle,  dans  l'église  d'Asie  Mineure  et  dans 
celle  de  Rome,  mais  bien  des  points  restent  encore  à  éclaircir  et  bien 
des  questions  à  développer.  Méliton  de  Sardes,  en  particulier,  méritait 
d'être  mieux  connu.  Cet  esprit  véritablement  distingué,  d'après  le  peu 
que  nous  connaissons  de  lui,  eut  en  effet  en  Orient  un  rôle  considérable; 


—  148  — 

mais  ce  qui  ajoute  à  l'importance  que  ThistorieD  ecclésiastique  doit 
accorder  à  sa  personnalité,  c'est  qu'il  fut  vraisemblablement  le  premier 
qui  eut  à  son  service  un  canon  définitivement  arrêté  des  Écritures  ins- 
pirées, comme  fondement  de  sa  théologie.  Trait  d'union  entre  deux 
époques  bien  distinctes,  il  semble  déjà  appartenir  à  la  théologie  de  Tave- 
nir,  et  pourtant  il  tient  encore  par  des  liens  irrécusables  à  l'âge  post- 
apostolique. Il  y  avait  dans  cette  vie  de  quoi  intéresser,  passionner 
même  à  tm  certain  point,  un  érudit.  M.  Garl  Thomas  s'est  eflTorcé  de 
faire  revivre  documentairement  cette  figure  dont  les  lignes  principales 
étaient  un  peu  eflacées,bien  que  son  profil  restât  net  dans  son  ensemble, 
et  il  est  allé  demander  à  des  sources  variées  la  possibilité  de  cette  resti- 
tution. Écrits  antérieurs  à  Eusèbe,  passages  tirés  de  cet  historien  et 
d'autres  écrivains  grecs  et  latins,  fragments  syriaques,  documents  décou- 
verts par  Dom  Pitra,  et  d'autres  encore  viennent  lui  fournir  des  rensei- 
gnements qui  lui  permettront  de  nous  décrire  les  formes  antiques  du 
christianisme, le  rôle  apologétique  de  son  héros,  son  système  théologique 
et  ses  vues  pratiques  dans  le  domaine  de  la  morale.  Sobre  dans  ses  déve- 
loppements, prudent  dans  ses  investigations,  modéré  dans  ses  conclu- 
sions, l'auteur  a  su  donner  à  sa  dissertation  un  caractère  véritablement 
scientifique,  et  Ton  se  plaît  à  espérer  que  cet  essai  encore  inexpérimenté 
sous  certains  aspects  servira  de  base  à  une  étude  plus  vaste  dont  profi- 
tera l'histoire  du  dogme  chrétien.  G.  Péries. 


JTournal  du  Congrès  de  Munster,  par  François  OcxIER,  aumônier 
du  comte  d'Avaux,  publié  par  Auguste  Boppe.  Paris,  Pion  et  Nourrit, 
1893,  in-8  de  xxxix-268  p.  —  Prix  :  6  fr. 

Le  document  publié  par  M.  Boppe  n'est  pas  un  récit  détaillé  et  suivi 
des  négociations  qui  ont  amené  la  signature  des  célèbres  traités  de 
Westphalie.  Ce  n'est,  comme  le  diligent  éditeur  nous  en  avertit  au  début 
de  V Introduction,  que  le  cahier  de  notes,  l'éphéméride  d'un  témoin  de 
ce  grand  événement.  Confident  de  Tun  des  plénipotentiaires,  a  l'auteur 
était  bien  placé  pour  observer  ce  qui  se  passait  autour  de  lui.  Il  le  note 
tantôt  jour  par  jour,  tantôt  par  intervalles,  insérant  dans  son  journal 
aussi  bien  les  faits  politiques  que  les  petits  incidents  qui  le  touchent 
personnellement.  L'intérêt  de  ces  observations  s'accroît  lorsque  l'on 
connaît  le  rôle  qu'a  joué  pendant  le  Congrès  celui  qui  les  rédigeait.  Fran- 
çois Ogier  était  non  seulement  Taumônier  du  comte  d'Avaux,  il  servait 
aussi  de  secrétaire  à  l'ambassadeur,  rédigeant  au  besoin  une  brochure 
politique,  ou  donnant  des  conseils  dans  les  questions  religieuses.  Érudit 
et  lettré,  il  savait  se  mêler  aux  divertissements  littéraires  qui  charmaient 
l'ominent  diplomate  pendant  son  long  séjour  à  l'étranger,  et  son  carac- 
tère ecclésiastique  ne  l'empêchait  pas  de  composer  un  ballet.  Ainsi  que 


_  i49  — 

le  fait  très  bien  remarquer  M.  Boppe»  le  journal  d'un  homme  d'un  es- 
prit si  curieux  ne  peut  manquer  d'apporter,  au  milieu  des  innombrables 
volumes  publiés  sur  les  traités  de  Westphalie,  une  note  personnelle  qui 
faisait  défaut  jusqu'ici.  Aussi  faut-il  lui  savoir  gré  d'avoir  reproduit  le 
manuscrit  de  la  Bibliothèque  nationale  (n<*  1700  des  N.  Acq.  Fr.),  et 
d'avoir  accompagné  cette  reproduction  de  tous  les  éclaircissements  néces- 
saires. D'abord,  il  a.  retracé  en  quelques  pages  rapides,  mais  pleines, 
la  vie  de  François  Ogier,  si  oublié  aujourd'hui,  mais  qui  a  tenu,  dans  la 
société  liltléraire  de  la  première  moitié  du  xvii*  siècle,  un  rang  fort  ho- 
norable. Il  a  surtout  consulté,  pour  reconstituer  la  biographie  de  l'aumô- 
nier, les  ouvrages  où  ce.  dernier  s'est  plu  à  parler  de  lui-même  (Lettre 
pour  servir  de  préface  aux  Épistres  héroïdes  d'Ovide,  de  la  traduction 
de  MaroUes,  1661.  Lettre  à  l'abbé  de  Chavaroche,  dans  Inscription  an- 
tique de  la  vi'aie  croix  de  l'abbaye  de  Grandmonty  1658.  Discours,  en 
lêle  du  deuxième  volume  des  Actions  publiques).  Il  était  fils  de  Pierre 
Ogier,  avocat  au  parlement  de  Paris,  et  de  Marie  Dolet,  d'une  famille 
parisienne  de  magistrats;  il  eut  trois  sœurs  et  deux  frères  dont  l'alné, 
Charles,  fut  plus  connu  comme  homme  de  lettres  que  comme  avocat;  il 
naquit  en  1597  ou  1598,  fut  élevé  au  collège  de  Boncour,  où  il  eut  pour 
maître  Jean  Galland  ;  fut  condisciple  de  Guillaume  CoUetet,  qui  resta 
toujours  son  ami  et  qui  le  mit  en  relations  avec  Vaugelas,  Bachet  de 
Meziriac,  Farel  ;  il  eut  de  vives  polémiques  avec  le  P.  Garasse,  avec  Dom 
André  de  S'aint-Denis  ;  il  devint  un  prédicateur  renommé,  fut  à  Munster 
a  révangélisle  de  la  paix,  »  éprouva  une  injuste  disgrâce,  demandant 
au  culte  des  lettres  ses  douces  consolations  jusqu'à  sa  mort,  arrivée  le 
3  juillet  1670.  M.  Boppe,  après  avoir  raconté  la  vie  de  François  Ogier, 
montre  que  le  manuscrit  du  Journal  du  Congrès  de  Munster  (lequel 
s'arrête  au  31  décembre  1647)  est  authentique  et,  de  plus,  original.  Les 
récits  de  laumônier  du  comte  d'Avaux  sont  très  curieux  tant  au  point 
de  vue  historique  qu'au  point  de  vue  anecdotique.  On  y  trouve  les  ren- 
seignements les  plus  variés  sur  Saint-Denis,  Nanteuil,  la  famille  de 
Mosmes,  l'évêque  de  Soissons,  Simon  le  Gras,  l'église  de  Soissons,  la 
ville  de  Reims,  le  chanoine  Frémin,  qui  lui  fit  voir  «  toules  les  singula- 
rités »  de  celte  ville,  Rethel,  Charleville  (avec  sonnet  sur  cette  place), 
Mézières,  le  comte  doBussy,  Servien,  marquis  de  Sablé,  Antoine  de  Cha- 
varoche, abbé  de  Saint-Maurice,  don  Francisco  de  Mello,  Namur,  Huy, 
labbé  de  Mouzon,  Liège,  Maestricht,  Venloo,  Dordrechl,  les  diplomates 
Coignel  de  la  Thuillerie  et  marquis  de  Saint-Romain,  le  ministre  Col- 
vius,  Rotterdam,  où  les  voyageurs  saluèrent  la  statue  d'Érasme,  La  Haye, 
le  prince  d'Orange,  le  maréchal  de  Guébriant,  la  princesse  Elisabeth, 
petite-fille  de  Jacques  I",  l'archevêque  Jacques  de  la  Torre,  Joachim  de 
Wicquefort,  le  grand  philosophe  Descartes,  la  savante  Anne-Marie  de 
Schurman,  Delfl,  Claude  de  Saumaise,  Heinsius,  Barthold  Nihusius, 


—  150  — 

Kempen,Deventer,Munsler,  le  nonce  Fabio  Chigi(plus  lard  Alexandre VII), 
le  docteur  Volmar,  Isaac  de  la  Peyrère,  Jean  de  Werth  (Inant  le  comte 
de  Mérode  à  Cologne,  inter  pocuta),  Marc  Duncan,  sieur  de  Cérisanle, 
Joannes  Nicius  Erythraeus,  Tambassadeur  de  Venise,  Contarini,  le  comte 
de  Brégy,  le  baron  d'Avaugour,  le  doyen  Bernard  Mallinkrot,  le  marquis 
de  Saint-Maurice,  Théodore  Godefroy,  le  duc  de  Longueville.  M.  Boppe 
a  complété  tous  ces  renseignements  par  de  savantes  notes  où  Ton  vou- 
drait pourtant  parfois  trouver  des  références  plus  précises,  car  ce  n'est 
pas  assez  d'indiquer,  par  exemple,  ainsi  une  lettre  de  Tauteur  de  la 
PucelLe  :  «  dit  Chapelain.  »  Ajoutons  un  seul  autre  petit  reproche: 
Peiresc  (p.  xii)  n'ajamaisété  président.  L'éditeura  réuni  (en appendice) 
divers  documents  sur  la  querelle  de  Fr.  Ogier  et  du  ministre  Colvius  (ma- 
nuscrits de  la  Bibliothèque  de  TUniversité  de  Leyde),  sur  le  ballet  de 
Munster  ou  ballet  de  la  paix,  composé  par  Fr.  Ogier  et  déjà  publié  par 
M.  Lud.  Lalanne,  sur  les  sermons  de  Munster  (exorde  du  panégyrique 
de  Saint-Louis  et  fragment  du  sermon  de  la  Passion),  enfin  sur  la  cor- 
respondance de  Fr.  Ogier,  avec  reproduction  de  six  lettres  à  Claude  Joly, 
déjà  publiées  à  la  suite  du  Voyage  de  Munster  de  ce  dernier.  Le  volume, 
terminé  par  un  ample  Index  alphabétique,  est  orné  d'un  beau  portrait 
de  Taumônier  du  comte  d'Avaux.  T.  de  L. 


lies  Fusillades  du  Champ  des  martyrs*  Mémoire  rédigé  en  1816 
par  l'abbé  Gruget,  curé  de  la  Trinité,  publié  et  annoté  par  S.  Queruau- 
Lamérié.  Angers,  Germain  et  Grassin,  1893,  in-8  de  129  p. 

S'il  nreii  souvient,  l'église  de  la  Trinité,  au  faubourg  de  la  Doutre,  à 
Angers,  possède  un  buste  de  son  digne  et  vaillant  curé,  Tabbé  Gruget.  il 
ne  crut  pas  devoir  s'exiler;  il  se  cacha.  Entre  autres  asiles,  il  en  prit  un 
place  du  Ralliement  ;  de  là,  il  assistait  aux  exécutions  et  donnait  l'abso- 
lution aux  victimes.  Il  a  écrit  des  Mémoires  qui  forment,  dit-on,  vingt- 
trois  cahiers  in-12,  et,  sur  la  demande  de  Mgr  Montault  des  Isles,  évêque 
d'Angers,  un  Recueil  des  faits  qui  ont  eu  lieu  à  Voccasion  des  victimes 
massacrées  en  haine  de  Dieu  et  de  la  Royauté,  dont  les  corps  ont  été  dé- 
posés au  Champ  des  martyrs  dans  les  mois  de  janvier  et  de  février  1 794. 
C'est  ce  précieux  Recueil  que  publie  M.  Queruau-Lamérie. 

M.  Godard-Faultrier  avait  eu  communication  de  ce  manuscrit  pour 
son  intéressant  opuscule  :  Le  Champ  des  martyrs  ;  il  en  aydAl  extrait  les 
passages  les  plus  importants.  On  n'en  est  que  plus  heureux  de  lire  le  ma- 
nuscrit lui-môme,  et  l'on  s'étonne  que  l'abbé  Gruget  ait  pu  recueillir  des 
notes  si  exactes  dans  l'existence  agitée  qu'il  menait  alors.  Le  tribunal 
révolutionnaire  de  Paris  lui-même  ne  compta  pas  par  fournée  autant  de 
victimes  que  la  commission  d'Angers;  celle-ci  faisait  fusiller  hommes  et 
femmes  par  plusieurs  centaines  à  la  fois,  sans  jugement.  A  ces  ouvriers, 
à  ces  laboureurs,  à  ces  personnes  de  tout  sexe  et  de  toute  condition,  à 


—  131  — 

res  religieuses  si  fermes  dans  leur  foi,  on  a  élevé,  siir  remplacement 
même  de  leur  supplice,  une  chapelle  expiatoire  qui,  encore  aujourd'hui, 
est  fréquentée  chaque  jour  par  de  nombreux  pèlerins. 

M.  Quernau-Lamérie,  pour  qui  les  documents  originaux  de  la  com- 
mission Félix  n'a  pas  de  secrets,  s'en  est  servi  pour  contrôler  les  récits 
de  Tabbé  Gruget.  Il  a  fait  plus  :  il  a  publié  en  appendices  :  1°  des  notes 
sur  les  interrogatoires  des  détenus  d'Angers  et  les  jugements  par  F.... 
(fusillade)  69-87;  2*  les  listes  des  victimes  fusillées  au  Champ  des 
martyrs  (88-129).  Elles  sont  loin  d'être  complètes  :  il  manque  plus  d'un 
cahier  qui  aura  été  égaré  ou  détourné,  lors  de  la  remise  des  papiers  de 
la  commission  Félix  au  greffe  du  tribunal  criminel.  Ainsi,  l'abbé  Gruget 
compte  1,897  victimes,  non  compris  les  99  fusillés  du  26  germinal,  et  les 
listes  ne  comprennent  que  800  noms.  «  A  supposer,  dit  M.  Queruau-La- 
mérie,  que  les  chiffres  donnés  par  M.  Gruget,  qui,  sans  doute,  n'a  pas 
compté  les  victimes  de  chaque  chaîne  et  a  pu  être  trompé  lui-même  par 
ceux  qui  l'ont  renseigné,  soient  un  peu  exagérés,  ce  qui  n'est  pas  prouvé 
du  reste,  il  n'en  est  pas  moins  évident  que  le  nombre  des  victimes  dut 
être  notablement  supérieur  à  celui  que  nous  avons  trouvé.  Il  est  établi, 
en  effet,  que  des  personnes  indiquées  comme  a^ant  obtenu  des  sursis 
ont  été  fusillées  sans  que  nous  ayons  pu  les  comprendre  sur  nos  listes, 
à  défaut  de  preuves  certaines,  et  que  d'autres  l'ont  été  sans  avoir  été 
interrogées  et  sans  qu'il  soit  possible  de  retrouver  jamais  leurs  noms 
(88-89).  » 

On  voit  tout  l'intérêt  de  cette  précieuse  publication  et  le  soin  vraiment 
scienlifique  qui  y  a  présidé  :  l'auteur  nous  y  a  habitués.  En  terminant, 
souhaitons  que  les  Mémoires  de  l'abbé  Gruget  soient,  eux  aussi,  bientôt 
publiés,  et,  s'il  est  possible,  confiés  au  même  éditeur.    YiGTX)a  Pierre. 


L.e«  Populations  a§^ricoiesde  la  FrauMypar  Henri  Baudrillart, 
3«  série,  publiée  par  Alfred  Baudrillart.  Les  Populations  du  Midi.  Passé 
et  Présent,  Paris,  Guillaumin,  1893,  in-8  de  vi-654  p.  —  Prix  :  10  fr. 

Nos  lecteurs  connaissent  certainement  la  grande  œuvre  à  laquelle 
M.  Henri  Baudrillart  a  consacré,  avec  un  entier  dévouement,  les  der- 
nières années  de  sa  vie  laborieuse.  Chargé  par  l'Académie  des  sciences 
morales  et  politiques  de  procéder  à  une  enquête  approfondie  sur  l'éco- 
nomie rurale  de  notre  pays,  il  n*y  avait  pas  épargné  sa  peine.  Il  s'était 
imposé  d'incessants  voyages  durant  lesquels  il  examinait  à  fond  toutes 
les  questions  d'ordre  matériel  et  d'ordre  moral  qu'il  devait  traiter  dans 
ses  rapports.  Entouré  d'une  vénération  universelle  et  méritée  à  tous 
égards,  ce  grand  homme  de  bien  trouvait  partout  le  meilleur  accueil  ;  il 
en  profitait  pour  rassembler,  dans  de  longues  conversations  avec  les 
grands  et  petits  propriétaires,  avec  les  fermiers  et  les  ouvriers  agricoles. 


une  infinité  de  renseignements  précis  qu'il  savait  contrôler,  critiquer, 
grouper,  comparer  avec  les  documents  officiels  et  mettre  ensuite  en 
œuvre  fort  clairement  et  sous  une  forme  parfaite.  Dans  les  trois  vo- 
lumes que  nous  lui  devons  et  dont  le  dernier  a  été  achevé  par  son  fils, 
M.  labbé  Baudrillart,  de  TOratoire  —  un  érudit  de  marque  et  ud  excel- 
lent écrivain  —  nous  avons,  pour  plus  de  la  moitié  du  territoire,  Texposé 
très  exact  et  très  détaillé  de  la  condition  matérielle  et  morale  des  agri- 
culteurs français  durant  le  dernier  tiers  de  ce  siècle.  Toutes  les  questions 
les  intéressant  y  sont  discutées  sur  des  informations  complètes  et  avec  une 
entière  sincérité.  M.  Baudrillart  était  un  des  représentants  les  plus  auto- 
risés de  Técole  économique  orthodoxe  el  ne  pouvait  être  considéré  comme 
un  détracteur  de  notre  état  social  présent.  Sa  sympathie  pour  les 
hommes,  les  idées  et  les  choses  de  ce  temps  étaient  manifestes  ;  les  pro- 
grès et  les  améliorations  qui  sont  Thonneur  de  notre  époque  ne  Tont 
pas  laissé  indifliêrent  et  il  n'a  pas  manqué  de  les  mettre  en  lumière. 
Mais  il  avait  Tàme  haute  et  Tardent  souci  du  bien  public  ;  aussi  n'a-t-il 
pas  dissimulé  les  misères  et  les  abus  dont  nous  soufirons,  et,  sans  se 
lasser,  il  a  eu  le  courage,  plus  rare  qu'on  ne  pense,  de  dénoncer  forte- 
ment nos  maux  et  d'en  chercher  les  remèdes.  Il  n'a  pas  manqué,  toutes 
les  fois  qu'il  l'a  dû,  de  flétrir  le  vice,  l'ivrognerie,  le  fol  amour  du  luxe 
et  du  plaisir,  la  stérilité  voulue  des  mariages  qui  constituent,  dans  cer- 
taines de  nos  provinces,  un  terrible  danger  pour  la  vie  nationale.  D*un 
bout  à  Vautre,  ses  études  sont  élevées  et  vivifiées  par  un  souffle  spiri- 
tualiste  vraiment  puissant.  Ce  savant  économiste  était  un  chrétien  con- 
vaincu et  son  œuvre  prouve  une  fois  de  plus  que  le  souci  des  choses 
éternelles  n'enlève  rien  à  la  clairvoyance  de  l'esprit,  en  ce  qui  touche  aux 
intérêts  matériels  des  hommes.  Tel  crilique  peu  suspect  de  partialité  à 
l'endroit  de  noire  foi  a  conslalé  expressément  que  ce  croyant  sincère  était 
un  esprit  très  libre  et  très  sûr. 

Ce  qui  ajoute  singulièrement  à  l'intérêt  et  à  la  valeur  des  Populations 
agricoles  de  la  France,  ce  sont  les  études  rétrospectives  qui  servent 
d'introduction  à  chacune  des  monographies  dont  l'ouvrage  se  compose. 
M.  Baudrillart  avait  très  justement  pensé  que  pour  accomplir  pleinement 
la  tâche  difficile  qui  lui  avait  été  confiée,  il  était  iodispensable  de  re- 
monter anssi  haut  que  possible  dans  le  passé.  C'était  un  de  ces  patriotes 
éclairés  pour  qui  la  France  ne  dale  pas  d'un  siècle;  il  avait  le  culte  des 
ancêtres,  et  c'était  avec  une  vraie  piété  filiale  qu'il  s'efiorçait  d'entrer 
dans  leurs  pensées,  de  connaître  leurs  œuvres.  D'autre  part,  il  compre- 
nait qu'au  fond  il  n'est  pas  une  institution,  pas  un  progrès,  pas  une 
situation  à  laquelle  on  puisse  exactement  appliquer  l'audacieuse  épi- 
graphe de  VEsprit  des  lois  :  Prolem  sine  matre  creatam.  Si,  malgré  les 
misères  de  notre  condition  présente,  malgré  nos  défauts  et  nos  vices, 
nous  sommes  très  portés  à  nous  admirer,  à  glorifier  les  conquêtes  maté- 


—  153  — 

rielles  que  nous  avons  faites,  à  nous  extasier  sur  la  diffusion  de  Tins- 
trnclion  et  du  bien-être,  nous  devrions  savoir  que  ces  résultats  ne  sont 
pas  dus  uniquement  à  nos  efforts  et  qu'il  en  faut,  dans  une  large  me- 
sure, attribuer  le  mérite  aux  générations  qui  nous  ont  précédés  et  qui 
ont  obscurément  peiné  avant  nous. 

Aussi,  dans  chacun  des  trois  volumes  de  sa  dernière  œuvre,  M.  Bau- 
drillart  avait  pris  pour  base  de  ses  rapports  sur  Tétat  actuel  de  chaque 
province  une  étude  approfondie  de  sa  situation  au  moyen  âge  et  sous 
Tancien  régime.  11  avait  su  recourir  partout  aux  meilleurs  travaux  de 
première  main,  en  extraire  le  suc  et  la  substance,  en  faire  Tharmonieuse 
synthèse  et  présenter  avec  beaucoup  de  clarté  et  de  chaleur  les  résultats 
acquis.  11  avait  rencontré  dans  ces  recherches  rétrospectives  l'explication 
d'une  multitude  de  faits  contemporains,  parce  qu'il  Ty  avait  poursuivie 
avec  une  grande  perspicacité  et  une  conscience  parfaite. 

Ce  troisième  volume  décrit  et  crilique  la  situation  présente  des  popu- 
lations du  Midi,  après  avoir  retracé  le  tableau  de  leur  état  ancien.  Les 
provinces  ici  représentées  sont  la  Provence,  le  comté  de  Nice,  le  Com- 
lal-Venaissin,  le  Languedoc,  le  Roussillon,  le  Rouergue,  le  Vivarais,  le 
Velay.  La  plupart  des  chapitres  a"vaientété  mis  au  point  par  M.  H.  Bau- 
drillart,  qui  a  travaillé  jusqu'à  la)  dernière  heure  avec  une  admirable 
vaillance.  Quelques-uns  ont  été  terminés  ou  même  rédigés  — on  devine 
avec  quel  respect  de  sa  pensée  et  de  sa  méthode  —  par  son  digne  fils. 

Il  est  bien  désirable  qu'une  œuvre  comme  celle-là,  bien  supérieure,  au 
double  point  de  vue  de  Tabondance  des  renseignements  et  de  l'impartia- 
lité, aux  Voyages  en  France,  pourtant  si  utiles  aux  historiens,  d'Ar- 
thur Young,  soit  achevée  par  les  soins  de  l'Académie  des  sciences  mo- 
rales, qui  en  a  pris  l'initiative.  Espérons  que  M.  Baudrillart  trouvera  un 
continuateur  fidèle  à  son  esprit  et  à  ses  procédés.  Mais  puisque  son  fils 
est  absorbé  par  ses  travaux  d'histoire  diplomatique,  ce  conlinuateuridéal 
sera,  je  le  crains,  difficile  à  trouver.  Ernest  Allain. 


La  France  et  l'Italie  devant  T histoire,  par  Joseph  Reinach. 
Paris,  Alcan,  1893,  in-8  de  244  p.  —  Prix  :  5  fr. 

Cet  ouvrage  de  M.  J.  Reinach  ne  manque  ni  d'intérêt  ni  de  valeur. 
Ce  n'est  pas,  à  proprement  parler,  une  page  d'histoire,  mais  plutôt  un 
discours,  toujours  animé,  quelquefois  violent,  pour  soutenir  une  thèse, 
à  savoir  que  «  l'intervention  de  la  France  dans  les  affaires  d'Italie  s'exerce 
presque  toujours  dans  le  même  sens,  qui  est  le  grand  courant  de  la  civi- 
lisation et  de  la  liberté.  »  Cette  thèse  est  discutable,  de  même  que  Tas- 
sentiment  sans  réserve  donné  par  l'auteur  à  la  politique  du  cardinal  de 
Richelieu  en  Allemagne.  M.  Reinach  a  aussi  méconnu  le  caractère  et  le 
rôle  de  la  Papauté,  contre  laquelle  il  va  quelquefois  jusqu'à  Tinvective. 
Sur  ce  terrain,  le  livre  relève  plutôt  du  pamphlet  que  de  l'histoire. 


—  154  — 

Par  contre,  certaines  parties  sont  traitées  avec  autant  de  discernement 
que  de  verve,  notamment  la  politique  de  Mazarin  en  Italie.  M.  J.  Rei- 
nach  n'est  pas  doux  pour  le  gouvernement  de  la  rue,  et  il  a  bien  raison. 
Je  citerai  également  comme  ressortant  du  récit  avec  une  précision  lumi- 
neuse et  accablante,  Tégoïsme  conscient  de  la  maison  de  Savoie  sacri- 
fiant l'indépendance  de  Tllalie  toutes  les  fois  que  le  succès  ne  devait 
pas  être  à  son  profil.  C'est  comme  cela  qu'on  fait  les  bonnes  maisons. 

Assurément  les  princes  de  Savoie  ont  gagné  à  ce  qui  est  survenu 
depuis  ;  mais  les  Italiens  sont-ils  devenus,  par  la  solution  savoisienne, 
plus  heureux  et  plus  libres  qu'ils  ne  l'eussent  été  sous  telle  autre  combi- 
naison qui  leur  a  été  offerte  et  que  la  politique  de  Turin  fit  échouer? 
Quant  à  l'Italie,  elle  siège,  il  est  vrai,  un  peu  plus  haut  que  la  Turquie, 
dans  l'heptarchie  européenne  ;  mais  «  la  sœur  latine,  »  depuis  qu'elle  est 
entrée,  avec  la  Triplice,  dans  le  camp  d'Agramanl,  y  figure  un  peu 
comme  un  satellite  et  un  appoint  pour  la  carte  à  payer.  Elle  s'y  est 
amoindrie  en  redevenant  ce  qu'elle  avait  été  jusqu'en  1803,  le  vicariat 
de  l'Empire;  encore  y  avait-il  alors  le  Saint-Empire,  au  lieu  de  la  chose 
purement  allemande  qui  a  surgi  en  1871. 

Le  livre  de  M.  J.  Reinach  agacera  beaucoup  de  gens;  mais,  sous  le 
bénéfice  de  graves  réserves,  la  lecture  en  est  intéressante,  et  même  ins- 
tructive. A.  d'Avril. 


La  Prusse  et  son  roi  pendant  la  n^uerre  de  Crimée,  par 

G.  RoTHAN.  Paris,  Calmann  Lévy,  1893,  in-12  de  396  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Ce  travail  de  feu  Rothan  ne  manque  pas  d'intérêt  ni  d'agrément  ; 
mais  je  n'estime  pas  qu'il  soit  à  la  hauteur  d'autres  de  ses  publications, 
notamment  ^qV  Europe  et  V  avènement  du  second  Empire,  que  je  présen- 
tais Tannée  dernière  aux  lecteurs  du  Polybiblion  (t.  LXVIII,  p.  150).  Le 
nouveau  récit  n'a  pas  aussi  grand  air  :  l'ingénieux  diplomate  y  a  une 
tendance  à  prendre  les  personnes  et  les  choses  par  les  petits  côtés  :  c'est 
moins  de  l'histoire  que  la  chronique  du  monde  diplomatique  pendant  la 
guerre  de  Crimée  ;  mais  le  volume  renferme,  quelques  documents  igno- 
rés ou  peu  connus,  et  il  y  a  là  une  attraction  pour  le  public  qui  goûte 
singulièrement  la  chronique  documentée. 

M.  Rothan  voit  généralement  juste  ;  quelques  appréciations  pour- 
raient, cependant,  être  discutées.  La  guerre  de  Crimée  n'a  pas  eu  pour 
cause  principale  les  rancunes  de  lord  S.  de  Redcliffe  contre  l'empereur 
Nicolas  (p.  i3)  :  j'attacherais  plus  de  portée  à  la  rancune  de  Napoléon  III 
contre  le  même  souverain,  qui  n'avait  pas  voulu  l'appeler  «  Monsieur 
mon  frère.  »  —  L'antagonisme  entre  l'Autriche  et  la  Prusse  n'a  pas  été 
provoqué  en  1854  par  la  guerre  de  Crimée  (p.  2)  :  il  date  de  loin  ;  il 
avait  déjà  éclaté  à  Olmûtz  en  1850,  avec  une  acuité  qu'il  n'a  plus  atteinte 
jusqu'en  1866. 


—  155  — 

L'auleur  est  habile  à  peindre  les  personnages  qu'il  met  en  scène; 
mais  je  me  permettrai  encore  plusieurs  restrictions.  J'étais  en  Allema- 
gne quelques  années  auparavant;  il  ne  m'est  pas  resté  l'impression  que 
le  prince  royal  d'alors  fût  généralement  apprécié  comme  guerrier  et 
comme  politique.  Ainsi  que  dit  M.  Kothan,  «  le  prince  vivait  à  part  et 
personne  ne  soupçonnait  sa  grandeur  future  »  (p.  44).  —  L'auteur  ne 
donne  pas  une  notion  exacte  de  la  haute  valeur  de  Gerlach,  lequel  repré- 
sentait bien  autre  chose  que  «  l'idée  russe,  »  comme  allaient  bientôt  le 
montrer  ses  mémorables  prises  avec  Bismarck.  Quanta  Prokesch-Osten, 
il  n'était  pas  fait  pour  sympathiser  avec  notre  auteur;  mais  ceux  qui 
l'ont  approché  appréciaient  en  lui  le  sérieux  et  le  brillant  d'un  esprit 
cultivé  ;  nous  ne  l'avons  jamais  trouvé  «  impudent  »  (p.  31).  Par  con- 
tre, plusieurs  estimeront  qu'il  n'était  pas  nécessaire,  à  propos  de  la  Cri- 
mée, de  brûler  un  grain  d'encens  à  M.  Renan. 

Quant  à  Frédéric-Guillaume  IV,  je  ne  conteste  pas  qu'il  fût  incom- 
plet et  troublant  pour  les  diplomates,  même  impatientant  ;  mais  M.  Ro- 
Ihan  cite  plusieurs  traits  qui  suffiraient  à  élever  plus»  haut  qu'il  ne  le 
place,  un  roi  qui  a  rêvé  le  bel  idéal  d'un  «  État  historique  et  chrétien,  » 
que,  d'ailleurs,  il  n'avait  pas  la  force  de  réaliser.  L'idée  fixe  de  délivrer 
les  chrétiens  de  l'oppression  des  musulmans  (p.  50)  n'a  rien  que  d'ho- 
norable et  même  de  sensé.  Je  ne  saurais  non  plus  trouver  ridicule  dé 
professer  «  les  idées  du  faubourg  Saint-Germain  »  [Ibidem).  —  On  ne 
saurait  lui  reprocher  que  «  sa  conscience  fût  plus  forte  que  son  ambition 
et  le  mil  en  lutte  incessante  avec  la  raison  d'État  »  (p.  58j. —  M.  Ro- 
Ihan  trouve,  et  avec  raison,  que  la  lecture  de  quelques-unes  des  lettres 
du  Roi  est  «  pénible  et  troublante  ;  »  mais  il  ajoute  que  «  le  Roi  a  écrit 
des  lettres  qui  font  honneur  à  son  cœur  et  à  son  esprit  »  (p.  50).  Ces 
témoignages  ne  sont  pas,  cependant,  d'un  apologiste.  Je  terminerai  en 
empruntant  ^  l'auteur  une  appréciation  qui  spécifie  mieux  que  tout  le 
reste  ce  souverain  difficile  à  manier,  mais  si  supérieur  moralement  à 
ceux  qui  l'ont  précédé  ou  suivi  :  «  Il  n'était  pas  aisé  de  faire  prévaloir  la 
politique  scabreuse  des  compensations  auprès  d'un  roi  mystique,  pro- 
fessant le  respect  du  droit  et  du  bien  d'autrui.  » 

La  politique  de  Frédéric-Guillaume  IV,  dans  ses  rapports  avec  la 
Russie,  est  caractérisée  très  clairement  par  la  conclusion  des  arrange- 
ments signés  le  20  avril  1854  avec  l'empereur  d'Autriche.  Cette  poli- 
tique est  la  conséquence  logique  des  deux  mobiles  permanents  qui  s'im- 
posaient alors  à  la  Prusse,  et  dont  l'un  a  disparu  de  nos  jours  par  le 
développement  naturel  de  l'autre,  c'est-à-dire  :  avant  tout,  l'intérêt  de 
l'Allemagne  dans  la  vallée  du  Danube  où  l'Autriche  est  son  pionnier;  au 
second  rang,  l'amitié  avec  la  Russie,  cimentée  par  un  attentat  commun, 
le  partage  de  la  Pologne,  et  par  une  alliance  de  famille  alors  très  étroite, 
les  deux  souverains  étant  beaux-frères  ;  mais  retenons  bien  que  jamais 


—  156  — 

la  Prusse  n'a  sacrifié  l'intérêt  alleniand  à  l'amitié  russe.  L'espace  rae 
manque  pour  développer  ce  point  de  vue,  qui  est  exposé  en  détail  dans 
Négociations  relatives  au  traité  de  Berlin  (Paris,  Leroux)  et  dans  le 
Correspondant  de  juillet  1884. 

L'exécution  des  arrangements  du  20  avril  donna  satisfaction  aux  deux 
mobiles  prussiens,  qu'on  n'apercevait  pas  clairement  à  Paris  et  à  Lon- 
dres. 1*  Par  l'occupation  autrichienne  des  Principautés,  la  Russie  fut 
empêchée  de  nuire  aux  intérêts  allemands  dans  la  vallée  du  Danube, 
lequel  (disent  les  Allemands)  «  doit  être  allemand  depuis  ses  sources 
jusqu'à  ses  embouchures.  »  2**  L'occupation  autrichienne  empêcha  Orner 
Pacha  d  atlaquer  le  corps  russe  de  Dannenberg,  qui,  devenu  libre,  alla 
renforcer  l'armée  russe  en  Crimée  contre  nous.  Au  point  de  vue  prussien 
d'alors,  le  cabinet  de  Berlin  a  eu  raison  de  ne  pas  aller  aussi  vile  et 
aussi  loin  que  Paris  et  Londres  l'auraient  voulu.  Les  arrangements  du 
20  avril  étaient  logiques  et  sont  venus  à  leur  heure.  «  Marcher  avec 
l'Autriche  serait  allemand,  »  disait  le  Roi  à  Manteufiel,  lequel  se  plaçait 
à  un  point  de  vue  étroit  et  politicien  en  répondant  que  «  ce  ne  serait  pas 
prussien  >»  (p.  67).  Rien  n'était  plus  prussien  alors  que  sauvegarder 
les  inlérêls  allemands  aux  frais  et  risques  de  l'Autriche,  en  rendant 
service  à  la  Russie,  sans  se  brouiller  avec  la  France....  et  sans  rien 
dépenser.  A.  d'Avril. 

Correspondance  des  beys  de  Tnni»  et  des  consuls  de 
France  airecla  cour  (Itt77-I830),  par  Euo.  Plantet.  T.  I.  Paris, 
Alcan,  in-8  de  xl-654  p.  —  Prix  :  15  fr. 

En  ce  temps  de  renouveau  de  la  politique  coloniale,  il  est  bon  de  re- 
monter dans  le  passé  pour  y  chercher  l'enseignement  du  présent.  M.  Eu- 
gène Plantet  contribue  à  cette  œuvre  bienfaisante  et  patriotique  par 
une  belle  série  de  publications  sur  les  anciens  rapports  de  la  France  et 
des  pays  barbaresques  :  deux  vohimes  fort  remarquables  ont  déjà  paru 
sur  l'Algérie  :  Correspondance  des  deys  d'Alger  avec  la  cour  de  France; 
deux  autres  sur  la  Tunisie,  et  deux  sur  le  Maroc  compléteront  Tœuvre  qui 
devrait  bif'U  avoir  son  pendant  pour  les  autres  champs  ou  s'est  déployée 
l'activité  de  nos  pères  :  pour  le  Canada,  par  exemple.  Le  présent  volume 
s'arrête  au  seuil  du  xvni®  siècle,  et  il  est  digne  de  ses  aînés.  On  y  trouve 
sept  cent  vingt-deux  documents  analysés  ou  publiés,  tirés,  comme  les 
précédents,  des  archives  des  Affaires  étrangères,  de  la  Marine  et  de  la 
Chambre  de  commerce  de  Marseille,  et  celte  seule  constatation  permet 
déjà  d'apprécier  la  somme  de  patiento  énergie  dépensée  dans  la  forma- 
tion d'un  pareil  recueil.  Ces  richesses  ont  leur  éloquence  :  on  sort  for- 
tifié de  cette  lecture.  Sans  doute,  il  y  a  bien  des  ombres  au  tableau. 
La  Chambre  de  commerce  de  Marseille,  que  nous  venons  de  citer,  était 
d'une  rapacité  sordide  qui  entravait  nos  progrès  ;  Savary  de  Brèves,  et 


tVaiilres  après  lui,  s'en  plaignent  avec  amertume.  Il  y  a  aussi  des  traîtres 
qui  jettent  la  zizanie  dans  la  colonie  française,  ou  des  incapables, 
comme  ce  Dumolin,  tourné  en  ridicule  par  le  chevalier  d'Arvieux,  qui 
se  conduit  si  lâchement  avec  le  P.  Le  Vacher  (p. 216-221),  «lequel  était, 
dit  le  chevalier,  estimé  de  tout  le  monde,  et  qui  rendait  des  services 
importants  à  tous  les  marchands  et  à  tous  les  esclaves,  dont  il  était  le 
père  et  le  protecteur.  »  Le  P.  Le  Vacher  avait  parlé  avec  douceur  à  l'en- 
voyé autoritaire  de  Louis  XIV  :  «  Je  ne  sais,  Monsieur,  d'où  vient  la  dif- 
ficulté que  vous  témoignez  à  permettre  que  les  lettres  qui  m*ont  été  en- 
voyées de  France  par  votre  vaisseau  me  soient  rendues;  je  ne  puis 
croire  que  vous  en  ayez  Tordre  exprès  du  Roi  »  (16  juin  1666).  Mais  in- 
capables et  traîtres  sont  rares,  et  notre  politique  est  grande  et  forte  : 
Anglais,  Italiens  ou  Hollandais  nous  rendent  les  armes,  car,  au  moindre 
avantage  qu'ils  obtiennent,  nos  agents  réclament  Tégalité.  Il  y  a  aussi, 
dans  ce  volume,  un  côté  pittoresque,  on  pourrait  dire  romanesque,  qui 
est  attachant  :  deux  figures  se  détachent  ainsi  en  plein  relief,  Giudicelli, 
dit  Sanson  NapoUon  (p.  70  à  82),  imparfaitement  connu  jusqu'à  ce  jour, 
et  le  chevalier  Paul  (p.  158  à  171),  celui-là  complètement  ignoré,  et  dont 
le  séduisant  portrait  n'est  pas  une  des  moindres  nouveautés  de  l'excellent 
travail  qui  nous  occupe.  Au  résumé,  le  grand  intérêt  du  livre  et  de 
l'œuvre,  en  général,  de  M.  Plantel,  l'intérêt  actuel,  c'est  d'offrir  aux 
arrière-petits-neveux  de  NapoUon  et  de  Colbert  des  exemples  à  suivre. 

A.  S. 


Histoire  des  Ktats-IJnls  de  rAmérliiae  du  IVord,  depuis  la 
découverte  du  nouveau  continent  jusqu'à  nos  jours,  par  Auguste  Moireau. 
Paris,  Hachette,  1892,  2  gr.  vol.  in-8  de  584  et  503  p.  —  Prix  :  20  fr. 

lllfftory  of  the  !%'ei¥-l%'orld  called  America,  par  ëdw.  J.  Payne. 
Tome  I.  Oxford,  Clarendon  Press,  1892,  in-8  de  xv-546  p. 

M.  A.  Moireau,  le  distingué  rédacteur  en  chef  du  Messager  de  Paris,. 
a  entrepris  une  œuvre  considérable.  Les  deux  premiers  volumes,  les 
seuls  parus  jusqu'ici,  nous  conduisent  jusqu'à  Tan  1800.  Mais  les  États- 
Unis  méritent  bien  une  histoire  détaillée.  Le  tome  P*"  débute  par  l'ex- 
posé de  toutes  les  recherches  modernes  sur  les  anciens  habitants  du 
continent  nord-américain  et  sur  les  découvertes  antérieures  à  Christophe 
Colomb.  Il  n'a  cependant  pas  mentionné  les  prétentions  des  savants 
irlandais  qui  soutiennent  que  leurs  ancêtres  y  ont  précédé  les  Vikings 
Scandinaves.  Le  reste  du  volume  est  consacré  aux  explorations  et  dé- 
cunvtTtes,  celles-là  sérieuses,  du  xvi'  et  du  xvii*  siècle  et  à  la  période 
culoniale.  Il  va  jusqu'à  la  déclaration  de  l'indépendance  en  1776. 

Le  second  volume  comprend  la  guerre  pour  l'indépendance  et  l'al- 
liance avec  la  France,  la  transformation  des  colonies  en  États  et  leurs 
c.iiStiLutions  particulières,  la  confédération,  la  constitution  fédérale  et 


—  iS8  — 

l'organisation  du  gouvernement  national  par  le  parti  fédéraliste.  L'his- 
toire des  deux  présidences  de  Washington  est  traitée  avec  un  soin  très 
grand  et  offre  un  vif  intérêt  à  cause  des  rapports  de  la  nouvelle  Républi- 
que avec  la  Convention  française  et  la  coalition.  L'auteur  a  tracé  un  ta- 
bleau très  animé,  d'après  les  journaux  du  temps,  du  monde  d'émigrés 
et  de  jacobins  qui  s'agitait  alors  à  Philadelphie  et  de  la  vie  de  société 
qu'on  y  menait.  C'était  en  effet  provisoirement  le  siège  du  gouverne- 
ment et  du  Congrès.  Non  seulement  M.  Moireau  a  mis  à  profit  tous  les 
documents  diplomatiques,  tous  les  mémoires  contemporains  pour  dé- 
crire la  suite  des  événements  de  la  politique  intérieure  et  extérieure, 
mais  il  a  également  fait  une  place  importance  à  la  littérature  et  au  mou- 
vement intellectuel  dans  la  période  coloniale^  pendant  la  Révolution  et 
dans  les  quinze  années  qui  suivirent.  C'est  la  partie  la  plus  neuve  de  cet 
ouvrage  qui  vient  après  tant  d'autres  de  mérite.  On  trouve  là  des 
renseignements  qu'on  chercherait  vainement  même  dans  l'œuvre  ma- 
gistrale de  M.  A.  Carlier.  Par  contre,  M.  Moireau  n'a  pas  consacré 
autant  d'attention  à  la  race  rouge  que  ne  l'a  fait  le  patient  et  perspi- 
cace auteur  de  V Histoire  du  peuple  américain.  Il  ne  la  néglige  pas  ce- 
pendant complètement.  Nous  regrettons  davantage  qu'il  n'ait  pas  mieux 
utilisé  les  publications  de  la  Johri's  Hopkins  University  et  de  YBar- 
vard  University  sur  les  institutions  sociales  de  la  période  coloniale.  On 
y  trouve  des  aperçus  très  neufs  fondés  sur  l'investigation  des  archives 
locales  qui  jettent  un  jour  nouveau  sur  les  origines  du  peuple  américain 
et  méritent  de  prendre  place  dans  l'histoire  générale.  Malgré  cette  lacune 
l'œuvre  de  M.  Moireau  a  un  réel  mérite  ;  des  caries  intercalées  dans  le 
texte  et  des  bibliographies  développées  à  la  suite  des  principales  divi- 
sions en  font  un  ouvrage  utile  à  consulter  en  même  temps  qu'intéres- 
sant à  la  lecture. 

—  h' Histoire  du  Nouveau  Monde,  de  M.  Edward  J.  Payne,  de 
l'Université  d'Oxford,  paraît  devoir  être  un  ouvrage  de  proportions  en- 
core plus  vastes  et  une  œuvre  d'érudition  de  grande  valeur.  L'au- 
teur s'est  inspiré  des  meilleures  méthodes  et  il  ne  marche  que  pas  à 
pas,  avec  une  critique  rigoureuse.  Le  premier  volume  se  compose  de 
deux  livres  :  le  premier  traite  de  la  découverte  de  l'Amérique  et  fait 
l'historique  le  plus  complet  qui  ait  paru  jusqu'ici  de  toute  la  tradition 
géographique  relative  à  l'existence  de  vastes  terres  à  l'Ouest  qui  a  ins- 
piré le  génie  de  Christophe  Colomb,  ainsi  que  des  explorations  des 
Scandinaves  du  ix®  au  xiv®  siècle.  Le  second  livre  est  consacré  à  l'état 
des  peuples  aborigènes  au  moment  de  la  conquête.  M.  Edward  J.  Payne 
développe  un  peu  longuement  une  théorie  sur  les  rapports  entre  l'état 
social  et  les  moyens  de  subsistance  que  les  économistes  exposent  en 
quelijues  lignes.  Ses  recherches  sur  la  civilisation  matérielle,  le  culte, 
les  idées  et  les  traditions  religieuses  des  tribus  qui  habitaient  le  Pérou 


—  159  — 

et  le  Mexique  n'en  ont  pas  moins  une  originalité  de  bon  aloi  et  une  vé- 
ritable profondeur.  Il  interprète  fort  judicieusement  les  documents  qui 
nous  ont  été  conservés  sur  ces  tribus  par  la  science  comparée  des  reli- 
gions de  l'antiquité  classique.  M.  Payne  fait  justice  des  banalités  cou- 
rantes sur  la  prétendue  civilisation  avancée  des  Aztèques  et  des  Incas. 
Des  peuplades  qui  n'avaient  presque  pas  d'animaux  domestiques  ne 
pouvaient  pas  avoir  un  développement  intellectuel  et  social  comparable 
à  celui  de  Tancien  monde,  comme  le  soutiennent,  à  Mexico,  les  aztéco- 
manes  dans  un  intérêt  de  parti.  Le  collectivisme  agraire  des  Péruviens 
et  des  Mexicains  d'avant  la  conquête,  dont  le  regretté  M.  de  Laveleye  fai- 
sait si  grand  état,  n'était  pas  non  plus  autre  chose  que  les  corvées  collec- 
tives imposées  aux  classes  serves  parles  classes  supérieures,  et  nulle  part 
le  peuple  n'était  plus  durement  asservi.  Tels  sont  quelques-uns  des  aper- 
çus que  l'on  trouve  dans  cet  ouvrage.  11  se  recommande  non  seulement 
aux  américanistes,  mais  encore  aux  personnes  occupées  de  l'étude  histo- 
rique des  religions.  Claudio  Jannet. 

• 

Joseph  de  Malstre  aTant  la  RéTolatlon,  souvenirs  de  la  société 
d'autrefois  (4753-1793),  par  François  Descostes.  Paris,  Alphonse  Picard, 
1893,  2  vol.  in-8  de  329  et  402  p.  —  Prix  :  15  fr. 

Le  livre  que  M.  François  Descostes  vient  de  publier  sur  Joseph  de 
Maistre  avant  la  Révolution  est  certainement  très  intéressant.  M.  Des- 
costes est  Savoisien,  il  aime  et  connaît  bien  son  pays,  ce  qui  le  préparait 
tout  natureUement  à  en  bien  parler;  de  plus  il  a  eu  la  chance  de  retrou- 
ver le  journal  inédit  de  Gaspard  Roze,  le  collègue  au  Sénat  et  l'un  des 
plus  intimes  amis  de  Joseph  de  Maistre,  et  il  a  fait  dans  les  diverses 
archives  d'anciennes  familles  de  la  Savoie  d'intéressantes  découvertes 
qui  lui  ont  permis  de  jeter  un  jour  nouveau  sur  la  première  partie,  la 
moins  connue  jusqu'ici,  de  la  vie  de  Joseph  de  Maistre.  Enfin,  M.  Des- 
costes a  du  talent,  une  plume  brillante,  et  un  vif  sentiment  des  beautés 
pittoresques  de  la  région  où  Joseph  de  Maistre  a  vécu  jusqu'au  moment 
de  son  départ  pour  l'exil.  Il  avait  donc  entre  les  mains  bien  des  éléments 
pour  faire  un  livre  vraiment  original  et  neuf:  il  y  a  réussi.  Son  Joseph 
de  Maistre  est,  je  ne  dis  pas  un  très  bon  livre,  avec  un  pareil  sujet  ce 
serait  banal,  mais  un  livre  distingué,  qui  se  lit  avec  agrément  et  profit. 
Bien  des  choses  y  sont  dites  que  nous  ne  connaissions  qu'imparfaitement 
sur  l'enfance  de  Joseph  de  Maistre,  sur  sa  famille,  qui  exerça  une  in- 
fluence décisive  sur  ce  génie  austère,  vigoureux  et  si  chrétien,  éclairé 
souvent  d'un  sourire  qui  s'épanouit  toujours  près  des  foyers  heureux  ; 
puis  nous  voyons  Joseph  de  Maistre  grandir,  dans  le  travail  et  la  vertu, 
se  préparant  à  devenir  l'homme  d'État  éminent  et  l'éloquent  écrivain 
que  l'exil  bientôt  nous  révélera.  Il  débute  dans  la  magistrature  et  y 
marque  déjà  sa  place  par  quelques  discours  de  haute  envergure  où  les 


^y. 


—  160  — 

qualités  qui  brilleront  plus  lard  d'un  si  vif  éclal  n^excluent  pas  certains 
défauts  que  rioflueuce  de  Rousseau  avait  inculqués  à  toute  la  jeunesse 
du  temps.  Quelques  lettres  inédites  achèvent  de  nous  faire  encore  con- 
naître cette  belle  âme  d'honnête  homme  et  cet  esprit  français.  Puis 
Texil  commence  et  avec  lui  cette  nouvelle  vie  au  seuil  de  laquelle 
M.  Descostes  s  arrête,  peut-être,  nous  le  souhaitons,  pour  nous  en  faire 
plus  tard  le  récit. 

S'il  reprend  jamais  la  plume  pour  continuer  son  livre,  nous  lui  deman- 
dons d'en  soigner  un  peu  plus  la  composition.  Car  ce  livre,  si  intéressant, 
n'est  pas  un  livre  très  bien  fait.  Trop  de  digressions  viennent  dé- 
tourner Tattention  de  la  figure  principale  pour  ne  pas  affaiblir  un  peu 
l'impression  qu'elle  fait  sur  le  lecteur.  M.  Descostes  avait  trop  de  ma- 
tériaux entre  les  mains  et  il  a  voulu  à  toute  force  les  faire  entrer  dans 
un  cadre  qui  ne  comportait  pas  tant  de  choses.  C'est  un  tort;  si  brillantes 
que  soient  ces  chevauchées  à  travers  les  souvenirs  dn  la  société  sa- 
voisienne,  elles  fatiguent  un  peu  lelecteur,  qui  préférerait  voir  plus  tôt 
et  ne  jamais  perdre  de  vue  la  grande  figure  qui  l'attire.  Ce  sont  là  dé- 
fauts d'orateur,  dont  un  historien  devrait  se  garder.  On  en  a  fait  déjà  de 
divers  côtés  l'observation  à  l'auteur  ;  espérons  qu'à  son  prochain  livre 
M.  Descostes  se  souviendra  de  la  leçon.  P.  Talon. 


Mémoires  sur  Carnot,  par  son  fils.  Nouvelle  édition.  Paris,  Chara- 
vay,  1893,  2  vol.  gr.  in-8  de  607  et  645,  p.  avec  23  illustr.  —  Prix  :  20  fr. 

C'est  de  1861  à  1863  que  M.  Hippolyte  Garnot  publia  sur  son  père  les 
Mémoires  qu'on  réédile  aujourd'hui.  On  trouvera  dans  ces  deux  majes- 
tueux volumes  de  nombreuses  planches,  empruntées  aux  archives  de  la 
famille  Carnot,  des  portraits  de  tons  ses  membres,  des  dessins  de  leurs 
maisons  patrimoniales.  L'éditeur  s'est  servi  des  matériaux  qu'avait  ras- 
semblés M.  Hippolyte  Carnot  ;  malheureusement,  aucune  note,  aucun 
signe  extérieur  n'indique  au  lecteur  les  additions  et  les  corrections. 
Elles  ne  doivent  porter  que  sur  les  détails;  on  n'a  pas  touché  aux 
lignes  principales  de  l'œuvre  ;  les  légendes  sont  restées  légendes.  Cela 
vaut  peut-être  mieux  ainsi;  le  livre  reste  daté. 

Si,  en  efiet,  sur  quelques  points,  inutiles  à  signaler  ici,  la  piété  filiale 
commandait  quelque  réserve  au  biographe,  il  en  est  d'autres  qu'il  a  pu 
éclairer,  grâce  à  ses  papiers  de  famille.  N'oublions  pas  que,  vers  1860, 
les  études  scientifiques  sur  la  Révolution  française  commençaient  à 
peine  :  ce  livre  sur  Carnot  était  en  quelque  sorte  un  progrès. 

Aujourd'hui,  il  est  en  relard.  Sur  l'organisateur  de  la  victoire,  il  faut 
attendre  l'achèvement  de  la  publicalioa  de  la  correspondance  militaire 
de  Carnot;  on  sera  alors  à  peu  près  en  mesure  de  juger  ses  théories, 
son  action,  sa  direction  dans  les  guerres  de  la  République;  quant  à  son 
rôle  dans  la  Terreur,  les  historiens   républicains  commencent  eux- 


—  161  — 

mêmes  à  traiter  sans  façon  le  système  de  défense  qull  en  présenta  à  la 
Convention  ;  il  y  a  longtemps  que  d'autres  l'avaient  jugé  avec  une  juste 
sévérité.  Victor  Pierre. 

tA^M-1899.  Jubilé  de  M.  Pasteur  (99  déeembre).  Paris,  Gau- 
thier-Villars,  1893,  gr.  in-4  de  183  p.,  orné  de  5  planches.  —  Prix  :  10  fr. 

Il  m'est  vraiment  fort  agréable  d'avoir  à  présenter  ce  superbe  volume 
aux  lecteurs  du  Polybxblion.  On  n'en  édite  pas  souvent  avec  ce  luxe 
sévère. 

Bien  rares  sont  les  hommes  qui,  même  ayant  une  place  parmi  nos 
immortels,  entrent  vivants  dans  l'immortalité.  M.  Pasteur,  lui,  aura  bé- 
néficié de  cet  honneur  exceptionnel,  en  dépit  des  quelques  détracteurs 
dont  l'impuissance  délSnitive  rappellera  à  tout  le  monde  certaine  fable 
de  La  Fontaine. 

La  France  n'a  pas  songé  la  première  à  fêter  le  soixante-dixième  anni- 
versaire de  son  grand  homme.  La  lumière  nous  est  venue  du  Nord,  et 
cette  lumière  n'a  point  tardé  à  se  transformer  en  une  flamme  embra- 
sant presque  subitement  le  monde  civilisé  tout  entier.  Un  comité  danois 
se  forma  en  mai  1892  pour  célébrer  M.  Pasteur;  la  Norwège,  puis  la  Suède 
s'en  mêlèrent,  enfin  le  mouvement  s'accentua  au  point  de  devenir  uni- 
versel. En  notre  siècle,  Victor  Hugo  lui-même  n'aura  pas  été  l'objet 
d'une  explosion  d'enthousiasme  aussi  élevé,  aussi  réfléchi.  Et  comme  si 
tout  cet  encens  brûlé  en  l'honneur  du  maître  ne  suffisait  point  encore, 
voilà  qu'après  les  discours  officiels,  le  jour  du  jubilé,  tombe  à  l'institut  de 
la  rue  Dutot  une  avalanche  d'adresses,  de  lettres  et  de  télégrammes 
émanant  des  plus  illustres  savants  des  deux  mondes.  —  L'on  parcourra 
avec  grand  plaisir  ce  recueil,  véritable  monument  élevé  à  la  gloire  de 
celui  qui  a  tant  fait  pour  la  science,  la  patrie,  l'humanité. 

Observation  finale  :  il  pourrait  être  piquant,  en  vérité,  d'établir  un 
parallèle  entre  Hugo  et  Pasteur,  tous  deux  de  l'Académie  française,  tous 
deux  nés  dans  la  môme  province  :  chez  le  premier,  un  brillant  incompa- 
rable; mais,  au  fond,  du  vent,  de  l'ouragan  et,  s'il  m*est  permis  de 
m'exprimer ainsi,  trop  fréquemment  de l'épilepsie  littéraire.  ChezTautre, 
au  contraire,  du  sérieux,  du  solide  —  et  de  l'utile  pour  le  bien  général. 
Celui-ci  est  le  seul,  à  mon  avis,  qui  ait  le  droit  de  compter  parmi  les 
Franc-Comtois  authentiques,  gens  sérieux  que  le  vague,  l'obscur  et  le 
nébuleux  ont  rarement  séduits,  même  lorsque  certains  des  leurs,  — 
les  Fourier  ou  les  Considérant,  par  exemple,  —  ont  voulu  s'en  faire  les 
apôtres.  E.-C.  Gaudot. 

Xavier  Marmler,  sa  Tle  et  Mes  œuvres,  par  A.  Estignard.  Paris, 
Champion;  Besançon,  P.  Jacquin,  1893,  in-8  de  285  p.  —  Prix  :  6  fr. 

Une  importante  revue  de  province,  les  Annales  franc-comtoises,  ren- 
Février  1894.  T.  LXX.  11. 


—  462  — 

dait  compte  dernièrement  de  l'ouvrage  dont  le  titre  précède.  Uautear 
commenç^iit  son  article  de  la  façon  originale  que  voici  :  «  On  se  demande 
tout  d'abord  à  quoi  Xavier  Marmier  doit  sa  notoriété  :  poète,  on  ne  cite 
pas  ses  vers;  voyageur,  il  n'a  fait  nulle  découverte;  romancier,  qui 
l'appellera  l'auteur  de  Gazida^  des  Fiancés  du  Spitzberg  ou  d'un  autre 
de.  ses  livres?  Polyglotte,  il  n'a  ni  fait  de  grammaire  ni  composé  de 
théorie  des  langues  qu'il  savait  si  bien  ;  la  simplicité  de  ses  mœurs,  la 
douceur  de  son  caractère,  étaient  antipathiques  à  tout  esprit  d'intiigue, 
aucune  coterie  ne  l'a  poussé;  et  cependant  il  est  arrivé,  son  succès  est 
franc  et  de  bon  aloi,  et  l'Académie  française  le  compte  parmi  les  meil- 
leurs de  ses  membres.  Pourquoi?  —  La  réponse  est  dans  le  livre  de 
M.  Eslignard.  » 

Oui,  certainement,  cette  remarquable  biographie  éclaire  d'un  jour 
parfait  la  figure  de  Tacadémicien.  Les  débuts  dans  la  vie  de  Xavier  Mar- 
mier n'ont  point  été  faciles  :  il  a  connu  les  luttes,  les  déboires,  les  dé- 
sillusions, mais  jamais  le  découragement,  de  sorte  qu'il  a  fini  par  se 
créer  une  place  au  soleil.  De  bonne  heure  il  a  voulu  courir  le  monde,  et 
peu  s'en  est  fallu  qu'il  n'ait  foulé  notre  globe  d'un  pôle  à  l'autre.  Tout 
jeune,  il  ne  pouvait  tenir  en  place.  Écoutez  M.  Eslignard  :  «  En  1815, 
un  enfant  de  huit  ans  suivait  à  pas  pressés  la  route  de  Pontarlier  en 
Suisse  ;  le  vagabond  voyageait  sans  argent,  se  proposant  de  coucher  à 
cette  hôtellerie  champêtre  qui  a  pour  enseigne  A  la  belle  Étoile,  et  de 
vivre  de  l'air  du  temps;  »  mais  un  oflBcier  autrichien  qui  le  rencontra 
«  prit  le  personnage  par  le  collet,  l'installa  sur  le  devant  de  sa  selle  et  le 
ramena  à  sa  famille  inquiète.  Cet  enfant  était  Xavier  Marmier.  »  Placé 
plus  lard  au  petit  séminaire  de  Nozeroy,  il  s'en  échappe  au  bout  d'un 
an,  puis  est  envoyé  chez  un  curé  du  voisinage  pour  achever  ses  études  : 
il  quitte  encore  son  maître,  toujours  piqué  de  la  tarentule  des  excur- 
sions. Donc,  étant  donné  ce  besoin  excessif  et  prématuré  de  déplace- 
ment, je  ne  m'explique  guère  pourquoi  certain  M.  X.  a  publié,  dans  la 
Revue  vtHrospective  (S''  semestre  1892,  p.  -429),  une  petite  note  assez 
venimeuse  sur  les  circonstances  «  qui  ont  forcé  dans  l'origine  Marmier  à 
se  faire  touriste.  »>  L'anonyme  connaissait  évidemment  bien  mal  les  an- 
técédents dudit  «  touriste.  » 

A  certain  point  de  vue,  Marmier  a  été  un  initiateur,  un  précurseur. 
Peu  de  Français  avant  lui  avaient  aussi  bien  lait  connaître  l'étranger. 
Sans  doute,  notre  littérature  abonde  en  relations  de  voyages  en  tous 
pays,  écrites  longtemps  avant  que  l'auteur  des  Lettres  sur  le  Nord,  la 
Hollande,  la  Russie,  la  Finlande,  l'Algérie,  l'Amérique,  etc.,  nous  ait 
fait  part  de  ses  impressions  ;  mais  combien  de  ces  récits  antérieurs  ont 
été  composés  au  milieu  des  populations  ou  en  face  des  monuments? 
Beaucoup  d'écrivains,  autrefois  surtout  que  les  communications  n'é- 
taient guère  faciles,  voyageaient  en  chambre  et  dans  les  livres  :  c'était 


—  i63  — 

moins  pénible  et  plus  économique  ;  mais  comme  Ton  était  bien  rensei^ 
gné,  alors  que  la  fantaisie  venait  se  greffer  sur  Tinexactitude  !  De  là  sout 
nés  des  erreurs  et  des  préjugés  dont  notre  génération  a  eu  grand'peine  à 
se  débarrasser.  Aussi  les  tableaux  de  voyage  exécutés  par  Marmier  ont- 
ils  acquis,  tout  en  gardant  leur  accent  de  sincérité,  un  charme  de  choses 
vues,  évanouies  ou  transformées  qui  pourrait  bien,  quelque  jour,  les  re- 
mettre à  la  mode. 

Le  romancier,  certes,  n'était  pas  non  plus  à  dédaigner,  et  s'il  ne 
possède  point  dans  son  bagage  littéraire  des  œuvres  tapageuses,  il  a  du 
moins  emporté  dans  la  tombe  la  satisfaction  de  n'avoir  jamais  commis 
un  volume  capable  de  laisser  «  une  mauvaise  émotion  dans  l'esprit  de 
ceux  qui  le  lisent.  »  Voici  d'ailleurs,  à  cet  égard,  l'intime  de  sa  pensée  : 
«  Par  la  faculté  d'écrire,  la  Providence  a  donné  à  l'honmie  une  sorte 
d'apostolat....  Il  sème,  et  Dieu  bénit.  » 

Que  dirai-je  du  bibliophile?  C'était  un  fervent,  sans  conteste.  En  toute 
saison  et  par  tous  les  temps,  depuis  qu'il  avait  renoncé  à  mener  une  vie 
errante,  il  chassait  le  «  iouquin  »  dans  ce  paradis  terrestre  spécial  qui 
s'étend  du  pont  Royal  au  pont  Saint-Michel,  et  cela  jusqu'à  son  avant- 
dernier  jour. 

Au  fond,  à  mon  sens,  Xavier  Marmier,  qui  fut  à  la  fois  un  romancier 
honnête,  un  chercheur  heureux  de  traditions  populaires,  et  même,  à 
ses  heures,  un  poète,  apparaîtra  à  nos  neveux  surtout  comme  voyageur 
et  comme  bibliophile.  Et  puisque  je  parle  du  bibliophile,  me  permettra- 
t-on  de  regretter  que  sa  collection  si  particulière  n'ait  pas  trouvé  place 
plutôt  à  la  Bibliothèque  nationale  que  tout  là-bas,  sur  la  frontière 
suisse,  dans  la  bibliothèque  de  la  petite  ville  natale  de  l'écrivain,  où  je 
crains  fort  qu'elle  ne  soit  inutile?  Il  est  vrai  que  s'il  pouvait  répondre  à 
ma  critique,  mon  distingué  compatriote  serait  en  droit  de  me  dire  :  «  J'ai 
voulu  reposer  dans  mes  chères  montagnes,  aussi  près  que  possible  de 
mes  livres,  ces  amis  silencieux  et  fidèles  que  j'ai  su  grouper  autour  de 
moi;  et  vous  n'ignorez  pas  que  l'homme  le  plus  généreux  est,  en  tant 
que  bibliophile,  d'un  égoïsme  transcendant,  s'aflCu:mant  au  besoin  post 
mortem.  )>  —  A  cela  que  répondre?  Bibliophile  impénitent  moi-même, 
je  me  serais  probablement,  en  fin  de  compte,  incliné  en  murmurant  le 
vers  connu  de  la  chanson  de  Nadaud  : 

Brigadier,  vous  avez  raison. 

E.-C.  Gaudot. 

Cn  Paladin  au  XYIII*  siècle.  Le  Prince  Charles  de  Nassau-Siegen 
d* après  sa  correspondance  original^  inédite  de  4784^  à  4789,  par  le  marquis 
d'Aragon.  Paris,  Pion  et  Nourrit,  1893,  in-8  de  396  p.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

Nassau-Siegen  a  été  assurément  une  figure  brillante  entre  toutes  dans 
cette  société,  à  moitié  française,  à  moitié  européenne,  que  la  Révolution 


-  164  — 

allait  disperser  et  détruire.  Allemand  par  son  origine,  Français  par  son 
éducation  mondaine,  Espagnol  par  sa  «  grandesse,  »  Polonais  par  son 
mariage,  Africain,  Taïtien,  que  sais-je?  par  ses  aventures  de  jeunesse. 
Russe  enfin  par  ses  plus  brillants  exploits,  il  a  eu  toutes  les  ambitions 
et  toutes  les  ivresses  que  Topinion  attribue  d'ordinaire  aux  béros.  Il  était 
tentant  de  le  suivre  de  près  aux  diverses  époques  de  sa  carrière  agitée, 
parce  que  d'un  tel  homme  tout  semble  au  premier  abord  intéressant. 
M.  d'Aragon  a  procédé  autrement,  et  il  a  bien  fait.  Possesseur  d'une  cor- 
respondance qui  constitue  dans  son  ensemble  les  Mémoires  de  Nassau, 
écrits  par  lui-même  au  plus  beau  moment  de  sa  vie,  il  en  a  publié,  avec 
les  éclaircissements  nécessaires,  les  principales  parties,  et  il  a  encadré 
cette  chronique  entre  une  introduction  et  une  conclusion,  où  il  ré- 
sume dans  leurs  principaux  traits  la  jeunesse  et  la  vieillesse  du  person- 
sonnage.  On  n'a  donc  point  utilisé  les  pièces  publiées  depuis  quelques 
années  sur  l'expédition  avortée  de  Jersey  en  1780;  on  n'a  fait  non  plus 
qu'esquisser  le  rôle  de  Nassau  au  milieu  de  l'émigration.  Tout  l'intérêt, 
toute  la  lumière,  sont  concentrés  sur  les  années  auxquelles  se  rapportent 
les  documents  de  famille  mis  à  profit. 

De  1784  à  1789,  Nassau,  sans  guère  jamais  quitter  son  masque  de 
courtisan  luxueux  et  prodigue,  fut  mêlé  à  la  plupart  des  événements, 
diplomatiques  ou  militaires,  de  l'Europe  orientale.  A  Constantinople, 
où  il  est  chargé  d'une  mission  par  Vergennes,  à  Vienne,  où  l'attire  le 
soin  de  ses  intérêts  personnels,  en  Pologne,  où  il  soutient  le  roi  Stanislas- 
Auguste  contre  la  faction  des  Czarloryski,  il  se  prépare  au  rôle  qu'il 
exerça,  avec  un  éclat  éphémère,  en  Russie,  sous  les  auspices  de  Cathe- 
rine II.  II  suivit  l'impératrice  dans  son  fameux  voyage  de  Tauride,  et  ses 
lettres  sur  ce  voyage  complètent  agréablement  les  pages  bien  connues 
des  Souvenirs  et  anecdotes  de  Ségur.  Puis  il  s'employa  aux  négociations 
en  vue  d'une  quadruple  alliance  entre  la  France,  l'Espagne,  l'Autriche 
et  la  Russie.  Diplomate  médiocre,  il  fut  un  «  paladin  »  incomparable, 
dans  ses  campagnes  maritimes  contre  les  Turcs,  sur  leLiman  et  au  siège 
d'Olchakov,  puis  dans  celles  contre  les  Suédois  sur  la  Baltique,  malheu- 
reusement terminées  par  la  défaite  de  Svenksund.  En  1790,  Nassau 
sort  brusquement  de  l'histoire  ;  bien  peu  se  souvenaient  de  lui  quand  il 
mourut  dix-huit  ans  plus  tard  sur  ses  terres  de  Pologne. 

M.  d'Aragon,  en  publiant  la  curieuse  correspondance  qu'il  a  entre  les 
mains,  a  conservé  l'orthographe,  souvent  défectueuse  pour  les  noms 
propres,  de  l'auteur  :  cela  serait  sans  inconvénient,  si  cette  tache  n'avait 
débordé  sur  les  pages  originales  du  livre.  Cette  négligence  peut  quelque- 
fois tromper  le  lecteur,  qui  reconnaîtra  difficilement  le  comte  de  Lusace 
dans  le  comte  de  Lussac  fp.  G),  ou  qui  croira  sur  la  foi  d'un  chiffre  ins- 
crit par  mégarde  que  l'alliance  franco-autrichienne  date  de  1746  (p.  43). 
Tout  en  regrettant  ce  défaut,  on  rendra  hommage  aux  vastes  lectures  et 


—  163  — 

aux  recherches  consciencieuses  de  M.  d'Aragon;  il  ne  s'est  pas  conlenté 
de  commenter  les  lettres  de  son  aïeul  par  les  mémoires  du  temps  et  par 
les  nombreux  ouvrages  publiés  depuis  quelques  années  sur  cette  époque, 
il  a  profité  des  pièces  manuscrites  conservées  à  nos  archives  des  Afiaires 
étrangères.  Son  récit,  précédé  d'un  beau  portrait,  transporte  en  plein 
le  lecteur  dans  des  temps  et  des  pays  vers  lesquels  est  justement  attirée 
de  nos  jours  la  curiosité  publique.  L.  Pingaud. 


IrWiniam  Eirart  Gladstone»  par  Marie  Dronsart.  Paris,  Calmann 
Lévy,  1893,  in-18  de  380  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

C'était  une  entreprise  osée  que  d'écrire  la  biographie  de  l'illustre 
chef  des  libéraux  anglais.  Il  apparaît  que  le  recul  du  temps  est  nécessaire 
pour  mettre  au  point  une  telle  figure,  pour  restituer  leur  tonalité  vraie 
aux  couleurs  avivées  ou  ternies  outre  mesure  par  les  passions  du  mo- 
ment. Et  cependant,  après  avoir  lu  l'ouvrage  de  M™' Marie  Dronsart,  l'on 
est  convaincu  que  le  portrait  de  M.  Gladstone  est  définitivement  buriné 
pour  les  tablettes  de  l'histoire,  et  que  les  jugements  portés  sur  son  rôle 
politique  et  sur  son  caractère  seront  ratifiés  par  la  postérité. 

Issu  d'une  de  ces  vieilles  familles  de  la  bourgeoisie  écossaise  confinant 
à  la  noblesse,  WiUiam  Ewart  Gladstone  fit  de  brillantes  études  à  Eton, 
le  collège  classique  par  excellence  ;  puis  il  suivit  les  cours  d'Oxford  et 
fit  en  Italie  un  voyage  d'instruction.  En  octobre  1832  —  il  n'avait  pas 
vingt-trois  ans  —  lord  Lincoln  le  fit  nommer  membre  du  Parlement  par 
son  bourg  pourri  de  Newark,  et  c'est  sous  les  auspices  des  tories  qu'il  fil 
son  entrée  sur  la  scène  politique.  Retracer  les  étapes  de  sa  carrière, 
énumérer  les  ministères  dont  il  fit  partie,  mentionner  les  actes  de 
sou  administration  et  les  débats  auxquels  il  prit  part,  ce  serait  résumer 
l'histoire  parlementaire  de  la  Grande-Bretagne  depuis  soixante  ans. 
Mais^  sans  sortir  du  cadre  de  ce  compte  rendu,  il  est  permis  de  con- 
denser les  appréciations,  appuyées  sur  des  laits  ou  sur  des  témoignages 
dignes  de  foi,  qu'a  formulées  M™**  Marie  Dronsart.  Avec  sa  merveilleuse 
facilité  d'élocution,  son  entrain  endiablé,  sa  force  de  résistance,  Glads- 
tone a  manqué  de  plusieurs  qualités  essentielles  pour  les  hommes  d'État 
chargés  de  présider  aux  destinées  des  peuples  :  la  sûreté  des  principes, 
le  sang-froid  du  jugement,  l'absolue  sincérité  des  assertions,  la  consis- 
tance dans  la  conduite  politique.  L'excès  d'imagination,  d'ambition,  de 
bonheur  peut-être,  l'a  entraîné  par  des  chemins  tortueux  vers  des  régions 
inconnues  parsemées  de  précipices.  Il  a  dissous  le  grand  parti  whig  et 
rompu  l'équilibre  parlementaire  au  profit  du  radicalisme.  11  possède  une 
inconscience  complète  des  dangers  qu'il  fait  courir  à  son  pays^  et  il 
s'imagine,  dans  son  mysticisme  anglican,  qu'il  a  été  marqué  par  Dieu 
pour  diriger  ses  compatriotes  vers  les  destinées  providentielles.  Ainsi 


—  166  — 

enyisagée,  sa  passion  du  pouvoir  devient  presque  une  irerla,  et  c'est  k 
cœur  léger  qu'il  a  tout  sacrifié  à  l'esprit  de  parti. 

La  question  irlandaise,  le  Home  rule  de  llle-sœur,  peut  serrir  de  cri- 
térium à  cet  égard.  M.  Gladstone  ne  s'est  livré  pieds  et  poings  liés  anx 
députés  nationalistes  que  lorsqu'il  a  reconnu  l'impossibilité  de  consti- 
tuer une  majorité  de  gouvernement.  Plutôt  que  d'abandomier  son  poste 
de  «  premier,  »  il  est  devenu  <(  leur  prisonnier,  après  avoir  vaiaemeol  es- 
sayé de  les  réduire  en  les  frappant  d'une  main,  après  les  avoir  caressés 
de  l'autre  »  (p.  224).  Et  la  Chambre  des  lords  ayant  rejeté  le  Home 
rule  Bill,  le  «  grand  vieillard  »  n'hésitera  pas  à  monter  avec  sa  fougue 
habituelle  à  l'assaut  de  cette  citadelle  de  l'aristocratie  anglaise,  quelles 
qu'en  puissent  être  les  conséquences  pour  l'empire  britannique. 

Quand  l'heure  suprême  sonnera  pour  Gladstone,  il  pourra  répéter  le 
mot  de  Pitt  agonisant  :  «  Oh  !  mon  pays  I  Dans  quel  état  je  laisse  mon 
paysl  »  Mais,  comme  l'observe  M"'  Marie  Dronsart,  Pitt  n'avait  songé 
qu'éi  la  gloire  de  l'Angleterre,  tandis  que  le  châtelain  de  Hawardeo, 
a  infatué  de  ses  missions  et  de  ses  expériences  successives,  n'a  songé 
qu'à  détruire  l'œuvre  de  ses  grands  prédécesseurs,  sans  savoir  ce  qui  se- 
rait reconstruit  sur  les  ruines.  »  RoQEa  L4Mbelik. 


BULLETllV 

Instraetlona  aux  fille*  domeatique»  et  à  ton»  le»  domestique*  en 
général,  par  Tabbé  C.-J.  Busson.  3*  éd.  revue  et  augmentée.  Paris,  Gaume, 
4893,  in-12  de  xxrv-496  p.  —  Prix  :  3  fr. 

L'abbé  Busson  fut  sous  la  Restauration  l'un  des  membres  les  plus  distin- 
gués du  clorgé  de  France.  Chapelain  du  roi  Charles  X,  secrétaire  général  an 
ministère  des  affaires  ecclésiastiques,ministre  des  cultes  par  intérim  en  atten- 
dant la  prise  de  possession  de  M.  de  Montbel,  il  devint  ensuite,  à  la  cour 
de  France  d'abord,  puis  à  Holy-Rood,  le  catéchiste  et  le  confesseur  de  la 
j)rincessc  Louise,  sœur  du  duc  de  Bordeaux.  Sa  mission  termintîe,  Tabbé 
Busson  rentra  en  1831  en  Franche-Comté,  et  sa  vie  fut  dès  lors  vouée  tout 
entière  à  Tapostolat  des  pauvres,  des  petits,  des  abandonnés,  entre  lesquels 
les  ûlles  domestiques  reçurent  particulièrement  les  soins  de  sa  p]us  tou- 
chante sollicitude.  C'est  pour  l'association  de  ces  filles  domestiques  qu'il 
fit  les  instructions  et  rédigea  les  conseils  dont  il  composa  plus  tard  le  livre 
(]u'on  vient  de  rééditer.  L'objet  en  est  aussi  élevé  que  Tesprit  en  est  prati- 
que, dit  Mgr  Besson,  le  biographe  du  saint  prêtre.  L'auteur  traite  tour  à  tour 
de  Vidée  de  la  domesticité,  des  Devoirs  envei's  Dieu,  des  Devoirs  ermers  les 
maîtres,  des  Devoirs  à  l*égard  des  autres  domestiques,  des  Devoirs  envers  soi- 
même,  et  il  termine  son  livre  par  des  Instructions  et  conseils  pour  des  caspar- 
ticuliers,  où  il  raconte  l'histoire  de  quelques  saintes  qui  ont  illustré  cette  mo- 
deste profession,  sainte  Dule  et  sainte  Zite.  Ce  livre,  qui  edt  très  remar- 
quable, peut  rendre  de  grands  services  aux  prôtrea,  aux  domestiquefl  et 
aussi  aux  maîtres  et  maîtresses  de  maison.  Il  peut  contribuer  pour  une 
bonne  part  à  assurer  le  maintien  de  l'ordre  et  do  la  paix  dans  les  foyers. 
C'est  un  livre  éminemment  bienfaisant.  P.  Talon. 


—  167  — 

Une  Penalonnalre,  par  Henri  Pirmez.  Bruxelles,  Société  belge  de  librairie, 
1893,  in-8  de  241  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Sous  ce  titre,  M.  Henri  Pirmez  raconte  avec  émotion  la  vie  de  sa  fille 
Fulvie,  enlevée  à  dix-sept  ans  à  Taffection  des  siens.  La  vie  de  cette  jeune 
fille,  ravie  par  la  mort  avant  d'avoir  franchi  le  seuil  du  couvent  où  s'était 
formée  sa  jeunesse,  est  un  admirable  exemple  de  ce  que  peut  l'éducation 
chrétienne  pour  redresser  les  défauts  originels  et  transformer  les  natures 
légères  ou  rebelles.  Fulvie  n'était  pas  un  modèle  quand  elle  entra  au  cou- 
vent et  maintes  fois  on  fut  sur  le  point  de  la  rendre  à  sa  famille.  Mais 
le  dévouement  de  ses  maîtresses,  aidé  de  la  grâce  de  Dieu,  sut  triompher 
de  ses  mauvaises  inclinations  et  l'acheminer  peu  à  peu  dans  les  voies  de  la 
vertu,  oh  elle  marcha  bientôt  d'un  pas  rapide  et  sûr.  Elle  fut  cueillie  en  sa 
fleur,  mais  déjà  mûre  pour  le  ciel.  Beaucoup  de  lettres  de  la  jeune  fille 
donnent  un  charme  particulier  à  ce  récit,  dont  la  lecture  peut  faire  beaucoup 
de  bien  aux  jeunes  filles  chrétiennes,  qui  verront  en  Fulvie  la  plus  char- 
mante des  sœurs  et  le  plus  aimable  des  modèles.  P.  Talon. 


Oomplément»  d^algèbre  et  de  géométrie,  par  P.  PoRCHOif.  Paris,  Alcan, 
1893,  in-12  de  200  p.  avec  fig.  —  Prix  :  2  fr.  50. 

Cet  opuscule,  rédigé  conformément  aux  derniers  programmes  officiels 
pour  la  classe  de  première  (sciences)  de  l'enseignement  moderne,  comprend 
deux  parties.  La  première  renferme  des  notions  élémentaires  relatives  aux 
dérivées  et  à  la  variation  des  fonctions,  ainsi  que  plusieurs  questions  de 
géométrie  analytique;  la  seconde  traite  des  sections  coniques  et  de  Thélice. 
L'étude  du  trinôme  et  de  la  fraction  rationnelle  du  second  degré  est  faite 
soigneusement,  et  l'auteur  a  multiplié  les  exemples  numériques  de  manière 
à  passer  en  revue  tous  les  cas  présentés  par  la  fraction  étudiée  en  indi- 
quant pour  chaque  cas,  outre  la  méthode  de  la  dérivée,  la  méthode  plus 
simple  fournie  par  les  éléments  de  l'algèbre.  En  géométrie  analytique,  il 
donne,  en  coordonnées  rectangulaires,  l'équation  du  cercle  et  celle  de  l'axe 
radical  de  deux  cercles;  il  ajoute  quelques  notions  sur  la  recherche  des 
lieux  géométriques.  Dans  la  seconde  partie,  il  tire  la  démonstration  de  la 
propriété  fondamentale  de  la  tangente  k  l'ellipse  ou  à  la  parabole  de  la  so- 
lution du  problème  de  l'intersection  de  ces  courbes  avec  une  droite.  Il  uti- 
lise le  cercle  homographique  pour  établir  quelques-unes  des  propriétés  de 
l'ellipse,  et  donne  la  méthode  géométrique  de  Dandelin  pour  reconnaître  la 
nature  des  sections  planes  du  cylindre  et  du  cône  de  révolution.  Ce  petit 
livre,  qui  nous  paraît  tout  à  fait  recommandable,  se  termine  par  un  choix 
de  deux  cent  quarante-huit  exercices  groupés  sous  des  titres  qui  font  con- 
naître la  partie  du  livre  à  laquelle  ils  se  rapportent.  H.  Courbe. 


mu^ry  af  the  iviser*  A  record  of  travel  and  adventure  from  Ihe  dayt  of 
Mungo  Park  to  the  pre$eiU  iime^  by  Robert  Richàrdson.  London,  Nelson,  1893, 
iii-12  de  357  p.,  orné  de  31  illustrations.  •—  Prix  :  3  fr.  10. 

Aux  personnes  désireuses  de  s'instruire  à  la  fois  dans  la  langue  anglaise 
et  dans  la  géographie  de  l'Afrique,  on  peut  recommander  le  volume  inti- 
tulé :  Stûry  of  Uîe  Niger,  Après  une  courte  notice  sur  les  découvertes  anté- 
rieures au  xix«  siècle,  l'auteur  y  donne  des  résumés  fort  bien  faits  des  rela- 
tions de  voyage  de  Mungo  Park,  de  Clapperton  et  des  frères  Lander,  de 
M.  Burdo,  du  capitaine  Gallieni,  du  docteur  Barth  et  de  M.  Thomson.  Comme 


-  168  — 

on  le  voit,  la  série  des  découvreurs  du  grand  fleuve  africain  n'est  pas  com- 
plète ;  il  y  manque  notamment  le  lieutenant  de  vaisseau  Caron,  qui  a  relevé 
le  cours  du  Niger  entre  Bammakou  et  Timbouctou,  et  MM.  Zweifel  et  Mous- 
tier,  qui  ont  les  premiers  «  entrevu  »  les  sources  du  fleuve.  Toutefois,  le 
livre  de  M.  Richardson  est  intéressant,  bien  fait,  et  peut  être  mis  en 
toute  confiance  entre  toutes  les  mains.  Comte  de  Bizemont. 


Par  Ici  la  «ortie,  ou  Uf  Coruervateurs  et  les  catholiques  font  fausse  routs,  par 
l'abbé  Grezbl,  conseiller  municipal.  Paris,  Bloud  et  Barrai  ;  Besançon,  Paul  Jac- 
quin,  1893,  in-8  carré  de  344  p.  —  Prix  :  3  fr. 

Ce  livre  a  pour  objet  de  tracer  une  ligne  de  conduite  aux  conservateurs 
et  aux  catholiques,  qui,  d'après  Tauteur,  ont  fait  fausse  route  jusqu'ici.  En 
conséquence,  M.  l'abbé  Grezel,  conseiller  municipal,  pose  le  problème  d'a- 
bord dans  une  première  partie,  et  dans  une  seconde,  il  indique  la  solution, 
qu'il  a  tirée  non  pas  tant  de  raisons  théoriques  que  des  résultats  de  sa  pro- 
pre expérience.  Cette  solution  peut  se  résumer  en  quelques  lignes  de  la  con- 
clusion :  «  Aller  au  peuple  autant  et  plus  que  les  francs-maçons  ;  ne  sollici- 
ter les  suffrages  du  peuple  qu'après  lui  avoir  prouvé  leur  dévouement,  et  lui 
avoir  clairement  démontré  qu'elles  lui  rendront  plus  de  services  que  les 
francs-maçons  :  telle  est  la  voie  ouverte  aux  classes  éclairées  catholiques  si 
elles  veulent  reconquérir  leur  légitime  influence.  »  Assurément  la  formule 
est  bonne,, et  son  application  peut  produire  d'excellents  résultats.  Si  j'ajoute 
que  ce  livre  est  écrit  de  verve,  plein  d'anecdotes  amusantes,  intéressantes 
et  très  vivement  contées,  j'en  aurai  dit  assez  pour  inspirer  le  désir  de  lire 
l'ouNTage,  qui,  dans  toutes  ses  parties,  pourra  ne  pas  plaire  à  tout  le  monde, 
mais  certainement  intéressera  les  lecteurs  ;  ils  y  trouveront  d'excellentes 
idées,  mêlées  à  quelques  autres  contestables  peut-être,  mais  toutes  expri- 
mées dans  un  style  très  original  et  très  personnel.  P.  Talon. 


I  «m*  la  liberté  de  la  presse  en  Belgique  durant  la  domloa- 
tlon  fVançalse  (1T0!»-1914),  par  Paul  Vbrhasobk.  Bruxelles,  Alfred 
Vromant,  1893,  in-8  de  i  10  p. 

Théâtre  o  ivamur  en   ITM-ITOT,  par  Paul  Verhàeoen.  Bruxelles, 
Vromant,  1893,  iD-8  de  18  p. 

L'histoire  de  la  liberté  de  la  presse  en  Belgique  pendant  ces  vingt-deux 
années  (1792-1814)  n'est,  comme  en  France,  qu'un  martjTologe.  Il  com- 
mence avec  la  première  conquête  (6  novembre  1792-18  mars  1793)  :  «  Par- 
tout, des  clubs  composés  d'énergumènes  ;  partout,  des  enlèvements,  des 
déportations,  des  emprisonnements,  afin  de  dompter  l'opinion.  »  La  bataille 
de  Neerwinden  mit  fin  à  ce  régime.  Courte  accalmie  :  la  victoire  de  Fleu- 
rus  (26  juin  1794)  li\Ta  pour  vingt  ans  la  Belgique  à  la  France.  Elle  eut  à 
soufl'rir  d'abord  de  la  législation  de  la  Convention,  qui  avait  passé  la  fron- 
tière avec  nos  armées  ;  les  arrêtés  des  représentants  ou  des  municipalités 
révolutionnaires  punissaient  de  mort  tout  ce  qui  pouvait  provoquer  quelque 
inquiétude  parmi  le  peuple,  et  créaient  des  tribunaux  criminels  pour  pro- 
noncer les  sentences.  Le  16  août  1794,  on  fusilla  le  P.  Richard,  dominicain 
français,  pour  apologie  de  Louis  XVI  et  attaque  aux  régicides  ;  à  Anvers,  on 
frappa  deux  autres  victimes  ;  à  Liège,  on  poursuivit  l'imprimeur  de  Talma- 
nach  de  Mathieu  Laînsberg  !  De  Braecknier,  l'imprimeur  de  Bruxelles,  déjà 
emprisonné  sous  la  première  conquête,  l'est  encore  sous  la  seconde,  sous 


—  169  — 

réserve  d'autres  avanies  ultérieures.  Les  journaux  se  taisent  ou  sontsuppri- 
més  ;  le  secret  des  lettres  est  journellement  violé. 

Le  Directoire  ne  changea  rien  à  ce  système  ;  tout  au  contraire,  il  l'ag- 
grava. Il  trouvait  chez  les  Belges  eux-mêmes  des  instruments  dociles  pour 
l'oppression  de  leurs  compatriotes  :  Bassenge,  Lambrechts,  futur  ministre 
de  la  justice,  Cornelissen,  Rouppe,  rivalisaient  de  zèle  :  de  Paris,  Merlin 
les  seconde.  Les  électeurs  révoltés  envoient! en  germinal  an  V  des  députés 
réactionnaires.  Après  le  i8  fructidor,  aux  déportations  des  journalistes  de 
France  répondent  celles  des  journalistes  de  Belgique  ;  on  multiplie  les 
otages  ;  le  clergé  est  frappé  en  masse  ;  la  guerre  des  paysans  éclate. 

Le  Consulat  et  l'Empire  ne  respectèrent  pas  plus  en  Belgique  qu'ils  ne 
faisaient  en  France  la  liberté  individuelle  et  la  liberté  de  la  presse.  La 
seconde  moitié  de  l'étude  de  M.  Verhaegen  est  consacrée  à  cette  période. 
Les  journaux  ne  disaient  alors  que  ce  que  la  police  leur  avait  au  préalable 
permis  de  ne  pas  taire;  ils  déformaient  les  événements;  les  défaites  de 
l'Empire  se  changeaient  en  victoires  ;  VOracle  signalait,  en  novembre  1813, 
la  prise  de  Berlin  par  les  troupes  françaises! 

Mais  il  faut  nous  arrêter  dans  cette  analyse  qui  ne  saurait  donner  une 
idée  de  ce  patient  et  considérable  travail.  M.  P.  Verhaegen  ne  s'est  pas  borné 
aux  sources  imprimées,  et  elles  sont,  en  Belgique,  singulièrement  nom- 
breuses :  il  a  consulté  les  archives  communales  de  Bruxelles,  celles  du 
royaume,  les  registres  d'écrou  des  prisons  et  des  tribunaux  criminels,  les 
procès-verbaux  du  Conseil  de  gouvernement,  etc.  C'est,  dans  ce  cadre  bien 
limité,  une  enquête  approfondie  et  définitive  qui  devra  prendre  place  dans 
une  histoire  de  la  domination  française  en  Belgique. 

—  C'est  encore  à  un  épisode  de  notre  occupation  que  se  rapporte  une 
autre  étude  du  môme  écrivain,  qui  a  pour  titre  :  Le  Théâtre  à  Namur  en 
41 96-41 91.  De  même  qu'en  France,  on  aimait  à  jouer  en  Belgique  des 
pièces  qui,  comme  le  Souper  des  Jacobins  et  rintàHeur  des  comités  révolution- 
naires, avaient  un  caractère  anti-terroriste;  les  Jacobins  locaux  et  les  mili- 
taires français  y  faisaient  opposition,  mais  le  public  les  favorisait  d'une 
façon  si  décidée  que  les  perturbateurs  furent  réduits  au  silence.  Ainsi  se 
passèrent  les  choses  à  Mons,  à  Anvers,  à  Gand,  à  Bruxelles.  Il  en  fut 
tout  autrement  à  Namur  :  ce  furent  les  tapageurs  français  qui,  contraire- 
ment à  l'usage,  gardèrent  l'avantage  et  forcèrent  l'auteur  des  Brigands  à 
retirer  sa  pièce.  Cette  étude  a  été  composée  avec  des  pièces  inédites  prov«- 
Bant  des  Archives  générales  du  royaume.  Victor  Pierre. 


i%.lexls  VrlthoflT,  compaf^non  des  capitaines  «lacque»  ot  «loubei*! 
au  lac  Taoffunlka  (A.ft*lque  centrale).  Sa  jeunessey  8on  'journal  de 
voyage,  sa  mort  glorieuse,  par  A.-M.  db  Saint-Bebthuin.  Lille  et  Paris,  Société 
de  Saint-Augustin,  Desclée,  de  Brouwer,  1893,  petit  in-8de  190  p.,  orne  degrav. 
—  Prix  :  0  fr.  90. 

M.  Alexis  Vrithoff  fut  un  de  ces  dévoués  et  modestes  auxiliaires  qui,  à 
l'appel  du  cardinal  Lavigerie,  s'engagèrent  dans  l'œuvre  anti-esclavagiste 
sous  les  ordres  des  capitaines  Joubert  et  Jacques.  Belges  pour  la  plupart, 
ces  jeunes  gens  devaient  prendre  le  commandement  des  postes  fondés  sur 
les  grands  lacs  de  l'Afrique  équatoriale  ;  leur  tâche  était  de  former  à  la  ré- 
sistance contre  les  esclavagistes  les  populations  nègres  de  l'intérieur.  A 
peine  arrivé  sur  le  lac  Tanganika,  le  jeune  Vrithoff  eut  à  lutter  contre  des 
bandes  arabes  et,  à  l'attaque  d'un  poste  ennemi,  il  fut  mortellement  blessé. 
Jusqu'à  son  dernier  jour,  il  avait  écrit  son  journal  que  vient  de  publier 


Ar 


—  170  — 

M.  de  Saint-Berthuin,  un  fervent  de  l'œuvre  anti-esclavafçiste  ;  c'est  le  récit 
très  sincère  et  même  très  naïf  de  tout  le  voyage  entrepris  par  VrithofiT  aTeo 
le  capitaine  Jacques  d*Anvers,  au  Tanganika,  en  passant  par  le  canal  de 
Suez,  Aden,  Zanzibar  et  les  postes  allemands  de  Bagamoyo,  Mpouapoua  et 
Tabora.  Ce  très  édifiant  volume  est  orné  d'assez  bonnes  gravures  et  de 
itinéraires.  Gomtis  m  Bizemom'v. 


Kl  BpIsMclier  de  !•  «tnnaida  ê  Insenlero  militai»  Oon  FellK  4Êm 
y  Perdra.  Apuntes  biogràficos  por  Don  Eoasno  ToaNsa  t  db  là  Fosiitb,  capi- 
Un  de  ingenieros  7  profesor  de  la  academia  dei  Cuerpo.  Madrid,  imprenta  del 
Uemorial  de  Ingenieros,  1892,  in-12  de  1(^  p. 

Le  Mémorial  de  Ingenieros  de  Madrid  (Mémorial  du  génie  militaire  espa* 
gnol)  qui  publie,  en  dehors  du  texte  même  de  la  revue,  une  série  de  mono- 
graphies intéressantes,  a  fait  tirer  à  part  Tétude  du  capitaine  Torner  sur  le 
général  de  Azara,  bien  connu  en  France  comme  explorateur  et  comme  na- 
turaliste, et  dont  les  traN^aux  sur  l'Amérique  du  sud  sont  appréciés  encore 
aujourd'hui.  Contemporain  de  Buffon,  Azara  fut  dans  son  pays  un  vulgari- 
sateur émérite  auquel  la  science  niodeme  est  redevable  d*une  partie  de  ses 
progrès.  On  lira  donc  avec  intérêt  une  restitution  historique  écrite  avec 
talent  et  très  documentée.  Arthur  de  Gànniers. 


CHRONIQUE 


Nécrologie.  —  C'est  avec  un  douloureux  regret  que  nous  devons  annon- 
cer la  mort  du  pieux  et  savant  P.  Théodore  de  Régnon,  de  la  Compagnie  de 
Jésus,  mort  le  28  décembre,  à  Paris.  Après  avoir  longtemps  professé  les 
mathématiques  dans  les  maisons  de  la  Compagnie,  le  P.  de  Régnon  s'était 
tout  entier  consacré  à  Tétude  des  questions  de  théologie.  Ses  premiers  tra- 
vaux rayaient  habitué  à  la  précision  et  à  la  clarté;  et  ces  belles  qualités 
distinguent  ses  ouvrages.  Le  premier  volume  que  nous  ayons  à  citer  de  lui 
est  une  réfutation  des  attaques  portées  contre  Molina  par  les  Pères  Domi- 
nicains :  Baiies  et  Molina^  histoire,  doctrine ,  critique j  métaphysique  (1883, 
in-18).  Il  revint  plus  tard  à  la  charge  dans  Bannésianisme  et  molinisme. 
4^^  partie  :  Établissement  de  la  question  et  défense  du  molinisme  (1890,  in-iS. 
La  2e  partie  n'a  point  paru).  Naturellement  ces  ouvrages  soulevèrent  de 
vives  discussions,  qui  récemment  encore  ont  trouvé  un  écho  dans  la  Revue 
thomiste.  On  doit  encore  au  R.  P.  de  Régnon  une  étude  sur  la  Métaphysique 
des  causes  d'après  saint  Thomas  et  Albert  le  Grand  (1885,  in-8).  Mais  son  ou- 
vrage le  plus  considérable  et  le  plus  important  est  celui  qui  a  pour  titre  : 
Études  de  théologie  positive  sur  la  Sainte  TiHnité.  4^^  série  :  Exposé  du  dogme, 
2»  série  :  Théories  scolasliques  (1892-1893,  2  vol.  in-8).  L'ôminent  religieux 
n\a  malheureusement  pu  donner  au  public  son  ti-oisième  et  dernier  volume, 
consacré  aux  Théories  grecques  ;  mais  nous  croyons  savoir  qu'il  est  entière- 
ment composé  en  manuscrit  ;  Ton  peut  donc  espérer  qu'il  ne  tardera  point  trop 
à  voir  le  jour  et  qu'une  aussi  belle  œuvre  ne  restera  pas  inachevée. 

—  Les  sciences  physiques  ont  fait  une  perte  considérable  dans  la  personne 
de  M.  Heinrich  Hertz,  le  célèbre  professeur  de  l'Université  de  Bonn,  mort 
dans  cette  ville  au  début  de  janvier.  A  peine  âgé  de  trente-sept  ans  (il  était 
né  en  1857),  il  s'était  placé  au  premier  rang  des  phj'siciens  contemporains 
par  des  travaux  d'une  valeur  considérable.  Après  avoir  enseigné  pendant 
quelques  années  au  Polytechnicum  de  Carisruhe,  il  avait  été  appelé  à  la 
chaire  de  physique  de  l'Université  de  Bonn  et  plus  tard  à  celle  de  Berlin. 


—  471  — 

L'on  n'a  pas  oublié  le  bruit  que  firent  dans  le  monde  scientifique  ses  expé- 
riences sur  les  ondes  électriques  ;  c'est  à  lui  que  revient  Thonneur  d'avoir 
montré  l'identité  expérimentale  des  décharges  électriques  et  des  ondula- 
tions lumineuses;  il  donna  par  là  même  une  base  à  la  théorie  nouvelle  qui 
fait  de  l'électricité,  de  la  chaleur  et  de  la  lumière  des  manifestations  exté- 
rieures différentes  d'une  même  force.  C'est  à  la  suite  de  ces  découvertes 
que  l'Académie  des  sciences  de  Berlin  lui  donna  l'un  de  ses  sièges  (i889)  et 
que  la  Société  royale  de  Londres  lui  décerna  la  grande  médaille  Rumford 
(1890).  La  plupart  des  travaux  du  savant  physicien  ont  paru  dans  les  Arma- 
len  der  Physik  und  Chemie  de  Wiedemann  et  dans  les  Mittheilungen  de  l'Aca- 
démie de  Berlin.  Voici  les  principaux  :  Uebcr  die  Induction  in  rotirertden 
Kugcln  (1880,  in-8)  ;  —  Versuche  sur  Feststellung  einer  oberen  Grenze  fur  die 
kinetische  Energie  der  elektrischen  Strômung  (dans  les  Annalen  de  Wiedemann, 
1880  et  1881)  ;  —  Ueber  di  Vertheilung  der  Elektricitdt  auf  der  Oberflàche 
bewegtcr  Leiter  (dans  le  même  recueil,  1881)  ;  —  Ueber  die  Verdunstung  der 
Fhmigkeiten,  insbesondere  des  QuecksilberSy  im  luftieei'en  Haumc  (Ibid.,  1882); 

—  Ueber  dcn  Druck  des  gesàttigten  Quecksilbcrdampfes  (Ibid.,  1882);  —  Ueber 
eine  die  elektrische  Entladung  begleitende  Erscheinung  (Ibid.,  1883);  —  Ver- 
suche  ûber  die  Glimmentladung  (Ibid.,  1883) ;  —  Ueber  die  Verhalten  des  Benzins 
als  Isolator  und  als  Mckstandsbildner  (Ibid.,  1883);  —  Ueber  das  GleichgewicfU 
schwimmender  elektrischen  Platten  (Ibid.,  1884);  —  Ueber  die  Beziehungem, 
z^vischcn  den  MdxwelVschen  elektrodynamischen  Grundgleichungen  und  dm. 
Gmndgleichungen  der  gegnerischen  Elektrodynamik  (Ibid.,  1884);  —  Uebei' 
die  Dimensionen  des  magnetischen  Pois  in  verscMedenen  Maasssystemen  (Ibid., 
1885);  —  Ueber  sehr  schnelle  elektrische  Schwingungen  (Ibid.,  1887);  —  Ueber 
einen  Einfluss  des  ultinvioletten  Lichts  auf  die  elektrische  Entladung  (Ibid., 
4887,  et  dans  les  Mittheilungen  de  l'Académie  de  Beriîn);  —  Ueber  Inductions^ 
erscheinung  en,  hervorgerufen  durch  die  elektrischen  Vorgange  in  Isolatoren 
(dans  les  Mittheilungen  de  l'Académie  de  Berlin,  de  1887,  et  dans  les  Annalen 
de  Wiedemann  de  1888);  —  Ueber  die  Einwirkung  einer  geradlinigen  Schwin- 
gung  auf  eine  benachbarte  Strombahn  (dans  les  mêmes  Annalen,  1888)  ;  — 
Ueber  die  Ausbreitungsgeschwindigkeit  der  elektrodynamischen  Wirkungen 
(Ibid-.,  1888,  et  dans  les  Mittheilungen  de  l'Académie  de  Berlin,  même  année); 

—  Ueber  elektrodynamische  Wellen  im  Luftraume  und  deren  Reflexion  (Ibid., 
1888)  ;  —  Die  Kràfte  elektrischer  Schwingungen,  behandelt  nach  Maxwell* schen 
Théorie  (Ibid.,  1889)  ;  —  Ueber  Strahlen  elektrischer  Kraft  (Ibid.,  1889,  et  dans 
les  Mittheilungen  de  l'Académie  de  Berlin,  1888);  —  Uebei^  die  Fortleitung 
elektrischen  Wellen  (Ibid.,  1889);  —  Ueber  die  Besiehungen  zwischen  Licht  und 
Elektricitdt  (1889,  in-8;  7«  éd.  en  1890);  —  Ueber  die  Grundgleichungen  d«- 
Elektrodynamik  fur  ruhende  Kôrper  (Nachrichten  de  la  Société  scientifique  de 
Gœttingue,  1890;  Annalen  de  Wiedemann,  même  année,  en  français)  ;  Sur  les 
Équations  fondamentales  de  V électricité  dynamique  pour  les  corps  en  repos, 
(dans  les  Archives  des  sciences  physiques  de  Bâle,  1891)  ;  —  Ueber  die  Gimnâ- 
gleichungen  der  Elektrodynamik  fhr  bewegte  Kôrper  (Annalen  de  Wiede- 
mann, 1890);  —  Ueber  die  mechanischen  Wirkungen  elektrischer  Drahtwellen 
(Ibid.,  1891);  —  Untersuchuny  ûber  die  Ausbreitung  der  elektrischen  Kraft 
(1892,  in-8).  On  trouve  encore  des  études  du  regretté  savant  <lans  le  Journal 
fiir  reine  und  angewandtc  Mathematik. 

—  M.  Jacques-Auguste  Demogeot  est  mort  à  Paris,  le  10  janvier  dernier. 
Né  dans  la  même  ville,  le  5  juillet  1808,  il  fit  ses  études  au  petit  séminaire 
de  Saint-Nicolas  du  Chardonnct,  et  s'y  fit  assez  remarquer  pour  que  les  su- 
périeurs de  cet  établissement  lui  confiassent,  dès  1826,  les  fonctions  ensei- 
gnanteî^,  qu'il  exerça  pendant  deux  ans.  Il  fut,  par  la  suite,  professeur  dans 


—  172  — 

divers  coUùgos  ou  lyc<5es  de  province  et  notamment  à  Lyon.  En  1843,  il  fut 
Appek^  à  la  chaire  do  rhétorique  du  lycée  Saint-Louis,  à  Paris.  Trois  ans 
apnî's,  il  suppléait  Ozanam  à  la  Faculté  des  lettres  de  Paris,  comme  il  avait 
suppléé  i\  celle  de  Lyon  ^L  Fyichhoff.  Plus  tard.  M.  Nisard  se  fit  également 
remplacer  par  lui  ^1857).  Outre  une  thèse  de  doctorat  sur  Ausone  et  des  ar- 
ticles dans  la  Hcvuc  dc$  Deux  Mondes  et  dans  d  autres  périodiques,  M.  Jacquss 
Demogoot  laisse  les  ouvrages  sui\-ants,  presque  tous  consacrés  à  Thistoire 
littérairt^  :  Histoire  de  la  littérature  fl^ançaise  depuis  ses  origines  jusqu'à  nos 
jouiia  viiv)l,  in-12),  dans  la  collection  de  VHistoire  universelle,  publiée  sous  la 
direction  de  M.  V,  Duruv;  —  Les  Lettres  et  Phomme  de  lettres  au  XIX^  siècle 
(1856,  in-12);  —  La  Critique  et  les  critiques  en  France  au  XJX*  siècle  (1857, 
in-l(V:  —  Tableau  de  la  litt(^turc  français  au  WU*  siècle  avani  Corneille  et 
Descartes  (1859,  in-8)  ;  —  Contes  et  causeries  ai  vers  1 1862,  in-12),  sous  le  pseu- 
donyme de  Jacques;  —  La  Pharsalc  de  Lucain  ^1866,  in-8);  —  De  l'Enscigne- 
mcnf  secondaire  ai  Angktenc  et  en  Ecosse (1868,  gr.  in-8),  rapport  rédigé  avec 
M,  H.  Montucci;  —  De  l'Enseignement  supérieur  en  Angleterre  et  en  Ecosse 
(1870,  gr.  in-S\  aviv  le  même;  —  Textes  classiques  de  la  littérature  française 
(18(V>-1867,  2  vol.  in-12);  —  Doux  souveniis  -1872,  in-12;;  —  A'ofes  sur  di- 
v^^ses  questions  de  métaphysique  et  de  littérature  «1878,  in-i8)  ;  —  Étude  sur 
Dante  et  Silxio  Pellico  :  Francesc/i  da  Rimini  \1S82,  in-8)  ;  —  Histoire  des 
littératures  étrangères  ccmsidé^res  dans  leurs  rapports  arec  le  développement  de 
la  littérature  française  ^1880,  iu-12  ,  dans  VHistoire  universelle  de  M.  Duruy. 
—  Le  grand  explorateur  anglais  sir  Samuel  White  Baker  est  mort  à  la 
lin  de  décembre  dernier.  11  était  né  à  Londres  le  8  juin  1821.  Pendant  le  sé- 
jour de  huit  années  qu'il  lit  à  Coylan,  il  fonda  une  ferme-modèle  et  un  sana- 
torium à  Newera  Kl  lia,  à  6200  pieds  au-dessus  du  niveau  de  la  mer.  A  son 
n^lour  à  Londres,  il  publia  ses  deux  premiers  ou\Tages,  où  il  rendait  compte 
de  ses  expériences.  Appelé  par  le  gouvernement  turc  à  diriger  la  cons- 
truction de  voies  ferrées  dans  Vempire,  il  ne  tarda  guère  à  quitter  ces 
fonctions  pour  se  li\Te.rà  sa  passion  des  voyages.  C'est  en  1861  qu'il  quitta 
le  C'iaire  pour  remonter  le  Nil  et  essayer  den  décou^Tir  les  sources.  Un  an 
de  séjour  dans  rAb\*ssinie  lui  permit  de  se  perfectionner  dans  l'étude  de 
Tarabp  et  de  se  mieux  préparer  h  son  expédition.  L'on  sait  comment  ses 
efforts  furent  couri^^nnés  par  la  découverte  du  lac  auquel  il  donna  le  nom 
d'Albert  N'vanza  (14  mars  1864  .  Le  couvernement  amrlais,  à  son  retour,  le 
créa  baronnet.  Le  récit  de  son  voj-age  a  été  traduit  dans  presque  toutes  les 
langursde  rFnrope.  En  1871.  avec  Tassen liment  et  le  concours  du  Khédive, 
sir  Samuel  dirigea  une  nouvelle  expédition  dans  le  Soudan,  d'où  il  voulait 
extirpi^r  Teselavage.  Cela  lui  fournit  le  sujet  d'un  nouvel  ouvrage  qu'il  inti- 
tula Ismailia,  en  l'honneur  du  prince  qui  l'avait  aidé.  Dans  la  liste  ci-des- 
sous des  on\Tages  composes  par  lui,  nous  ne  citons  d'autres  traductions  que 
les  franchises  :  The  Rifle  and  thc  Hound  in  Ceyhn  ilS54.  in-S;  —  Eiyht 
yeai's  uandiTing  in  Ccylon  ISrC»,  in-S  ;  —  The  Albert  yyanza^grcai  hasin 
ùf  the  ]Vi/r  and  explorations  of  the  Sile  sources  18ti6,  2  vol.  in-^;  trad. 
française  par  C,  Masson  :  Découverte  de  l'Albert  TCyanza^  186S,  in-8; 
abrégée  par,!.  Bel  in  de  l-aunay  :  Le  Lac  Albert,  1860,  in-16);—  Thc  yUe 
tHbutaries  of  Ahr/ssinia  and  the  sword  hunto^  of  thc  Hamran  Arabs  (1867,. 
in-S:  M.  11.  Vatteniare  en  a  donm-.,  ainsi  que  de  l'ouvrage  précédent,  un 
abré'g<'  français  sous  le  titre  :  Exploration  du  Haut-^iL  188Ù,  in-S  ;  —  Cast 
np  hy  the  sea  (1860.  in-8  :  trad.  fran^.  par  M™'  P.  Fernand  :  L'Enfant  du  nau- 
frage, 1S70,  in-8'  ;  —  Ismailia  :  a  nairatire  of  thv  expédition  toCentral  Africa 
foi  the  suppression  of  the  slave  trade  ^1874,  2  vol.  in-8;  trad.  abrogée  par 
M.  H.  Valtemare  :  l'Afrique  equatorialc,  188J,  in-S»  ;  ~  Cypins  as  1  sau:  it 


—  173  — 

in  4819  (1879,  in-8)  ;  —  True  taies  for  my  grandsons  (1883,  in-8)  ;  —  The 
Egyptian  question  (1884,  in-8). 

—  La  mort  de  Tillustre  Pierre-Joseph  Van  Beneden  n*est  pas  seulement 
une  perte  pour  la  science  belge  ;  elle  sera  ressentie  par  tous  ceux  qui  s'in- 
téressent au  progrès  des  sciences  zoologiques.  Né  à  Malines,   le  19  dé- 
cembre 1809,  il  se  fit  d'abord  recevoir  docteur  en  médecine,  mais  il  n'exerça 
point  et  consacra  toute  son  étude  à  la  science  zooiogique  et  surtout  à  la 
connaissance  des  animaux  inférieurs.  Nommé  en  1831  conservateur  du  Mu- 
séum d'histoire  naturelle  de  Louvain,  il  fut  appelé  en  1835  à  l'Université 
d'État  à  Gand,  comme  professeur.  Mais  il  ne  tarda  pas  à  quitter  ce  poste 
pour  accepter  la  chaire  de  zoologie  et  de  paléontologie  que  lui  offrait  l'Uni- 
versité catholique  de  Louvain  (1836).  Dès  lors  son  activité  scientifique  se  ma- 
nifesta par  une  foule  de  dissertations  qui  furent  soit  insérées  dans  les  mé- 
moires d'Académies  (notamment  dans  ceux  de  l'Académie  de  Bruxelles  et 
dans  ceux  de  l'Institut  de  France)  ou  dans  les  revues  d'histoire  naturelle,  soit 
publiées  séparément.  Il  sortirait  des  cadres  du  Polybiblion  de  donner  ici  une 
liste  complète  des  travaux  de  ce  grand  savant.  Nous  ne  pouvons  en  rappeler 
qu'un  très  petit  nombre  et  nous  sommes  forcé  d'omettre  même  des  publica- 
tions fort  importantes  :  Mémoire  sur  le  Dreissena  (1835,  in-8);  —  Anatomie  du 
Pneumodermon  violaceum  (1837,  in-4)  ;  —  Exercices  zootomiques  (1839,  2  vol. 
in-4);  —  Études  embryogéniques  (1841,  in-4)  ;  —  Recherches  sur  l'embryogénie 
des  sépioles  (1841,  in-4);  — Mémoires  sur  les  campanulaires de  lacôted'Ostende 
(1843,  in-4)  ;  —  Histoire  naturelle  des  polypes  composés  d'eau  douce  (1843,  in-4, 
avec  M.  Dumortier)  ;  —  Recherches  sur  l'embryogénie  des  tubulaires  et  l'his- 
toire naturelle  des  différents  genres  de  cette  famille  qui  habitent  la  côte  d'Os- 
tcnde  (1844,  in-8)  ;  —  Recherches  sur  V anatomie,  la  physiologie  et  le  développe- 
ment des  bi^yozoaires  qui  habitent  la  côte  d^Ostcnde  (1845,  in'4)  ; —  Recherches 
sur  r organisation  des  ceguncula  (1845,  in-4);  —  Recherches  sur  les  bryozoaires 
fluviatiles  de  Belgique  (1848,  in-4)  ;  —  Recherches  sur  la  faune  littorale  de  la 
Belgique.  Les  Vei's  cestoïdes  (1850,  in-4);  —  Anatomie  comparée  (1852-1854, 
in-8)  ;  —  Mémoires  sur  les  vci's  intestinaux  (1858,  in-4);  —  Zoologie  médicale 
(1859,  2  vol.  in-8,  avec  M.  Paul  Gervais);  —  Iconographie  des  helminthes 
(1860,  in-4)  ;  —  La  Vie  animale  et  ses  mystères  (1863,  in-8)  ;  —  Recherches  sur 
la  faune  littorale  de  Belgique.  Polypes  (1866,  in-4);  —  Ostéographie  des  cétacés 
(1868-1880,  18  livr.  in-4,  avec  M.  Paul  Gervais);  —  Parasites  et  commensaux 
(1875,  in-8);  —  Description  des  ossements  fossiles  des  environs  d'Anvei's  (1877- 
1887,  5  vol.  in-4)  ;  —  Histoire  naturelle  des  cétacés  des  mers  d'Europe  (1889, 
in-8).  Membre  de  l'Académie  royale  de  Belgique  depuis  1842,  associé  de 
l'Académie  des   sciences  de  Paris,  M.   Van  Beneden  faisait  aussi   partie 
d'autres  sociétés  savantes  de  l'Europe. 

—  M.  William  Henry  Waddington  est  mort  le  13  janvier.  Né  à  Saint- 
Romy-sur-Avre  (Eure-et-Loir),  d'un  père  anglais,  le  11  décembre  1826,  il 
opta,  à  son  retour  de  Cambridge,  où  son  père  l'avait  envoyé  faire  ses  études, 
pour  la  nationalité  française.  Des  travaux  sur  l'antiquité,  des  études  de  nu- 
mismatique et  la  publication,  avec  M.  Philippe  Le  Bas,  d'un  important  voyage 
archéologique  en  Grèce,  le  firent  élire  en  1865  membre  de  l'Académie  des 
inscriptions.  Après  une  première  tentative  infructueuse,  sous  l'Empire, 
pour  se  faire  nommer  député  au  Corps  législatif,  il  parvint  en  1871  à  se  faire 
envoyer  à  l'Assemblée  nationale  par  le  département  de  l'Aisne,  et  depuis 
lors  il  resta  dans  la  vie  politique,  soit  à  la  Chambre,  soit  au  Sénat,  où  il 
siégea  de  1876  jusqu'aux  dernières  élections.  Nous  ne  voulons  point  appré- 
cier ici  le  rôle  politique  de  M.  Waddington  ;  nous  rappellerons  seulement 
qu'il  combattit  la  loi  sur   la  liberté  de   l'enseignement  supérieur.  Deux 


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ibis  ministre  de  Tinstruction  publique,  dans  le  cabinet  du  19  mai  1873  et 
dans  celui  du  9  mars  1876,  il  fut  plus  tard  appelé  (13  décembre  1877)  an 
portefeuille  des  affaires  étrangères.  Il  prit  une  pari  importante  au  congrès 
de  Berlin  en  1878.  De  mai  1883  au  printemps  de  Tannée  dernière,  il  repré- 
senta la  France  à  l'ambassade  de  Londres.  Il  a  publié,  avec  M.  Philippe  Le 
Bas  :  Voyage  archéologique  en  Grèce  et  en  Asie  Mineure  (1847-1877,  5  vol.  in-4 
et  1  vol.  in-fol)  ;  seul  :  Mélanges  de  numismatique  et  de  philologie  (1861, 
in-8)  ;  —  Édit  de  Dioclétieny  établissant  le  maximum  dans  VEmpire  romain 
(1864,  in-4). 

—  Le  R.  P.  Marcelino  Gutiérrez,  0.  S.  A.,  est  mort  à  Gracia,  le  15  dé- 
cembre, dans  ja  maturité  de  Tàge  et  du  talent.  Né  à  Ampudia,  province  de 
Palencia,  en  1858,  c'est  en  1877  qu'il  entra  dans  Tordre  de  Saint-Augustin. 
Après  avoir  achevé  ses  études  de  philosophie  au  collège  des  PP.  Augustins 
de  Valladolid  et  fait  sa  théologie  dans  leur  maison  de  La  Vid,  il  fut  appelé 
à  enseigner  la  philosophie  dans  le  premier  de  ces  deux  établissements.  Mais 
la  faiblesse  de  sa  santé  l'obligea  de  renoncer  à  ce  poste  ;  dès  lors  il  se  mit 
à  écrire  et  devint  un  des  meilleurs  collaborateurs  de  l'excellente  Ciudad  de 
Dios.  Ses  travaux  lui  valurent  les  éloges  des  hommes  compétents,  et 
M.  Menéndez  Pelayo  n'hésitait  pas  à  le  citer  comme  l'un  des  plus  profonds 
philosophes  de  notre  époque.  Il  s'est  attaché  à  réfuter  Cousin  et  son  école 
dans  une  magistrale  étude  sur  le  Mysticisme  orthodoxe.  Son  travail  le  plus 
considérable  est  consacré  à  la  philosophie  espagnole  du  xvi*  siècle  et  à  Fr. 
Luis  de  Léon,  dont  il  a  corrigé  les  œuvres  latines  sur  les  manuscrits  pour 
l'édition  qu'en  publie  Mgr  Tomâs  Càmara,  évêque  de  Salamanque.  Lorsque 
la  mort  Ta  frappé,  il  était  occupé  à  une  réfutation  des  théories  psycholo- 
giques dos  modernes.  Voici  les  titres  de  ses  ouvrages  :  Fr.  Luis  de  Leôn  y 
la  filosofia  capariola  dcl  siglo  \Vl  (1885,  in-8)  ;  —  El  Misticismo  ortodoxo  en 
sus  relaciones  con  la  filosofia  (1886,  in-8). 

—  M.  Savinicn  Lapointe,  le  fameux  poète-cordonnier,  est  mort  à  Soucy, 
aux  environs  de  Sens,  dans  les  derniers  jours  de  décembre.  Né  à  Sens 
(Yonne),  en  1812,  oblige  par  Thumble  situation  de  sa  famille  à  prendre  le 
métier  do  son  père,  que  la  misère  avait  réduit  à  l'hôpital,  il  employa  le 
temps  que  lui  laissaient  ses  travaux  manuels  à  s'instruire  par  la  lecture.  Il 
prit  pari  tour  à  tour  aux  journoos  de  Juillet,  puis  aux  insurrections  qui  trou- 
blèrent le  nouveau  régime,  et  se  vit  condamner  à  la  prison.  C'est  à  Sainte- 
Pélagie  qu'il  écrivit  ses  premiers  vers,  publiés  par  un  journal  oumer,  la 
liurhc  populaire.  Les  pièces  de  lui  qu'Olinde  Uodrigues  inséra  dans  ses 
Poésies  sociales  des  ouvriei'S  (1841)  furent  accueillies  avec  faveur,  et  le  poète- 
cord^imier  reçut  les  encouragements  d'Eugèno  Sue,  de  Victor  Hugo  et  aussi 
de  Bcrangor,  dont  la  lecture  avait  aidé  au  développement  de  son  talent  poé- 
tique. C'est  on  1844  que  parut  son  premier  recueil  :  Voix  d'en  bas.  Il  donna 
par  la  suite  aux  journaux  avancés  du  parti  républicain  de  violentes  satires: 
Les  Prolétariennes.  Outre  les  ouvrages  dont  voici  la  liste,  il  a  rédigé  quelque 
temps  un  journal  d«s  cordonniers  :  Une  Voix  d*en  bas  (1844,  in-8);  —  Les 
Échos  de  la  n^e  (1850,  in-32);  —  Il  était  une  fois,  contes  du  foyer  (1853, 
iu-32)  ;  —  Contes  (1856,  in-12);  —Mémoires  sur  Bérangei*  (1857,  in-8);  — 
Mes  Chansons  (1859,  in-32)  ;  —  Poésies  complètes  (1863,  in-8)  ;  —  La  Chanson 
libre  (1877,  in-8);  —  Le  Christianisme  dans  la  rue  (1887,  in-32);  —  En  ce 
temps-là,  contes  (1888,  in-8). 

—  L'ancien  archiviste  de  la  ville  do  Boulogne  et  Tun  de  nos  meilleurs 
éruditsdc  province,  M.  le  chanoine  Daniel  Haignére,  est  mort  âgé  de  moins  de 
soixanto-neuf  ans,  au  Waast,  le  13  décembre.  Il  était  né  le  18  décembre  1824. 
Il  fut  pendant  de  longues  années  archiviste  de  la  ville  de  Boulogne.  Depuis 


—  175  — 

qu'il  en  avait  quitté  les  fonctions,  il  avait  accepté  la  modeste  cure  du  Waast 
(Pas-de-Calais,  arrondissement  de  Boulogne-sur-Mer,  canton  de  Desvres).Son 
œuvre  la  plus  considérable  est  la  publication  des  Chartes  de  Saint-Bertin. 
D'assez  nombreux  mémoires  de  lui  ont  été  insérés  dans  les  Mémoires  de  la 
Société  académique  de  Boulogne  (notamment  en  1886,  les  Chartes  de  U Hôtel 
de  ville  et  de  Vabbayc  de  Notre-Dame  de  Boulogne),  et  dans  les  Mémoires  et  le 
Bulletin  historique  de  la  Société  des  antiquaires  de  la  Morinie  (notamment, 
au  tome  IX  des  Mémoires,  une  Notice  histonque  et  archéologique  sur  le  prieuré 
de  Saint-Michel  du  Waast,  et  au  tome  XIX,  un  État  récapitulatif  des  décimateurs 
dans  les  paroisses  du  diocèse  de  Boulogne  qui  font  partie  des  arrondissements 
de  Béthune,  de  Montreuil,  de  Saint-Omcr  et  de  Saint-Pol),  Nous  citerons  de 
lui  :  Notice  archéologique  et  descriptive  sur  la  crypte  de  Notre-Dame  [de  Bou- 
lojzne]  (1851,  in-8)  ;  —  Vie  de  saint  Walmer  (1852,  in-18)  ;  — Histoire  de  Notre- 
Dame  de  Boulogne  (1857,  in-12)  ;  — Étude  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  Mgr  Fran- 
çois-Joseph-Gaston de  Partz  de  Pressy,  évéque  de  Boulogne  (1858,  in-8)  ;  —  Le 
Protestantisme  à  Boulogne-sur-Mer  (1859,  in-8)  ;  —  Étude  sur  le  Portas  Itius 
de  Jules  César  (1862,  in-8)  ;  —  Notre-Dame  de  Saint-Sang  (1862,  in-18)  ;  — 
Étude  sur  la  légende  de  Notre-Dame  de  Boulogne  (1863,  in-8)  ;  —  Quatre  cime- 
tières mérovingiens  du  Boulonnais  (1866,  in-8,  avec  planches)  ;  —  Du  rétablis- 
sement de  Vévéchéde  Boulogne  (1866,  in-8)  ;  — Du  lieu  de  naissance  de  Godefroi 
de  Bouillon  (1808,  in-8)  ;  — Monseigneur  Haffvingue,  sa  vie  et  ses  œuvres  (1871, 
in-8);  —  Mémoires  historiques  et  anecdotiques  de  Pierre  Maslebranche  (4649- 
4635)  (1879,  in-8)  ;  —  Dictionnaire  topographique  de  la  France,  arrondissement 
de  Boulogne  (1881,  in-8)  ;  —  Inventaire  sommaire  des  archives  communales  de 
Boulogne-sur-Mer  (1884,  in-fol.),  avec  M.  Deseille  ;  —  Les  Chartes  du  Saint- 
Berlin,  d'après  le  grand  cartulaire  de  dam  Char  les- Joseph  Dewitte  (1886-1891, 
3  vol.  in-4)  ;  —  Les  Ducs  d'Aumont,  gouverneurs  de  Boulogne  et  du  Boulonnais 
(1887,  in-i8);  —  Des  Rites  funèbres  dans  la  liturgie  romaine  (1889,  in-12);  — • 
La  Bcvolution  à  Saint-Nicolas  (1889,  in-8)  ;  —  Achille  d'Isque,  abbé  commenda- 
tairc  de  Beaulieu  (1893,  in-8).  11  a  également  rédigé  dans  la  série  des  Inven- 
taires sommaires  des  archives  du  Pas-de-Calais  celui  de  la  série  G  (évôché 
(le  Boulogne),  actuellement  sous  presse.  Pour  plus  de  détails  sur  ce  prêtre 
orudit,  nous  renverrons  aux  notices  que  lui  ont  consacrées  MM.  Pagart 
d'Ilonnansart  (Saint-Omer,  imp.  H.  d'Homont,  in-8  de  11  p.)  et  Loriquet 
(Bonlogiic-sur-Mer,  Société  typo-litho,  in-18  de  16  p.). 

—  M.  Kîirl-Ludwig  Michelet,  mort  à  Berlin,  le  16  décembre  1893,  était 
un  (Ips  H'prcscntants  attitrés  de  l'école  hégélienne.  Né  à  Berlin  même, 
It;  4  (lûcenibro  1801,  c'est  dans  cette  ville  qu'il  fit  ses  études.  Il  commença 
pnr  «ioniicr  une  thi^se  sur  un  sujet  juridique,  mais  il  ne  tarda  guère  à  se 
cnii^acnr  à  la  philosophie.  Ses  deux  premiers  ouvrages  considérables  sur 
l'Étliiqui'  dWristote  et  sur  un  système  de  morale  philosophique  le  firent 
ap[»fl«.'r  à  la  chaire  de  philosophie  de  l'Université  berlinoise.  L'Institut  de 
Franco  couronna  son  Mémoire  sur  la  métaphysique  d'Aristote.  M.  Michelet, 
qui  n'avait  pas  tardé  à  s'attacher  aux  doctrines  d'Hegel,  fut  dans  le  parti  un 
(jps  nprvsciitants  do  la  gaucho  radicale.  Il  fonda  une  société  philosophique, 
qui  »ut  pour  organe  spécial  Der*  Gedanke,  Cette  revue  contient  naturel le- 
ni^-nt  (1«'S  articles  de  lui,  comme  d'autres  recueils  philosophiques  soit  d'Al- 
len)a}iip»,  snit  du  France.  Quant  à  ses  ouvrages,  qui  sont  assez  nombreux, 
\t'<  suivants  suffiront  à  donner  une  idée  de  son  activité  philosophique  :  Die 
Eihik  des  Aristoteles  im  ihrem  Vei'hàltniss  zum  System  der  Moral  (1827,  in-8); 
—  I)as  System  der  philosophischen  Moral  (1828,  in-8);  — Aristotelis  Ethic.  Ni- 
roin.  lihii  X  (1829-1835,  2  vol.  in-8);  —  De  Sophoclei  ingenii principio  (1830, 
iîi-6;;  —  Examen  critique  de  l'ouvrage  d'Aristote  intitulé  Métaphysique  (1836, 


—  176  — 

in-8)  ;  —  Geschichte  dej*  letzten  Système  da*  Philosophie  in  Deutschland  (1837- 
1838,  2vol.  in-8);  —  Anthropologie  und  Psychologie  (1840,  in-8);  —  VorU$- 
ungen  iiber  die  Persônlichkeit  Gottes  (1841,  in-8);  —  Entwicklungsgesehiehte 
der  neuesten  deutschen  Philosophie  (1843,  in-8)  ;  —  Die  Epiphanie  der  eftigen 
Persônlichkeit  des  Geistes  (1844-1852,  3  vol.  in-8)  ;  —  Bine  italienische  Reise 
(1856,  in-8);  —  Geschichte  der  Menschheit  seit  4775  (1859-1860,  2  vol.  in-8); 

—  Gesammelte  Werke  (1866  et  suiv.,  30  vol.  in-8);  -  Naturrecht  (1866, 2 vol. 
in-8)  ;  —  Dos  System  dei*  Philosophie  als  exacter  Wissenschaft  (1876-1881, 
4  vol.  en  5  part,  in-8)  ;  —  Historisch-kntische  Darstellung  der  dialecktischen 
Méthode  Hegels  (1887,  in-8),  en  collaboration  avec  Haring. 

—  M.  Peter-Wilhelm  Forchhammer,  mort  dans  les  premiers  jours  de 
janvier,  était  né  à  Husum,  dans  le  Schleswig-Holstein,  le  23  octobre  1803. 
Ses  études,  commencées  à  Kiel,  furent  terminées  à  Leipzig,  où  il  se  flt 
recevoir  docteur  en  philosophie.  Il  se  mit  alors  à  voyager,  visita  notamment 
la  France  et  PAngleterre,  puis  TAsie  Mineure  et  la  Grèce,  où  il  séjourna  de 
1832  à  1835.  A  son  retour  en  Allemagne,  TUniversité  de  Kiel  lui  confia  la 
chaire  de  philologie  classique  (1837),  qu'il  a  conservée  jusqu'à  sa  mort 
C'est  aux  questions  d'archéologie  et  de  littérature  grecques  qu'il  a  con- 
sacré tous  les  efforts  d'une  activité  qui  ne  s'est  arrêtée  qu'avec  sa  mort, 
car  le  dernier  ouvrage  que  nous  citerons  ici  de  lui  est  daté  de  1893  et  a 
paru  tout  récemment.  Dans  la  longue  liste  des  travaux  dus  à  ce  laborieux 
savant,  nous  citerons  seulement  les  suivants  :  De  Areopago  non  privato  per 
Ephialten  homicidiis  judiciis,  contra  Bœckhium  (1828,  in-8)  ;  —  Zur  Topographie 
Athens  (1833,  in-8),  avec  K.  0.  Mûller;  —  Remarques  sur  les  sculptures  du 
temple  de  Jupiter  à  Olympie  (1837,  in-8);  —  Die  Athene  undSokrales  (1837, 
in-8);  —  Hellenika  (1837,  in-8);  —  Apollons  Ankunft  in  Delphi  (1840,  in-4); 

—  Die  Geburt  der  Athene  (1841,  in-4);  —  Topographie  von  Athen  (1841,  in-8); 
Die  Kyklop'Mauern  (1847,  in-8);  —  Demokraten-Biichlein  (1849,  in-16);  — 
Die  Ebene  von  Troja  nach  der  Aufnahme  von  Spratt  (1850,  in-4);  —  lu^ 
stànde  Schleswig-Holsteins  (1850,  in-8);  — Achill  (1853,  in-8);  —  Quaestionum 
criticarum  cap,  2  (1854,  in-3)  ;  —  Topographia  Thebarum  heptapylarum  (1854, 
in-4);  —  Ueber  Reinheit  der  Baukunst  auf  Gi'und  des  Ursprungs  der  vier 
Hauptbaustyle  (1856,  in-8);  —  Landwirthschaftliche  Mittheilungen  aus  dem 
class.  Altei'thum  iiber  Dimns-,  Guano-  und  Diillcultur  (1856,  in-8)  ; —  Halkyonia 
(1857,  in-8)  ;  —  Das  Schône  ist  schwer  (1863,  in-8)  ;  —  Aristoteles  und  die 
cxoterischen  Reden  (1864,  in-8);  —  Bundesstaat und  Einheitsstaat  (1866,  in-8); 

—  Die  Griindung  Roms  (1868,  in-8);  —  Dadukos  (1875,  in-8);  —  Dos  Erech- 
teion  (1879,  in-4);  —  Mykenà  und  der  Ursprung  der  Mykenischen  Funde  (1880, 
in-8);  —  Die  Wanderungen  des  Inachostochtei*  Jo  (1881,  in-8);  —  Zur  Reform 
des  hôhei^en  Unteirichtswesens  (1882,  in-8);  —  Erkldrung  der  Ilias  aufGrund 
der  topischen  und  physischen  Èigenthûmlichkeiten  der  troischen  Ebene  (1884, 
in-4);  —  Kyanen  und  die  Argonauten  (1891,  in-8);  —  Homer,  seine  Sprache^ 
die  Kampfpldtze  seiner  Heroen  und  Gôtter  in  dei'  Troas  (1893,  in-4).  De  nom- 
breux articles  de  M.  Forchhammer  se  trouvent  insérés  dans  les  revues  spé- 
ciales telles  que  le  Philologus,  le  Jahrbuch  fur  classische  Philologie^  et  aussi 
dans  des  recueils  d'un  caractère  plus  général,  comme  la  Deutsche  Rundschau 
elVAllgcmeine  Zeitung  de  Munich.  Enfin  nous  devons  rappeler  que  ce  savant 
a  été  l'un  des  initiateurs  du  musée  archéologique  de  Kiel. 

—  M.  Georg  Conon  von  der  Gabelentz,  qui  est  mort  à  Berlin  le  14  dé- 
cembre, s'était  acquis  par  ses  travaux  une  notoriété  aussi  grande  que  celle 
de  son  père,  le  célèbre  linguiste  Hans  Conon  von  der  Gabelentz.  Né  à 
Poschwitz,  dans  le  duché  de  Saxc-Altenburg,  le  16  mars  1840,  c'est  vers  le 
<lroit  qu'il  tourna  d'abord  son  attention,  et  après  avoir  achevé  ses  études 


—  177  — 

juridiques  aux  Universités  d'Iéna  et  de  Leipzig,  il  entra  en  1863  dans  la 
carrière  judiciaire.  Lorsqu'il  se  fit  recevoir  en  1876  docteur  en  philosophie 
de  rUniversité  de  Leipzig,  il  s'était  déjà  révélé  comme  linguiste  dans 
ses  «  Études  de  grammaire  comparée.  »  Ce  sont  surtout  les  langues  de  TEx- 
trême-Orient  auxquelles  il  a  consacré  ses  recherches.  Nommé  professeur 
de  chinois  et  de  japonais  à  TUniversité  de  Leipzig,  il  mérita  Thonneur  d'être 
choisi  comme  vice-président  de  la  section  des  langues  de  TExtréme-Orient, 
au  congrès  des  orientalistes  de  1878.  Il  avait  été  depuis  nommé  professeur 
à  rUniversité  de  Berlin.  Outre  sa  collaboration  au  Litterarisches  Centralblatt 
et  à  la  grande  encyclopédie  d'Ersch  et  Gruber,  on  lui  doit  :  Zur  vergleichen- 
den  Syntax  (dans  la  Zeitschrift  fur  Vôlkerpsychologie  (1869-1874)  ;  ■—  Thai- 
Kih-thû,  des   Tshen-Tsi  Tafel  des   Urprincips,  herausgegeben  (1876,  in-8)  ; 

—  Chinesische  Gi^ammatik  mit  Ausnahme  der  neueren  Sprache  und  der  nie- 
dei*en  Stiles  (1881,  gr.  in-8)  ;  —  Anfangsgrûnde  der  chinesischen  Grammatik 
(1883,  in-8)  ;  —  Beitràge  zur  Kunde  der  mclanesischen,  papuanischen  und 
mikronesischen  Sprachen  (dans  les  Abhandlungen  de  la  Société  royale  des 
sciences  de  Saxe,  1883),  avec  la  collaboration  de  M.  A.-B.  Meyer  ;  —  Bet^rd^e 
zur  chinesischen  Grammatik  (Ibid.,  1888)  ;  —  Ueber  den  chinesischen  Philoso- 
phen  Mck  Tik  (Ibid.,  1888)  ;  —  Confucius  und  seine  Lehre  (1888,  in.8);  — 
Handbuch  zur  Aufnahme  fremder  Sprachen  (1892,  in-8). 

—  On  annonce  encore  la  mort  :  de  M.  Charles  Bertrand,  professeur  de  for- 
tification à  l'École  spéciale  militaire,  mort  le  7  janvier,  à  quarante-sept  ans  ; 

—  du  compositeur  Théodore  Blangini,  mort  à  soixante-treize  ans,  à  Bor- 
deaux, le  2  janvier  ;  —  de  M.  Bonamy  de  Villemereuil,  ancien  président 
de  la  Société  académique  de  l'Aube,  mort  le  10  janvier,  en  son  château  de 
Villemereuil  ;  —  de  M.  le  docteur  Henri  Braconnot,  ancien  médecin  de  la 
marine,  qui,  en  qualité  de  major  de  la  flotte,  avait  pris  part  à  la  première 
expédition  de  Chine,  mort  le  12  janvier,  à  soixante  ans,  à  Paris  ; —  du  Rév. 
P.  Corne,  des  Oblats  de  Marie,  supérieur  du  grand  séminaire  de  Fréjus, 
mort  le  i*^  janvier  ;  — de  M.  Paul  Delair,  poète  dramatique,  mort  le  19  jan- 
vier, à  cinquante-six  ans  ;  —  de  M.  Alexandre  Delouche,  qui  longtemps 
donna  dans  le  Monde  des  articles  sur  la  politique  étrangère,  mort  le  2  jan- 
vier, à  Paris;  —  de  M.  le  docteur  Diday,  chirurgien  en  chef  de  l'hôpital  de 
l'Antiquaille,  à  Lyon  ;  —  de  M.  Diagon,  directeur  de  l'École  supérieure  de 
pharmacie  à  Montpellier,  mort  dans  les  derniers  jours  de  décembre  ;  —  de 
M.  le  docteur  Charles  Edwards,  mort  le  17  janvier,  à  Paris  ;  —  de  M.  le 
docteur  Pierre-Ernest  Lacroze,  médecin  de  la  maison  centrale  de  Graillon 
(Eure),  mort  le  24  janvier  ;  —  de  M.  Arthur  Lafont,  ancien  bâtonnier  de 
l'ordre  des  avocats,  mort  &  Bayonne,  le  21  janvier  ;  —  de  M.  Alphonse  Le 
Fillatre,  mort  à  Avranches,  au  commencement  de  janvier  ;  —  de  M.  Guil- 
laume Lekeu,  compositeur  de  musique,  dont  le  talent  s'annonçait  assez 
brillant  et  qui  a  été  enlevé  à  l'âge  de  vingt-trois  ans,  le  24  janvier,  à  Angers  ; 

—  de  M.  le  docteur  Louis-Joachim  Le  Maguet,  mort  le  17  janvier,  à  Paris, 
âgé  de  soixante  et  un  ans  ;  —  de  M.  Eugène  Nus,  auteur  dramatique  dont 
quelques  pièces  ont  été  assez  applaudies,  mort  à  soixante-dix-huit  ans,  à 
Cannes,  le  18  janvier  ;  —  de  M.  le  docteur  Quinquaud,  membre  de  l'Aca- 
démie de  médecine,  médecin  de  l'hôpital  Saint-Louis,  mort  le  9  janvier;  — 
de  M.  Maurice  Rogier,  rédacteur  à  VÉcho  de  Paris,  mort  à  Alger  ;  —  de 
M.  Jules  Roux,  ancien  bâtonnier  de  l'ordre  des  avocats  de  Marseille,  mort 
le  3  janvier,  à  quatre-vingt-quatre  ans  ;  —  de  M.  Reboul  de  la  Jullière, 
ancien  directeur  de  la  presse  au  ministère  de  l'intérieur,  mort  à  Vesoul,  le 
20  janvier,  à  quatre-vingt-quatre  ans. 

—  A  l'étranger,  l'on  annonce  la  mort  :  de  M.  Victor  Arnould,  publiciste 

Féyrisr  1894.  T.  LXX.  12. 


—  178  — 

belge,  mort  le  18  janvier,  à  Brï^xelles  ;  —  du  publiciste  allemand  Ludwig 
Behrendt,  mort  le  7  décembre,  à  Berlin,  âgé  de  cinquante-neuf  ans;  —  de 
M.  Joseph  BoEHM,  professeur  de  botanique  à  TUniversité  de  Vienne,  mort 
le  2  décembre,  à  soixante-trois  ans  ;  —  de  M.  C.-G.  Buettner,  professeur 
au  séminaire  des  langues  orientales  de  Berlin,  mort  dans  cette  ville,  Iel4d6- 
cembre;  —  de  M.  von  Frieden,  fondateur  de  Tobservatoire  maritime  de 
Hambourg,  mort  dans  la  première  quinzaine  de  janvier  ; — de  M.  Gaidebourop, 
directeur  de  la  Semaine  (Nediélia)  de  Saint-Pétersbourg,  mort  le  15  janvier; 

—  de  M.  le  baron  von  Hasenau,  recteur  de  l'Académie  des  beaux-arts  à 
Vienne,  mort  le  2  janvier  ;  —  de  M.  Adolf  HEmER,  privatdocent  à  TUniver- 
silé  de  Vienne,  mort  le  26  décembre,  dans  cette  ville;  —  de  M.  Adolf  Jellinek, 
célèbre  hébraïsant  d'Allemagne,  mort  à  Vienne,  le  27  décembre,  âgé  de 
soixante-treize  ans;  —  de  M.  H.-J.  Knik,  naturaliste,  mort  à  Christiania,  le 
15  décembre  ;  —  de  M.  Otto  Krause,  mort  le  16  décembre,  à  Annaberg,  âgé 
de  quarante-neuf  ans  ;  —  de  M.  Ludwig  Krahmer,  professeur  à  la  Faculté 
de  médecine  de  Halle,  mort  le  21  décembre,  à  quatre-vingt-trois  ans;  —  de 
M.  Friedrich  Kôssing,  professeur  de  théologie  à  la  Faculté  de  Friboorg, 
mort  le  9  janvier;  —  de  M.  August  von  Kries,  professeur  de  droit  pénal  & 
l'Université  de  Kiel,  mort  dans  cette  ville,  le  8  janvier,  âgé  de  trente-sept 
ans;  — de  M.  Lellmann,  professeur  de  chimie  à  l'Université  de  Giessen, 
mort  le  10  décembre;  —  de  M.  Arthur-Milnes  Marshall,  professeur  de 
zoologie  au  collège  Owen  de  Manchester,  mort  le  21  décembre  ;  —  de  M.  Otto 
Mejer,  ancien  professeur  de  droit  public  et  ecclésiastique  à  l'Université  de 
Gœttingue,  mort  le  24  décembre,  à  soixante-seize  ans,  à  Hanovi^;  —  de 
M.  Heinrich  von  Merz,  théologien  allemand,  mort  le  2  janvier,  à  Stuttgart; 

—  de  M.  William  Milligan,  professeur  de  théologie  à  l'Université  d'Aber- 
deen,  mort  à  soixante-quatorze  ans,  à  Edimbourg  ;  —  de  M.  Fr.-Ludwig- 
Eduard  Niemeyer,  mort  à  Niederlôssnitz,  près  de  Dresde,  le  13  décembre;  — 
de  M.  John  Plant,  conservateur  du  musée-bibliothèque  de  Salford,  mort  au 
commencement  de  janvier;  —  de  miss  Elizabeth  P.  Peabody,  à  laquelle  on 
doit  plusieurs  ouvrages  sur  l'abolition  de  l'esclavage  et  sur  l'enseignement 
des  femmes,  morte  le  3  janvier,  à  quatre-vingt-quatorze  ans;  —  de  M.  le  cha- 
noine Sattlkr,  mort  à  Strasbourg,  le  21  janvier;  —  de  M.  Scharlagb,  au- 
teur de  nombreux  ouvrages  d'éducation,  mort  à  Halle,  le  12  décembre, 
âgé  de  quatre-vingt-six  ans;  —  de  M.  Samuel  Sinclair,  qui  laisse  Tkt 
Currency  question,  mort  le  20. décembre,  à  New-York,  âgé  de  soixante  et 
onze  ans;  —  de  M.  A  lois  Sprenger,  professeur  à  l'Université  de  Berne, 
arabisant  distingué,  mort  le  19  décembre,  à  Heidelberg,  à  quatre-vingt-un 
ans  ;  —  do  M.  Richard  Spruce,  botaniste,  connu  par  des  voyages  d'explo- 
ration en  Afrique,  mort  à  soixante-six  ans,  le  30  décembre;  —  de 
M.  Christian-Émil  Strahl,  professeur  de  médecine  à  l'Université  de  Stras- 
bourg, mort  le  1"  janvier,  à  quatre-vingts  ans;  —  de  M.  Ingvald  Undset, 
professeur  à  l'Université  de  Christiania,  mort  le  3  décembre  ;  —  de  M.  Anto- 
nio DE  Vildosola,  fondateur  (187G)  et  rédacteur  en  chef  de  la  Pc,  dont  plu- 
sieurs brochures  ont  fait  quelque  bruit,  mort  le  30  décembre,  à  Bilbao,  âgé 
de  soixante-cinq  ans;  — de  M.  HonryVizETELLY,  journaliste  anglais,  traduc- 
teur de  Zola,  auteur  de  Glances  hack  through  sei'cnty  years,  mort  le  1"  jan- 
vier; —  du  R.  P.  John  Walford,  S.  J.,  recteur  de  Rochampton,  mort  le 
8  janvier;  —  de  M.  Georg  von  Wyss,  professeur  d'histoire  à  TUniversitéde 
Zurich,  où  il  est  mort  à  soixante-dix-sept  ans,  le  17  décembre. 

Congrès.  —  Le  quatrième  congrès  catholique  espagnol  s'est  tenu  à  Va- 
lence du  21  au  25  novembre  1893,  par  les  soins  de  Mgr  Sancha,  archevêque 
de  cette  ville.  Mais  au  lieu  de  s'y  occuper  de  controverse  et  d'apologétique 


—  i79  — 

chrétienne  comme  précédemment,  les  congressistes  ont  jugé  plus  à  propos 
de  faire  en  quelque  sorte  écho  au  congrès  récent  de  Jérusalem,  et  de  consa- 
crer la  meilleure  partie  de  leurs  journées,  soit  à  Tadoration  et  à  la  prière, 
soit  à  s'entretenir  des  moyens  d'étendre  le  culte  de  la  divine  Eucharistie. 
Toutefois  le  côté  littéraire  et  bibliographique  du  sujet  a  aussi  attiré  l'at- 
tention dans  une  large  mesure.  Quelques  indications  à  cet  égard  doivent 
trouver  place  ici.  Et  d'abord  :  i%  Plusieurs  des  travaux  qui  ont  été  lus  pen- 
dant le  congrès  avaient  trait  à  l'histoire  des  HosHes  miraculeuses,  plus 
nombreuses  qu'on  ne  pense,  qui  se  conservent  dans  la  chrétienté.  2°  On 
a  mis  en  avant  l'idée  fort  louable  de  la  publication  d'un  Cancionero  Euca- 
ristico.  Le  R.  P.  Sala,  S.  J.,  en  a  même  présenté  un  de  sa  composition,  qui 
est  exclusivement  espagnol.  Il  sera  probablement  imprimé;  néanmoins  on 
désire  la  rédaction  d'un  autre  plus  général,  qui  embrasserait  toute  la  catho- 
licité. 30  Le  R.  P.  Mir  n'a  pas  été  moins  bien  inspiré  en  émettant  le  vœu 
qu'on  mît  au  concours  un  travail  d'ensemble  sur  la  Bibliographie  de  l'Eu- 
charistie. 40  On  a  aussi  encouragé  la  fondation  des  Revues  eucharistiques  et 
donné  de  justes  éloges  à  la  Lampe  du  sanctuaire,  et  au  Messager  du  Sacré- 
Cœur  (Bilbao),  qui  remplissent  déjà  ce  rôle.  5<»  Comme  annexe  au  congrès, 
il  y  avait  une  Exposition  artistico-eucharistique  abondante  ot  bien  ordonnée. 
Le  prochain  congrès  catholique  espagnol  est  annoncé  pour  1896. 

Lectures  faites  a  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  — 
Dans  la  séance  du  5  janvier,  après  une  communication  de  M.  le  marquis  de 
Vogué  sur  une  borne  milliaire  arabe  du  premier  siècle  de  l'hégire,  M.  Paul 
Viollet  a  lu  un  mémoire  sur  les  États  généraux  tenus  à  Paris  en  1358.  —  Le 
12  janvier,  M.  Menant  a  entretenu  l'Académie  de  trois  des  plus  anciens  rois 
connus  de  la  Chaldée.  —  Dans  la  séance  du  19  janvier,  M.  Louis  Passy  a 
fait  une  communication  sur  l'origine  de  certaines  sculptures  en  porphyre  du 
Bas-Empire.  M.  Clermont-Ganneau  a  lu  ensuite  un  mémoire  sur  une  ins- 
cription romaine  découverte  aux  environs  de  Jérusalem.  —  Le  26  janvier, 
îiprès  une  communication  de  M.  Weil  sur  les  textes  poétiques  découverts 
à  Dt'lphes  par  les  membres  de  l'École  d'Athènes,  M.  Germain  Bapst  donne 
locture  d'un  travail  sur  deux  bas-reliefs  de  Jean  Goujon,  provenant  du  châ- 
teau d'Écouen. 

Lectures  faites  a  l'Académie  des  sciences  morales  et  politiques.  — 
Dans  la  séance  du  6  janvier,  M.  Ch.  Waddington  a  lu  un  mémoire  intitulé 
La  Pensée  et  Inaction, — Le  13  janvier,  M.  Rodocanacchi  a  entretenu  l'Académie 
de  Torganisation  des  corporations  ouvrières  de  Rome  au  moyen  âge  et  à 
l'époque  moderne.  —  Le  20  janvier,  M.  Arthur  Desjardins  a  donné  lecture 
d'un  mémoire  sur  l'ambassade  de  Vergennes  à  Constantinople.  —  Dans  la 
^îéa^cc  du  27  janvier,  M.  Rocquain  de  Cpurtemblay  a  lu  une  notice  sur  la 
vie  ot  Ips  œuvres  de  M.  Chéruel.  M.  Bonet-Maury  a  ensuite  commence  la 
lecture  d'un  mémoire  sur  V Unité  morale  des  grandes  religions  de  la  terre  re- 
présentées au  congrès  religieux  de  Chicago. 

Rectification.  —  M.  Lecoy  de  la  Marche  nous  adresse  une  rectification  au 
sujet  du  compte  rendu  donné  dans  notre  dernière  Uwaison  de  sa  Fondation 
de  la  France.  11  nous  assure  que  nous  avons  mal  compris  sa  pensée  au  sujet  de 
M.  l'abbé  Duchesne,  et  que  le  dédain  pour  les  travaux  de  ce  savantque  nous 
avions  cru  apercevoir  dans  la  courte  note  où  il  en  fait  mention,  note  ajoutée 
apr«''s  coup,  n'existe  pas.  Nous  l'enregistrons  avec  plaisir,  et  nous  faisons 
de  tout  cœur  amende  honorable  à  M.  Lecoy  de  la  Marche. 

Exposition  du  journalisme.  —  Nous  ne  saurions  oublier  de  mentionner 
ici  l'exposition  internationale  du  journalisme,  qui  se  tiendra  cette  année  à 
Milan.  Aux  «  expositions  réunies,  »  elle  prendra  place  dans  le  groupe  a  Art 


—  180  — 

graphique  »  (quatre  sections  :  Auteurs  et  droits  d'auteur;  éditeurs  et  li- 
braires; typographie,  lithographie,  etc.  ;  journalisme).  L'exposition  journa- 
listique aura  une  partie  rétrospective  comprenant  les  journaux  du  monde 
entier  antérieurs  à  1800  et,  pour  Tltalie,  les  journaux  des  soixante-dix  pre- 
mières années  du  siècle.  Les  journaux  politiques,  les  journaux  humoristi- 
ques, les  journaux  religieux  forment  autant  de  sections  distinctes.  D  autres 
sont  occupées  par  les  périodiques  illustrés;  les  journaux  scientifiques  et 
les  revues;  les  journaux  techniques;  les  journaux  d'art.  Les  a  Variétés  » 
comprendront  le  sport,  les  modes,  la  sténographie,  etc.  Sous  la  rubrique 
<c  Bibliographie,  »  Ton  fait  rentrer  les  publications  bibliographiques  pure- 
ment relatives  aux  journaux  et  les  associations  de  journalistes. 

Paris.  —  Le  Livre  et  Ulmage,  dont  nous  avons  déjà  parlé  avec  éloges,  vient 
d'achever,  avec  son  tome  II,  la  première  année  de  son  existence.  Certes,  le 
programme  du  premier  jour  se  montrait  brillant;  mais  la  réalisation  n'en  a 
rien  laissé  à  désirer  :  chose  promise,  chose  due.  L'on  a  pu  suivre,  dans  notre 
partie  technique,  les  sommaires  de  cette  magnifique  publication;  nous  n'a- 
vons donc  point  à  y  revenir;  mais  nous  n'hésitons  pas  à  noter  ici,  d'une  fa- 
çon spéciale,  le  numéro  du  10  décembre,  dernier  paru  au  moment  où  nous 
écrivons.  Parmi  les  articles  que  l'on  y  remarque,  nous  citerons  :  Histoire  du 
livre  par  les  prospectus^  de  M.  Jules  Adeline,  pages  curieuses  de  bibliogra- 
phie ornées  de  charmantes  reproductions  de  vignettes  datanrt  de  1830  à  1850, 
et  les  Comédiennes  déesses  de  la  Raison^  étude  fort  suggestive,  duc  à  la  plume 
experte  de  M.  Victor  Fournel.  Pourvue  de  deux  excellentes  tables  (l'une  des 
gravures,  l'autre  des  matières  du  tome  II)  cette  livraison  de  décembre  ren- 
ferme plusieurs  compositions  hors  texte  de  réel.le  valeur  :  telles,  ta  Marchande 
de  vieilles  images,  eau-forte  de  R.  Piguet  ;  un  portrait  de  Madeînoiselle  Maillard, 
de  rOpéra,  Tune  des  «  déesses  Raison,  »  et  une  délicieuse  reproduction  en 
couleurs,  d'après  une  aquarelle  originale  de  E.  Grenier,  représentant  la  Rue 
du  Croissant  (coin  du  faubourg  Montmartre.)  Les  riches  bibliophiles  et  les  ar- 
tistes forment  évidemment  la  majorité  des  abonnés  de  cette  luxueuse  pu- 
blication; mais  les  érudits,  les  lettrés  et  les  curieux  trouveront  Jà,  eux 
aussi,  de  quoi  satisfaire  amplement  les  plus  exigeants. 

—  On  annonce  la  prochaine  publication  d'un  recueil  spécialement  consacré 
à  l'étude  des  langues,  des  littératures  et  de  l'histoire  des  pays  castillans, 
catalans  et  portugais.  Ce  périodique,  qui  portera  le  titre  de  Hevue  hispanique^ 
aura  pour  clirecteur  M.  Foulché-Delbosc,  ancien  élève  de  l'École  des  langues 
orientales,  professeur  à  l'École  des  hautes  études  commerciales.  Ce  recueil, 
({ui  accueillera  des  articles  écrits  en  français,  en  espagnol,  en  italien  et  en 
portugais,  paraîtra  par  fortes  livraisons  en  mars,  juillet  et  novembre.  Le 
premier  numéro  sera  publié  au  mois  de  mars  prochain. 

—  Voici  une  nouvelle  société  dont  l'objet  est  certes  intéressant,  mais  qui 
semble  un  peu  trop  exclusive  dans  le  choix  de  ses  adhérents.  C'est,  en  effet, 
aux  seuls  agrégés  dos  lettres  et  de  grammaire  et  aux  docteurs  es  lettres 
qu'est  adressé  l'appel  pour  fonder  en  commun  la  «  Société  des  humanistes 
français  pour  l'étude  des  auteurs  classiques  français,  latins  et  grecs.  »  Il 
n'est  pas  besoin  d'être  agrégé  ou  docteur  pour  s'intéresser  ni  môme  pour 
s'occuper  avec  compétence  dos  études  classiques.  La  souscription  sera  de 
dix  francs  par  an.  Les  adhésions  doivent  être  adressées  à  M.  Edouard  Tour- 
nier,  16,  rue  de  Tournon. 

—  M.  Larnaude,  professeur  à  la  Faculté  de  droit  de  Paris,  prend  la  direc- 
tion d'une  nouvelle  revue  juridique,  dont  le  premier  numéro  sera  lancé  dans 
le  présent  mois  de  février.  Nous  empruntons  au  programme  de  la  Revue  du 
droit  public  et  de  la  science  politique  en  France  et  à  C  étranger  quelques  phrases 


4;iTii^i|i*^,. 


—  i81  — 

qui  donneront  Tidée  de  l'objet  que  se  proposent  les  éditeurs  de  cette  nou- 
velle publication  :  «  Il  n'est  pas  besoin  de  démontrer  l'importance  qu'ont 
prise  à  l'heure  actuelle  les  questions  du  droit  public...  La  France  manque 
un  peu....  d'organes....  spécialement  consacrés  à  la  discussion  scientifique, 
en  dehors  de  tout  esprit  de  parti,  des  grands  problèmes  que  soulèvent  l'or- 
ganisation et  le  rôle  de  l'État  moderne.  C'est  cette  lacune  que  la  hevue..,. 
voudrait  combler....  Elle  constituera  d'abord  pour  la  science  française  un 
organe  spécial....  Elle  s'efforcera....  de  faire  connaître  en  France  les  nom- 
breux auteurs  et  publicistes  étrangers  qui  écrivent  sur  les  matières  ren- 
trant dans  son  cadre....  Elle  voudrait  établir  entre  l'étranger  et  la  France  la 
communication  féconde  des  idées....  Elle  veut  s'adresser  aussi  au  grand 
public...  Droit  constitutionnel,  droit  administratif,  droit  international  pu- 
blic, législation  coloniale,  législation  dite  sociale,  etc.,  rien,  en  un  mot,  de 
ce  qui  touche  à  la  structure,  au  rôle  et  à  l'activité  de  l'État  ne  lui  restera 
étranger  >»  (Paris,  Cheval ier-Marescq,  20  fr.  par  an). 

—  Le  tome  195  des  Mémoires  publiés  par  la  Société  nationale  d^agricilUure 
de  France  (Paris,  Chamerot,  in-8de  652  p.)  vient  de  paraître.  Les  questions 
les  plus  intéressantes  y  sont  traitées;  citons  notamment  :  l'exploitation 
agricole  de  M.  Thomassin  à  Puiseux  ;  la  station  agronomique  d'Eure-et- 
Loir;  l'économie  alpestre  ;  la  culture  et  la  conservation  de  l'oseille;  la  comp- 
tabilité agricole;  la  culture  du  lin  ;  la  vigne  sous  verre  ;  les  travaux  fores- 
tiers ;  des  études  sur  les  chevaux  et  les  poissons;  des  travaux  sur  les  phos- 
phates ;  des  cartes  agronomiques.  Outre  les  rapports,  fort  curieux  et  fort 
instructifs,  on  trouve  là  de  remarquables  travaux  de  première  main,  tels 
que  ceux  de  MM.  Nocard,  Worms,  Dugast,  Ladureau,  Levasseur,  comte  de 
Luçay  (les  octrois),  comte  de  Dienne,  A.  Martin  et  A.  Girard.  Ce  beau  vo- 
lume est  à  la  hauteur  de  ceux  qui  l'ont  précédé. 

—  Il  n'est  guère  possible  à  ceux  qui  entretiennent  des  relations  avec  les 
administrations  des  divers  périodiques  parisiens  de  se  passer  de  V Annuaire 
des  journauXy  revues  et  publications  périodiques  parus  à  Paris  jusqu'en  dé- 
cembre 4 893 y  que  vient  d'éditer,  pour  la  quatorzième  fois,  la  librairie  LeSou- 
dier  (in-8  de  325  p.).  Sans  doute  l'on  peut  y  relever  quelques  omissions  et 
quelques  inexactitudes  ;  mais  l'ensemble  n'en  est  pas  moins  précieux  à  tous 
égards.  C'est  de  môme  un  document  bibliographique  importantqui  sera  utile 
aussi  bien  aux  simples  amateurs  et  aux  curieux  qu'aux  gens  de  lettres. 
Parmi  les  omissions,  il  en  est  une  qui  nous  paraît  assez  extraordinaire  : 
celle  du  Builclin  de  la  Société  bibliographique  et  des  Publications  populaires 
qui,  reçue  de  plusieurs  milliers  de  personnes,  paraît  depuis  1870. 

—  La  même  maison  Le  Soudier  met  en  vente  une  Carte  de  la  répartition 
de  l'emplacement  des  troupes  de  C armée  française  pour  l'année  i89â,  avec  index 
de  tous  les  corps  de  troupes  [armée  active  et  armée  territoriale),  et  une  liste  com- 
plète des  officiers  généraux  ou  supérieurs  qui  les  commandent  (in-16  de  34  p.  et 
carte). 

—  Depuis  quelque  temps  déjà,  la  librairie  Armand  Colin,  autorisée  à  cet 
effet  par  le  ministère  de  la  guerre,  publie  des  Tableaux  historiques  illustrés 
des  régiments  de  l'armée  française.  Chaque  sujet,  tiré  en  couleurs,  mesure 
60  centimètres  sur  45.  Ces  tableaux  offrent  la  reproduction,  d'après  des  aqua- 
relles très  artistiques,  des  scènes  les  plus  glorieuses  pour  le  drapeau  de 
chaque  régiment,  des  faits  d  armes  où  se  sont  distingués  officiers  et  soldats. 
Un  texte  abrégé  retrace  l'historique  du  régiment,  soulignant  les  belles  pages 
de  ses  annales.  L'on  peut  dire  que  cette  très  utile  entreprise  répond  aux 
sentiments  de  patriotisme  qui,  à  l'heure  présente,  animent  plus  que  jamais 
tous  les  Français.  Soixante  tableaux  ont  paru. 


—  182  — 

—  Notre  collaborateur  M.  Roger  LAmbelin  corrige  en  ce  moment  les  épreuves 
d'un  ouvrage  intitulé  :  La  Sicile,  notes  et  souvenirs.  Ce  livre  (gr.  in-8  avec 
17  grav.  hors  texte)  est  édité  par  la  maison  Desclée  et  de  Brouwer.  Ajoutons 
que  M.  Lambelin  a  récemment  voyagé  dans  la  grande  île  méditerranéenne. 

—  Nous  venons  un  peu  tard  pour  parler  de  l'opuscule  de  Mgr  E.  Grand- 
claude  sur  la  Question  biblique  d'après  une  nouvelle  école  d'apologistes  chré- 
tiens (Paris,  P.  Lethielleux,  in-16  de  87  p.).  La  brochure  a  été  publiée  en 
juin  dernier  ;  et  la  question  qui  y  est  débattue  a  été  tranchée  depuis  par 
Tencyclique  du  Souverain  Pontife  sur  les  études  bibliques.  Il  suffira  donc 
de  mentionner  ici  le  travail  de  Mgr  Grandclaude. 

—  M.  Maurice  Prou  signale,  dans  la  Revue  numismatique,  l'important  He- 
cueil  de  dessim  de  monnaies^mérovingiennes  donné  à  la  Bibliothèque  nationale 
par  notre  émînent  collaborateur  M.  A.  de  Barthélémy  (tiré  à  part.  Paris, 
C.  Rollin  et  Feuardent,  in-8  de  15  p.  et  1  planche).  Cette  collection  se  com- 
pose de  3,729  empreintes  ou  dessins  de  monnaies,  dont  plusieurs  sout  iné- 
dites. De  ces  dernières,  vingt-sept  sont  ici  décrites,  étudiées  et  reproduites 
par  M.  Prou  et  la  première  lui  donne  l'occasion  de  considérations  intéres- 
santes sur  la  scola, 

—  Signalons  deux  travaux  sur  la  réforme  orthographique.  L'un  est  une 
brochure  in-8  de  10  p.  signée  Junius  et  intitulée  :  Note  sur  la  réforme  ortho- 
graphique que  prépare  r Académie  (Paris,  Gautherin).  C'est  un  véritable  appel 
au  bon  sens.  —  La  Nouvelle  Orthographe,  guide  théorique  et  pratique,  par 
M.  Auguste  Renard  (Paris,  Delagrave,  in-i6  de  xiv-112  p.),  est  un  ouvrage 
complet,  écrit  par  un  homme  éminemment  compétent  et  précédé  d'une 
préface  de  M.  Louis  Havet,  le  nouveau  membre  de  Tlnstitut.  Des  tableaux 
synoptiques  et  historiques  éclairent  et  soutiennent  Tattention.  C'est  le 
guide  le  plus  complet  et  le  plus  sûr  que  nous  connaissions. 

—  L'Annuaire  de  la  Société  philotechnique  (t.  LI,  Paris,  Thorin,  in-8  de  190 
p.)  contient  de  jolies  nouvelles,  une  comédie  en  vers  (ravissante;  c'est  le 
pur  bonheur  conjugal),  des  sonnets,  et  de  la  poésie  bonne,  en  vérité  !  Il  est 
vrai  qu'on  y  rencontre  des  noms  comme  ceux  de  MM.  Ameline,  G.  Le  Va- 
vasseur,  P.  Vulpian,  A.  Cochin,  G.  Dufour,  0.  Jacob,  F.  Melvil,  P.  Pionis,  etc. 

—  Tiénon-Zaza,  qu'est-ce  que  cela?  se  demanderont  les  Parisiens  de  Paris. 
Le  plus  «  Gaudot  »  d'entre  eux  (E.-C,  d'après  ses  initiales)  vous  répondra 
que  c'était  une  manière  de  philosophe  à  l'esprit  acéré  qui  descendit  un  beau 
jour  de  Crans,  en  Franche-Comté,  pour  juger  Paris.  Et  bien  le  fit,  comme 
vous  le  pourrez  voir;  car  si  notre  collaborateur  a  donné  à  son  travail  pour 
premier  titre  :  La  Franche-Comté  comique,  nous  croyons  que  c'est  là  encore 
quelque  «  gaude  »  qu'il  voudrait  nous  faire  absorber  pour  nous  alourdir  l'es- 
prit pendant  la  digestion.  Dites  :  Paris  comique,  plutôt,  M.  Gaudot,  et  vous 
serez  dans  le  vrai.  Car  si  Tiénon  voyageait  en  1865,  bon  nombre  de  ses  ob- 
servations s'appliqueraient  encore  à  l'an  de  grâce  1894.  L'Empire  est  de  nou- 
veau à  la  mode  et  les  crinolines  aussi  (Extrait  des  Annales  franc-comtoises. 
Besançon,  Paul  Jacquin,  in-8  de  10  p.). 

Anjou.  —  Un  de  nos  confrères  les  plus  dévoués  aux  œuvres  catholiques, 
M.  le  baron  de  Villebois-Mareuil,  vient  de  publier  dans  la  Croix  Angevine^ 
et  de  tirer  à  part  (in-16  de  32  p.)  une  notice  très  documentée  sur  le  Cheval 
dans  le  pays  de  Fiée,  Notre  confrère  (il  y  a  longtemps  que  nous  connaissons 
son  opinion)  conclut  en  faveur  du  percheron. 

Béarn.  —  Les  Études  historiques  et  religieuses  du  diocèse  de  Rayonne  parais- 
sent chaque  mois  depuis  janvier  1892,  à  Pau,  imp.  Vignancourt.  Ce  recueil, 
exclusivement  consacré  à  l'histoire  provinciale,  est  dirigé  par  M.  l'abbé 
V.  Dubarat,  secondé,  pour  la  partie  basque,  par  M.-  l'abbé  P.  Haristoy. 


—  183  — 

Bretagne.  —  Des  trois  opuscules  que  vient  de  publier  sur  Dol  M.  Tabbé 
Charles  Robert>  deux  s'adressent  plus  particulièrement  auxérudits;  le  troi- 
sième est  un  guide  pour  les  touristes  qui  veulent  visiter  cette  ville  et  les 
environs.  —  On  a,  dans  la  Grande  Vennère  du  Xlll^  $iècle  et  autres  vitraux 
de  la  cathédrale  de  Dol  (Rennes,  imp.  de  Marie  Simon,  in-8  de  29  p.  et  pi. 
Extrait  des  Mémoires  de  la  Société  archéologique  d'Ille-et-Vilaine),  une  bonne 
étude  sur  la  remarquable  série  de  vitraux  anciens  que  possède  encore  cette 
église.  —  Dans  les  Évêgues  de  Dol  présidents  des  États  de  Bretagne  (Saint- 
Brieuc,  imp.  René  Prud'homme,  in-8  de  23  p.),  M.  l'abbé  Robert  retrace  les 
luttes  qui  s'élevèrent  entre  les  prélats  dolois  et  les  autres  prélats  bretons 
qui  leur  contestaient  le  droit  de  présider  les  États  de  la  province.  C'est 
surtout  pendant  les  deux  derniers  siècles  de  l'ancien  régime  que  cette  lutte 
prît  un  certain  degré  d'acuité.  —  Le  Guide  du  touriste  archéologue  à  Dol  : 
Dol-de-Bretagne,  la  cathédrale,  le  Mont-Dol^  la  Pierre  du  Champ-Dolent  (Dol- 
de-Bretagne,  imp.  de  E.  Lecellier,  in-8  de  75  p.  et  pi.)  nous  donne  une  his- 
toire abrégée  de  la  ville  et  une  description  assez  détaillée  de  la  cathédrale 
du  Mont-Dol  et  des  principales  curiosités  des  environs.  Plusieurs  gravures 
parfois  médiocres  viennent  aider  à  Tintelligence  du  texte. 

Dauphiné.  —  Le  dix-huitième  Annuaire  de  la  Société  des  touristes  du  Dau- 
phiné  (Grenoble,  Allier,  in-8  de  446  p.)  vient  d'être  distribué.  Il  semble  que 
le  rédacteur  de  cette  publication  modèle  ait  tenu  à  se  surpasser  et  qu'il  de- 
vienne impossible  de  faire  mieux.  Ce  qui  frappe  tout  d'abord  en  la  parcou- 
rant, c'est  la  direction  scientifique  utile  donnée  à  l'orientation  des  travaux 
de  la  Société.  Assurément  le  chapitre  des  courses  est  resté  intéressant,  et  il 
faudra  lire  dans  cette  série  la  fine  et  spirituelle  relation  de  M.  Martinais  sur 
le  passage  du  Col  du  Pavé,  mais  il  conviendra  de  signaler- la  grande  allure 
des  travaux  poursuivis  par  MM.  Collet  et  Kilian  sur  le  régime  si  peu  connu 
des  glaciers  du  Pelvoux,  de  mettre  hors  de  pair  les  étude»  que  M.  Henri 
Ferrand  continue  sur  le  massif  de  l'Iseran,  celles  de  MM.  Albert  Perrin  et 
Guinier  sur  les  plantes  alpines  et  la  dépopulation  des<  montagnes,  en  même 
temps  que  la  mise  au  jour  d'un  manuscrit  conxîernaiit  l'aoeien  Briaaçonnais. 
Comme  d'habitude  la  revue  des  publications  alpines  est  établie  avec  un  soin 
minutieux.  Nous  regretterons  cependant  l'absence  de  caries  et  d'illustra- 
tions qui  parlent  aux  yeux. 

—  On  a  longuement  discuté  déjà  sur  l'étymologie  du  mot  Dauphiné,  mais 
la  question  n'a  été  qu'effleurée.  Voici  un  savant,  M.  Prudhomme,  archiviste 
de  l'Isère,  qui,  dans  sa  brochure  :  De  torigine  et  du  sen&  des  mots  dauphin  et 
Dauphiné  et  de  leurs  rapports  avec  l'emblème  du  dauphin  en  Dauphiné,  en  Au^ 
vergne  et  en  Forez  (extrait  de  la  Bibliothèque  de  L'École  des  ch&rtes  (Paris,  in-8! 
de  28  p.),  accumule  sur  le  sujet  les  documents  les  plus  précis.  Ce  travail 
est  trop  approfondi  pour  que  les  conclusions  en  puissent  être  sérieusement 
contestées.  En  Auvergne  comme  en  Dauphiné,  Delphinus  est  d'abord  un  pré- 
nom, puis  un  nom  patronymique,  puis  un  titre  de  dignité;  il  prend  délini- 
tivement  ce  dernier  sens  vers  1282.  Quant  à  l'emblème  célèbre^ du  dauphin, 
il  n'apparaît  dans  les  sceaux  qu'environ  un  siècle  aprèsi  l'époque  où 
(luigue  IV  est  mentionné  pour  la  première  fois  avec  le  nom  de  dauphin. 

—  A  plusieurs  reprise»  nous  avons  eu  l'occasion  de  signaler  les  publica 
lions  de  deux  consciencieux  fureteurs  dauphinois,  MM.  Henry  Rousset  et 
Edouard  Brichet.  Leur  Uistoire  illustrée  des  rues  de  Grenoble  (Grenoble,  Jo- 
seph Baratier,  iurS  de  228  p.)  appelle  les  mêmes- élogest.  Cet  ouvrage  rentre 
dans  la  catégorie  de  ceux  qui  doivent  faire  honneur  à  dea  auteurs  patients 
et  laborieux,  sans  être  lus  cependant,  en  raison  de  leur  inévitable  séche- 
resse. MM.  Rousset  et  Brichet  ont  su  doubler  heureusement  le  cap^  et  les 


pages  consacrées  aux  origines  et  aux  transformations  de  Grenoble  0e  lisent 
avec  plaisir.  Ajoutons  que  ce  volume  est  présenté  sous  Taspect  le  plus 
agréable  et  qu'il  forme  un  véritable  et  récréatif  album,  grâce  aux  55  vues, 
portraits,  plans  ou  reproductions  dont  il  est  orné.  Une  seule  observation  : 
le  plan  de  Grenoble  dit  de  Belleforest  est  indiqué  vers  1590;  nous  en  avons 
Toriginal,  sous  les  yeux,  dans  une  édition  de  1575. 

—  L'église  Saint-Laurent  est  le  plus  remarquable  des  monuments  de 
Tancien  Grenoble,  et  elle  a  déjà  attiré  l'attention  des  savants.  Dans  son 
étude  la  Chapelle  Saint-Laurent  à  Grenoble  (Paris,  Leroux,  in-8  de  14  p.),  un 
érudit  dauphinois,  M.  Marcel  Reymond,  serre  de  près  les  problèmes  que 
soulève  un  examen  attentif,  et,  non  sans  en  donner  des  raisons  péremp- 
toires,  arrive  à  cette  conclusion,  que  la  crypte  actuelle  a  dû  être  surmontée 
d'un  édifice;  la  construction  semblerait  devoir  être  reportée  à  une  date  voi- 
sine du  VI®  siècle.  Huit  belles  gravures  dues  à  M.  Charles  Giraud  permettront 
aux  archéologues  de  suivre  la  thèse  curieuse  de  M.  Reymond. 

—  Les  innombrables  voyageurs  qui  ont  visité  la  Grande-Chartreuse  ont 
dû  arrêter  leurs  regards  sur  les  superbes  paysages  qui  lui  servent  d'a^'ant- 
scène.  Dans  sa  publication  :  Un  Coin  du  Dauphiné,  Voiron,  Moirans,  Voreppe, 
Saint-Laurent-dU'Pont,  Montagne  du  Ratz.  Notes  et  observations  (Voiron, 
Mollaret,  in-8  de  172  p.),  M.  Ed.  Jacquart  nous  fait  pénétrer  dans  Tintimité 
d'un  heureux  coin  de  pays  où  la  nature,  l'art  et  l'industrie  ont  accumulé 
les  merveilles.  Cette  étude  est  agréablement  écrite,  mais  elle  est  un  peu 
superficielle  et  quelques-unes  des  sources  citées  par  l'auteur  sont  bien  sus- 
pectes. Cinq  remarquables  photogravures  sont  jointes. 

Flandre.  —  Mgr  Dehaisnes  vient  de  publier  à  Lille,  chez  Danel,  une  élé- 
gante brochure  intitulée  :  Fêtes  et  marches  histoiHques  en  Belgique  et  dans  le 
no)'(f  de  la  France.  On  y  trouve  le  résumé  des  études  entreprises  par  le  sa- 
vant archiviste  honoraire  du  département  du  Nord,  pour  l'organisation  do 
cortège  historique  qui  a  déroulé  ses  splendeurs  l'an  dernier  à  Lille,  au  cen- 
tenaire de  la  levée  du  siège  de  cette  ville  par  les  Autrichiens  en  octobre  1792. 
Mgr  Dehaisnes  a  très  justement  pensé  qu'il  intéresserait  de  nombreux  lec- 
teurs en  leur  faisant  part  de  ce  qu'il  avait  appris  sur  la  façon  dont  les  habi- 
tants des  Pays-Bas  ont,  à  toute  époque,  compris  les  fêtes,  tournois,  proces- 
sions ou  cavalcades.  Son  travail  n'est  pas  seulement  des  plus  instructifs; 
il  est  d'une  lecture  très  attachante,  et  même  amusante. 

—  Le  premier  fascicule  des  Conférences  d'études  sociales  (Lille,  Ducoulom- 
bier,  in-8  de  115  p.)  a  rendu  compte  du  congrès  tenu,  les  17  et  18  juillet 
dernier,  à  Notre-Dame  du  Haut-Mont,  sous  la  direction  de  Mgr  Baunard. 
Deux  questions  ont  été  principalement  traitées  :  l'une  concerne  l'introduc- 
tion et  le  maintien  de  la  religion  dans  Tusine  ;  l'autre,  les  relations  rap- 
portées du  congrès  ouvrier  de  Reims  par  MM.  Faidherbe  et  le  colonel 
Arnoud.  Il  faut  signaler  aussi  un  rapport  de  M.  Maurice  Charvet  sur  les 
écoles  ménagères.  Les  discussions  et  le  texte  des  vœux  sont  &  consulter.  La 
réunion  du  13  octobre  1893  à  Notre-Dame  du  Haut-Mont,  sous  la  direction 
du  R.  P.  Doyotte,  a  donné  lieu  au  second  et  intéressant  fascicule.  Il  contient 
un  éloge  de  M.  Dutilleul,  un  industriel  chrétien,  une  étude  sur  le  patro- 
nage d'après  M.  Delaire,  et  une  délibération  sur  les  usines,  leurs  conseils 
et  leurs  rapports  avec  les  syndicats. 

Franche-Comté.  —  M.  André  Pidoux,  de  Dole  (Jura),  âgé  de  moins  de 
quinze  ans,  vient  de  publier  une  très  intéressante  Notice  sur  la  Vieille-Loye 
(Dole,  imp.  Ch.  Blind,  in-8  de  82  p.).  Bien  présenté  et  écrit  d'un  style 
assuré,  ce  travail  ne  peut  manquer  d'être  bien  accueilli  par  les  compatriotes 
du  tout  jeune  auteur.  La  Vieille-Loye,  petite  commune  de  600  habitants 


—  i85  — 

comprise  dans  le  canton  de  Montbarrey,  n'a  pas  une  histoire  compliquée  ; 
mais  M.  A.  Pidoux  a  su  tirer  bon  parti  de  son  modeste  sujet.  Il  a  con- 
sulté les  archives  départementales  et  communales,  ainsi  que  de  nom- 
breux ouvrages  dont  il  donne  la  bibliographie  sommaire  et  qui  ont  trait  aux 
annales  générales  de  la  Franche-Comté.  Il  eût  été  désirable  que  le  plan  de 
la  Vieille-Loye  et  une  vue  au  moins  de  la  localité  figurassent  ici;  leur 
absence  n'est  pas  compensée  par  les  deux  blasons  de  maisons  nobles  repro- 
duits sur  la  couverture  et  sur  le  titre  de  la  brochure.  Si  M.  Pidoux,  qui, 
nous  dit-on,  aspire  à  TÉcole  des  chartes,  n'a  pas  eu,  parmi  les  érudits 
dolois,  de  collaborateur  anonyme,  nous  lui  reconnaîtrons  volontiers  le  droit 
de  s'appliquer  les  deux  vers  de  Corneille  : 

Je  suis  jeune,  il  est  vrai,  mais  aux  âmes  bien  nées 
La  valeur  n'attend  pas  le  nombre  des  années. 

—  M.  J.-C.  Barbier,  premier  président  honoraire  de  la  Cour  de  cassation, 
^  extrait  du  Bulletin  annuel  de  l'Association  des  secrétaires  de  la  conférence 
des  avocats  près  la  cour  d'appel  de  Paris  pour  4893,  une  étude  sur  M,  Jules 
Grévy  (Nancy,  imp.  Berger-Levrault,  in-8  de  31  p.).  L'auteur  a  voulu  parler 
surtout  de  Tavocat  ;  mais  la  politique  a  tenu  tant  de  place  dans  la  vie  du 
troisième  Président  de  la  troisième  République,  que  forcément  elle  a  trouvé 
ici  de  l'écho.  M.  Barbier  est  un  admirateur  du  talent  et  du  caractère  de  son 
personnage,  dont  il  retrace  à  grands  traits  les  faits  et  gestes  au  Palais.  Très 
habilement,  vers  la  fin,  il  ne  fait  qu'indiquer  la  chute  lamentable  de  «  l'aus- 
tère Grévy  »  :  «  Sur  les  événements  qui  ont  amené  la  résignation  de  son 
mandat,  dit-il,  il  me  convient  de  garder  le  silence.  »  Il  n'était  pas,  au  sur- 
plus, dans  le  rôle  de  M.  Barbier  de  parler  de  l'effondrement  présidentiel  ; 
mais,  en  dépit  de  tout,  la  France  entière  et  particulièrement  la  ville  de  Dole, 
qui  possède  sur  Tune  de  ses  places  la  statue  de  Jules  Grévy,  n'ont  rien 
•oublié. 

—  Le  13  août  dernier,  M.  E.  Beaulieu,  professeur  agrégé  au  lycée  de 
Troyes,  a  fait  au  théâtre  de  Montbéliard  une  conférence  sur  les  Réunions  du 
pays  de  Montbéliard  à  la  France,  qui  a  paru  ensuite  en  brochure.  L'opuscule 
n'est  remarquable  ni  par  le  style  ni  par  l'érudition.  Il  est  vrai  que  l'auteur, 
en  débutant,  annonce  que  sa  conférence  est  «  sans  prétention  »  :  elle  appa- 
raît en  effet  toute  simple,  familière,  et  se  termine  par  un  vivat  en  l'honneur 
de  la  République  (Montbéliard,  imp.  Pétermann,  in-18  de  25  p.).  On  verra 
dans  ces  pages  que  Montbéliard  a  été  jusqu'à  cinq  fois  réuni  à  la  France; 
mais  ces  annexions  successives,  sauf  la  dernière  (1793),  n'ont  jamais  été 
que  temporaires  et  même  conditionnelles. 

—  M.  l'abbé  Riffaut,  curé  d'Aillevillers,  a  prononcé,  le  5  novembre  1893, 
en  l'église  de  Fougerolles,  un  discours  sur  la  Restauration  de  l'église  de  Fou- 
gei'olles  (Besançon,  imp.  Bossanne,  in-8  de  8  p.).  En  cette  circonstance, 
M.  l'abbé  Riffaut  a  su  dire  juste  ce  qu'il  fallait  et  tout  ce  qu'il  fallait  pour 
satisfaire  l'amour-propre  très  légitime  de  ses  auditeurs,  «  qui  avaient  beau- 
coup fait  pour  la  maison  de  Dieu,  »  et  pour  les  exciter  à  se  montrer  toujours 
zélés  paroissiens  et  bons  chrétiens. 

Guyenne  et  Gascogne.  —  Deux  nouveaux  périodiques,  dont  les  titres 
indiquent  suffisamment  l'objet  spécial,  ont  été  fondés  à  Bordeaux  dans  ces 
derniers  temps.  Le  premier  est  un  journal  hebdomadaire  dirigé  par  M.  l'abbé 
Naudet.  Cette  publication,  où  sont  soutenues  avec  talent  des  théories  parfois 
hardies,  a  pour  titre  :  La  Justice  sociale.  Elle  en  est  à  son  vingt-huitième 
numéro  (5  fr.  par  an).  —  L'autre  est  une  revue  qui  paraît  le  20  de  chaque 
mois,  par  livraisons  de  64  p.,  gr.  in-8  :  Études  économiques  et  sociales.  Elle 


-  18G  — 

est  rédigée  par  un  groupe  de  catholiques  appartenant  pour  la  plupart  au 
Comité  bordelais  de  rGEuvrc  des  cercles  (8  fr.  par  an).  Sa  note  est  à  peu 
près  celle  de  V Association  catholique.  La  3«  fascicule  a  paru  le  20  janvier. 

—  Vient  de  paraître,  chez  Robin  à  Bordeaux  :  La  Condition  des  ouvriers^ 
lettre  ouverte  au  Pape  Léon  XIII,  par  Henry  George,  traduit  de  l'anglais  par 
G.  P.  avec  préface  du  traducteur  (in-12  de  163  p.).  Ledit  traducteur  est  un 
érudit  très  versé  dans  Thistoire  du  droit. 

—  L'imprimerie  Gounouilhou  a  publié  quelques  leçons  du  cours  d'his- 
toire régionale  professé  à  la  Faculté  des  lettres  de  Bordeaux  par  M.  Camille 
Jullian  :  Ausone  à  Bordeaux,  Étude  sur  les  demiei^s  temps  de  la  Gaule  romaine- 
(Bordeaux,  petit  in-4  de  x-174  p.).  Ce  mince  volume,  très  élégamment  im- 
primé, est  divisé  en  trois  parties  :  La  Vie  d' Ausone;  l'École  de  Bordeaux; 
les  Derniers  Jours  de  Bordeaux  romain, 

—  Nous  aurions  dû  signaler  depuis  longtemps  la  belle  publication  faite 
en  1892  par  la  municipalité  bordelaise  :  Bordeaux;  Aperçu  historique;  — 
sol,  population,  industrie,  commerce  ;  —  administration  (Paris,  Hachette, 
Bordeaux,  Feret,  3  vol.  in-4  de  xv-575,  568,  574  p.,  avec  un  album  de  29  pL). 
C'est  une  des  plus  complètes  monographies  municipales  qu'on  puisse  sou- 
haiter, et  la  ville  de  Bordeaux,  en  la  mettant  aux  mains  du  public,  a  donné 
un  exemple  qui  devrait  être  suivi. 

—  La  Revue  catholique  de  Bordeaux  vient  d'entrer  dans  sa  seizième  année. 
Depuis  que  notre  collaborateur  M.  le  chanoine  Allain  et  M.  labbé  Lafargue 
en  ont  pris  la  direction  (juin  1889)»  elle  a  publié  quantité  de  documents  et 
de  travaux  très  précieux  pour  l'histoire  locale.  Nous  remarquons,  entre 
autres  articles  importants  :  la  Contribution  à  Vhistoire  de  l'instruction  pri- 
maire  dans  la  Gironde  avant  1789,  par  M.  Allain,  dont  nous  avons  déjà 
parlé  ;  du  même,  Trois  lettres  inédites  de  Henri  IV  et  Une  lettre  inédite  de 
H.  Taine,  amplement  annotées  et  commentées,  etc.  ;  un  travail  intéressant 
de  M.  l'abbé  Caudéran,  Que  saint  Émiliona  véritablement  existé;  de  M.  Das- 
pit  de  Saiîit-Amand,  le  Couvent  de  VAnnonciade  de  la  Réole,  documents  nou- 
veaux; plusieurs  mémoires  d'un  érudit,  M.Dupré,  entre  autres  les  Élections 
du  clergé  de  Guyenne  aux  États  généi'aux;  de  M.  Maufras,  Une  paroisse  du 
Bourgeais  pendant  la  Révolution;  de  M.  Tamizey  de  Larroque,  Comment  on 
devenait  moine  à  Guitres  en  4740;  Y  Histoire  du  baron  de  Castelbajac.  Hôte 
sur  «  /'Art  Bordelaise,  »  d'après  une  publication  récente  (il  y  est  question 
d'une  brochure  mystérieuse  dont  aucun  exemplaire  n'a  été  jusqu'ici  mis  en 
vente  et  qui  excitera  longtemps  encore  de  bien  vives  curiosités);  V Amiral 
Jaubert  de  Bairault  et  les  pirates  de  la  Rochelle,  etc.  —  Parmi  les  études 
littéraires,  celles  de  M.  l'abbé  Pailhès  sur  Chateaubriand,  d'après  sa  corres- 
pondance familière,  avec  de  nombreuses  pièces  inédites,  et  celle  de  M.  l'abbé 
Hazera,  A  propos  d'un  voyage  à  Solesmes.  —  De  l'avis  de  tous  les  gens  com- 
pétents, la  Revue  catholique  de  Bordeaux  tient  l'un  des  premiers  rangs  parmi 
les  périodiques  provinciaux 

—  M.  le  docteur  E.  Berchon  publie  une  excellente  étude  sur  le  Baron  de 
Caila,  archéologue  girondin,  47 M- 4 834  (Bordeaux,  impr.  Gounouilhou,  gr. 
in-8  de  126  p.  Extrait  des  Actes  de  l'Académie  des  sciences,  belles-lettres  et 
arts  de  Bordeaux).  Voici  ce  que  contient  cette  brochure  :  I^a  biographie  de 
Pierre  Martin  de  Caila  (né  à  Bordeaux  le  15  octobre  1744)  ;  la  généalogie  de 
la  famille  de  Caila  rédigée  par  l'archéologue  ;  le  château  de  Caila  (près 
Rions,  Gironde)  et  ses  collections;  l'œuvre  scientifique  et  littéraire  du  ba- 
ron de  Caila  (énnmération  des  travaux  imprimés  et  inédits;  appréciation 
(les  travaux);  enfin  des  pièces  justificatives. 

Languedoc.  —  Dans  le  tome  V  de   la   neuvième  série  des  Mémoires  de- 


—  187  — 

l'Académie  des  sciences,  inscriptions  et  belles-lettres  de  Toulouse  (Toulouse, 
Douladoure-Privat,  gr.  in-8  de  xiii-727  p.),  on  remarque  les  travaux  suivants  : 
Système  dentaire  des  animaux  vertébrés,  par  M.  A.  Lavocat;  —  Élude  sur  les 
oragps  de  4890  et  4894  dans  la  Haute  Gm^onne,  par  M.  Ed.  Salles;  —  Sou- 
venirs univei'sitaires,  par  M.  Deschamps  ;  —  Les  Académies  littéraires  en  Ita- 
lie et  en  Allemagne  au  XVll^  siècle  y  par  M.  E.  Halberg  ;  —  Les  Prophètes  cami- 
sards  à  Londres,  4706-47 4i,  par  M.  Vesson  ;  —  La  Légende  de  TannhœuseVy 
par  M.  Brissaud;  —  Le  Manganèse  des  Pyrénées,  par  M.  Caralp;  — La  Folie  est 
une  maladie  non  de  Vesprit,  mais  du  corps,  par  le  docteur  Victor  Parant;  — 
Des  atteintes  et  attentats  aux  mœurs  endroit  civil  et  pénal  et  des  outmgcs  aux 
mœurs,  par  M.  P.  Fabreguettes  ;  —  La  Statistique  chimique  des  êtres  organi- 
sés et  l'unité  de  la  vie,  par  le  docteur  A.  Frebault;  — La  Collection  d'autographes 
du  docteur  Noulet,  par  M.  Roschach;  — Pierre  Bongo,  arithméticien.  Essai  d'ar- 
chéologie mathématique,  par  M.  Fontes  ;  —  Revision  des  tubeixulcs  des  plantes, 
par  M.  D.  Clos;  —  La  Théi^apeutique  au  XVll^  siècle  et  le  scepticisme  médical, 
par  M.  Massip  ;  —  Le  Pseudo-baptême  et  les  pseudo-serments  des  compagnons 
du  devoir  à  Toulouse,  en  4654 ,  par  M.  Tabbé  Douais;  —  Evhémère  et  VEvhé- 
mèrisme,  par  M.  A.  Duméril;  —  Quelques  mots  sur  renseignement  de  la  langue 
anglaise,  par  M.  Henri  Duméril  ;  —  Toulouse,  station  thermale  en  hiver,  et  les 
eaux  potables  de  Toulouse,  par  le  docteur  F.  Garrigou  ;  —  Biographie  de  Cœlius, 
par  M.  Antoine;  —  Complément  à  Vétude  du  rêve,  par  le  docteur  Alix. 

—  M.  Armand  Gravel  vient  jeter  dans  le  débat  si  grave  aujourd'hui  des 
Conseils  de  fabrique  une  note  particulièrement  autorisée  sur  leur  caractèi'e 
confessionnel  (Carcassonne,  Gabelle,  iu-8  de  16  p.). 

Limousin.  —  M.  G.  Clément-Simon  publie  une  remarquable  notice  sur  Jo- 
seph  Vialle,  poète  et  lexicographe  bas-limousin  (Paris,  H.  Champion,  gr.  in-8 
de  39  p.  Extrait  de  la  Biographie  tulloise).  L'auteur  étudie  dans  A.  Vialle 
l'homme  privé,  l'homme  politique,  qui  fut  un  abominable  terroriste,  et  sur- 
tout le  littérateur.  Le  travail  est  aussi  exact  que  complet.  M.  Clément-Simon 
s'occupe  principalement  de  la  collaboration  de  Vialle  au  Dictionnaire  du  patois 
du  Bas- Limousin,  de  l'abbé  Nicolas  Béronie  (Tulle,  1822),  et  d'une  pièce  de 
poésie  composée  en  cet  idiome  par  l'avocat  révolutionnaire,  et  dont  il  dit 
qu'elle  est  très  belle  et  vaut  un  poème  :  La  Pesta  de  Tula,  reproduite  p.  21-22. 

Lorraine.  —  L'éloquent  évèque  de  Nancy  a  prononcé,  le  16  août  dernier,  à 
Mars-Ia-Tour,  un  discours  patriotique  à  l'occasion  du  vingt- troisième  anni- 
versaire de  la  bataille  de  Gravelotte  (Nancy,  Crépin-Leblond,  in-8  de  15  p.). 
//  faut  aimer  la  France,  tel  est  le  cri  qui  s'échappe  de  toutes  les  pages  du  dis- 
cours comme  un  refrain  d'ardeur  et  d'espoir. 

Maine.  —  Parmi  les  rapports  présentés  au  congrès  de  la  Société  bibliogra- 
phique, au  mois  de  novembre  dernier,  l'un  des  plus  complets  et  des  plus 
éloquents  a  été  celui  de  M.  le  comte  de  Bastard  d'Estang,  sur  la  Société  his- 
torique et  archéologique  du  Maine,  dont  il  est  le  président.  Non  content  de 
donner  un  résumé  exact  des  travaux  de  cette  société,  il  a  montré  quels 
liens  particuliers  l'attachaient  à  la  Société  bibliographique  et  comment  elle 
fait  «  œuvre  sociale.  »  Un  appel  à  l'union  de  tous  dans  la  recherche  histo- 
rique, en  même  temps  qu'une  affirmation  de  respect  et  de  justice  pour  le 
passé;  telles  sont  les  deux  grandes  idées  par  lesquelles  il  termine  une  pé- 
roraison qui  a  enlevé  d'unanimes  applaudissements  (Mamers,  Fleury 
Dangin,  in-8  de  28  p.). 

Normandie. — Voici  un  travail  excellent  dû  à  M.  Louis  Régnier  :  c'est  la  Bi- 
bliographie historique  du  département  de  l'Eure  pendant  Vannée  4892  (Évreux, 
Ch.  Hérissey,  in-8  de  60  p.).  Cette  publication  a  été  entreprise  sous  le  patro- 
nage de  la  Société  libre  d'agriculture,  sciences,  arts  et  belles-lettres  de 


—  188  — 

TEure,  section  de  Bernay,  qui  donne  là  un  exemple  très  remarquable  à  cer- 
taines sociétés  normandes  qui  n'éprouvent  pour  la  bibliographie  que  du 
dédain.  Notons  particulièrement  la  Société  de  l'histoire  de  Normcaviie^  qui 
aurait  (si  nous  sommes  bien  informé)  suspendu  la  publication  des  excel- 
lentes notes  bibliographiques  préparées  par  M.  G.  Le  Verdier.  La  Bibliogra- 
phie..,, de  VEure  est  précédée  d'une  table  des  sources.  Elle  est  dressée  par 
généralités  concernant  le  département  et  ensuite  par  particularités  intéres- 
sant chaque  arrondissement.  Deux  tables  onomastiques  (lieux  et  personnes) 
facilitent  les  recherches.  Nous  n'avons  trouvé  aucune  omission  à  signaler. 
Par  une  heureuse  précaution,  l'auteur  distingue  les  ouvrages  qu'il  a  pu  vé- 
rifier de  ceux  qu'il  n'a  cités  que  d'après  des  informations  non  personnelles. 

—  M.  le  docteur  Coutan  a  fait  une  Description  de  V église  Notre-Dame  du 
Bourg-Dun  (Rouen,  Leprêtre,  in-8  de  33  p.),  qui  est  une  merveille  d'exac- 
titude. D'abord  une  bonne  reproduction  photographique  se  trouve  en  tète. 
Puis,  tour  à  tour  architecte,  archéologue,  artiste  et  chrétien  (ce  qui  ne  gâte 
rien),  M.  Coutan  nous  fait  visiter  son  antique  église,  en  ne  laissant  de  côté 
rien  de  ce  qui  la  rehausse,  et  rend,  par  suite,  hommage  à  sa  sainte  patronne. 

—  M.  Jules  Cariez,  le  distingué  directeur  de  l'école  de  musique  de  Caen, 
a  fait  revivre,  dans  les  Mémoires  de  V Académie  de  Caen  (tiré  à  part;  Caen, 
H.  Delesques,  in-8  de  58  p.),  la  figure  assez  curieuse  d'un  littérateur  musi- 
cien, Framery,  Framery  était  Rouennais;  il  naquit  en  1745  et  mourut  en 
1810.  Surintendant  de  la  musique  chez  le  comte  d'Artois,  il  s'intéressa 
autant  à  l'art  italien  qu'à  l'art  français.  Cela  a  donné  occasion  à  M.  Cariez, 
tout  en  suivant  son  héros,  de  faire  une  étude  très  complète  du  théâtre  à  la 
fin  du  siècle  dernier. 

—  «  Martyrs!  »  Il  s'excuse  auprès  de  l'Église,  comme  il  le  doit,  de  leur 
donnerîce  titre,  le  vénérable  chanoine  L.-V.  Dumaine  (qu'il  nous  excuse  lui- 
même  de  le  qualifier  ainsi),  dans  le  discours  prononcé  dans  une  cérémonie 
de  centenaire  :  A  la  mémoire  de  MM,  T.  B.  Lecfievrel,  P.  Malherbe^  et  T.  Ta- 
blety  mis  à  mort  il  y  a  cent  ans,  et  de  M.  G.  Gosselin  et  son  père^  tous  deux 
exilés  pour  la  foi  à  pareille  époque  (Sées,  F.  Montauzé,  in-8  de  28  p.).  Les 
petits-fils  des  Chasseurs  du  Roi  de  Frotté,  remercieront  le  savant  archiprètre 
de  Sées  d'avoir  rendu  ainsi  hommage,  avec  tout  son  talent  et  tout  son  cœur, 
aux  cendres  de  nos  prêtres. 

—  Dans  le  discours  qu'il  a  lu  pour  la  rentrée  des  Facultés  à  Caen,  le  3  no- 
vembre 1893,  M.  Armand  Gasté,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres,  a  pris 
pour  sujet  Bossuet  en  Normandie  (Caen,  Delesques,  in-8  de  50  p.  et  i  pl.)»<?t 
nous  a  montré  le  futur  évèque  de  Meaux  dans  son  rôle  de  prieur-commcn- 
dataire  de  l'abbaye  du  Plessis-Grimault,  dont  il  posséda  le  bénéfice  pendant 
trente-deux  ans.  Page  curieuse  à  ajouter  à  la  biographie  de  «  l'Aigle  de  Meaux.» 

—  M.  l'abbé  Blanquart  vient  de  publier  deux  curieuses  brochures.  Dans 
la  première  :  Gisors,  les  métamorphoses  d'un  bas-relief  (Rouen,  Lestringaat, 
in-8  de  5  p.),  il  nous  raconte  les  transformations  d'un  groupe  en  pierre  re- 
présentant un  roi  entouré  d'hommes  d'armes  et  qui  décore  aujourd'hui  une 
salle  de  l'hôtel  de  ville  de  Gisors  avec  cette  inscription  :  Entrée  de  Philippe- 
Auguste,  4498.  —  La  seconde  plaquette,  élégamment  imprimée  à  Rouen, 
chez  Cagniard,  est  consacrée  à  la  publication  de  :  Documents  et  bulles  d'in- 
dulgence relatifs  aux  travaux  exécutés  du  XIII^  au  X  Vi«  siècle  à  la  cathédrale 
d'Êvreux  (in-8  de  24  p.). 

Périgord. — Vient  de  paraître  :  Inscriptions  antiques  du  musée  de  Périgueux, 
par  le  capitaine  Emile  Espérandieu  (Périgueux,  imp.  de  la  Dordogne;  Paris, 
Thorin,  in-8  de  123  p.  et  11  pi.). 

Picardie. — A  la  suite  du  Congrès  archéologique  d'Abbeville,  nous  avons  à 


-  189  — 

signaler,  en  attendant  Timpression  du  compte  rendu  qui  sera  fait  par  les 
soins  de  la  Société  française  d'archéologie,  deux  brochures  qui  renferment 
le  résumé  des  discussions  et  le  récit  sommaire  des  excursions.  La  première 
a  pour  titre  :  Le  Congrès  archéologique  (TAbbeville  et  de  Londres  en  4893, 
par  M.  le  comte  de  Marsy.  —  Les  Expositions  rétrospectives  de  Londres ,  par 
M.  Emile  Travers  (Caen,  Delesques,  in-8  de  90  p.).  La  seconde,  dont  l'auteur 
est  M.  Henri  Macqueron,  est  un  compte  rendu  présenté  à  la  Société  d'ému- 
lation dWbbeville  (Abbeville,  G.  Paillart,  in-8  de  41  p.). 

Poitou.  —  Nous  avons  à  signaler  deux  nouveaux  fascicules  du  Diction- 
naire historique  et  généalogique  du  Poitou  (t.  II,  pages  161-480),  dont  la  nou- 
velle édition,  entièrement  refondue,  est  due,  comme  on  le  sait,  à  MM.  H.  et 
Paul  Beauchet-Filleau,  avec  la  collaboration  de  M.  Maurice  de  Gouttepagnon 
pour  la  partie  héraldique.  L'ouvrage  prend  des  proportions  considérables, 
car  le  troisième  fascicule  du  tome  II  ne  termine  pas  encore  la  lettre  G.  Nous 
signalerons  particulièrement,  dans  ce  grand  et  consciencieux  travail,  les  no- 
tices suivantes  :  Ghabot  (1*>  Ghabot  de  Peuchebrun,  etc.,  famille  originaire 
dWigre  (Gharente)  ;  2®  Ghabot  de  Moulin-Neuf,  etc.,  originaire  de  Niort; 
3o  Chabot  de  Bregeon,  originaire  de  Ghaunay  (Deux-Sèvres)  ;  4©  Ghabot,  ac- 
tuellement Rohan-Ghabot  :  important  article  fait  sur  documents  d'archives 
et  ne  remplissant  pas  moins  de  cinquante-cinq  colonnes),  Ghamborant,  Ghain- 
TREAU,  Ghasteaubriant  (brauche  du  Poitou,  éteinte  au  xvni*  siècle),  Ghas- 
TEiGNER  (illustre  maison  du  Poitou,  qui  a  eu  de  très  nombreuses  branches, 
et  dont  la  généalogie  occupe  quarante-sept  colonnes),  La  Ghastre  (branche 
cadette,  dite  de  la  Roche-Belusson),  Ghatellerault,  La  Chaussée,  Chauve- 
lin,  Chauvigny,  Ghemillé,  Ghknin,  Chérade  de  Montbron,  Ghergé,  Cheva- 
lier, Ghkvigné,  Ghevreux,  Ghièvres,  du  Chilleau.  —  Pour  toute  notice 
importante,  les  consciencieux  auteurs  indiquent  les  sources  où  ils  ont  puisé 
ou  les  personnes  qui  leur  ont  fourni  des  renseignements. 

Vendée.  —  Sous  le  titre  de  Silhouette  d'émigré,  M.  R.  Vallette  nous  pré- 
sj'iite  le  portrait  du  comte  Edouard  de  Mesnard  (Vannes,  in-8  de  8  p.).  Cu- 
rieuse physionomie,  que  celle  de  ce  jeune  homme  de  dix-sept  ans  marié  à 
une  femme  de  douze  années  «  à  peine,  »  allant  voir  une  autre  épousée  de 
treize  ans,  et  partant  quelques  années  après  pour  l'émigration,  d'où  il  ne 
dtnait  revenir  que  pour  être  fusillé  en  1797.  Sa  femme  ne  rentra  en  France 
qu'avec  les  Bourbons  et  mourut  à  Paris  en  1840. 

—  Une  autre  brochure  de  M.  René  Vallette  est  consacrée  à  Ujî  Maître  ven- 
d&n,  le  peintre  E.  Lansyer  (La  Roche-su r-Yon,  Servant,  in-8  de  8  p.  Extrait  du 
Publicateur  de  la  Vendée),  Monographie  consciencieuse  d'un  artiste  honorable. 

—  Vient  de  paraître  :  La  Forêt  de  Vouvent,  son  histoire  et  ses  sites,  par 
M.  Louis  Brochet,  avec  eaux-fortes  de  M.  0.  de  Rochebrunc,  carte  et 
dessins  à  la  plume  (Fontenay-le-Gomte,   impr.  Gouraud,  in-4de  198  p.). 

Allemagne.  — La  bibliothèque  universitaire  d'Iéna  possède  un  manuscrit 
do  chants,  autrefois  à  Wittenberg,  qui  n'est  guère  moins  précieux  que  le 
fameux  manuscrit  d'Heidelberg.  La  particularité  qui  distingue  le  premier 
du  dernier,  c'est  que  celui-ci  est  surtout  remarquable  par  les  dessins  qui 
accompagnent  le  texte,  au  lieu  que  celui-là  donne  à  côté  des  paroles  la  no- 
tation musicale.  Il  offre  ainsi  une  source  exceptionnelle  pour  l'étude  de  la 
musique  laïque  du  moyen  âge.  Aussi  tout  le  monde  applaudira-t-il  à  la  pu- 
blication, parla  maison  Fr.  Strobel  d'Iéna, d'une  reproduction  phototypique 
de  ce  précieux  manuscrit.  Cette  reproduction,  faite  dans  la  grandeur  de  l'ori- 
ginal, comprendra  deux  cent  soixante-six  feuilles.  Le  bibliothécaire  en  chef 
d'Icna,  M.  K.  K.  MuUer,  réunira  dans  une  introduction  à  la  description  pa- 
léographique du  manuscrit  les  données  historiques  qui  le  concernent.  La 


-  490  -^ 

souscription  à  ce  magnifique  ouvrage  sera  close  à  la  Pentecôte  prochaine. 
Voici  les  prix  de  souscription  :  exemplaires  en  266  feuilles  imprimées  d'un 
seul  côté  ou  en  133  feuilles  imprimées  des  deux  côtés,  187  fr.  50  ;  avec 
une  reliure  antique  en  cuir,  à  fermoirs  gothiques,  37  fr.  50  en  plus  ;  avec 
une  reliure  antique  en  vraie  peau  de  truie  blanche  ou  brune,  à  fermoirs 
gothiques,  62  fr.  50  en  plus. 

Angleterre.  —  MM.  W.  H.  Allen  et  C'«  annoncent,  pour  le  présent  mois 
de  février,  la  mise  au  jour,  par  sir  William  Wilson  Hunter,  d'un  ouvrage 
considérable  sur  le  Bengale.  Quatorze  mille  pièces  tirées  des  archives  et 
dont  la  publication  ou  l'analyse  remplira  quatre  volumes,  permettront  à 
Tauteur  d'exposer  avec  détails  et  avec  précision  Tétat  du  système  rural  ben- 
galais de  1782  à  1807. 

Belgique.  —  La  Commission  royale  d'histoire  vient  de  décider  l'impres- 
sion dans  son  Bulletin  d'une  liste  de  tous  les  cartulaires  qui  concernent  la 
Belgique.  Entreprise  considérable,  qu'il  sera  difficile  de  mener  à  bonne  fin, 
étant  donné  le  grand  nombre  des  cartulaires  belges  qui  se  trouvent  à  l'étran- 
ger, et  de  ceux  qui  se  cachent  dans  les  bibliothèques  et  archives  particu- 
lières. La  résolution  prise  par  la  Commission  royale  d'histoire  n'en  est  que 
plus  louable.  La  liste  qu'elle  imprimera  ne  sera  sans  doute  pas  déiînilive 
du  premier  coup;  elle  n'en  rendra  pas  moins  de  précieux  services. 

—  Le  dernier  fascicule  distribué  de  la  Biographie  nationale  complète  le 
t.  XII  de  cette  importante  publication.  Il  renferme  une  table  des  matières 
contenues  dans  les  douze  premiers  volumes. 

—  La  Société  des  bibliophiles  de  Mons  a  décidé  tout  dernièrement  de  réé- 
diter les  deux  célèbres  chartes  données  en  1200  par  le  comte  de  Hainaut 
Baudouin  VI,  et  qui  constituent  un  véritable  code  civil  et  pénal  pour  l'an- 
cien Hainaut.  La  nouvelle  édition,  confiée  au  savant  archiviste  de  l'État  à 
Mons,  M.  Léopold  Devillers,  sera  accompagnée  d'une  reproduction  intégrale 
des  deux  chartes  parla  phototypic. 

Espagne.  —  Don  Eugenio  Ruidiaz  y  Caravia  vient  de  donner,  sous  le  titre  : 
LaFlorida,  su  conquista  y  civilizacion  (Madrid,  Murillo,  2  vol.  in-8  de  500  p. 
chacun),  une  sorte  de  biographie  de  Don  Pedro  Menendez  de  Avilez  (1510- 
1588),  le  premier  gouverneur  espagnol  de  cette  province  du  Nouveau  Monde. 
Cette  publication  mérite  de  ne  point  passer  inaperçue;  car,  puisée  à  des 
sources  inédites  et  principalement  aux  documents  d'archives,  elle  répand 
un  grand  jour  sur  un  personnage  resté  trop  longtemps  inconnu,  et  venge  sa 
mémoire  des  accusations  calomnieuses  qui  pesaient  sur  elle. 

Italie.  —  M.  le  chevalier  Emmanuel  Portai  publie  une  étude  intitulée  : 
Chronologia  siculo-spagnuola  (Bari,  gr.  in-8  de  15  p.  Extrait  du  Giomale  aral- 
dico-genealogico-diplomatico).  M.  Portai  a  mentionné,  en  suivant  l'ordre 
chronologique,  toutes  les  familles  nobles  de  la  Sicile  qui  ont  une  origine 
espagnole,  ayant  soin  de  décrire  les  armes  de  chacune  de  ces  familles. 

—  Nous  avons  déjà  signalé  ici  le  grand  mérite  de  la  Bibliografia  stonca  degli 
stati  délia  monarchia  di  Savoia,  par  M.  le  baron  Antonio  Manno  et  qui  fait  partie 
d'une  des  plus  importantes  collections  italiennes,  la  Biblioteca  storica  ita- 
liana  pubblicata  per  cura  délia  H.  Deputazione  di  storia  patria.  Le  tome  V  de 
l'ouvrage  vient  de  paraître  (Turin,  Bocca,  gr.  in-8  de  455  p.).  On  y  trouve 
plusieurs  milliers  d'articles  compris  entre  le  mot  Cosa  et  le  mot  Genossi. 
Plusieurs  olfrrent  un  intérêt  français,  par  exemple  les  articles  18621  (Défense 
de  la  citoyenne  Caraglia^  Turin  an  vu),  18665  (Monographie  de  la  côte 
d'Abroz,  par  H.  Tavernier,  1886),  18669  (Règlement  pour  les  eaux  de  Cour- 
mayeur  au  duché  de  Rosto,  Turin,1792),  19787  {Lettre  du  Roy..,,  sur  la  prise 
de  la  ville  de  Cony....  Paris,  1691),  19796,  19805,  19808  à  19820  (Opuscules 


—  i91  — 

« 

divers  sur  Cony,  de  4694  à  47ââ)y  etc.  Le  gigantesque  travail  du  baron 
Manno  est  fait  avec  autant  de  soin  que  s'il  ne  s'agissait  que  d'une  courte 
bibliographie  spéciale. 

—  En  parcourant  VAnnuario  délia  Nobiltà  italiana,  16«  année  (Bari,  Dire- 
zione  del  Gioimale  araldico,  in-32  cart.  de  1120  p.),  on  se  plaît  à  constater 
que  la  parfaite  correction  et  l'exactitude  des  renseignements  en  font  une 
publication  remarquable  au  double  point  de  vue  héraldique  et  historique. 
On  trouve  là,  en  effet,  «  un  état  présent  »  des  membres  des  familles  royales 
et  princières  et  des  différents  gouvernements  de  tous  les  pays;  puis  des  arti- 
cles généalogiques  sur  les  anciennes  familles  de  la  noblesse  italienne,  dont 
les  armoiries  sont  reproduites  suivant  les  principes  de  la  a  science  héroï- 
que. »  Plusieurs  y  figurent  artistement  enluminées,  entre  autres  celles  des 
Ansidei,  Crollalanza,  Mazzarosa,  etc. 

Publications  nouvelles.  —  La  Révélation  de  saint  Jean,  son  plan  organi- 
que, par  A.  Chauffard  (in-18,  Thorin).  — Méditations  sur  la  vie  de  Notre-Sei- 
gneur  Jcsus-Christ,  par  le  R.  P.  Meschler,  trad.  de  l'allemand,  T.  III  (in-18, 
Lethielleux).  —  De  V  Union  et  de  la  transformation  de  l'âme  en  Jésus-Christ^ 
par  S.-A.  Rodriguez,  trad.  de  l'espagnol  (in-16,  Desclée,  de  Brouwer).  — Le 
Fruit  défendu,  par  l'abbé  H.  Bolo  (in-18,  Haton).  —  Les  Plans  oratoires  de 
r  improvisateur  sacré,  par  l'abbé  E.  Beau-Verdeney  (in-18,  Téqui).  —  Allo- 
cutions pour  les  jeunes  gens,  par  P.  Lallemand  (in-18,  Retaux).  —  Le  Ihvit 
de  grâce  sous  la  Constitution  de  4875,  par  L.  Gobron  (in-8,  Pedone-Lauriel). 

—  Études  sur  les  circonstances  atténuantes  en  matière  répressive,  par  F.  de  Behr 
(in-8,  Liège,  Godenne).  —Diccionano  dejurisprudenciahipotecaria  de  Espana, 
por  D.-C.  de  Adriozola  y  Grimaud  (in-8,  Vich,  imp.  Anglada).  —  La  Loi  de 
r  histoire,  constitution  scientifique  de  l'histoire,  ipdiV  J.  Strada  (in-8,  Alcan). 

—  Essais  et  études,  par  E.  de  Laveleye,  l*""  série  (in-8,  Alcan).  —  Dialogues 
entre  de  grands  esprits  et  un  vivant,  par  A.-H.  Simonin  (in-18,  F.  de  Launay). 

—  La  Moelle  épinière  et  Vencéphale,  par  C.  Debierre  (gr.  in-8,  Alcan.)  —  The 
Story  of  our  planet,  by  T.-G.  Bonney  (in-8,  relié,  Londres,  Cassell).  — 
Vorlesungen  iiber  Gcschichte  der  Mathematik,  von  M.  Cantor  (in-8,  Leipzig, 
Teubner).  —  Dictionnaire  de  la  céi'amique,  par  E.  Garnier  (in-8.  Librairie  de 
l'art).  —  Le  Luxe  français.  La  Restauration,  par  H.  Bouchot  (in-4.  Librairie 
illustrco).  —  Grammaire  savoyarde,  par  V.  Duret  (in-8,  Berlin,  Gronau).' — 
Die  Teufellittei^aiur  des  XVL  Jahrhunderts,  von  M.  Osborn  (in-8,  Berlin,  Mayer 
et  Muller).  —  La  Pharsale  de  Lucain,  trad.  en  vers  français  pac  L.  Gallot 
(in-18,  Firmin-Didot).  —  Idylles  de  chambre,  par  E.  Prarond  (in-18,  Lemerre). 

—  Drames,  par  E.  Cabrol  (in-18,  Flammarion).  —  France  et  Russie,  roman 
historique  4794-4804,  par  le  comte  A.  de  Saint-Aulaire  (in-18,  Calmann 
Lévy).  —  La  Villa  Esculape,  par  Camille  Fyllières  (in-18,  Téqui).—  Naguère, 
aujourd'hui,  par  la  comtesse  de  Beaurcpaire  de  Louvagny  (in-18,  Téqui).  — 
Lea  Classiques  païens  et  chrétiens,  par  le  P.  V.  Delaporto  (in-18,  Retaux).  — 
Letteratura  greca,  di  V.  Inama  (in-18,  cart.,  Milano,  Hœpli).  — Letteratura 
romana,  di  F.  Ramorino  (in-18  cart.,  Milano,  Hœpli).  —  Les  Épopées  fran- 
f  aises,  par  L.  Gautier.  T.  II  (in-8,  Welter).  —  Nicolas  Coeffetcau,  dominicain, 
évi^que  de  Marseille,  un  des  fondateurs  de  la  prose  française  {loii-4623),  par 
C.  Urbain  (in-8,  Thorin). — Dramaturgie  der  Neuzeit,  \'on  L.  Nelten  (in-8,  Halle 
a/  S.,  Peter).—  Voyage  enFrance,  par  ArdouinDumazet.  Ire  série  (in-18,  Bcrger- 
Levrault).  —  Autour  du  Tonkin,  par  H.-P.  d'Orléans  (in-8,  Calmann  Lévy). 

—  Manuel  du  baccalauréat  de  renseignement  secondaire.  Histoire,  par  H.  Hau- 
.srr  (in-18,  Nony).  —  VArchontat  athénien  (Histoire  et  organisation),  par 
C.  Lccoutère  (in-8,  Paris,  Thorin  ;  Louvain,  Pectcrs).  —  Histoire  de  VEurope  et 
de  la  France  de  4270  à  4610.  Classe  de  seconde,  par  Tabbé  Gagnol  (in-18, 


—  i92  — 

cart.,  Poussielgue). —  Les  Pèi*es  de  l'Église  dans  les  ti*ois  premiers  siècles^  par 
Mgr  Freppcl  (in-8,  Retaux).  —  Sainte  Agnès  et  son  siècle,  par  J.-C.  de  Belloc 
(gr.  in-8,  Desclée,  de  Brouwer).  —  Les  Cinquante-deux  Serviteurs  de  Dieu^ 
FrançaiSy  Annamites,  Chinois,  mis  à  mort  pour  la  foi  en  Extrême-Orient  de  4815 
à  4836,  Biographies,  par  A.  Launay  (2  vol.  in-8,  Téqui). —  Vie  de  M.  deCis- 
sey,  promoteur  de  VCEuvre  dominicale  en  France,  par  M""  L.  Bastien  (in-8. 
Maison  de  la  Bonne  Presse).  —  Les  Grandes  Puissances  militaires  devant  la 
France  et  V Allemagne  4888-4890-4900,  par  Un  Diplomate  (in-8,  Librairie 
illustrée). —  L* Alsace-Lorraine  devant  l'Europe,  par  Patiens  (in-18,  Ollendorff). 

—  La  Politique  indo-chinoise  4892-4893,  par  Mat  Gioi  (in-18,  Grasilier).  — 
Nos  Vieux  principes  légitimistes  en  regard  des  élections  d'août-septembre  4893 
(in-8,  Retaux).  —  Grégoire  de  Tours,  Histoire  des  Francs,  publiée  par  G. 
Collon,  livres  VII-X  (in-8.  Picard).  —  Les  Chroniqueurs  français  du  moyen 
(Ige,  par  Tabbé  A.  Lepitre  (in-18,  cart.,  Poussielgue).  —  Histoire  de  l'établis- 
sement des  jésuites  en  France  (4 540-4 6i0),  parE.  Piaget  (in-8,  Leyde,  Brill). 

—  La  Petite  Église.  Essai  historique  sur  le  schisme  anticoncordataire,  par  le 
R.  P.  J.-E.-B.  Drochon  (in-8,  Maison  de  la  Bonne  Presse). —  Le  R.  P,  Joseph 
Passerai  et  sous  sa  conduite  les  rédemptoristes,  pendant  les  guerres  de  l'Empire, 
par  le  R.  P.  Desurmont  (in-8,  Retaux).  —  Campagnes  des  Anglais  dans  l^Or- 
iCanais,  la  Beauce  chartraine  et  le  Gdtinais  (4424-4428).  —  Campagnes  de 
Jeanne  d'Arc  sur  la  Loire  posténeures  au  siège  d'Méans,  par  A.  de  Villaret 
(in-8,  Orléans,  Herluison).  —  Souvenirs  et  campagnes  d'un  vieux  soldat  de 
r  Empire  (4803-4844),  par  le  commandant  Parquin  (in-8,  Berger-Levrault). 

—  Une  ai'mée  dans  les  neiges.  Journal  d'un  volontaire  du  corps  franc  des  Vosges 
(campagne  de  l'Est  4870-4874),  par  Ardouin-Dumazet  (gr.  in-8,  Rouam).  — 
Historique  du  2«  régiment  d'infantei'ie  (in-16,  cart.,  Charl es-La vauzel le).  — 
Le  Clergé  de  Touraine  pendant  la  Révolution  française  (4789-4800),  par  Tabbé 
V.  Arnault  (in-S,  Tours,  Cattier).  —  Étude  historique  sur  l'abbaye  de  Saint- 
Paul  de  Narbonne,  par  Tabbé  Sabarthès  (in-8,  Narbonne,  Gaillard).  —  An- 
nales du  diocèse  de  Soissons,  par  Tabbé  Pécheur.  T.  IX  (in-8,  Soissons,  imp. 
de  r  «  Argus  Soissonnais).  »  —  Chartes  de  Durbon,  quatrième  monastère  de 
l'ordre  des  chartreux,  diocèse  de  Gap,  publiées  par  Tabbé  P.  Guillaume  (in-8, 
Picard).  —  Geschichte  des  deutschen  Volkes  seit  dem  Ausgang  des  Mittelalters, 
von  J.  Jansscn  (in-8,  Fribourg-en-Brisgau,  Herder).  —  La  Vie  militaire  à 
Vétranger.  Un  congé  au  Queen's  royal  South-Sun*ey-regiment.  Lettres  d'un  en- 
gagé volontaire,  par  G.  Tricoche  (in-8,  Gharles-Lavauzelle).  —  Étude  sur 
Jeanne  d'Arc  et  les  principaux  systèmes  qui  contestent  son  inspiration  suima- 
tnrelle  et  son  orthodoxie,  par  le  comte  de  Bourbon-Lignièrcs  (in-18,  Lamulle 
ot  Poisson).  —  Ecrryei*,  de  Villèle,  de  Falloux,  par  Ch.  de  Mazade  (in-18. 
Pion  et  Nourrit).  —  Le  Génà'al  de  la  Moricière,  vie  militaire,  politique  et  pri- 
vée, par  l'abbé  E.  Pougeois  (in-18,  Téqui).  —  H,  Taine,  par  A.  de  Margerie 
(in-8,  Poussielgue).  — Bibliographie  des  éditions  de  Simon  de  Colines,  4520- 
4546,  par  P.  Renouard  (gr.  in-8,  Paul,  Huard  et  Guillcmin).        Visenot. 


QUESTIOIVS  ET  RÉPONSES 

QUESTIONS  paru  (en  1878)  une  étude  de  M.  Emile 

La  Semaine  Sainte.  —  Dans      Maruéjouls,  sur  les  processions  delà 
quelle  publication  et  sous  quel  titre  a      Semaine  Sainte  en  Espagne  ? 

Le  Gérant  :  CIIAPUIS. 

BESAKÇOX.  —  IMPR.  ET  STÉRÉOTYP.  DB  PAUL  JACQUIN. 


POLYBIBLION 


REVUE  BIBLIOGRAPHIQUE  UNIVERSELLE 


GÉOGRAPHIE  ET  VOYAGES 

1.  NoiÊvelle  Géographie  univertelle,  La  Terre  et  les  hommes,  par  Bliséb  Reclus.  XIX.  Amé- 
rique du  Sud.  UAmaxonie  et  la  Plata.  Guyanes,  Brésil,  Paraguay^  Uruguay,  Bépu- 
blique  Argentine.  Paris,  Hachette,  1894,  gr.  in-S  de  821  p.,  avec  5  caries  en  couleur»,. 
17'2  caries  dans  le  texte  et  66  vues  on  types  gravés  sur  bois,  25  fr.  —  2.  Géographie. 
V,  L'Expansion  européenne.  Empire  britannique.  Asie,  Afrique,  Oeéanie,  par  le  colo- 
nel Niox.  Paris,  Delagrave  ;  Baudoin,  1893,  in-12  de  472  p  ,  orné  de  cartes  et  de  cro- 
quis, relié,  6  fr  —  3.  Voyage  en  France,  par  ârdouin-Dumazkt.  1'*  série.  Morvan, 
Mwrnais,  Sologne,  Beauce,  Odtinais,  Orléanais,  Maine,  Perche,  Touraine.  Paris  et 
Nancy,  Berger-Levrault,  1893,  in-12  de  352  p.,  3  fr.  50.  —  4.  La  Côte  d'axur,  par 
Stépbbx  Liégeard.  Paris,  Librairies-imprimeries  réunies,  May  et  Motteroz,  1893, 
in-8  de  628  p.,  orné  de  nombr.  grav.  10  fr.  —  5.  Les  Grands  Ports  maritimes  de  com- 
merce, par  Daniel  Bbllet.  Paris.  Alcan,  s.  d.,  petit  in-18  de  184  p.,  orné  île  11  grav., 
0  fr.  60.  —  6,  7,  8,  9,  10,  11,  12,  13,  14.  France-Album,  par  A.  Karl  :  N*  1.  Alpes- 
Maritimes,  Arrondissement  de  Nice.  —  N*  2.  Basses-Pyrénées.  Arrondissement  de  Pau. 
—  N*3.  Isère.  Arrondissement  de  Grenoble.  —  N*  4.  Calvados.  Arrondissement  de  Pont- 
VÉvêque.—  li*  5.  Seine-Inférieure.  Arrondissement  de  Dieppe.  —  N«  6.  Ille -et- Vilaine. 
Arrondissement  de  Saini-Malo.  —  N*  7.  Doubs.  Arrondissement  de  Besançon.  —  N*  8. 
Vaucluse.  Arrondissement  d'Avignon.  — N"  9.  Pari»,  rioe  droite.  Direciion  :  cité  de» 
Fleurs  51,  Paris,  1893.  Publication  mensuelle.  Abonnement  :  6  fr.  par  an.  Le  numéro 
0  fr.  50.  —  1.^.  Un  Voyage  imprévu  en  Palestine  et  aux  Lieux  Saints,  par  G.  Faux. 
Tours,  Cattier,  1893,  in-8  de  235  p.,  orné  de  gravures  et  d'une  carte,  2  fr.  —  16.  Le 
Père  Hue  et  ses  critiques,  par  Henri-Ph.  d'Orléans.  Paris,  Galmann  Lévy,  1893,  petit 
in-8  de  65  p.,  1  fr.  —  17.  A  history  of  the  Gold  Coast  ofwesl  Africa,  by  A.-B.  Ellis. 
London,  Chapman  and  Hall,  1893,  in-12  de  400  p.,  avec  carte.  —  18.  Un  Épisode 
de  l'expansion  de  l'Angleterre.  Lettres  au  «  Times  »  sur  l'Afrique  du  Sud,  traduites 
par  le  colonel  Baille.  Paris,  Colin,  1893,  in-12  de  ?8i  p.,  avec  carte,  3  fr.  50.  — 
19.  Exploration  de  la  région  du  grand  lac  des  Ours,  par  Emile  Petitot,  ancien  mission- 
naire arctique.  Paris,  Téqui,  1893,  in-12  de  488  p.,  orné  de  grav.  et  do  deux  carte», 
4  fr.  —  20.  Le  Tour  de  nos  colonies  en  365  Jours,  par  Gaston  Bonnefont,  Paris  et 
Lyon,  Delhomme  et  Briguel,  1894,  in-8  de  384  p.,  orné  de  grav.  —  21.  Dramatique 
voyage  autour  du  monde  accompli  par  Georges  Anson.  Paris,  8,  rue  Fraiiçois  I*% 
s.  d.,  gr.  in-8  de  247-vi  p.,  orné  de  grav.,  t  fr.  —  22.  Palmyre.  Souvenirs  de  voyage 
et  d  histoire,  par  le  capitaine  Deville,  breveté  d'état-migor.  Paris,  Pion  et  Nourrit, 
1894,  in-18  do  270  p.,  orné  de  gravures  et  d'une  carte,  4  fr. 

1.  —  Le  lorae  XIX*  et  dernier  de  la  Nouvelle  Géographie  universelle 
de  M.  Elisée  Reclus  vient  de  paraître;  Tœuvre  est  lerminée  et  Ton  peut 
en  apprécier  rimportance  et  la  valeur.  Sans  contredit,  c'est  le  plus  co- 
lossal monument  géographique  qui  existe  et  sa  valeur  égale  son  impor- 
tance :  on  y  trouve  admirablement  condensées  toutes  les  connaissances 
que  la  science  moderne  possède  sur  la  configuration  de  la  terre  et  sur 
les  diverses  races  humaines  qui  en  peuplent  la  surface.  Celte  publication 
fait  le  plus  grand  honneur  à  Tauteur  qui  Ta  écrite  et  à  la  grande  maison 
de  librairie  qui  Ta  éditée  :  au  point  de  vue  de  la  si\reté  et  de  la  précision 
des  informations  scientifiques,  comme  à  celui  de  Timpression  èl  deTexé- 
Mars  1894.  T.  LXX.  13. 


—  194  — 

culion  des  illnslralions  el  des  cartes,  la  critique  la  plus  sévère  trouve 
difficilement  la  moindre  prise.  Il  est  un  autre  mérite,  plus  ioaltendu 
peul-êlre,  que  nous  aimons  à  oonslaier,  c'est  Teffacement  presque  absolu 
des  doctrines  philosophiques  bien  connues  de  M.  Elisée  Reclus.  Qu'on 
se  reporte  aux  jugements  consciencieux  du  regretté  collaborateur  de 
cette  Revue  qui   a  rendu  compte  des  volumes  antérieurs,  et  Ton  n'y 
trouvera  que  de  très  rares  réserves  sur  les  tendances  politiques  el  reli- 
gieuses qu'il  a  pu  y  découvrir.  Et  cependant  la  tentation  a  du  être  sou- 
vent bien  forte  chez  Técrivain  anarchiste  et  athée,  et  il  faut  lui  savoir 
gré  de  sa  modération  et  de  son  impartialité.  Nous  en  trouvons  de  bien 
remarquables  exemples  dans  les  pages  que  nous  venons  de  lire.  —  En  dé- 
crivant le  Paraguay,  M.  Reclus  ne  pouvait  passer  sous  silence  la  fameuse 
question  des  Réductions,  qui  a  inspiré  tant  de  calomnies  contre  les  mis- 
sionnaires jésuites;  il  lui  était  facile  de  se  ranger  du  côté  de  leurs  dé- 
tracteurs et  Ton  devait  s'y  attendre;  c'est  cependant  le  contraire  qu'il  a 
fait.  A  la  vérité,  il  admet,  avec  les  philosophes  du  xviii®  siècle,  que  la 
célèbre  Compagnie  ne  rêvait  rien  moins  que  l'empire  universel  établi  sur 
une  base  Ihéocratique,  et  que,  s'étant  heurtée  dans  l'ancien   monde 
contre  les  préjugés  et  les  positions  acquises,  elle  s'était  rejetée  sur  les 
races  barbares  et  naïves  de  la  jeune  Amérique  pour  les  enrégimenter  ;  à 
ce  propos,  l'auteur  compare  fort  irrévérencieusement  l'entreprise  à  celle 
des  Mormons.  Mais,  d'autre  part,  il  établit  que  le  joug  des  jésuites  était 
bienfaisant,  en  ce  que  les  Pères  s'efforçaient  de  soustraire  leurs  catéchu- 
mènes à  l'esclavage  et  à  la  rapacité  sanguinaire  des  colons  espagnols  et 
portugais;  leur  force  venait  de  ce  que,  dédaigneux  des  considérations 
humaines,  et  dégagés  de  tout  lien  de  nationalité,  ils  travaillaient  pour  le 
Ciel  ;  aussi  avaient-ils  réussi  à  fonder,  dans  les  pampas  et  les  savanes  du 
Parana,  ce  que  M.  Reclus  appelle  très  justement  «  une  république  mo- 
dèle. »  On  les  accusait  d'amasser  des  richesses  fabuleuses,  et  c'est  pour 
les  en  dépouiller  qu'on  entreprit  de  les  disperser;  sans  doute,  ils  étaient 
riches,  mais  leurs  biens  n'existaient  que  par  eux  et  disparaissaient  avec 
eux  :  des  terres  cultivées  et  des  troupeaux.  Et  leurs  Indiens  qu'on 
affectait  de  plaindre,  qu'ont-ils  gagné  à  être  libérés  de  leur  tutelle? 
D'abord  écrasés  sous  la  tyrannie  du  dictateur  Francis,  ils  sont  aujour- 
d'hui soi-disant  émancipés  et  deviennent  des  prolétaires  dégradés.  Ceux 
qui  parviennent  encore  à  gagner  leur  misérable  vie  le  doivent  aux  divers 
métiers  industriels  que  leur  avaient  enseignés  leurs  anciens  maîtres. 
Autrefois,  les  Réductions  avaient  des  écoles  florissantes  ;  la  plupart  des 
enfants   savaient,  sinon  lire,  du  moins  réciter  leurs  prières,  et  tous 
aimaient  à  chanter;  aujourd'hui,  dès  que  parait  le  Journal  officiel^  «  le 
représentant  de  l'autorité  réunit  les  habitants  de  chaque  village  el  leur 
lit  solennellement  les  décrets  du  gouvernement,  écoutés  dans  un  reli- 
gieux silence.  »  Voilà  le  changement.  Assurément,  et  nous  n'en  sommes 


pas  dupe  :  ce  que  M.  Elisée  Reclus  admire  dans  les  Réductîoos,  c'est  la 
réalisation  apparente  d'un  état  social  qui  a  toutes  ses  préférences;  pour 
lui,  c'est  bien  une  sorte  de  cooununalisme  qu'avaient  conçu  et  appliqué 
les  jésuites,  et  le  bon  apôtre  se  dit  intérieurement  :  puisque  ces  missiou- 
naires  réussissaient,  pourquoi  nous  autres  anarchistes  révolutionnaires 
ne  ponrrions-nous  en  faire  autant?  Mais  eût-il,  en  efiet,  cette  arrière- 
pensée,  îl  n'en  faut  pas  moins  le  louer  d'avoir  rendu  justice  à  ces  mer- 
veilleux colonisateurs  qui  avaient  fondé,  «  pour  le  Cid,  »  une  «  républi- 
que modèle.  » 

L'auteur  nous  semble  moins  heureux  dans  ses  appréciations  sur  la 
révolution  brésilienne.  Il  va  sans  dire  qu'il  n'exprime  aucun  regret  du 
gouvernement  trop  débonnaire  de  dom  Pedro.  Mais  la  dictature  militaire 
du  maréchal  Peixotosn'a  pas  davantage  ses  sympathies,  qui  vont  directe- 
ment à  l'insurrection;  il  voit  dans  celle-ci  un  mouvement  communaliste 
qui  doit  aboutir  à  un  régime  libéralement  fédératif.  Que  dirait-il  si  ses 
amis  les  insurgés  lui  jouaient  le  mauvais  tour  de  rétablir  l'Empire? 

La  partie  descriptive  de  l'ouvrage  est  parfaite  ;  l'orographie  et  l'hy- 
drologie si  compliquées  des  bassins  de  l'Amazone  et  de  la  Plata  sont 
exposées  avec  précision  et  clarté  ;  lé  style  est  correct,  parfois  d'une  am- 
pleur magnifique.  Signalons  toutefois  une  petite  incorrection  :  page  789, 
le  mot  «  embarcation  »  est  employé  au  lieu  de  «  navire  »  ou  «  bâti- 
ment. »  Comme  dans  les  autres  volumes,  les  gravures  et  les  caries  sont 
d'une  exécution  irréprochable. 

Dans  une  sorte  de  post-face,  l'auteur  jette  en  arrière  sur  son  œuvre 
un  dernier  coup  d'oeil;  et  alors  il  laisse  échapper  un  cri  d'admiration  en 
contemplant  «  l'ensemble  merveilleux  de  rythme  et  de  beauté  »  qu'offre 
le  spectacle  de  la  création.  Et  il  ajoute  :  «  Du  million  de  faits  que  j'ai  dû 
énumérer  de  chapitre  en  chapitre,  je  voudrais  extraire  une  idée  géné- 
rale et  justifier  ainsi  en  un  court  volume,  écrit  à  loisir,  la  longue  série,  de 
livres  sans  conclusion  apparente  que  je  viens  de  terminer.  »  Sans  doute 
à  un  si  magnifique  monument,  dirons-nous  aussi,  il  faudrait  un  couron- 
nement :  à  ce  travail  colossal  une  conclusion  sïmpose,  mais  une  seule 
est  possible  :  pour  la  trouver  et  l'énoncer,  que  M.  Reclus  nous  permette 
de  le  lui  dire  :  il  faut  croire  en  Dieu. 

2.  —  Le  colonel  Niox,  aujourd'hui  général,  anciennement  professeur 
à  l'Ecole  supérieure  de  guerre,  poursuit  la  publication  de  ses  ouvrages  de 
géographie.  Dans  le  volume  que  nous  avons  sous  les  yeux,  l'auteur 
passe  en  revue  l'Asie,  l'Afrique  et  l'Océanie,  étudiant  spécialement 
l'expansion  européenne  dans  ces  trois  parties  du  monde.  C'est  la  Grande- 
Bretagne  qui  tient  la  plus  large  place  avec  ses  colonies,  bien  que  les 
possessions  françaises  y  soient  plus  attentivement  étudiées.  Le  colonel 
^'iox  met  très  bien  en  relief  les  qualités  supérieures  que  la  race  anglo- 
saxonne  apporte  dans  l'œuvre  de  la  colonisation  :  ténacité  dans  l'exé- 


-  196  — 

Gution  d^un  plan  soigneusement  élaboré  el  longuement  poursuivi;  sou- 
plesse à  se  plier  aux  circonstances  qui  permettent  d*avancer  avec  sécu- 
rité ou  profit,  ou  obligent  à  reculer  pour  revenir  plus  tard  à  la  charge  ; 
absence  complète  de  préjugés  qui  permet  de  tenir  peu  de  compte  des 
légitimes  susceptibilités  des  populations  indigènes  ou  des  nations  ri- 
vales. Il  montre  aussi,  entrant  résolument  dans  Tarène,  un  nouveau 
champion  dont  la  valeur  n'est  pas  à  dédaigner  :  c'est  TAllemagne,  que  le 
prince  de  Bismarck  a  poussée  dans  la  voie  des  conquêtes  d'outre-mer,  et 
qui  s'est  habilement  emparée  en  Afrique  et  dans  TOcéanie  de  toutes  les 
terres  encore  disponibles.  Celle  étude,  très  bien  faite,  est  fort  intéres- 
sante à  consulter  ;  on  y  remarque  des  appréciations  très  favorables  sur 
le  rôle  civilisateur  des  missionnaires  catholiques  ;  de  bons  croquis  el  une 
carte  générale  facilitent  l'intelligence  du  texte.  Signalons  quelques  fautes 
d'impression  :  page  167,  note  %  on  lit  que  les  chrétiens  de  Cochin- 
chine  «  sont  »  victimes  de  persécutions,  au  lieu  de  «  ont  été;  »  page  168, 
«  à  l'est  »  du  Laos  et  du  royaume  de  Siam  s'étend  l'empire  birman,  au 
lieu  de  «  à  l'ouest....  ;  »  page  202,  la  baie  de  Tourane  dut  être  donnée 
«  à  Louis  XIV  »  au  lieu  de  «  à  Louis  XVI.  » 

3.  —  Le  voyage  de  M.  Ardouin-Dumazet  est  une  véritable  enquête  sur 
la  situation  industrielle  dans  le  centre  de  la  France.  En  Morvan,  il  décrit 
le  flottage  des  bois,  la  vie  des  bûcherons,  l'industrie  des  nourrices  et 
montre  l'eff'rayante  mortalité  qui  se  produit  dans  ce  qu'il  appelle  très 
justement  1'  «  élevage  humain.  »  Passant  au  Nivernais  proprement  dit, 
il  y  visite  les  nombreuses  forges  et  usines,  pour  la  plupart  fermées  ou  très 
compromises,  et  indique  les  causes  de  cette  décadence  de  la  métallurgie 
dans  un  pays  ou  manque  la  houille,  ce  pain  de  l'industrie;  par  contre, 
l'élevage  des  bêtes  à  cornes  est  en  pleine  prospérité.  A  Gien^à  Briare,à  la 
Puisaye,  nous  trouvons  la  faïencerie  et  le  bouton  de  porcelaine.  Les 
quatre  chapitres  consacrés  à  la  Sologne  sont  les  plus  intéressants  ;  l'au- 
teur expose  toutes  les  phases  de  la  lutte  du  colon  solognot  avec  un  sol 
ingrat  qu'il  parvient  à  rendre  productif  par  d'intelligents  travaux  et  sur- 
tout par  des  amendements  appropriés  ;  les  résultats  obtenus,  déjà  remar- 
quables, seraient  plus  importants  encore  si  les  moyens  de  transport  ne 
manquaient  pour  se  procurer  la  marne,  qui  donne  aux  terres  sablon- 
neuses de  la  Sologne  les  qualités  nutritives  dont  elles  manquent.  En 
Câlinais,  c'est  une  curieuse  culture,  celle  du  safran,  qui  mérite  d'atti- 
rer l'attention  de  l'observateur.  Orléans  se  distingue  par  ses  lainages, 
sa  fabrication  d'épingles  à  cheveux  et  surtout  les  productions  de  ses 
pépiniéristes.  On  ne  peut  traverser  le  Vendômois  sans  remarquer  les 
curieuses  habitations  souterraines  ;  dans  le  val  de  Loire,  ce  sont  les 
vignes;  à  Châteaurenault,  les  tanneries;  à  la  Varenne,  les  chènevières. 
Bourgueil  produit  la  réglisse  el  du  vin  ;  Tours  ne  tisse  plus  de  soie, 
mais  fabrique  le  papier.  Nous  ne  pouvons  passer  en  Touraine  sans  ac- 


—  197  — 

corder  un  chapitre  à  Mettray,  où  M.  Ardouin-Dumazet  admire  Torga- 
nisalioQ  de  la  maison  paternelle.  Il  s'étend  ensuite  longuement,  dans  le 
Perctie,  sur  l'élevage  et  l'exportation  en  Amérique  du  cheval  de  trait  ; 
dans  les  forêts  de  hêtres  de  cette  même  région,  de  nombreux  ouvriers 
vivent  de  la  boissellerie  et  de  la  fabrication  du  sabot.  Enfin  la  Flèche 
s'enorgueillit  de  son  prytanée,  d'où  sont  sortis  tant  de  grands  généraux, 
et  le  Lude,  de  son  marché  aux  cuirs.  Toutes  ces  études  fort  conscien- 
cieuses forment  une  lecture  très  intéressante  et  sans  aridité;  le  style 
de  l'auteur  est  facile  et  correct;  ses  opinions  différent  évidemment  des 
nôtres,  mais  il  a  le  bon  goût  de  ne  point  s'attaquer  aux  croyances  reli- 
gieuses en  parlant  de  Jeanne  d'Arc  et  de  l'abbé  de  Rancé;  il  ne  laisse 
percer  le  bout  de  l'oreille  qu'en  racontant  les  incidents  de  la  chouanne- 
rie, que  lui  rappellent  les  environs  du  Mans.  Nous  attendons  avec  curio- 
sité et  une  certaine  impatience  les  volumes  suivants  ;  c'est  un  agréable 
passe-temps  que  défaire  connaissance,  sous  la  direction  d'un  guide  com- 
pétent^ avec  les  nombreuses  industries  qui  enrichissent  notre  belle 
France  et  lui  permettent,  par  leur  infinie  variété,  de  traverser  victo- 
rieusement les  crises  économiques  les  plus  redoutables. 

4.  —  Nous  revoyons  sous  une  peau  complètement  neuve  une  ancienne 
connaissance  des  plus  agréables  :  La  Côte  d'azur,  de  M.  Stéphen  Lié- 
geard.  La  première  édition,  grand  in-4,  était  un  ouvrage  de  luxe,  dont 
le  succès  a  été  si  complet  qu'elle  a  dû  être  promptement  épuisée  ;  le 
Polybiblion  de  janvier  1888  l'avait  signalée  avec  éloges  dans  son  arti- 
cle sur  les  livres  d'étrennes.  L'auteur  et  l'éditeur  ont  pensé  avec  rai- 
son qu'il  convenait  de  rééditer  l'œuvre  en  la  remettant  au  point  et  en 
la  rendant  plus  portative,  de  sorte  qu'elle  puisse  être  facilement  placée 
dans  la  valise  des  heureux  touristes  qui  vont  se  chauffer  au  soleil  de  la 
Méditerranée.  Par  le  fait,  il  est  impossible  de  faire  le  voyage  en  meil- 
leure compagnie  :  c'est  un  guide  unique  par  la  magie  du  style,  par  l'in- 
tense coloris  des  descriptions  ;  on  voit  tout  de  suite  qu'il  est  écrit  par  un 
poète  qui  est  en  même  temps  un  artiste.  Rappelons  que  l'itinéraire  suivi 
va  de  Marseille  à  Gènes  sans  quitter  le  littoral.  Chemin  faisant,  M.  Sté- 
phen Liégeard  se  plaît  à  décrire  les  villas  somptueuses  de  Cannes  et  de 
Nice,  et,  dans  cette  énumération,  il  se  montre  le  délicat  courtisan  des 
proscrits  de  la  politique  ;  son  récit  de  la  légende  de  Saint-Honorat  est 
charmant;  il  faut  lire  aussi  la  description  endiablée  du  carnaval  de  Nice 
et  l'éblouissante  vision  du  casino  de  Monte-Carlo,  avec  son  éloquent  plai- 
doyer contre  la  suppression  de  la  roulette  pour  cause  de  moralité  pu- 
blique. Par  exemple,  l'auteur  n'aime  ni  Gambetta  ni  Garibaldi;  leurs 
noms  affichés  sur  les  rues  ou  places  publiques  l'agacent  singulièrement; 
par  contre,  et  malgré  de  vifs  sentiments  religieux,  il  n'est  pas  ennemi 
des  historiettes  un  peu  gauloises  ;  mais  il  faut  lui  savoir  gré  d'avoir  sup- 
primé certaine  plaisanterie  de  mauvais  goût  sur  les  animaux  de  saint 


—  19g  — 

Antoine,  que  le  Polybiblion  lui  reprochait  dans  sa  première  édition. 

5.  —  On  connaît  la  petite  Bibliothèque  utile  de  l'éditeur  Félix  Alcao, 
dont  les  volumes  sont  assurément  de  valeur  fort  inégale.  Celui  qui  vient 
de  paraître  sous  la  signature  de  M.  Daniel  Bellet  est  un  des  meillears. 
On  y  trouve  décrits  avec  une  grande  compétence  et  une  remarquable 
clarté  les  conditions  que  doivent  remplir  les  ports  de  commerce  pour 
correspondre  aux  besoins  de  la  navigation  moderne.  On  y  trouve  aussi 
d'intéressants  documents  statistiques  et  comparatifs  sur  les  marines  de 
commerce  des  diverses  nations,  les  mouvements  et  l'outillage  des  ports 
les  plus  importants.  Cette  lecture  est  instructive,  mais  elle  n'est  pas 
consolante  pour  notre  orgueil  national,  car,  sur  ce  terrain  de  ta  naviga- 
tion commerciale,  la  France  est  loin  de  briller  au  premier,  et  même  ao 
second  rang.  Mais  il  est  bon  de  se  rendre  compte  de  notre  infériorité, 
ne  serait-ce  que  pour  nous  exciter  à  redoubler  d'efforts  afin  de  regagner 
le  terrain  perdu.  Des  gravures  très  simples  représentent  les  principaux 
organes  des  ports  de  commerce  et  facilitent  Tintelligence  du  texte. 

0,  7,  8,  9,  10,  il,  12,  13, 14.  —  Nous  pouvons  juger  d'une  nouvelle 
publication  mensuelle,  la  France- Album,  i'diprès  les  neuf  premiers  fasd- 
ctrles  parus.  L'auteur  a  commencé  par  les  régions  les  plus  fréquentées 
des  touristes,  hiver  ou  été  :  Nice,  Pan,  Trouville,  Dieppe.  Chacun  de  ces 
albums  contient  trente-deux  planches  représentant  les  vues  et  les  mooo- 
ments  les  plus  remarquables,  avec  une  petite  carte  de  Tarrondissement; 
celui  consacré  à  Paris  (rive  droite)  ne  compte  pas  moins  de  cent  vues  et 
un  plan.  Une  courte  notice  indique  sommairement  les  curiosités  à  visiter 
dans  la  région.  Dans  ces  notices,  nous  n'avons  rien  trouvé  à  reprendre, 
cl  nous  estimons  que  ces  albums  peuvent  être  mis  sous  tous  les  yeux. 

45.  —  Nous  avons  notre  récit  annuel  d'un  pèlerinage  en  Terre-Sainte; 
nwis  cette  fois,  il  est  d'une  forme  originale.  L'auteur,  M.  G.  Félix,  ne  se 
vante  pas  d'avoir  visité  lui-même  les  lieux  vénéréâ  qu'il  décrit;  il 
avoue  même  n'avoir  fait  qu'une  compilation  à  l'aide  des  ouvrages  de 
Poujoulat  et  de  Mgr  Mislin,  et  il  a  mis  Tensemble  de  ses  eitraits  à  la 
portée  de  la  jeunesse  :  il  dédie  son  Kvre  à  l'un  de  ses  neveux  pour 
Tannée  de  sa  première  communion,  il  suppose  quatre  enfants,  doat 
l'alné  a  quinze  ans,  que  la  fantaisie  d'un  oncle,  ancien  marin,  met  en 
demeure  de  faire  un  voyage  quelconque,  celui  qu'ils  choisiront.  Ils  par- 
tent pour  Constantinople  et,  là,  s'embarquent  pour  la  Palestine,  qu'ils 
visitent  consciencieusement,  en  menant  une  existence  de  vrais  Bé- 
douins. Ils  ne  manquent  pas  de  rencontrer  des  bandits  et  des  bètes 
féroces,  et^  plus  d'une  fois,  ils  se  voient  dans  les  situations  les  pin 
critiques;  le  lecteur  a  même  le  droit  de  s'étonner  que,  s'aveatnrant  à 
travers  les  déserts  et  les  montagnes,  sans  guides  ni  interprètes,  ils  aient 
pu  s'en  tirer;  mais  il  y  a  une  Providence  pour  les  enfants  pieux,  et 
comme  ils  ne  manquent  jamais  de  l'invoquer,  ell€^  les  tire  de  tous  les 


mauvais  pas.  Bref,  après  avoir  visité  les  sanctuaires  de  Terre-Fainte, 
après  y  avoir  bien  prié  et  pleuré,  ils  rentrent  en  France  et  retrouvent 
leur  bon  oncle,  qui  les  attend  au  coin  de  son  feu,  commençant  à  trouver 
leur  absence  un  peu  longue.  Gomme  on  le  voit,  c'est  un  excellent  livre 
pour  la  jeunesse. 

16.  —  On  sait  que  le  voyage  des  PP.  Hue  et  Gabet  au  Thibet  et  no- 
tamment à  Lhaça,  capitale  de  celte  région  mystérieuse,  a  donné  lieu  à 
de  graves  controverses.  Certains  géographes  et  surtout  Tillustre  explo- 
rateur russe  Prjevalsky  ont  contesté  leur  véracité,  tandis  que  d'autres 
prenaient  leur  défense.  Il  appartenait  à  S.  A.  R.  le  prince  Henri  d'Or- 
léans, après  son  remarquable  voyage  à  travers  le  Thibet  en  compagnie 
de  M.  Bonvallot,  de  trancher  définitivement  cette  contestation;  or,  le 
jeune  et  savant  voyageur  n'hésite  pas  à  proclamer  que  les  deux  mis- 
sionnaires français  furent  des  observateurs  consciencieux  ;  «  les  récits 
du  P.  Hue,  dit-il  dans  sa  conclusion,  ne  sont  ni  l'œuvre  d'un  igno- 
rant, ni  celle  d'un  romancier;  ils  ont  été  écrits  par  un  homme  qui 
non  seulement  a  beaucoup  vu,  mais  qui  sait  aussi  reproduire  ce  qu'il  a 
a  vu.  »  Et  cette  réhabilitation  est  basée  sur  des  raisonnements  très  bien 
déduits  et  d'urie  rigueur  scientifique  indiscutable.  Cette  plaquette,  très 
bien  écrite,  fait  le  plus  grand  honneur  à  son  auteur. 

17.  —  M.  Chapman,  lieutenant-colonel  de  l'armée  des  Indes,  a  entre- 
pris de  retracer  l'histoire  complète  et  détaillée  des  régions  comprises 
sous  la  dénomination  de  Côte  d'or,  et  cela  depuis  les  temps  les  plu§ 
reculés.  Son  récit  est  sobre,  sérieux,  compassé,  correct,  comme  il  con- 
vient à  Tœuvre  d'un  militaire  anglais  bien  sanglé  dans  son  uniforme 
rouge.  Il  ne  manque  cependant  pas  d'intérêt,  surtout  pour  la  période 
relative  à  la  guerre  de  TAchanti,  qui  ofire  beaucoup  de  ressemblances 
avec  notre  campagne  au  Dahomey.  Comme  nous,  les  Anglais  ont  fait  la 
fâcheuse  expérience  de  l'inefficacité  des  petits  paquets;  tant  qu'ils  ont 
tenté  de  lutter  avec  des  effectifs  insuffisants,  ils  n'ont  abouti  qu'à  des 
résultats  fort  médiocres,  et  il  a  fallu  en  venir  à  l'envoi  d'une  petite 
armée  commandée  par  le  fameux  sir  Carnet  Wolseley.  Le  général  put, 
en  une  marche  assez  hardie,  se  frayer  un  passage  jusqu'à  Coumassie, 
capitale  du  royaume  d'Achanti,  qu'il  se  donna  la  stérile  satisfaction  d^ 
réduire  en  cendres  ;  mais  le  Roi  lui  échappa,  tout  comme  Béhanzin  s'est 
dérobé  devant  les  poursuites  du  générais  Dodds,  et,  depuis  lors,  le  pays 
ne  parait  avoir  recouvré  qu'un  calme  relatif  et  plutôt  précaire.  En 
somme,  il  ressort  de  cette  histoire  très  impartiale  et  oii  l'auteur  ne 
cherche  pas  à  dissimuler  les  fautes  commises  par  ses  compatriotes,  que 
les  Anglais  sont  bons  administrateurs  coloniaux,  mais  assez  médiocres 
tacticiens  ;  ils  brillent  dans  la  diplomatie  beaucoup  plus  que  dans  les 
opérations  militaires,  il  est  curieux  aussi  de  lire  les  reproches  adressés 
par  le  colonel  Chapman  à  l'Intendance,  que  les  Anglais  appellent  le 


—  200  — 

Commissariat^  et  il  constate  que  les  transports  et  ravitaillemeats  d*une 
armée  en  campagne,  du  moins  en  pays  sauvage,  ne  sont  bidn  assurés 
qu'à  la  condition  d*ètre  dirigés  par  des  oflSciers  appartenant  aux  corps 
combattants.  Le  seul  passage  où  nous  trouvions  impartialité  de  Tautear 
en  défaut,  c*esl  celui  où  il  conteste  aux  navigateurs  français  la  priorité 
de  leurs  établissements  sur  la  côte  de  Guinée. 

18.  —  Le  livre  intitulé  :  Un  épisode  de  Vexpansion  de  V Angleterre 
est  formé  d'une  série  de  lettres  publiées  dans  le  Times  et  traduites  par 
M.  le  colonel  Baille.  La  traduction  serre  de  si  près  le  texte  primitif 
qu'on  y  trouve  encore  des  expressions  absolument  anglaises,  telles,  par 
exemple,  que  le  mot  machinery  pour  indiquer  un  ensemble  de  ma- 
chines.  On  conçoit  que  ces  articles  de  journaux  ne  peuvent  guère  se  pré- 
senter avec  beaucoup  d'unité  ;  on  y  trouve  de  nombreuses  répétitions. 
Cependant  ce  volume  ofire  un  intérêt  très  grand  au  point  de  vue  de  la 
colonisation  ;  ce  sont  des  observations  précises  sur  le  présent  et  l'ave- 
nir de  l'Afrique  australe;  cette  expression  géographique  comprend, 
comme  Ton  sait,  quatre  éléments  distincts  :  les  colonies  anglaises  da 
Cap  et  de  Natal  et  les  États  libres  d'Orange  et  du  Transwaal,  ces  der- 
niers occupés  par  les  Boers,  population  d'origine  hollandaise  avec  quel- 
ques mélanges  de  sang  français  provenant  des  fugitifs  de  la  révocation 
de  l'édit  de  Nantes  ;  partout,  d'ailleurs,  l'élément  indigène,  Kaffir  (Cafre) 
ou  Zoulou,  domine  au  point  de  vue  numérique.  Nulle  part  peut-être  la 
colonisation  anglaise  n'a  rencontré  des  obstacles  plus  compliqués  ;  nulle 
part  non  plus  elle  ne  s!est  montrée  plus  habile  et  plus  puissante.  La 
colonie  du  Cap  est  parvenue  à  un  état  de  prospérité  inouïe  ;  celle  de 
Natal  est  moins  avancée,  et  voilà  seulement  qu'elle  se  juge  en  état  de 
réclamer  le  self-goveimment  ;  aussi  est-elle  fort  jalouse  de  sa  riche  voi- 
sine. De  leur  côté,  les  États  libres  sont,  à  bon  droit,  très  défiants  à 
l'égard  des  colons  anglais  qui  s'efforcent  de  pénétrer  dans  leurs  territoires 
pour  jouir  des  richesses  minéralogiques  qui  s*y  trouvent  en  abondance. 
L'Angleterre  s'efforce  d'entraîner  les  uns  et  les  autres,  colonies  et  répu- 
bliques indépendantes,  dans  une  sorte  de  Zollverein  commercial  dont 
elle  retirerait  tous  les  bénéfices  ;  il  est  curieux  d'étudier  par  quels  pro- 
cédés plus  ou  moins  détournés  elle  tend  vers  son  but,  tantôt  faisant  des 
concessions  opportunes,  tantôt  avançant  avec  audace  et  résolution.  C'est 
surtout  par  le  moyen  des  voies  ferrées  qu'elle  pénètre  partout  ;  déjà 
des  chemins  de  fer  relient  Capetown  à  Kimberley,  à  Bloemfontain,  à 
Johannesburg,  à  Pretoria  ;  il  est  question  de  les  prolonger  sans  délai 
jusqu'à  Fort  Salesbury^  tout  près  du  Zambèze  ;  une  ligne  télégraphique 
projetée,  et  considérée  comme  pouvant  être  bientôt  construite,  doit 
même  relier  le  Cap  à  l'Egypte,  traversant  l'Afrique  entière  du  sud  au 
nord.  C'est  à  sir  Cecil  Rhodes,  premier  ministre  de  la  colonie  du  Cap  et 
directeur  de  la  British  South  Africa  Company,  que  sont  dus  ces  prodi- 


—  201  — 

gieux  résultats.  C'est  bien  rhomme  de  la  situation,  the  right  man  in 
the  right  place,  comme  disent  les  Anglais.  Que  de  leçons  pour  nous 
dans  le  spectacle  de  cette  méthode  énergique  et  prudente  à  la  fois  qui  use 
tous  les  obstacles  pour  atteindre  sûrement  le  but  visé  !  Le  procédé  est 
pourtant  bien  simple  :  trouver  des  hommes  et  les  laisser  faire. 

19.  —  M.  Tabbé  Petitot  a  été  fort  longtemps  missionnaire  dans  les  ré- 
gions de  l'Amérique  que  l'on  peut  appeler  le  Far^North,  celles  qui 
jouissent  d'un  hiver  arctique  presque  continuel  et  qu'exploitent  pour 
leurs  fourrures  les  Compagnies  du  Nord-Ouest  et  de  la  baie  d'Hudson. 
Là  vivent  des  Esquimaux  et  des  Indiens  chasseurs.  Les  premiers  sont  de 
vrais  sauvages,  réfractaires  à  toute  civilisation,  tandis  que  les  seconds 
sont,  en  assez  grand  nombre,  convertis  au  christianisme,  en  sorte  que 
leurs  mœurs  sont  singulièrement  adoucies.  C'est  parmi  ces  derniers 
que  M.  l'abbé  Petitot  a  vécu  au  cours  de  ses  nombreuses  excursions 
autour  du  grand  lac  des  Ours.  Dans  ces  régions  désolées,  le  vaillant 
missionnaire  n'a  pas  seulement  évangélisé  avec  succès  des  tribus  no- 
mades, il  a  en  outre  fait  œuvre  de  géographe;  ses  découvertes  et  ses 
observations  scientifiques  ont  été  fort  appréciées  dans  le  monde  sa- 
vant. Il  a  publié  successivement  de  nombreux  ouvrages  de  géographie, 
d'ethnologie,  de  linguistique;  ses  cartes  ont  servi  à  la  rectification  de 
bien  des  erreurs  accréditées,  sur  la  foi  des  explorateurs  antérieurs,  parmi 
lesquels  il  faut  compter  l'illustre  Franklin.  Mais  c'est  surtout  dans  l'étude 
des  mœurs  chez  les  Esquimaux  et  les  Indiens  arctiques  que  s'est  distingué 
M.  l'abbé  Petitot;  ses  longs  séjours  parmi  ces  peuplades  lointaines  l'ont 
mis  à  même  de  les  étudier  â  fond,  et  il  était  parvenu  à  connaître  leurs 
langues  dont  il  a  pu  écrire  des  grammaires  et  des  dictionnaires.  Déjà 
nous  avons  eu  à  rendre  compte  d'un  au  moins  de  ses  ouvrages.  Chez  les 
grands  Esquimaux,  et  nous  avions  dû  faire  des  réserves  au  sujet  de 
peintures  de  mœurs  réalistes  et  de  jugements  empreints  d*aigreur  qui 
nous  avaient  paru  déplacés  sous  la  plume  d'un  missionnaire  ;  nous  n'en 
sommes  que  plus  satisfait  de  pouvoir  constater  que,  dans  ce  nouveau 
volume,  où  les  anecdotes  humoristiques  sont  agréablement  mélangées 
avec  les  notions  scientifiques,  on  ne  trouve  aucun  détail  inconvenant, 
aucune  plaisanterie  de  mauvais  goût,  aucune  récrimination  condam- 
nable. Ce  livre  est,  au  contraire,  aussi  édifiant  qu'attachant  et  peut  être 
mis  entre  toutes  les  mains. 

20.  —  Par  une  idée  empruntée  à  M.  Jules  Verne,  M.  G.  Bonnefont 
imagine  une  famille  assez  nombreuse  qui  fait  le  pari  de  visiter  toutes 
les  colonies  françaises  en  trois  cent  soixante-cinq  jours,  et  le  gagne. 
L'intrigue  est  insignifiante  et  suflSt  à  peine  pour  encadrer  la  succession 
de  descriptions  et  de  notices  historiques  que  chaque  pays  inspire  à 
l'historiographe  de  l'expédition.  Ces  aperçus  sont  fort  sommaires;  mal- 
heureusement ils  ne  sont  pas  de  la  première  fraîcheur,  ni  d'une  exacti- 


—  202  — 

tude  absolue.  On  y  pourrait  signaler  bien  des  erreurs  de  détails;  coa- 
tentons-nous  d'en  indiquer  quelques-unes.  Une  histoire  de  serpent, 
d'ailleurs  assez  absurde,  est  placée  à  la  Guadeloupe,  où  Ton  a  vainement 
tenté  d'acclimater  ces  reptiles  pour  combattre  les  rats  qui  causent  de 
grands  dégâts  aux  plantations  sucrières;  c'est  à  la  Martinique  qu'il 
conviendrait  de  la  transporter.  Il  n'est  pas  exact  que  la  coloration  de  la 
peau  soit  plus  foncée  chez  les  Cambodgiens  que  chez  les  Annamites. 
Dans  sa  dissertation  sur  les  religions  de  Tlnde,  l'auteur  ne  mentionne 
même  pas  l'islamisme,  qui  cependant  y  compte  presque  autant  d'adeptes 
que  le  brahmanisme.  Au  Congo,  les  voyageurs  de  M.  Bonnefont  fran- 
chissent en  vingt  minutes,  par  terre,  la  route  qui  longe  les  cataractes,  et 
que,  jusqu'alors,  on  a  mis  plusieurs  jours  à  parcourir.  Enfin,  c'est  à 
tort  que  le  Portugal  est  compté  au  nombre  des  puissances  qui  ont  des 
possessions  sur  la  côte  du  Dahomey  ;  son  gouvernement  a  renoncé  à 
toute  prétention  dans  ces  parages.  Quand  il  aura  corrigé  ces  légères 
erreurs  et  rajeuni  quelque  peu  les  renseignements  qu'il  donne,  M.  Bon- 
nefont aura  fait  un  livre  de  vulgarisation  animé  d'un  excellent  esprit  ; 
quant  aux  gravures,  le  mieux  est  de  n'en  point  parler. 

21.  —  M.  F.  Godefring  vient  de  publier,  d'après  les  relations  de  quel- 
ques survivants,  le  dramatique  récit  de  la  célèbre  croisière  du  naviga- 
teur anglais  Anson.  En  1739,  la  Grande-Bretagne,  désireuse  d'enlever  à 
l'Espagne  la  domination  jusqu'alors  incontestée  que  cette  puissance 
exerçait  dans  l'Océan  Pacifique,  y  envoya  une  escadre  composée  de  cinq 
navires.  Anson,  qui  la  commandait,  réussit  à  déjouer  la  vigilance  de 
l'amiral  espagnol  Pizarro,  chargé  de  lui  barrer  la  route,  et  réussit  à  dou- 
bler le  cap  Horn  en  courant  les  plus  grands  dangers.  Des  coups  de 
vent  violents  assaillirent  son  escadre  et  la  dispersèrent;  deux  navires 
s'en  séparèrent  :  la  Perle^  qui  rentra  en  Angleterre,  et  le  Wager,  qui 
fit  naufrage  sur  une  île  à  l'ouest  du  détroit  de  Magellan.  Les  trois 
autres  navires  réussirent  à  gagner  des  parages  moins  dangereux,  où 
ils  s'établirent  en  croisière  et  firent  plusieurs  prises  importantes,  no- 
tamment le  galion  de  Manille.  Mais  la  campagne  fut  rude,  et  seul  le 
Centurion,  vaisseau-amiral  monté  par  Anson,  put  rallier  l'Angleterre 
au  bout  de  trois  ans  et  neuf  mois.  Quant  aux  naufragés  du  Wager,  ils 
eurent  à  souffrir  d'horribles  privations  sur  Tile  déserte  où  ils  avaient 
pu  débarquer.  Le  plus  grand  nombre  se  révolta  contre  le  capitaine 
Cheaps  et  s'empara  d'une  embarcation  sur  laquelle  ces  malheureux  s'en- 
tassèrent et  entreprirent  de  franchir  le  détroit  de  Magellan  pour  gagner 
Buenos- Ayres,  où  ils  furent  faits  prisonniers  par  les  Espagnols.  Cepen- 
dant, à  la  faveur  d'une  trêve,  ils  purent  rentrer  en  Europe  et  arrivèrent 
en  Angleterre  le  1^  janvier  1743.  Cheaps  et  les  hommes  qui  lui  étaient 
restés  fidèles  eurent  aussi  beaucoup  à  soufirir;  ils  obtinrent  de  quelques 
Indiens  d'être  conduits  dans  leurs  pirogues  jusqu'à  l'Ile  de  Chiloé,  d'où 


—  203  — 

ils  atteignirent  Santiago  du  Chili.  Eux  aussi  furent  retenus  prisonniers- 
par  les  Espagnols  et  ne  purent  rentrer  en  Angleterre  que  dans  le  conranl 
de  1745.  Quant  à  l'escadre  de  Pizarro,  elle  fut  plus  malheureuse  encore 
que  celle  d'Anson  :  elle  ne  put  parvenir  à  doubler  le  cap  Horn,  et  tous 
les  navires  qui  la  composaient  durent  rentrer  désemparés  dans  Testuaire 
de  la  Plata;  Tan  d'eux  alla  même  se  perdre  sur  la  côte  du  Brésil;  seul 
le  vaisseau-amiral  pnl  rentrer  en  Espagne  en  1746,  rapatriant  les  der- 
niers naufragés  du  Wage7\  Ce  sont  ces  dramatiques  aventures  qui  sont 
contées  dans  le  volume  publié  par  M.  Godefring.  Sa  traduction  de  l'an- 
glais est  un  peu  trop  littérale;  certains  passages  sont  peu  clairs  et  parais- 
sent inexactement  rendus  :  c'est  ainsi  qu'il  est  dit  qu'Anson,  dans  sa 
route  d'Angleterre  en  Amérique,  passa  par  Sainte-Hélène  avant  de  tou- 
cher à  Madère.  L'explication  donnée,  page  li2,  de  la  vitesse  extraordi- 
naire des  barques  polynésiennes  est  incompréhensible.  Toutefois,  dans 
son  ensemble,  le  récit  est  captivant  en  raison  des  souflrances  inouïes 
endurées  par  les  marins  des  deux  escadres,  et  très  instructif  parce  qu'on 
y  trouve  de  curieux  détails  sur  les  mœurs  des  indigènes  de  la  Patagonie 
et  d'autres  pays.  En  outre,  les  sentimenls^chrétiens  de  l'auteur  sont  fré- 
quemment manifestés,  notamment  dans  les  courtes  notices  où  il  ré- 
sume, à  la  fin  du  volume,  les  principaux  voyages  qui,  depuis  Magellan, 
ont  fait  connaître  l'Amérique  australe. 

22.  —  Tout  à  fait  au  dernier  moment  et  sur  le  point  d'envoyer  notre 
travail  à  l'imprimeur,  nous  recevons  le  livre  que  vient  de  faire  paraître 
M.  le  capitaine  Deville;  nous  l'avons  ouvert  avec  l'intention  de  le  par- 
courir rapidement  et  d'en  donner  une  élude  superficielle;  mais,  il  nous 
laut  l'avouer,  nous  nous  sommes  laissé  empoigner,  et,  au  risque  de 
faire  attendre  la  presse,  nous  avons  tout  lu,  ligne  par  ligne,  et  savouré 
en  détail  page  par  page.  De  quoi  s'agit-îl  donc  dans  ce  volume?  Mon 
Dieu,  d'une  chose  bien  simple,  d'un  petit  voyage  à  la  portée  des  tou- 
ristes les  plus  novices,  d'une  excursion  à  quatre  jours  de  Damas,  à  Ira- 
vers  le  désert,  jusqu'aux  ruines  mystérieuses  de  Palmyre,  faite  avec 
quatre  compagnons  recrutés  dans  l'élite  de  la  jeunesse  française.  Mais 
qu'importe  la  brièveté  de  la  route  parcourue  si  le  voyageur  sait  observer, 
décrire,  raconter?  Or,  peu  de  récits  valent,  sous  tous  les  rapports,  celui 
du  capitaine  Deville.  On  y  trouve  vraiment  de  quoi  satisfaire  tous  les 
goûts  :  épisodes  de  vopge,  description  du  désert  et  des  ruines  antiques, 
larges  envolées  dans  le  domaine  de  Thisloire,  dissertations  philoso- 
phiques et  même  théologiques,  recherches  érudites  basées  sur  Tépigra- 
phie,  etc.  Et  tout  cela,  bien  que  fort  étudié,  ne  sent  nullement  le  travail. 
Le  style  est  à  la  fois  correct^  précis,  nerveux;  on  y  retrouve,  dans  le 
rapide  historique  des  luttes  de  l'empereur  Aurélien  avec  la  fameuse 
reine  Zénobie,  la  méthode  si  suggestive  de  TamiraUnnen  delaGravière, 
notamment  dans  les  rapprochements  entre  la  tactique  des  a 


—  204  — 

armées  el  les  principes  de  la  stratégie  moderne  ;  d'autres  passages  rap- 
pellent la  manière  de  M.  le  vicomte  Melchior  de  Vogué;  et  partout  un 
sentiment  chrétien  sincère  et  profond,  une  orthodoxie  rigoureuse  et  ré- 
solue qui  portent  la  conviction  dans  Tàme  du  lecteur.  L'auteur  est  jeune 
puisqu*il  n'est  encore  que  capitaine;  tant  mieux,  car  ses  débuts  pro- 
mettent, et  Ton  peut  dire  qu'il  y  a  chez  lui  l'étoffe  d'un  observateur, 
d'un  philosophe  et  d'un  écrivain.  Comte  de  Bizemont. 


ART  ET  HISTOIRE  MILITAIRES 

1.  Aventurm  de  guerre  au  temps  de  la  République  et  du  Contulal^  par  A.  Mohbau  de 
J0KNÈ8.  Paris,  Quiilaumia,  1893,  in-8  de  xxiti«469  p.,  7  fr.  50.  —  2.  Souvenirt  et 
eampagneê  d'un  vieux  soldat  de  l'Empire^  par  le  commandant  Parquih,  avec  une  ia- 
troductioD  par  le  capitaine  A.  Audior.  Paris,  Berger-Levrault,  1892,  ia-8  de  xxkiii- 
990  p.,  6  fr.  —  3.  Campagne  du  maréchal  Soult  dans  les  Pyrénées  occidentales  en 
1813'1814iy  d'après  les  arctiives  françaises,  anglaises  et  espagnoles,  par  le  comman- 
dant Clerc.  Paris,  Baudoin,  1894,  in-8  de  464  p.,  9  fr.  •—  4.  Crimée-Italie.  Note»  et 
correspondances  du  général  de  Wimpffen,  publiées  par  A.  Qalli.  Paris,  Charies-La- 
vauzelle,  1892,  gr.  in-8  de  178  p.,  5  fr.  —  5.  PariSy  Tours,  Bordeaux.  Souvenirs  de 
la  guerre  de  1870-71,  par  le  général  Thoumas.  Paris,  Librairie  illustrée,  1893,  iD>8 
de  292  p.,  7  fr.  50.  —  6.  i4  côté  de  la  guerre.  Mon  petit  journal  de  1870-1871,  par 
Camille  Fondet.  Beaune,  Lambert,  1893,  in-8  de  74  p.  —  7.  Armée  des  Vosges, 
Le  Général  Bosak,  comte  de  Hauké,  par  Leoeuil  o'E.nquin.  Paris,  Dubois,  1893,  in- 12 
de  73  p.  —  %.  Le  Colonel  Bourras,  Rapport  sur  les  opérations  du  corps  franc  des 
Vosges,  par  Aroouin-Dumazet.  Paris,  Berger-Levrault,  1892,  in-12  de  72  p. —  9.  Cam- 
pagne de  la  Loire  en  1870-1871,  par  Pierre  Lehautcourt.  Paris,  Berger-Levrault, 

1893,  in-8  de  474  p.,  et  6  caries,  7  fr.  50.  —  10.  Ze»  Forteresses  françaises  en  1870- 
1871,  Nos  Places  assiégées,  par  Marcel  Poulun.  Paris,  filoud  et  Barrai,  s.  d.,  in-8  de 
312  p.,  4  fr.  —  11.  Stratégie  de  marche,  par  le  générai  Lewal.  Paris,  Baudoin,  1893, 
in-8  de  252  p.,  5  fr.  —  12.  Stratégie  et  mobilisation,  par  le  général  Morel.  Paris, 
Gbarles-Lavauzeile,  1893,  in-8  de  56  p.,  1  fr.  25.  —  13.  Essais  sur  les  exercices  et 
les  manœuvres  de  Cinfanterie,  par  le  commandant  breveté  F***.  Paris,  Cbarles-Lavau- 
selle,  1893,  in-8  de  112  p.,  2  fr.  —  14.  Nouvelle  Tactique  de  combat,  par  le  colo- 
nel Henri  de  Pomchalon.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  1893,  in-8  de  32  p.,  0  fr.  60.  — 
15.  La  Tactique  appliquée  au  terrain.  Éludes  raisonnées  sur  la  carte.  Les  Détache^ 
ments  de  toutes  armes.  Le  Corps  d'armée,  par  Z.  Mumme.  Paris,  Cbarles-Lavauzelle, 

1894,  in-8  de  268  p.,  5  fr.  —  16.  Notes  sur  Us  formations  de  combat  et  les  mé* 
thodes  d'instruction  de  Vinfanterie,  par  B***,  capitaine  de  chasseurs  à  pied.  Paris, 
Cliarles-Lavauzelle,  1893,  in-8  de  64  p.,  1  fr.  25.  ^  M.  Delà  marcfie  au  point  de 
vue  militaire,  par  M.  Cortiai.,  médecin -major.  Paris,  Charles-La  vauzol  le,  1893,  in-8 
de  52  p.,  1  fr.  25.  —  18.  La  Cavalerie  en  avant  des  armées  par  Un  officier  supérieur 
de  cavalerie,  breveté  d'état-major.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  1893,  in-8  de  136  p., 
3  fr.  —  19.  Notre  'Cavalerie,  par  lé  capitaine  Chatterbox.  Paris,  Charies-Lavauielle. 

1893,  in-8  de  40  p.,  1  fr.  25.  —  20.  Les  Armes  à  feu  portatives  des  armées  actuelles  et 
leurs  munitions,  par  Un  officier  supérieur.  Paris,  Baudoin,  1894,  in-8  de  248  p.,  6fr. 
—  2i,  Les  Explosifs,  par  E.  Coralts.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  1893,  in-8  de  92  p., 
2  fr.  —  22.  Les  Grandes  Puissances  militaires  devant  la  France  et  VAllemagne, 
1888-1890-1900,  par  Un  diplomate.  Paris,  Librairie  illustrée,  s.  d.,  in-8  de  xx-266  p., 
7  fr.  50.  —  23.  Précis  de  quelques  campagnes  contemporaines,  par  le  commandant  Bn- 
4AC.  1.  Dans  les  Balkans,  Paris,  Charles-Lavauzelle,  1893,  in-8  de  332  p.,  5  fr.  — 
24.  VExpcdition  du  Dahomey  en  1890,  avec  un  aperçu  géographique  el  historique  et 
7  caries  en  croquis  des  opérations  militaires,  par  Victor  Nicolas,  capitaine  de  l'infanterie 
de  marine.  Paris,  Charles-Lavauzelle,  1893,  in-8  de  152  p.,  3  fr.  —  25.  Le  Sud  ora- 
nais,  journal  d'un  légionnaire,  par  le  capitaine  Armenoaud.  Paris,  Charles-LïvauseUa, 

1894,  ln-8  de  108  p.,  2  fr.  50.  —  26.   L'Armée  française  à  travers  les  âges,  par  A. 


—  203  — 

JABL0N9KI.  T.  IV.  Paris,  Charles-La vauzoile.  1893,  in- 12  do  408  p.,  5  fr.  —  27.  Hit- 
toire  de  cent  ans,  1792-1892.  Bévolution  française.  —  Siège  de  Paris,  par  Alfred 
Bbrtezêice.  Paris,  Savine,  1893,  io-12  de  480  p.,  3  fr.  50.  —  28.  Mae-McUton,  par 
Germain  Bapst.  Paris,  Colin,  1894,  in-12  cart.,  80  p.,  1  fr.  —  29.  Le  Maréchal  de  Mac- 
Mahon,  par  le  commandant  Grandin.  Paris,  Haton,  1894,  2  vol.  in-12  de204  et  402  p., 
7  fr.  —  30.  VAumônier  de  SaintCyr.  Élude  sur  /'«66e  Lanusse^  aumônier  à  Vécole 
spéciale  mUUaire^  par  le  pasteur  Messi.nes.  Paris,  Gliarles-Lavauzelle,  1893,  in-8  de 
52  p.,  1  fr.  25.  —  31.  Histoire  de  Vinfanterie  en  France,  par  le  lieutenant-colonel 
Belhomme.  Paris,  Charles-Lavauzolle,  1893,  t.  I«%  in-8  do  396  p.,  5  fr.  —  32.  CAi^ 
gle  russe,  par  le  lieutenant-colonel  Hennebbrt.  Paris,  Jouvet,  s.  d.,  in-12  de  214  p., 
3  fr.  —  33.  La  Vie  militaire  à  l'étranger.  Un  congé  au  Queens  royal  South-Sur^ 
rey-Regiment.  Lettres  d'un  engagé  volontairCy  par  Georges  Trxoche.  Paris,  Cliarles- 
Lavauzelle,  1894,  in-12  do  184  p.,  3  fr.  ~  3i.  Code  manuel  des  obligations  mili- 
taires.  Manuel  général  du  recrutement  et  des  réserves,  par  G.  Lassalle.  Paris,  Berger- 
Levrault,  1893,  in-8  de  518  p.,  12  fr.  —  3h.  Éducation  du  soldat,  par  ***.  Paris, 
Baudoin,  1893,  in-8  de  180  p.,  4  fr.  —  36.  Étude  de  psychologie  sociale.  Psychologie 
du  militaire  professionnel,  par  A.  Hamon.  Bruxelles,  Rozez,  1893,  in-12  de  216  p., 
3  fr.  50.  ~  37.  Aide-mémoire  de  V officier  d'état-major  en  campagne.  Paris,  Charles-Lavau- 
selle,  1894,  in-i2  cart.  de  424  p.,  5fr.  ~  38.  Historique  du  2*  régiment  d'infanterie. 
Paris,  Charles-Lavatizel le,  1893,  in-18cart.,  0  fr.  60.  —  39.  Agendade  l'armée  fran^ 
çaisepour  1894  (7*  année).  Paris,  Charlos-Lavauzelle,  1894,inl8rol.de300  p.,  2  fr.  50. 

1.  11  y  a  quelque  vingt-cinq  ans,  les  hommes  de  mon  â^^e  qui  fréquen- 
taienl  le  boulevard  Sainl-Michel  en  qualité  d*étudianls  ou  de  candidats 
aune  écolo  quelconque,  connaissaient  tous  un  grand  vieillard  à  cheveux 
blancs,  très  vert,  très  droit  dans  son  immense  redingote  noire  bouton- 
née, qu'on  voyait  souvent  aux  environs  de  la  Sorbonne,  et  qu'on  avait 
surnommé,  —  je  n'ai  jamais  su  pourquoi,  —  Toculisle.  Il  s'appelait  Mo- 
reau  de  Jonnès,  était  deux  fois  membre  de  Tlnstilut  et  s'occupait,  nous 
disait-on,  de  statistique  et  d'agriculture.  A  cette  époque,  et  dans  la  pré- 
somption de  la  jeunesse,  nous  n'avions,  nous  candidats  à  Sainl-Cyr, 
qu'un  assez  médiocre  respect  pour  ce  vieux  professeur,  pour  ce  pé/cin  à 
adiure  éminemment  pacifique.  Un  peu  plus  tard,  quand,  avec  plus  d'ex- 
périence, j'eus  compris  qu'il  y  a  dans  la  vie  autre  chose  que  l'école  de 
peloton,  j'appris  à  aimer  la  science  de  Moreau  de  Jonnès,  auquel  j'eus 
même  l'honneur  d*être  présenté,  sans  jamais  oser  lui  avouer  que  je  n'a- 
vais pas  toujours  respecté  son  étonnante  houppelande.  Mais,  avant 
comme  après  la  guerre,  je  l'avais  toujours  tenu  pour  le  plus  pacifique  des 
hommes.  Je  suis  donc  tombé  de  mon  haut  l'autre  jour,  en  apprenant  que 
«  l'oculiste  ))  avait  été  en  son  jeune  temps  un  de  ces  braves  à  trois  poils 
auprès  desquels  nous  ne  sommes  plus,  les  militaires  d'aujourd'hui,  que 
d'inofiensifs  et  anodins  porte-galons.  Oui,  le  fait  est  avéré,  Moreau  de 
Jonnès  a  été  un  des  plus  actifs,  des  plus  vaillants,  des  plus  aventureux 
officiers  do  la  République  et  du  premier  Empire  :  noire  vieux  savant 
du  boulevard  Sainl-Michel  était  tout  bonnement  un  ancien  capitaine 
d'état-major  en  retraite.  C'est  M.  Léon  Say  qui  nous  a  mis  au  courant 
de  ces  détails  dans  la  préface  documentée  qu'il  a  écrite  pour  ces  éton- 
nantes Aventures  de  guerre  au  temps  de  la  République  et  du  Consulat 
dans  lesquelles  Moreau  de  Jonnès  nous  a  retracé  les  premières  »> 


^e  sa  vie,  celles  de  sa  lumuUueuse  jeunesse,  celles  dans  lesqueBes 
rin,  puis  soldat,  il  parcourut  le  monde,  à  travers  les  péripéties  les  plus 
abracadabrantes.  Moreau  de  Jonnès  était  Breton.  Il  terminait  de  solides 
études  au  collège  de  Rennes,  quand  la  Révolution  le  prit,  encore  enfant, 
et  en  fit  un  «  volontaire;  »  mais  le  nouveau  soldat  avait  trop  le  goût  du 
travail  pour  l'abandonner  complètement  dans  sa  nouvelle  carrière,  et 
c'est  ainsi  qu'au  milieu  des  camps,  trouvant  où  il  peut  des  livres,  étu- 
diant tout  ce  qui  lui  tombe  sous  la  main,  il  se  forme,  se  complète  et  de- 
vient, sans  savoir  comment,  un  écrivain,  un  géologue,  un  botaniste,  un 
géographe,  enfin,  comme  le  dit  M.  Léon  Say,  «  un  curieux  de  tout  ce  qui 
est  beau  et  bon.  »  Son  style  est  bien  l'homme  même,  avec  ses  igno- 
rances naïves  et  sa  science  d'abord  obscure  et  touff*ue,  mais  qui  petit  à 
petit  s'éclaircit  et  se  tasse,  avec  ses  instincts  généreux  et  sa  passion  tou- 
jours amoureuse  de  la  nature.  Pendant  treize  ans,  Moreau  de  Jonnès  court 
les  mers.  Il  est  de  toutes  les  expéditions  qui  tournent  mal.  Embarqué 
sur  le  Papillon  —  il  a  quinze  ans  à  peine  —  il  assiste  au  siège  de  Tou- 
lon, est  compris  dans  un  détachement  qui  doit  faire  le  service  à  terre, 
et  se  loge,  à  portée  de  ses  occupations,  chez  la  belle  Petrona,  une  veuve 
de  dix-neuf  ans,  «  dont  chacun,  dit-il,  peut  voir  au  musée  du  Louvre  le 
portrait  ressemblant  dans  la  Vénus  d*Arles.  »  Après  mille  aventures  tant 
guerrières  que  galantes,  Moreau  regagne  Brest,  embarque  à  bord  de  nom- 
breux bâtiments,  combat  sur  mer  et  sur  terre  et  assiste  au  combat  de 
Quiberon.  Delà  il  part  pour  la  Martinique,  où  l'attendent  les  plus  surpre- 
nantes occurrences.  S*il  n'y  avait  dans  ce  livre  de  Moreau  de  Jonnès  un 
air  évident  de  bonne  foi,  de  naïveté,  de  véridiqtie  bonhomie,  on  serait 
tenté  de  croire  que  Fauteur  nous  transporte  en  plein  roman.  L'histoire 
d'Éliama,  la  fille  de  Pakeri,  celle  de  l'abbaye  des  bénédictines  de  TAn- 
nonciade  à  Port-d'Espagne  dans  l'île  de  la  Trinité,  celle  de  la  seôora 
Dorothée,  l'épisode  de  la  belle  caraïbe  Fleur-des-Bois,  de  la  jeune  mulâ- 
tresse Zélie,  celle  d'Adèle  à  Fort-de-France,  fourniraient  à  l'Opéra-Comi- 
que,  voire  même  à  l'Opéra,  des  sujets  où  le  pathétique  et  le  romanes- 
que, le  tragique  et  tantôt  le  comique  se  marient  de  la  façon  la  plus 
étonnante.  Tout  cela  se  passe  aux  Antilles,  mais  les  bords  du  Pacifique 
n'ont  pas  seuls  le  privilège  de  faire  naître  sur  les  pas  de  Moreau  de 
Jonnès  les  aventures  tragico-galantes  ;  dans  ses  deux  expéditions  d'Ir- 
lande, il  est  mêlé  à  des  événements  encore  plus  singuliers.  On  se  trom- 
perait cependant  si  Ton  prenait  les  Mémoires  de  Moreau  de  Jonnès  pour 
un  banal  recueil  de  bonnes  fortunes.  Outre  qu'au  point  de  vue  de  la 
morale  il  n'y  a  point  un  mot  à  reprendre  dans  ces  récits,  outre  encore 
qu'ils  sont  présentés  avec  une  naïveté  charmante,  ils  ne  constituent,  en 
somme,  que  des  fleurs  jetées  par  l'auteur  sur  la  narration  d'événements 
sérieux  pour  lesquels  les  détails  inédits  et  très  intéressants  abondent. 
2.  —  Moins  invraisemblables  que  les  Mémoires  de  Moreau,  ceux  du 


—  207  ~ 

commandant  Parquîn,  un  vieux  soldai  de  TËmpire,  comme  l'appelle 
son  édilenr,  le  capitaine  Aubier,  fourmillent  également  en  aventures 
curieuses  et  en  détails  vécus.  Né  à  Paris  le  20  décembre  1786,  Parquia 
s'engage  à  seize  ans  (1803)  au  20'  chasseurs,  et  y  reste  jusqu'en  1813, 
époque  à  laquelle  il  passe  aux  chasseurs  de  la  garde.  De  1803  à  1815,  il 
assiste  aux  combats  ou  batailles  de  Saalfeld,  Iéna,Trunkestein,  GuUstadt, 
Heilsberg,  Pfafienhoflren,  Amstetten,  Wagram,  Fuentes  de  Oâoro,  Al- 
meida,  Guarda,  Salamanque,  Lutzen,  Dresde,  Leipzig,  Hanau,  Monlmi- 
rail,  Craonne,  Reims,  Arcîs-sur-Aube,  Saint-Dlzier  et  Waterloo.  C'est 
un  sabreur  sur  le  champ  de  bataille;  mais  c'est  aussi  un  lettré,  un 
homme  qui  pense,  qui  observe,  qui  sait  se  souvenir.  Ses  Mémoires  ont 
un  cachet  original  très  marqué.  Son  style  est  léger,  alerte,  coulant.  On 
dirait  d'une  relation  de  voyage  de  Dumas,  mais  d'un  voyage  à  travers 
l'Europe,  au  milieu  des  panaches  et  des  brandebourgs,  à  l'avant-garde 
et  sabre  au  clair,  en  conquérant.  Cependant  il  y  a  des  pages  magistrales 
en  leur  simplicité.  Tel  est  le  récit  de  la  bataille  d'iéna,  dont  les  détails 
sont  notés  avec  une  intensité  et  une  réalité  saisissantes.  Tel  surtout  le 
dramatique  tableau  delà  bataille  d'Eylau.  Cependant  la  note  générale  est 
familière.  Il  excelle  à  raconter  les  menus  faits  qui  relient  l'un  à  l'autre 
les  grands  actes  du  drame.  Il  se  complaît  dans  les  coulisses  et,  comme 
Moreau  de  Jonnès,  il  s'attarde  volontiers  au  récit  de  ses  aventures  per- 
sonnelles. Mais  il  y  apparaît  amusant  et  trouve  souvent  le  mot  pour  rire. 
Les  expressions  militaires  abondent.  A  léna,  on  «  déchire  de  la  mousse- 
line; »  à  Eylau,  on  entend  tonner  «  le  brutal;  »  à  Leipzig,  «  les  boulets 
tombent  comme  des  oranges.  »  En  somme  le  livre  du  commandant  Par- 
quin  est  d'un  grand  intérêt  et  prendra  une  place  honorable  parmi  les 
nombreux  mémoires  sur  l'histoire  du  premier  Empire.  Au  point  de  vue 
de  l'histoire  militaire,  en  particulier  de  la  physionomie  spéciale  du  sol- 
dat dans  les  armées  françaises  du  commencement  du  siècle,  ils  ont  une 
valeur  inappréciable  et  qu'on  ne  rencontre  peut-être  dans  aucune  des 
publications  de  ces  dernières  années. 

3.  —  D'un  tout  autre  genre  que  les  deux  livres  que  nous  venons  d'a- 
nalyser est  le  travail  du  commandant  Clerc  sur  la  Campagne  du  mare- 
chai Soult  dans  les  Pyrénées-Occidentales  en  i8i3-i8i4,Ce conscien- 
cieux travail,  di\  à  un  écrivain  militaire  apprécié,  a  été  écrit  non  seule- 
ment sur  des  documents  authentiques  puisés  aux  sources  les  plus  auto- 
risées, mais  a  été  composé  dans  des  conditions  de  contrôle  et  de  véra- 
rilé  spéciales.  Effectivement  M.  le  commandant  Clerc,  qui  est  en  garnison 
à  Bayonne,  a  pu  reconnaître  par  lui-môme  tous  les  points  dont  il  parle 
dans  son  récit  et  suivre  les  armées  dont  il  retrace  la  marche,  guidé  par 
les  vestiges  des  ouvrages  de  défense  élevés  à  cette  époque  tant  par  les 
Anglo-Espagnols  que  par  nos  compatriotes.  Dans  l'ouvrage  du  général 
Arvers,  que  nous  analysions  naguère,  ici  même,  l'éminent  éditeur  de 


—  208  — 

de  Vaull  écrivait  à  propos  de  la  guerre  de  montagnes  :  «  Dans  les  pays 
de  montagnes,  les  efiels  dus  aux  formations  des  armées  et  aux  armes  se 
font  moins  sentir  que  partout  ailleurs;  aussi  la  méthode  historique  y 
conserve-t-elle  toute  sa  valeur  et  resle-t-elle  la  meilleure  et  la  plus  sûre 
de  toutes.  »  Cette  théorie,  vraie  pour  les  Alpes,  Test  peut-être  davantage 
encore  dans  les  Pyrénées,  et  c'est  elle  qui  a  guidé  le  commandant  Glere 
dans  son  intéressant  travail  sur  la  campagne  de  1813. 

L'ouvrage  commence  à  la  retraite  de  Vitoria,  en  juin  1813, et  finit  au 
passage  de  TAdour,  le  25  février  181  i,  après  nous  avoir  dit  par  le  menu 
cette  rude  retraite  ou  Ton  combattit  pied  à  pied  devant  des  forces  su- 
périeures, donnant  le  change  à  Tennemi  par  la  ténacité  de  la  lutte,  par 
la  science  des  combinaisons,  sur  Teffectif  réduit  des  troupes  qu'il  avait 
devant  lui.  Le  roi  Joseph,  qui  s'était  obstiné  à  encombrer  son  quartier 
général  d'impedimenta  qui  n'avaient  rien  à  faire  avec  une  armée,  qiri 
traînait  à  sa  suite  sa  cour,  ses  ministres,  ses  hauts  fonctionnaires  et 
leurs  familles,  des  [milliers  de  comptables,  des  voitures  de  meubles  et 
d'argenterie;  le  roi  Joseph  venait  de  perdre  la  bataille  du  21  juin,  et  avec 
elle  6,700  soldais,  toute  notre  artillerie,  415  caissons,  100  fourragères, 
tous  les  bagages.  Heureusement  que,  loin  de  donner  du  cœur  aux 
alliés,  leur  victoire  devint  leur  perte.  Le  pillage  de  plus  de  vingt-quatre 
millions  de  francs,  qui  eussent  dû  rentrer  dans  la  caisse  de  Tarmée, per- 
met à  une  dizaine  de  mille  d' Anglo-Espagnols  de  déserter,  les  poches 
pleines  :  on  ne  devait  plus  les  revoir.  Ceux  qui  restèrent  sous  les  dra- 
peaux devinrent  violents  et  indisciplinés;  ils  refusèrent  dé  marcher. 
«  Nous  avons  comme  soldats,  écrit  Wellington  à  lord  Baihurst,  le  9  juil- 
let, l'écume  de  la  terre;  les  officiers  non  commissionnés  sont  aussi  mau- 
vais qu'eux.  » 

Grâce  à  la  mollesse  de  celte  poursuite,  nous  pûmes  nous  retirer  jus- 
qu'à la  Bid.issoa,  et  c'est  alors  que  l'arrivée  du  maréchal  Soult  changea 
immédiatement  la  physionomie  et  le  fond  des  choses.  En  quelques 
jours  nos  troupes  se  réorganisent,  les  pertes  sont  réparées,  les  régiments 
reformés,  le  matériel  reconstitué,  et  alors  commence  cette  campagne  où, 
comme  l'écrivait  plus  lard  Soult,  tout  consistait  à  présenter  partout  la 
bataille  et  à  ne  Vaccepter  nulle  part.  Le  commandant  Clerc  a  lumineu- 
sement retracé  toute  cette  partie  do  la  campagne  de  1S13-1814  dans  les 
Pyrénées,  qui,  moins  connue  que  celle  de  Napoléon,  n'en  a  pas  moins 
sa  grandeur  et  sa  gloire  militaire.  Bourré  de  documents,  fortifié  de  cita- 
tions inédiles  ou  oubliées,  son  récit  a  une  valeur  historique  que  nous 
nous  plaisons  à  constater. 

4-.  —  Les  divers  volumes  publiés  depuis  quelques  années  sur 
le  général  de  Wimpfien  ne  laveront  probablement  jamais  sa  mémoire 
de  la  terrible  responsabilité  qu'il  jugea  à  propos  d'assumer  à  Sedan, 
mais  ils  ont  du  moins  l'avantage  de  le  faire  plaindre,  car  ils  mettent  en 


—  209  — 

lumière  les  qualités  mililaires,  intellectuelles,  morales  de  cet  oflScier  gé- 
néral, qui  eût  été  digne  de  terminer  autrement  sa  carrière.  Les  notes  et 
correspondances  de  Crimée  et  d'Ilalie,  éditées  aujourd'hui  par  M.  Galli, 
sont  intéressantes,  souvent  curieuses  aussi  bien  par  les  appréciations  sur 
les  hommes  ou  les  événements  que  par  les  nfombreuses  particularités 
inconnues  qu'elles  mettent  en  lumière.  Elles  seront  notamment  consul- 
tées avec  fruit  par  quiconque  voudra  connaître  en  détail  celte  campagne 
de  1859,  où  Ton  commit  bien  des  fautes  militaires,  mais  où,  comme 
dans  bien  d'autres  circonstances,  les  merveilleuses  qualités  de  notre  sol- 
dat compensèrent  les  bévues  des  élals-majors. 

5.  —  Plus  heureux  que  le  général  de  Wimpflen,  le  général  Thoumas 
est  depuis  longtemps  absous  des  accusations  dMncurie,  d'incapacité  et 
même  des  incriminations  bien  plus  graves  formulées  contre  lui  après  la 
guerre.  On  sait  aujourd'hui  qtie  son  influence  au  sein  du  gouvernement 
de  la  Défense  nationale  fut  tonte  bienfaisante,  toute  au  profit  de  notre 
armée,  et  si  Ton  peut  qualifier  encore  certaines  de  ses  mesures  de  mala- 
droites, encore  peut-il  exciper,  pour  les  excuser,  du  désarroi  dans  lequel 
nous  avaient  alors  jetés  Tinvasion.  Le  dernier  volume  du  regretté  géné- 
ral, volume  auquel  il  avait  mis  la  dernière  main  pour  ainsi  dire  la  veille 
de  sa  mort  et  dont  il  n*a  pu  voir  la  publication,  est  Thistoire  de  son  sé- 
jour aux  bureaux  de  la  guerre  pendant  la  seconde  partie  de  la  campagne 
de  1870,  quand  il  eut  la  lourde  tâche  de  reconstituer  en  hommes  et  en 
matériel  Tarmée  écrasée  à  Sedan  et  Tarmée  bloquée  à  Metz  du  maréchal 
Bazaine.  Toutefois,  le  général  Thoumas  nous  donne  également  sur  les 
préparatifs  delà  première  partie  delà  campagne  des  détails  peu  connus, 
pleins  d'intérêt,  et  qui  malheureusement  ne  jettent  point  un  jour  plus 
brillant  sur  cette  triste  période  des  opérations.  A  Tours,  puis  à  Bor- 
deaux, il  fallut  créer  tout   malgré   des   difficultés  inhérentes  à  des 
motifs  bien  distincts,  mais  dans  lesquels  émergeaient  l'incapacité  des 
agents  de  production  et  Taveuglement  des  premiers  dirigeants,  parmi 
lesquels  il  faut  placer  notamment  MM.  Gambeita  et  de  Freycinel.  On 
trouvera  dans  ce  volume  des  détails  véritablement  curieux  sur  le  per- 
sonnel qui  assiégeait  alors  les  bureaux  de  la  guerre  :  quémandeurs, 
inventeurs  de  plans  miriOques,  solliciteurs  de  toutes  sortes.  On  y  ren- 
contrera également  des  particularités  bien  inédiles,  comme  celle  par 
exemple  dans  laquelle  nous  apprenons  que   l'arrivée  de  Garibaldi  à 
Tours  avait  pour  but  la  proclamation,  en  qualité  de  dictateur,  du  vieux 
condottiere  italien.  Dieu  épargna  à  la  France  celte  humiliation  ;  mais 
quand  on  saura  que  cette  révolution  de  palais  avait  été  préparée  de 
longue  main  par  des  républicains  français,  on  comprendra  jusqu'à  quel 
point  l'esprit  de  parti  peut  égarer  des  hommes.  Les  détails  sur  les 
séances  de  la  délégation  à  Tours  jettent  une  note  gaie  dans  ces  sou- 
venirs, sombres  la  plupart  du  temps  ;  les  Glais-BIzoia  et  cooi      s  étaieat 
Mars  1894.  T.       ^ 


—  210  — 

loin  de  s'entendre  autour  du  tapis  vert,  où  les  gFOS  mois  pleuvaient. 
Quant  aux  renspignements  sur  la  façon  dont  étaient  élaborés  les  plans 
imposés  à  des  généraux  comme  d*Aurelles  ou  comme  la  Motte-Ronge, 
ils  expliquent  bien  des  choses.  «  Je  ne  pouvais  m'empêcher  de  sourire, 
dit  le  général  Thoumas  (p.  105),  lorsque  j'entendais  pérorer,  sar  ces 
graves  et  difficiles  questions,  deux  élèves  ingénieurs,  attachés  à  la  per- 
sonne de  M.  de  Freycinet  et  remplissant  auprès  de  lui  les  fonctions 
d'officiers  d'ordonnance....  mais,  je  m'y  habituai  si  bien  qu'à  la  fin  je  ne 
m'étonnais  plus  d'entendre  un  de  ces  jeunes  gens  dire  avec  le  plus  grand 
sérieux  :  Nous  ne  sommes  pas  contents  de  Bourbaki,  nous  avons  con- 
fiance en  Chanzy...,  »  L'ouvragç  du  général  Thoumas,  bourré  d'apprécia- 
tions de  ce  genre,  lire  de  la  position  de  son  auteur  une  valeur  particu- 
lière ;  il  ne  sera  pas  permis  d'écrire  l'histoire  définitive  de  la  guerre  de  1870 
sans  tenir  compte  des  nombreux  renseignements  qu'il  met  en  lumière. 

6,  7,  8.  —  Mon  petit  Journal  de  1870-1871,  de  M.  Camille  Fondet  ; 
Le  Général  Bosak,  de  M.  Ledeuil  d'Enquin  ;  Le  Colonel  Bourras,  de 
M.  Arduuin-Dnmazet,  sont  également  des  documents  pour  l'histoire  de 
la  dernière  guerre  franco-allemande,  mais  ils  n'ont  point  l'importance  — 
cela  va  sans  dire  —  du  livre  que  nous  venons  d'analyser.  M.  Camille 
Fondet  est  un  garde  national  bourguignon  qui,  après  avoir  espéré  Faire 
le  coup  de  feu  dans  les  Vosges,  fut  envoyé  à  Constantine  pour  y  monter 
la  garde  devant  la  Kasbah.  Ses  impressions  militaires,  pleines  de  bonne 
humeur,  pourront  être  négligées  sans  inconvénients  par  les  futurs  histo- 
riens de  la  guerre  de  1870.  D'une  valeur  historique  plus  relevée  sont  les 
deux  plaquettes  consacrées  au  colonel  Bourras  et  au  général  Bosak  :  on 
les  lira  avec  profit  pour  ce  qui  est  relatif  à  la  campagne  dans  les  Vosges. 

9.  —  Avec  le  livre  de  M.  P.  Lehaulcourt  :  Campagne  de  la  Loire  en 
i 870-1 87  I ,  nous  rentrons  dans  l'histoire  sérieuse  et  véritablement 
instructive.  L'autour,  sans  être  partisan  de  la  méthode  purement  docu- 
mentaire suivie  actuellement  par  nombre  d'officiers  (général  Pierron, 
commandants  Clerc,  Foucart,  Bujac,  général  Arvers),  sait  cependant  pui- 
ser aux  sources  et  nous  donne  un  récit  fortement  corroboré  par  des  ren- 
vois précis.  Mais  M.  Lehautcourt  aime  à  tirer  lui-même  la  conclusion  des 
faits  qu'il  raconte,  et  son  élude  lui  paraîtrait  incomplète  s'il  n'indiquait 
les  enseignements  que  comporte  tel  ou  tel  événement.  C'est  la  méthode 
didactique,  opposée  à  la  méthode  purement  spéculative  :  c'est  le  vieux 
système  en  face  du  nouveau  ;  je  ne  m'étonnerais  point  que  ce  fût  le 
bon.  Il  n'y  a  point  à  se  dissimuler  que  la  majorité  des  lecteurs  —  je  ne 
dis  point  que  ce  soient  les  plus  intelligents  —  préfèrent  un  travail  tout 
fait  à  un  travail  à  faire.  Les  partisans  du  document  sans  phras»»  vous 
diront  :  voilà  les  pièces,  à  vous  déjuger;  mais  il  est  malheureusement 
peu  de  lecteurs  qui  se  donnent  la  peine  de  se  livrer  au  travail  indiqué. 
Tel  qu'il  est,  le  volume  de  M.  Lehautcourt  est  digne  de  l'attention  des 


—  211  — 

ofliciers  et  de  quiconque  veut  avoir  une  idée  nette,  résumée  en  quel- 
ques pages,  de  la  prenaière  partie  de  la  guerre  de  1870  sur  la  Loire. 

10.  —  Nos  places  assiégées,  par  M.  Marcel  Poullin,  constituent  un 
livre  de  vulgarisation.  L'auteur  a  conipilé  les  diverses  relations  des  sièges 
soutenus  pendant  la  dernière  guerre  parla  plupart  de  nos  places  fortes,  et 
il  en  a  fait  un  lout  qui  manque  un  peu  d*inédiLil  est  bien  vrai  que  le  su- 
jet élait  ingrat.  La  défense  de  nos  villes  de  guerre  en  1870-1871  a  été  un 
des  coins  les  plus  tristes  de  cette  campagne  où  ne  manquèrent  point 
cependant  les  exemples  de  vigueur,  même  d'héroïsme.  Mal  pourvues  en 
matériel  d'artillerie,  dénuées  de  vivres,  sans  garnisons,  nos  places  étaient 
commandées  à  cette  époque  par  d'anciens  oflSciers  qui  se  montrèrent  la 
plupart  au-dessous  de  leur  tâche  ;  le  dossier  du  conseil  d'enquête  chargé 
après  la  guerre  da  se  prononcer  sur  les  diverses  capitulations  ne  laisse 
malheureusement  aucun  doute  à  cet  égard.  Le  livre  de  M.  Poullin  con- 
tient plusieurs  erreurs  qu'il  eût  été  facile  d'éviter.  Pour  ne  citer  que 
celles  concernant  la  place  de  Montmédy,  à  propos  de  laquelle  nous  avons 
une  brochure  écrite  par  un  témoin  oculaire,  il  est  inexact  de  dire  que  le 
parlementaire  prussien  tué  au  début  du  siège  fut  atteint  d'un  coup  de 
feu  parti  des  remparts.  —  M.  Camiade,  qui  commandait  l'expédition 
de  Stenay,  était  lieutenant  de  grenadiers  de  la  garde  et  non  aux  guides. 
—  L'auteur  ne  dit  rien  delà  surprise  tentée  à  Iré-les-Prés  par  le  sergent 
Schneider;  il  passe  également  divers  épisodes  qui  eussent  émaillé  heu- 
reusement son  récit.  Ces  restrictions  faites,  le  volume  de  M.  Poullin  est 
un  bon  ouvrage,  qu'on  peut,  d'ailleurs,  mettre  entre  toutes  les  mains. 

11.  —  Avec  la  Stratégie  de  marche,  de  M.  le  général  Lewal,  nous 
passons  de  l'histoire  militaire  à  la  tactique  proprement  dite.  Le  titre  du 
livre  nous  paraît  faux  ;  les  deux  mots  jurent  ensemble.  Il  y  a  une 
lactique  de  marche,  il  y  a  des  marches  stratégiques  :  il  n'y  a  pas  de 
stratégie  de  marche,  pas  plus  qu'il  n'existe  de  stratégie  de  renseigne- 
ments ou  de  stratégie  de  combat.  La  science  des  marches  con>l)inées 
s'appelle  la  logistique  :  stratégie  de  marche  est  un  contresens.  Ces  pré- 
misses posées,  nous  dirons  que  le  nouveau  volume  du  général  Lewal, 
volume  dans  lequel  éclate  une  fois  de  plus  la  profonde  connaissance 
qu'a  son  auteur  de  tout  ce  qui  a  été  écrit  en  art  militaire,  fourmille  de 
maximes  heureuses  et  d'idées  pratiques.  Cependant,  affirmer  «  qu'il 
est  inutile  et  vague  de  soutenir  que  la  victoire  est  aux  armées  qui 
manœuvrent,  puisqu'on  ne  peut,  pour  ainsi  dire,  plus  manœuvrer,  » 
nous  parait  une  théorie  dangereuse  à  proclamer.  Qu'en  pense  le  colonel 
Maillard,  le  savant  professtjLir  à  l'École  de  guerre,  quia  précisément 
adopté  pour  épigraphe  de  ses  Eléments  de  la  guerre  la  maxime  napo- 
léon niene  décrétée  aujourd'hui  caduque  par  l'ancien  commandant  du 
n^"  corps?  Nous  aurions  beaucoup  à  dire  s'il  nous  fallait  suivre  pas  à  pas 
cette  Stratégie  de  marche,  et  à  ne  nous  arrêter  même  qu'aux  lignes  princi- 


Sbi. 


—  212  — 

pales,  nous  dépasserions  de  beaucoup  les  limites  qui  nous  sont  imposées. 
12.  —  Stratégie  et  mobilisation,  de  M.  le  général  Morel,  est  on  travail 
moins  dogmatique  que  le  précédent,  mais  certainement  plus  intéressanL 
Envisageant  Thypothèse  d*une  guerre  avec  TAllemagne  et  cherchant  le 
plan  rationnel  que  devra  adopter  notre  état-major  poar  la  mènera 
bonne  fin,  le  général  Morel  estime  que  la  stratégique  défensive  pré- 
conisée par  quelques-uns  aurait  vraisemblablement  uq  déplorable 
résultat.  Nous  avons  ici  soutenu  la  même  thèse,  bien  avant  M.  le  général 
Morel,  aussi  sommes  nous  heureux  de  voir  notre  oplmen  confirmée  par 
un  écrivain  de  cette  valeur.  Stratégie  et  mobilisation  contiennent  rela- 
tivement au  recrutement,  à  la  mobilisation  et  à  la  concentration,  une 
série  d'idées  neuves  que  notre  état-major  fera  bien  de  méditer. 

13  et  J4.  —  V Essai  sur  les  exercices  et  les  manœuvres,  du  com- 
mandant F.,  et  la  Nouvelle  Tactique  de  combat,  du  colonel  Henri  de 
Ponchalon,  se  complètent  Tun  l'autre  :  ce  sont  presque  les  deux  parti» 
d'un  même  tout.  Dans  la  première  brochure,  Técrivain  anonyme,  pré- 
occupé de  former  de  bons  instructeurs  pour  des  contingents  qui  se  re* 
nouvellent  sans  cesse  avec  une  rapidité  jadis  inconnue,  présente  boa 
nombre  d'idées  véritablement  neuves.  La  principale  est  la  transformalfon 
de  Tescouade  actuelle  en  une  unité  dont  les  membres  seraii^nt  indisso- 
lublement liés  les  uns  aux  antres,  et  dans  laquelle  chaque  file  de 
quatre  hommes  serait  conduite  par  un  ancien  soldat.  La  nouveUe 
escouade  serait  aux  ordres  d'un  sergent.  L'auteur  insiste  sur  la  néces- 
sité de  ne  point  mélanger  les  unités  sur  la  ligne  de  combat,  et  il  a  puis- 
samment raison.  Dans  sa  Nouvelle  Tactique  de  combat,  M.  le  colonel 
H.  de  Ponchalon  préconise  la  formation  sur  un  rang  pour  l'attaque  et 
condamne  la  marche  par  unités  groupées  dans  la  zone  du  feu.  Comme 
le  dit  très  justement  l'auteur,  lorsqu'on  est  contraint  de  s'avancer  à 
l'attaque  des  masses,  une  ligne  de  tirailleurs  coude  à  coude  n'est  pas 
beaucoup  plus  vulnérable  que  la  ligne  à  intervalles. 

15.  —  Kien  de  plus  profitable  au  point  de  vue  militaire  pratique  que 
les  Études  raisonnées  sur  la  carte  du  genre  de  celles  que  nous  donne 
M.  Z.  Mumme  dans  sa  Tactique  appliquée  au  terrain.  L'exposition  di- 
dactique d'une  théorie  est  certes  une  méthode  d'enseignement  qu'il  ne 
faut  point  négliger,  mais  faire  toucher  cette  théorie  du  doigt,  en  l'appli- 
quant à  des  thèmes  bien  concrets,  constitue  un  système  supérieur.  Le 
travail  de  M.  Mumme  comprend  deux  parties.  La  première  se  rapporte 
aux  opérations  de  toutes  armes,  conduite  des  petites  opérations,  recon- 
naissances, réquisitions,  destructions  de  voies  ferrées.  La  seconde  envisage 
un  thème  tactique  complet,  à  proportions  plus  larges.  Sans  doute, 
comme  le  dit  l'auteur  avec  modestie,  les  solutions  données  dans  la  Tac- 
tique appliquée  au  terrain  n'ont  pas  la  prétention  d'être  les  meilleures. 
Nous  pouvons  dire  toutefois,  après  les  avoir  examinées  avec  soin,  qu'elles 


sonl  toules  judicieuses  el  ratioDoelles.  Nous  recommaDdons  tout  spécia- 
lement la  lecture  des  Observations  et  des  différentes  discussions  inter- 
calées par  Fauteur  au  courant  des  diverses  opérations  dont  il  combine  le 
jeu. 

16.  —  M.  B.,  capitaine  de  chasseurs  à  pied,  nous  présente,  dans  ses 
Notes  sur  la  formation  de  combat  et  tes  méthodes  d'instruction  de 
rinfanterie,  une  étude  où,  malgré  certaines  contradictions,  s*affirment 
une  possession  réelle  du  sujet  et  une  compétence  manœuvrière  très  cer- 
taine. L'auteur  veut  substituer  aux  trois  formations  actuelles,  chaîne 
de  tirailleurs,  ligne  déployée,  formation  sur  un  rang,  un  dispositif  nou- 
veau, sur  deux  rangs,  mais  en  échiquier,  l'homme  du  second  rang 
marchant  à  droite  de  son  chef  de  file,  à  cinquante  centimètres  en 
arrière.  Pour  les  marches,  les  colonnes  de  route,  on  adopterait  la  for- 
mation sur  quatre  rangs.  Dans  la  nouvelle  formation  de  combat,  les 
compagnies  conserveraient  Tordre  en  échiquier  sans  soutien.  Telles 
sont  les  principales  vues  de  celte  élude  qui^  comme  nous  le  disions 
plus  haut,  dénote  un  esprit  pralique,  malgré  Taudace  apparente  de  cer- 
taines de  ses  propositions. 

17.  —  L^étude  du  docteur  Gorlial  sur  la  Marche  au  point  de  vue  mi^ 
litaire^  écrite  avec  une  compétence  spéciale,  est  un  petit  livre  que  nous 
verrions  avec  plaisir  répandre  et  vulgariser  dans  nos  régiments.  Il  y 
rendrait  les  plus  grands  services.  Tous  nos  officiers  d'infanterie  savent 
quelles  difficultés,  quels  tracas  causent,  dans  les  marches,  le  réglage  de 
Tallure,  le  maintien  de  la  cadence  réglementaire.  On  trouvera  dans  le 
livre  du  docteur  Gortial,  sur  tout  ce  qui  concerne  la  mise  en  mouve- 
ment des  fantassins,  des  observations  très  étudiées,  dont  la  mise  en  pra- 
tique ne  peut  donner  que  d'excellents  résultats. 

18  et  19.  —  Quel  sera,  non  point  le  rôle,  mais  l'effet  utile  de  la  cava- 
lerie dans  la  guerre  de  demain?  Telle  est  la  question  que  se  posent  nom- 
bre de  militaires  et  à  laquelle  pas  un  seul  n'est  en  mesure  de  répondre 
d'une  façon  catégorique.  Sans  élucider  complètement  le  problème,  les 
deux  brochures,  due  l'une  au  capitaine  Chatterbox,  l'autre  à  un  officier 
supérieur  de  l'arme  qui  a  cru  devoir  conserver  l'anonyme,  donnent  des 
aperçus  non  point  nouveaux,  sans  doute,  mais  bien  présentés,  sur  la 
tactique  contemporaine  des  armes  à  cheval.  L'auteur  de  la  Cavalerie 
en  avant  des  armées  pose  en  principe  que  la  cavalerie  reste  l'arme 
offensive  et  combattante  qu'elle  a  toujours  été,  que  son  rôle  sera  aussi 
important  que  par  le  passé,  et  qu'en  dépit  de  la  poudre  sans  fumée  elle 
trouvera  encore  l'occasion  de  paraître  glorieusement  sur  le  champ  de 
bataille.  —  Moins  affirmatif,  du  moins  en  ce  qui  concerne  cette  dernière 
partie  de  la  lactique  des  armes  à  cheval,  M.  le  capitaine  Chatterbox 
estime,  dans  Notre  cavalerie^  que  le  rôle  du  cavalier,  amoindri  dans  la 
bataille,  conserve  encore  une  suprême  importance  pour  le  combat  cava- 


—  2li — 

lerie  contre  cavalerie,  pour  Texploration,  pour  le  service  de  sûreté.  Nous 
sommes  enlièrement  de  cet  avis  el  nous  avons  toujours  déploré  que 
chez  nombre  d'ofiSciers  des  autres  armes  prévalussent  les  idées  con- 
traires. Sans  doute,  comme  l'écrit  le  capitaine  Chatterbox,  il  faut  «  mo- 
derniser »  la  tactique  de  la  cavalerie  et  tenir  comple  des  progrès  tac- 
tiques qui  modifieront  sa  manière  spéciale  de  combattre.  Mais  compter 
aujourd'hui  la  cavalerie  pour  une  arme  Unie  serait  s*cxposer,  sur  le 
champ  de  bataille,  à  de  terribles  mécomptes. 

^.  —  D  est  incontestable  que  depuis  un  quart  de  siède  les  progrès 
réalisés  en  balistique  ont  été  extraordinaires,  et  c'est  sur  ces  résultais 
que  les  détracteurs  de  la  cavalerie  s'appuient  pour  prétendre  que  le  rôle 
du  cavalier  est  désormais  annihilé  en  tant  que  combattant  efficace  Nous 
Tenons  de  le  dire,  nous  ne  croyons  point  à  cette  annihilation  complète, 
et  nous  maintenons  cet  avis  même  après  la  lecture  de  Tétude  très  com- 
plète que  vient  de  publier  un  officier  supérieur  sur  les  Armes  d  feu  par- 
tatives  des  années  actuelles  et  leurs  munf  lions.  Ce  dernier  travail,  àpeu 
près  complet  —  il  y  manque  cependant  quelques  renseignements,  no- 
tamment la  description  du  Krag-JOrgensen  américain,  adopté  à  la  fin 
de  l'année  dernière,  —  permet  de  se  rendre  compte  de  la  puissance  de 
Tengin  aux  mains  du  fantassin  dans  toutes  les  armées  européennes,  et 
cette  puissance  est  véritablement  effrayante.  Il  faut  en  prendre  son  parti 
et  se  dire  que  compter  sur  une  supériorité  quelconque  du  fait  du  fusil 
d'infanterie  serait  une  illusion^  un  leurre  dangereux.  Hélas!  non,  toutes 
les  armées  sont  aujourd'hui  munies  d'un  fusil  à  très  peu  de  chose  près 
identique,  é^al  en  vitesse,  en  portée,  en  efiet  utile,  en  pénétration.  Mais, 
comme  le  disait  le  maréchal  Bugeaud,  une  arme  quelconque  vaut  sur- 
tout par  celui  qui  en  tient  le  manche. 

21.  — Et  comment  les  armes  à  feu  ne  seraient-elles  pas  iofiniment 
edoutables  quand  la  chimie  trouve  chaque  jour  de  nouveaux  éléments 
de  projection  d'une  puissance  que  nos  pères,  dans  leurs  rêves  les  plus 
andacieux,  n'auraient  jamais  osé  entrevoir?  Il  faut  lire  le  livre  de  M.  Co- 
ralys  sur  les  Explosifs  pour  se  rendre  compte  du  niveau  qu'a  atteint, 
dans  ces  dernières  années,  la  science  de  la  destruction.  Les  études  dont 
nous  voyons  aujourd'hui  les  résultats  terrifiants  remontent  à  une  qua- 
rantaine d'années,  sans  compter  le  coton-poudre,  qui  date  de  plus  â*un 
demi-siècle;  ce  fut  vers  1848  que  les  savants  dirigèrent  leurs  études 
vers  les  détonants  à  base  chimique  d'où  sont  dérivés  tous  les  explosifs 
actuels.  Depuis  nous  avons  fait  du  chemin,  elle  chifire  des  mélanges  da 
genre  de  la  mélinite  arrive  au  total  de  près  d'un  millier.  M.  Coralys  a 
joint  à  son  travail  sur  les  explosifs  d'intéressants  détails  sur  la  fabrica- 
tion des  cartouches  et  un  tableau  très  exact  et  très  complet  des  fusils 
en  service  dans  les  différentes  armées  européennes. 

32.  —  Le  «  diplomate  »  qui  a  écrit  les  Grandes  Puissances  militaires 


—  2i5  — 

devant  la  France  et  t Allemagne  pourraitbien  être  aussi  un  militaire  ou 
du  moins  Tavoir  été,  car  son  livre,  bourré  de  renseignements  techniques, 
ne  saurait  être,  en  bien  des  points,  récusé  par  un  spécialiste,  il  nous 
parle  bien  encore  du  fusil  Gras  et  du  chargeur  en  cuir,  qui  ne  sont  plus, 
Tun  et  Tautre,  dans  notre  armée,  qu'un  lointain  souvenir;  mais  à  part 
ces  erreurs,  qui  sont  peut-être  des  lapsus,  Touvrage  a  une  compétence 
technique  militaire  incontestable.  ËKaminant  tout  d*abord  la  question  de 
savoir  si  l'Europe  a  intérêt  à  ce  qu'il  n'y  ait  plus  de  France,  l'auteur 
répond  par  la  négative  et  appuie  son  dire  de  raisons  concluantes.  Puis  il 
passe  aux  probabilités  d'une  guerre  européenne,  et  après  avoir  fait  com- 
prendre que  ni  la  France  ni  l'Europe  ne  veulent  la  guerre,  il  examine^ 
le  cas  échéant,  de  quel  côté  pencherait  la  balance.  C'est  dans  cette  par- 
tie de  son  travail  que  le  «  diplomate  i  se  livre  à  une  comparaison  pleine 
d'intérêt  entre  les  forces  militaires  des  différentes  puissances  euro- 
péennes et  conclut  que  la  France,  appuyée^  de  la  Russie,  peut  envisager 
l'avenir  avec  confiance. 

23.  —  Oui,  suivant  ce  que  dit  «  le  diplomate,  »  l'Europe  veut  la  paix, 
la  France  également  ;  mais  comme  nous  ne  sommes  pas  certains  que, 
malgré  nous,  la  guerre  n'éclate,  il  faut  nous  y  préparer.  Et  ce  n'est  point 
tout,  dans  cet  ordre  d'idées,  que  construire  des  canons,  créer  un  maté- 
riel de  cette  sorte,  il  nous  faut  encore  creuser  les  problèmes  de  la  tactique 
de  demain,  apprendre,  par  ce  qui  a  été  fait  sur  les  derniers  champs  de 
bataille,  ce  que  nous  aurons  à  faire  sur  les  champs  de  bataille  fu- 
turs. A  cet  égard  nous  sommes  aujourd'hui  dans  une  telle  période  de 
progrès,  que  les  années  comptant  double,  les  choses  deviennent  vite 
caduques,  et  c^est  ainsi  que  les  enseignements  de  la  guerre  de  1870  ont 
déjà,  en  partie,  perdu  de  leur  valeur.  Est-ce  cette  considération  qui  a  en- 
gagé M.  le  commandant  Bujac  à  étudier  les  campagnes  de  Bosnie  et 
d'Herzégovine  en  1878  et  1882,  nous  l'ignorons  ;  mais  très  certainement 
le  choix  du  sujet  ne  sera  pas  ici  indifférent  à  la  valeur  de  Tœiivre.  On 
connaît  assez  mal  en  France  ces  deux  campagnes  bosniaques,  et  cepen- 
dant, telles  que  nous  venons  de  les  lire  dans  te  travail  du  comman- 
dant Bujac,  elles  apparaissent  extrêmement  intéressantes.  L'auteur  est 
de  l'école  dont  nous  parlions  un  peu  plus  haut  à  propos  de  la  Cam- 
pagne  de  la  Loire,  de  M.  Pierre  Lehautcourt,  mais  il  néglige  davantage 
la  forme  pour  le  fond,  et  s'il  ne  laisse  point,  lui  non  plus,  au  lecteur,  le 
soin  de  tirer  les  conclusions  des  événements  décrits,  il  présente  ces  con- 
clusions avec  la  même  sûreté  d'2q)préciation  et  la  même  netteté  de  doc- 
trine. En  parcourant  ces  pages,  nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de 
songer  au  progrès  qu'a  £aiil,  depuis  quelques  années,  la  science  histo- 
rique, spécialement  l'histoire  militaire,  et  à  la  facilité  qu'ont  aujourd'hui 
nos  oflBciers  d'apprendre  la  guerre  avant  que  le  cours  des  événements 
diplomatiques  et  politiques  les  mette  en  mesure  de  la  mettre  en  pratique. 


HKiftir^. 


—  216  — 

Napoléon  se  plaignait  qu'il  n'exislàt  point  de  son  temps  de  bon  cours 
d'art  militaire  à  mettre  entre  les  mains  des  ofiBciers,  qu'il  ne  se  trouvât 
pas  d'histoire  militaire  bien  faite  à  placer  sous  leurs  yeux.  Il  trouverait 
aujourd'hui,  sous  ce*  rapport,  bien  des  lacunes  comblées.  Assurément 
la  littérature  militaire  contemporaine  compte  bien  des  ouvrages  inutiles, 
bien  des  superfélations,  bien  des  redites,  mais  aussi  que  de  bons  livres, 
de  livres  pratiquement  écrits^  notamment  en  ce  qui  concerne  Tart  de 
dire,  de  présenter  les  faits,  de  façon  que  les  enseignements  rassortent 
clairement  de  Texposilion  des  événements.  Ce  dernier  mérite  est  un  de 
ceux  qui  sont  le  pins  évidents  dans  Touvrage  du  commandant  Bujac. 

24  et  25.  —  Écrits  avec  beaucoup  moins  d'expérience,  de  savoir-faire, 
l'Expédition  du  Dahomey  en  i  890,  par  M.  le  capitaine  V.  Nicolas,  et 
le  Sud  oranais,  de  M.  le  capitaine  Armengaud,  sont  cependant  l'un  et 
l'autre  des  récits  qui  ne  manquent  point  d  attrait.  Au  moment  où  Fat- 
tention  publique  est  encore  arrêtée  sur  la  seconde  campagne  du  général 
Dodds  et  sur  le  sort  du  roi  Béhanzin,  on  lira  avec  intérêt  les  renseigne- 
ments donnés  par  un  témoin  oculaire  sur  ce  pays  mal  connu  du  golfe 
du  Bénin,  sur  des  mœurs  dont  nous  n'avons  guère  idée,  sur  des  procé- 
dés de  combat  qu'on  avait  eu  tort  de  traiter  avec  trop  de  mépris.— Quant 
au  livre  du  capitaine  Armengaud,  c'est  le  «  journal  d'un  légionnaire,  y» 
comme  Tinlilule  lui-même  l'auteur,  c'est-à-dire  le  récit  au  jour  le  jour 
d'une  colonne  dans  le  Sud  oranais,  de  cette  colonne  qui  fut  chargée,  en 
1881-1882,  de  faire  rentrer  dans  le  devoir  les  tribus  soulevées  par  le 
marabout  Bon- Amama.  On  sent  que  cela  est  écrit  au  galop,  en  style  par- 
fois un  peu  télégraphique;  mais  MM.  Nicolas  et  Armengaud  ne  sont  pas, 
que  nous  sachions,  candidats  à  TAcadémie,  et  leurs  ouvrages  n'en  ont 
pas  moins  la  valeur  de  récits  vécus. 

26.  —  Le  quatrième  volume  de  V Armée  française  à  travers  les  âges, 
de  M.  L.  Jablonski,  a  les  mérites  et  les  défauts  que  nous  avions  signa- 
lés aux  lecteurs  du  Polybiblion  à  propos  des  trois  premiers  volumes. 
Mais  au  lieu  que  les  tomes  précédents  étaient  surtout  des  livres  d'his- 
toire ancienne,  nous  entrons,  avec  le  nouveau-né,  dans  Thisloire  mo- 
derne, contemporaine  même,  comme  il  arrive  pour  l'expérience  de  mo- 
bilisation du  17^  corps,  qu'on  est  peut-être  un  peu  élonné  de  trouver  à 
cette  place.  Il  y  a  de  tout  dans  ce  quatrième  volume,  même  des  détails 
tenant  plus  du  journalisme  que  de  la  littérature.  L'ouvrage  n'en  gar- 
dera pas  moins  la  valeur  que  nous  lui  avons  reconnue  :  c'est  déjà  une 
petite  encyclopédie  où  l'on  trouvera  des  renseignements  sur  tout  ce 
qui  concerne  notre  organisation  militaire. 

27.  —  M.  Alfred  Bertezène  vient  de  publier  une  Histoire  de  cent  ans^ 
i792'iS92,  dans  laquelle  nous  n'avons  pas  vu  sans  plaisir  traiter  de 
sinistres  pleutres  la  plupart  des  fantoches  sanguinaires  auxquels  «  les 

.  Louis  Blanc,  les  Michelet  et  autres  bonzes  indiscutés  de  la  démocratie  » 


—  217  — 

avaient  fait  une  réputation  d'intelligence  et  d'honnêteté  usurpée,  les 
Robespierre,  les  Danton,  les  Saint-Just.  11  parait  que  tous  ces  gens-là  — 
on  ne  s'en  était  jamais  douté  —  étaient  d'affreux  cléricaux.  Danton 
«  s'est  agenouillé  au  confessionnal  devant  un  prêtre,  et  un  prêtre  réfrac- 
laire,  »  et  naturellement  M.  Bertezène  ne  peut  pas  lui  pardonner  cet 
acte  de  «  calotinisme.  »  L'auteur  flétrit  donc  Danton,  et  avec  Danton 
tous  les  hommes  de  la  Révolution  ou  à  peu  près,  mais  pour  des  motifs 
absoluments  inédits.  Inutile  d'insister  sur  ce  livre. 

28  et  29.  —  Nous  avons  lu  récemment  dans  une  Revue  militaire  deux 
articles  sur  Mac-Mahon,  qui  tendaient  à  démontrer  que  la  bataille  de 
Magenta  avait  été  gagnée  malgré  les  fautes  du  maréchal,  et  que  la  ba- 
taille de  FroBschwiller  eût  été  une  victoire  si  le  même  maréchal  n'y  avait 
point  commandé.  Il  est  efiectivement  des  gens  qui  éprouvent  le  besoin, 
sous  prétexte  de  véracité  historique,  de  jeter  un  peu  de  boue  sur  nos 
gloires  les  plus  incontestées,  qui  ne  peuvent  s*empêcher  de  dire  blanc 
uniquement  parce  que  d'autres  ont  dit  noir.  Heureusement,  MM.  Ger- 
main Bapst  et  le  commandant  Grandin  ne  sont  point  des  censeurs 
aussi  acerbes,  et,  tout  en  demeurant  véridiques,  ils  ont  su,  l'un  dans 
MaC'Mahon,  l'autre  dans  le  Maréchal  Mac-Mahon,  rendre  un  hommage 
éclatant  à  celui  que  M.  le  commandant  Grandin  appelle  justement  «  une 
des  gloires  de  la  patrie  française.  »  Un  court  résumé  que  cette  étude 
de  M.  Germain  Bapst,  quatre-vingts  pages  à  peine,  mais  cette  quintes- 
sence d'une  vie  bien  remplie  vaut  grandement  un  long  volume.  Cette 
carrière  du  maréchal  si  pleine,  si  honnête,  malgré  des  défaillances 
moins  imputables  à  l'homme  qu'aux  événements,  est  présentée  avec  un 
souci  de  la  vérité  et  un  talent  d'exposition  qui  charment.  —  D'un  tout 
autre  genre  nous  apparaît  l'ouvrage  du  commandant  Grandin  :  les  deux 
volumes  consacrés  par  lui  au  maréchal  de  Mac-Mahon  sont  plus  qu'une 
étude,  c'est  une  histoire,  une  histoire  complète  où  nous  trouvons  le  récit 
détaillé  de  tous  les  événements  militaires  et  politiques  dans  lesquels  le 
vainqueur  de  Magenta  a  joué  un  r61e.  Et  tout  cela  vibre,  résonne 
comme  un  clairon,  car  le  commandant  Grandin  n'est  pas  seulement  un 
ce  écrivain,  »  c'est  aussi  un  homme  de  cœur.  Le  sujet  est  de  ceux  qui 
permettent  à  un  écrivain  de  toucher  et  d'émouvoir,  car  l'existence  de 
Mac-Mahon,  tout  au  moins  jusqu'en  i870,  est  l'histoire  de  nos  gloires 
militaires,  synthétisée  en  un  homme,  du  jour  où  Charles  X  planta  le 
drapeau  fleurdelisé  sur  la  Kasbah  du  Dey  d'Alger,  jusqu'à  cette  campa- 
gne d'Italie  dont  l'idée  politique  fut  fâcheuse,  dont  la  conception  mili- 
taire ne  fut  point  sans  faiblesse,  mais  qui,  au  point  de  vue  de  l'exécution^ 
demeure  une  des  plus  belles  pages  de  notre  histoire  militaire. 

On  raconte  que  le  duc  de  Biron,  interrogé  par  Louis  XV  sur  ses  titres  de 
noblesse —  le  duc  était  en  instance  pour  le  bâton  de  maréchal  de  France, 
—  répondit  au  Roi  :  «  Sire,  vous  trouverez  la  liste  de  mes  aïeux  sur  me« 


—  218  — 

parchemins,  mais  mon  meilleur  tilre,  à  mon  avis,  est  ceci,  »  et  il 
montra  son  épée.  Mac-Mahon  ei\l  pu  prendre  pour  lui  la  réponse  du 
commandant  des  gardes-françaises  à  Fontenoy.  Il  appartenait  effeclive- 
raent  à  une  des  plus  vieilles  noblesses  de  l'Europe,  puisque  les  Mac- 
Mahon  sonl  issus  des  rois  dlrl.inde  et  descendent  en  ligne  droite  du  roi 
0*firien,  m.iis  par  l'bonnèteté  de  sa  vie  et  Téclat  de  sa  carrière  militaire 
il  s*élail  créé  nne  noblesse  bien  à  lui  et  qui  ne  le  cédail  point  à  l'autre. 
Élevé  tonl  d  abord  par  une  mère  chrétienne,  Mac-Mabon  mootra,  dès 
ses  premières  années,  soit  au  pelit  séminaire  d*Autun,  soit  à  Versailles, 
puis  à  Saint-Cyr,  les  qualités  qui  devaient,  toute  sa  vie,  briller  au  pre- 
mier plan  dans  sa  carrière  :  l'énergie,  une  puissance  de  volonté  peu 
commune,  la  droiture  de  Tesprit  et  du  cœur,  une  disposition  naturelle  à 
Tenthousiasme  pour  ce  qui  lui  paraissait  bon  et  juste.  Dans  sa  longue 
carrière  il  est  toujours  Thomme  qui,  sur  le  bastion  fumant  de  Mala- 
kofi,  au  milieu  des  mines  qui  éclatent  de  toutes  parts,  répondra  à  Toffi- 
cier  anglais  qui  vient  lui  demander  s*il  croit  pouvoir  demeurer  dans  la 
tour  russe  :  «  Dites  à  votre  général  que  j'y  suis  et  que  j'y  reste.  » 
Et  quand  ses  propres  officiers  lui  font  remarquer  que  le  danger  aug- 
mente de  minute  en  minute,  il  s'obstine  :  «Eh!  que  diable!  répondit-il, 
fichez-moi  la  paix  :  je  suis  bien  libre  de  ma  peau,  j'imagine.  »  Une  telle 
figure  devait  tenter  la  plume  de  M.  le  commandant  Grandin,  et  nous 
ajouterons  que,  dans  sa  sphère,  Thistorien  n'a  point  été  inférieur  au 
modèle. 

30.  —  Moins  célèbre  que  le  maréchal  Mac-Mahon,  mais  non  moins 
sympathique  est  le  digne  abbé  Lanusse,  l'aumônier  de  Saint-Cyr,  au- 
quel le  pasteur  Messines,  aumônier  protestant  à  la  même  école,  a  con- 
sacré une  intéressante  étude.  Ce  petit  livre,  oii  Ton  retrace  la  vie  mili- 
taire de  l'auteur  des  Héros  de  Camaron  et  de  VHeure  suprême  d  Sedan, 
sera  lu  avec  plaisir  par  tous  les  officiers  qui  ont  passé  par  Saint-Cyr  de- 
puis vingt  ans  et  qui  ont  pu  apprécier  le  carajctère  plein  de  dignité,  d'es- 
prit de  dévouement  et  de  sacrifice  de  leur  ancien  aumônier. 

31.  —  L'Histoire  de  Cinfanierie  en  France,  de  M.  le  lientenaot- 
colonel  Belhomme,  est  une  œuvre  consciencieuse,  très  étudiée,  qui, 
conçue  sur  un  tout  autre  plan  que  celle  de  M.  le  général  Suzanne,  n'en 
a  pas  moins  sa  valeur.  Au  point  de  vue  littéraire,  on  peut  regretter  qne 
Tauteur  n'ait  pas  adopté  une  division  plus  nette  qui  permette  de  se  faire 
nne  idée  bien  définie  des  progrès  de  notre  infiamterie  à  ti^vers  les  âges. 
Pour  les  esprits  sérieuK  qui  savent  lire,  comparer,  déduire,  ce  déiaat 
n'en  est  point  un  ;  mais  pour  la  majorité  des  lecteurs,  l'ouvrage  du  co- 
lonel Belhomme  paraîtra  légèrement  aride.  H.  le  colonel  Belhomme, 
attaché  à  la  direction  historique  du  ministère  de  la  guerre,  était  mieux  à 
même  que  personne  de  nous  fournir  sur  le  sujet  qu'il  a  choisi  une  osuvre 
forte  et  documentée  :  sous  ce  dernier  rapport,  son  ouvrage  est  à  lire 


—  219  — 

pour  quiconque  veul  avoir  une  idée  vraie  de  nos  anciennes  milices. 

32.  —  Nous  avons  depuis  quelque  temps  une  lillérature  russe,  ou 
plutôt  une  littérature  de  Talliance  russe,  et  celte  dernière,  outre  ses 
mérites  intrinsèques,  a  Tappât  de  l'actualité.  Quand  on  a  fait  une  nou- 
velle connaissance,  quand  surtout  cette  connaissasce  tourne  à  Tamitié, 
rien  de  ce  qui  touche  à  cette  amitié  ne  saurait  ^tre  indifiérent,  et  c'est 
ainsi  que  les  détails  les  plus  infimes  sur  Tètre  cher  atteignent  un  intérêt 
qu'on  n'avait  point  soupçonné  auparavant.  M.  ie  iieuteoanl-colonel  Hen- 
nebert  nous  donne  dans  V Aigle  russe,  c'est-à-dire  sur  l'ensemble  de  la 
monarchie  des  czars,  envisagée  surtout  au  point  de  vue  militaire,  une 
série  de  détails  peu  connus  et  qui  satisferont  sur  bien  des  points  la  curio- 
sité publique.  C'est  écrit  un  peu  à  la  hâte,  mais  l'ensemble  est  salisM- 
sant  et  se  lit  avec  plaisir. 

33.  —  Plus  curieux,  d'une  iorme  plus  vive,  d'une  allure  pleine  d'hu- 
mour, est  Toiivrage  de  M.  Georges  Tricoche,  un  ancien  officier  de  notre 
artillerie,  qui  nous  donne  sur  la  vie  intérieure  d'un  régiment  anglais 
des  détails  d'une  observation  fine  et  juste.  Le  recrutement  tel  qu'il  est 
pratiqué  chez  nos  voisins,  et  qui  n'est  pas  sans  rapport  avec  ce  qui  se 
passait  chez  nous  sous  l'ancientie  monarchie,  l'exercice  au  régiment,  la 
vie  à  la  caserne,  Tordinaire,  les  sous-oflSciers,  la  vie  des  oflBciers,  les  ma- 
nœuvres, le  corps  de  garde,  sont  des  chapitres  qui  intéresseront  vivement. 

34.  —  Â  une  époque  comme  la  notre,  avec  la  loi  suivant  laquelle 
chacun  est  peu  ou  prou  lié  au  service  militaire,  des  livrer  comme  le 
Code  manuel  des  obligations  militaires,  de  M.  Lassalle,  ont  une  utilité 
incontestable.  L'ouvrage  est  bien  fait,  composé  avec  méthode,  rationnel- 
lement divisé  :  l'exposition  y  est  claire,  enfin  il  est  très  complet.  Non 
seulement  l'écrivain  militaire  nous  donne  le  texte  de  la  loi,  mais  il 
nous  explique,  d'une  façon  intelligible  pour  tous,  les  nombreux  cas  dou- 
teux. L'ouvrage  est  mis  à  jour  jusqu'au  J**' janvier  1893,  et  l'auteur  nous 
promet  une  série  de  fascicules  supplémentaires  qui  feront  du  Code  ma- 
nuel un  traité  toujours  au  niveau  des  modifications  ministérielles.  Le 
livre  de  M.  Lassalle  n'est  point  écrit  spécialemefit  pour  des  oQiciers  : 
les  maires,  les  fonctionnaires  administratifs  qui  ont  affaire  de  près  ou 
de  loin  avec  le  recrutement,  les  conseils  de  revision,  les  engagements, 
les  rengagements,  les  réformes,  les  pensions  de  retraites,  etc.,  etc.,  trou- 
veront là  des  renseigiiements  excellents  qui  leur  permettront  d'agir  avec 
sécurité.  Sous  ce  rapport,  il  faut  bien  constater  que  la  majorité  des  gens 
chargés  d'appliquer  notre  loi  <ie  recrutement,  ou  de  collaborer  à  son 
application,  demeurent  —  en  dehors  du  monde  militaire  —  dans  uae 
ignorance  qui  atteint  d'incroyables  proportions.  L'ouvrage  de  IL  Lassalle 
contribuera  à  vulgariser  «ne  science  qui  doit  être  aojoord'hui  une  des 
plus  répandues. 

35.  —  Si  M.  Lassalle  nousenseigae  comment  on  devient  soldat,  voici 


—  Î20  — 

un  écrivain  anonyme  qui  nous  parle  de  V Éducation  du  soldat  au  régi- 
ment et  des  procédés  à  employer  pour  faire  de  ce  jeune  citoyen  un  dé- 
fenseur intelligent  de  la  patrie.  Faut-il  «  dresser  »  le  soldat,  ou  faut-il 
r  (c  élever?  »  «  I)rill  oder  Erziekung  ?  »  demandait  naguère,  dans  une  bro- 
chure célèbre,  l'archiduc  Salvator.  En  France,  nous  nous  sommes  tou- 
jours tenus  à  Téducation,  qui  tient  compte  des  éléments  moraux  de  la 
recrue,  plutôt  qu'au  «  dressage ,  »  qui  le  considère  comme  une  macbioe  plus 
ou  moins  perfectionnée,  et  nous  croyons  être  dans  la  bonne  voie.  L'édu- 
cation du  soldat,  écrit  l'auteur  anonyme  du  livre  que  nous  avons  sous 
les  yeux,  doit  être  physique,  intellectuelle  et  morale  ;  et,  développant 
son  sujet  avec  une  méthode  sûre,  avec  une  élévation  d'esprit  remarqua- 
ble, Técrivain  nous  explique  avec  le  plus  grand  sens  pratique,  en  pre- 
mier lieu  ce  que  doivent  être  ces  trois  genres  d'éducation,  en  second  lieu 
le  moyen  d'y  arriver.  Pour  l'éducation  morale  et  intellectuelle,  l'auteur 
anonyme  rappelle  d'abord  que  la  psychologie  reconbait  dans  l'âme 
trois  facultés,  qu'on  a  séparées  pour  la  commodité  de  l'étude,  mais  qui 
demeurent,  en  réalilé,  indissolublement  liées  :  l'activité,  qui  chez 
l'homme  prend  le  nom  de  volonté;  la  sensibilité,  l'intelligence.  Ces 
trois  facultés  sont  différemment  développées  chez  les  individus  et  sou- 
vent^ sans  s'exclure  l'une  l'autre,  elles  empiètent  les  unes  sur  les  autres. 
C'est  ainsi  qu'on  a  pu  constater  que  si  les  hommes  chez  lesquels  l'acti- 
vité, la  force  physique  est  considérable  (chez  les  lutteurs,  les  gymna- 
siarques,  par  exemple)^  sont  généralement  peu  doués  sous  le  rapport  de 
l'intelligence ,  au  contraire  ceux  pour  qui  l'activité  intellectuelle  est 
tout,  ont  une  sensibilité  minima  qui  diminue  jusqu'à  s'annihiler  :  tels 
sont  les  conquérants,  les  politiques;  tels  furent  César,  Richelieu,  Fré- 
déric 11,  Napoléon.  Il  faut  donc  que  l'officier  étudie  d'abord  les  hommes 
pour  lesquels  il  est  en  premier  lieu  un  éducateur,  qu'il  détermine  le 
degré  d'intelligence,  de  volonté,  de  moralité  de  chacun  d'eux,  et  que, 
suivant  les  résultats  fournis  par  cette  observation,  il  développe  chez 
chacun  d'eux  aussi  les  facultés  principales,  en  stimulant  celles  qui  ont 
une  tendance  à  sommeiller,  à  se  laisser  envahir  par  les  autres.  Ame- 
ner l'homme  à  agir  :  voilà  le  premier  point  qui  s'impose  à  l'officier  con- 
sidéré comme  éducateur  moral;  le  faire  agir  avec  intelligence,  dans  les 
limites  du  règlement  militaire,  dans  celle  du  devoir  professionnel,  tel 
est  le  second  point,  et  Ton  ne  cherchera  à  l'atteindre  que  progressive- 
ment. Pour  cela  il  faut  tenir  compte  des  besoins  du  soldat,  besoins  spi- 
rituels et  matériels  ;  pour  cela  également,  il  faut  user  des  tempéraments 
ou  des  stimulants  que  la  loi  et  la  hiérarchie  ont  mis  aux  mains  de  l'of- 
ficier :  punitions  et  récompenses,  blâme  et  louange,  donnés  les  uns  et 
autres  avec  mesure.  En  ce  qui  concerne  l'éducation  physique,  l'écrivain, 
après  avoir  expliqué  que  les  fatigues  de  la  guerre  exigent  un  soldat 
robuste  et  résistant,  pose  en  principe  que  les  meilleurs  exercices  sont 


—  221  — 

ceux  qui  entraînent  une  grande  activité  pulmonaire.  Effectivement,  étant 
donné  que  «  respirer  c'est  vivre,  »  il  est  certain  que  la  vitalité  maxima 
sera  acquise  par  l'homme  dont  les  poumons  auront  aspiré  le  plus  d'oxy- 
gène en  un  temps  donné.  Or,  c'est  la  course  qui  permet  cette  aspiration 
maxima.  Toute  celte  partie  de  l'éducation  du  soldat,  moins  brillante 
que  la  première  au  point  de  vue  philosophique,  est  extrêmement 
curieuse  et  intéressante  au  point  de  vue  pratique.  L'ouvrage  est  d'un 
penseur,  d'un  écrivain,  d'un  homme  qui  a  creusé  toutes  les  questions 
se  rattachant  à  son  sujet.  Nous  ne  savons  point  si  depuis  vingt  ans  on 
a  rien  écrit  sur  la  matière  —  nous  parlons  de  l'éducation  du  soldat  — 
qui  vaille  ce  travail.  Et  nous  en  voulons  à  l'auteur  d'avoir  caché  sa  per- 
sonnalité sous  un  anonyme  impénétrable. 

36.  —  Si  M.  Hamon  avait  lu  le  livre  dont  nous  venons  de  faire  l'éloge, 
peut-être  aurait-il  renoncé  à  écrire  sa  Psychologie  du  militaire  profes- 
sionneL  Nous  ne  nous  en  serions  pas  plaint.  Pour  faire  entendre  le 
sens  de  l'œuvre  de  M.  Hamon,  nous  dirons  que  pour  lui  «  le  milita- 
risme constitue  la  véritable  école  du  crime.  »  Ce  petit  ouvrage,  qui  a  fait 
dans  la  presse  un  bruit  qu'il  ne  méritait  pas,  est  écrit  avec  une  ignorance 
du  sujet  qui  dépasse  tout  ce  qu'on  peut  imaginer.  Napoléon  lui-même  a 
dit  qu'à  la  guerre  tout  le  mal  qui  n'a  point  pour  but  la  victoire  est  cri- 
minel, et  c'est  à  atténuer  les  horreurs  de  la  guerre,  envisagée  non  point 
comme  conquête,  mais  comme  défense  du  sol  des  ancêtres,  que  tendent 
aujourd'hui  les  efforts  du  militaire  professionnel.  Où  l'auteur  a-t-fl  vu 
que  dans  la  guerre  moderne,  le  pillage,  le  viol,  l'incendie,  aient  été  autre 
chose  que  des  exceptions?  Les  grands  mots  ne  font  point  les  raisonne- 
ments solides,  les  arguments  de  M.  Hamon  n'en  sont  point,  toutes  ses 
déductions,  surtout  toutes  ses  inductions  sont  erronées.  En  somme,  cette 
Psychologie  est  un  des  livres  les  plus  pervers  et  les  plus  dangereux  qui 
aient  jamais  été  écrits  sur  la  matière  :  elle  est  fausse  et  de  plus 
ennuyeuse. 

37,  38, 39.  —  Nous  nous  sommes  trop  attardé  au  livre  de  M.  Hamon  : 
c'est  un  de  ces  ouvrages  pour  lesquels  il  faut  voter  la  mort  sans  phrase. 
Aussi  nous  passons  avec  plaisir  aux  trois  publications  de  la  librairie 
Charles -Lavauzelle avec  lesquelles  nous  terminerons  ce  compte  rendu: 
L* Agenda  de  Vofp.cier  d' état-major  en  campagne; —  L Historique  du 
2''  régiment  d'infanterie  ;  —  L'Agenda  de  V armée  française  pour  i  894. 
Nous  avons  parlé  plusieurs  fois  à  nos  lecteurs  dQ  V Agenda  de  Vofp.cier 
d'état-major,  et  nous  n'avons  rien  à  dire  de  plus  sur  cette  publication 
pleine  de  renseignements  indispensables  en  campagne  non  seulement 
aux  officiers  du  service,  mais  à  tous  les  chefs  d'unité.  On  trouve  là, 
comme  nous  l'avons  constaté  déjà,  une  foule  de  détails  épars  en  de  nom- 
breux règlements  :  ce  petit  livre  vaut  à  lui  seul  toute  une  bibliothèque. 

—  L'Historique  du  ^°  régiment  d'infanterie  Mi  partie  de  la  collection 


—  222  — 

des  petits  historiques  de  format  in-18,  que  la  librairie  Charles  Lavaiizelle 
a  pris  à  lâche  de  publier  et  qu'elle  édile  de  concert  avec  les  corps,  char- 
^^és  de  rédi^'er  eux-mêmes  le  travail.  Nous  avons  eu  Toccasion  de  signa- 
ler le  bien  que  font  dans  les  régiments  des  ouvrages  de  ce  genre,  à  la 
portée  de  tous,  véritables  «  livres  de  famille,  »  comme  on  disait  au 
xvn®  siècle,  où  les  générations  à  venir  apprennent  à  imiter  les  vertus 
des  anciens  et  non  point  leurs  défauts,  n'en  déplaise  à  la  Psychologie 
de  M.  Hamon.  Il  est  à  désirer  que  la  plupart  des  régiments  qui  ne  possè- 
dent point  encore  d'ouvrages  semblables  imitent  les  corps  qui  les  ont 
précédés  dans  cette  voie.  Les  historiques  constituent  un  des  meilleurs 
moyens  d'éducation  morale  pour  les  hommes  de  troupe. 

—  Nous  terminerons  par  quelques  mots  sur  YAgenda  de  Varmée 
française  pour  i  894^  qui,  aujourd'hui  à  sa  septième  année,  a  subi  de 
nombreuses  modifications,  de  multiples  améliorations,  et  qui  constitue 
désormais  une  publication  très  complète,  éminemment  utile.  Nous 
sommes,  d'ordinaire,  assez  sobres  d'éloges  pour  ce  genre  d'ouvrages  qui, 
la  plupart  du  temps,  ne  sont  que  de  vulgaires  almanachs.  Mais  ici,  nous 
reconnaissons  avec  plaisir  que  le  nouvel  Agenda  de  la  maison  Charles- 
Lavauzelle  est  un  aide-mémoire  bien  fait,  qui  contient  un  nombre  con- 
sidérable de  renseignemenls  utiles,  point  de  hors-d'œuvre,  des  délails  qui 
ont  tous  leur  cachet  pralique.  Sans  doute  il  y  a  là  moins  de  détails  que 
dans  V Agenda  du  service  d'étal-major  àonl  nous  parlions  tout  à  l'heure, 
mais  l'ofiicier  de  troupe  en  campagne  n'a  pas  besoin  des  mille  rensei- 
gnements contenus  dans  le  règlement  du  ministère,  tandis  qu'il  aura 
fréquemment  à  consulter  tous  les  chapitres  de  V Agenda  de  Varmée  fran- 
raise.  D'un  format  commode,  ce  volume  élégant  se  met  facilement  dans 
la  poche;  il  est  bourré  de  chiffres  dont  on  a  à  se  servir  tous  les  jours, 
en  temps  de  paix  ou  en  campagne  :  c'est,  à  la  lettre,  une  excellente 
publication.  Arthur  de  Ganniers. 

HISTOIRE  DE  L'ENSEIGNEMENT 

(première  partie) 

i.  Histoire  du  Collège  de  France^  depuis  ses  origines  jusqu* à  la  fin  du  premier  Empire, 
par  Abkl  Lefranc.  Paris,  Hachotle,  1893,  in-8  de  xiv-432  p.,  avec  1  pi.,  7  fr.  50.  — 
2.  Les  Statuts  ei  privilèges  des  universités  françaises  depuis  leur  fondation  jusqu'en 
1789,  par  Marcel  Fournier.  i'*  partie.  Moyen  âge.  t.  III.  Paris,  Larose  et  Forcol, 
1892,  iu-4  do  viii-761  p.,  50  fr.  —  3.  Les  Universités  françaises  au  moyen  âge.  Avis 
à  M.  Marcel.  Fournier,  éditeur  des  a  Statuts  et  privilèges  des  Universités  françaises,  » 
par  lo  V.  1Ii:nui  Denifle,  G.  P.  Paris,  Bouillon,  1892,  in-8  do  99  p.,  '2  fr.  —  4.  .4;i- 
nales  des  professeurs  des  Académies  et  Universités  alsaciennnes,  1523-1871,  par  Oscar 
IjERger-Levuault.  Nancy,  imp.  Borger-Lcvraiilt.  1892,  gr.  in-8  do  ccxLv-308  p.,  avec 
!i)  Ijjbloaux  synoplijjues  dos  cours,  5  grav.  el  2  pi.  on  pholograv.,  20  fr.  —  5.  La 
Fondation  de  l'Université  de  Douai,  par  Georges  Cardon.  Paris,  Alcan,  1892,  in-8 
(Iciii-ô43  p.,  10  fr.  —  G.  L'Université  de  Perpignan  avant  el  pendant  la  Itévolution 
française,  par  l'abbé  Pu.  Torreilles.  Perpii^aan,  imp.  Lalrobe,  1892,  in-8  de  114  p., 
U  {:.  :>0. 


%. 


—  223  — 

1.  —  La  copieuse  Histoire  du  Collège  de  France^  de  M.Abel  Lefranc> 
a  été,  comme  on  sait,  très  favorablement  accueillie  dans  les  sphères  offi- 
cielles et  spécialement  dans  le  monde  universitaire.  Son  succès  tif^nl  au 
choix  du  sujeUà  la  grande  érudition  avec  laquelle  il  a  été  traité,  à  l'esprit 
dans  lequel  l'œuvre  a  été  conçue.  —  De  tout  temps  le  Collège  de  France  a 
été  tf^nu  à  bon  droit  pour  le  premier  de  n«»s  ôlablissements  d'ensei«:nement 
supérieur,  pour  une  des  plus  glorieuses  institutions  dont  notre  pays  ait 
le  droit  de  s'enorgueillir.  Or,  il  faut  bien  le  dire,  ses  annales  n'étaient 
jusqu'ici  connues  que  d'une  façon  impirtaite  et  fragmentaire.  Certains 
points  particuliers  avaient  été  traités  à  fond  dans  ce  siècle;  comme  étude 
générale  nous  n'avions  que  le  mémoire  publié  en  1738  par  l'ahbé  Goujel, 
mémoire  qui  n'estpas,  tant  s'en  faut,  un  de  ses  meilleurs  tiavaux.  11  y 
avait  là  malière  à  une  très  belle  œuvre  historique.  Il  faut  féliciter  M.  Le- 
franc  de  Tavoir  tentée.  Il  n'y  a  pas,  du  reste,  épargné  sa  peine.  Ses  re- 
cherches ont  été  longues,  consciencieuses  et  d'autant  plus  méritoires 
qu'il  n'y  a  pas,  à  proprement  parler,  de  tonds  d'archives  distinct  pour  le 
Collù,i:e  de  France  et  qu'il  a  fallu  recueillir  à  grand'peine  les  documents 
qui  s'y  rapportent.  Je  crois  que  M.  LeI'ranc  n'a  guère  laissé  à  glaner 
après  lui  ;  et  cela  non  seulement  dans  les  dépôts  d'archives,  mais  encore 
dans  cotte  vaste  littérature  imprimée  du  xvi°  siècle  où  abondent  les 
livres  pres(|ue  aussi  rares  et  aussi  inconnus  que  les  pièces  inédites.  Une 
troisième  cause  du  succès  de  M.  Lefranc,  c'est,  comme  je  l'ai  dit,  l'es- 
prit de  son  œuvre.  Il  est  bien  dans  le  mouvement  et  il  suit  le  courant 
laïijue  et  rationaliste  de  ce  temps.  11  professe  pour  Renan  une  admiration 
émue;  c'est  sous  le  patronage  de  feu  M.  l'administrateur  du  Collège  de 
France  que  se  présente  celte  Histoire;  elle  est  tout  imprégnée  do  ses 
idées.  Far  conséquent  l'auteur  ne  manque  pas  de  nous  servir,  [dus  d'une 
fois  et  aux  bons  endroits,  les  alinéas  de  rigueur  sur  l'antinomie  néces- 
saire entre  la  foi  et  la  science  ;  les  sorbonistes  sont  vivement  pris  à  partie, 
leurs  conclusions  sont  «  les  plus  tristes  monuments  de  la  sottise  hu- 
maine; »  l'exégèse  plus  que  hardie  de  plusieurs  des  lecteurs  royaux  est 
portée  aux  nues,  le  beau  rôle  est  constamment  attribué  aux  réformés  et 
aux  sceptiques,  etc.  Il  me  semble  que  M.  Lefranc  n'était  aucunement  pré- 
paré à  traiter  tant  de  questions  fort  étrangères  à  ses  éludes  ordinaires  ; 
on  vérité  ces  exercices  théologiques  et  herméneutiques  ne  sont  pas  du  tout 
son  fait.  Tout  cela  n'ajoute  rien  à  la  valeur  de  son  œuvre;  au  contraire. 
Et  je  regrette  d'autant  plus  qu'il  se  soit  laissé  glisser  sur  cette  pente  que 
vraiment  il  fait  preuve,  en  plus  d'un  endroit  de  son  livre,  de  précieuses 
qualités  d'esprit.  Il  a  débrouillé  avec  une  rare  sagacité  Técheveau  très  com- 
pliqué des  négociations  préalables  à  la  fondation  du  Collège  de  France;  il 
a  d»'gagé  l'histoire  elle-même  de  cette  fondation  de  légendes  accréditées. 
Ses  cinq  premiers  chapitres  abondent  en  renseignements  utiles  sur  l'étude 
des  langues  orientales  au  moyen  âge,  sur  l'évolution  de  l'humanisme  en 


France  ;  il  a  bien  mis  en  lumière  la  physionomie  el  Vœuvre  des  premiers 
titulaires  de  chaires,  el  il  nous  apprend  beaucoup  sur  leur  enseigne- 
menl  el  sur  leurs  livres.  D'ailleurs  il  faut  reconnaître  quMl  a  su  plus 
d'une  fois  rendre  juslice  aui  hommes  d'Église  et  aux  savants  chrétiens 
qu'il  a  trouvés  sur  son  chemin.  Le  chapitre  VII,  où  sont  retracées  les 
vicissitudes  du  Collège  aux  xvii^  el  xyin"^  siècles,  est  un  peu  sommaire.  Ce 
fut  une  période  ordinairement  pacifique  où  les  lecteurs  se  laissèrent  vi- 
vre, le  plus  souvent  sans  faire  beaucoup  avancer  la  science,  et  je  crois 
bien  que  la  torpeur  qui  envahissait  les  Universités  en  ce  temps-là  n'a 
pas  laissé  d'atteindre  aussi  la  fondation  de  François  I'^ 

Les  quarante  pages  consacrées  par  M.  Lefranc  à  la  période  révolution- 
naire ne  m'ont  pas  convaincu.  Je  m'en  tiens  résolument  à  l'opinion  que 
j'ai  émise  sur  ce  point  dans  mon  Œuvre  scolaire  de  la  Révolution,  Eo 
m'appuyanl  sur  les  mêmes  documents  que  j'ai  connus  et  cités,  sauf  un 
mémoire  important  imprimé  en  1789  et  quelques  pièces  de  moindre 
valeur,  j'ai  dit,  d'après  Biot,  qui  avait  vécu  ces  terribles  années,  que  le 
Collège  de  France  a  été  simplement,  et  comme  par  miracle,  épargné  par 
les  réformateurs  ;  qu'il  n'est  point  sorti  de  cette  longue  tempête  agrandi 
et  forlitié;  que  l'augmentation  du  traitement  des  professeurs  fut  le  seul 
bien  dont  il  ait  été  redevable  au  nouvel  ordre  de  choses.  Ceci  est  sans 
doute  appréciable,  mais  pour  y  trouver  matière  à  dithyrambe,  il  ne  faut 
pas  êlre  très  exigeant.  Le  dernier  chapitre  :  Le  Collège  de  France  pen- 
dant le  premier  Empire^  est  neuf  et  intéressant.  —  Dans  une  vingtaine 
d'appendices,  M.  Lefranc  discute,  avec  érudition  et  critique,  diverses 
queslions  de  détail.  Le  dernier  de  ces  appendices  est  la  liste  chronologi- 
que des  titulaires  de  chaires  depuis  les  origines  jusqu'en  1892.  Elle  a 
été  dressée  avec  beaucoup  de  soin  el  a  coûté  de  longues  recherches. 
Quelques  pièces  d'archives  d'un  véritable  intérêt  et  de  bons  index  ter- 
minent le  volume.  S'il  est  réimprimé,  M.  Lefranc  devra  le  reviser  soi- 
gneusement au  point  de  vue  du  style,  qui  est  trop  souvent  lourd  et  par- 
fois négligé. 

2.  —  En  présentant  à  nos  lecteurs  (T.  LXV,  p.  28,  29)  les  deux  pre- 
miers volumes  du  grand  recueil  de  documents  sur  les  Universités  fran- 
çaises entrepris  par  M.  Marcel  Fournier,  je  crois  avoir  sufBsamment  fait 
connaître  le  but  qu'il  s'est  proposé  et  la  méthode  qu'il  a  adoptée.  Le 
tome  IIP  de  cette  vaste  compilation  a  paru  en  1892.  On  y  trouvera  des 
texles  nombreux  relatifs  aux  établissemenls  d'enseignement  supérieur 
fondés  au  xv°  siècle  :  Aix  (n°"  1577-1387)  ;  Nantes  (1588-1608);  Dole, 
Besançon  et  Poligny  (1609-1643  ;  on  sait  que  Louis  XI,  durant  la  courte 
période  de  sa  domination  en  Franche-Comlé,  après  la  mort  de  Charles 
le  Téméraire,  transféra  à  Poligny  l'Université  de  Dole)  ;  Caen  (1644- 
1708)  ;  Poiliers  (1709-1767)  ;  Bordeaux  (1768-4783)  ;  Valence  (1784- 
1849)  ;  Bourges  (1850-1866)  ;  Studium  éphémère  d'Embrun  (1867).  — 


—  225  — 

On  trouvera  à  la  fin  du  volume  (1869-1961)  un  supplément  général 
comprenant  25  pièces  pour  Orléans  ;  7  pour  Angers  ;  21  pour  Toulouse  ; 
16  pour  Montpellier;  14  pour  Avignon  ;  9  pour  Dole  et  Poligny  ;  enfin 
2  pour  Bourges  ;  soit  au  total  585  documents  publiés  pour  la  plupart  in 
extenso  et  dont  une  bonne  partie  était  resiée  inédile  jusqulci.  Malgré 
les  défauts  assez  graves  de  cette  publication  trop  hâtivement  menée,  on 
doit  remercier  M.  Fournier  de  l'importante  contribution  qu'il  a  apportée 
à  l'histoire  de  renseignement  supérieur  dans  notre  pays.  VoDà  beaucoup 
de  matériaux  rassemblés  et  amenés  à  pied  d'œuvre.  Nous  attendons 
maintenant  Farchitecte  qui,  sachant  les  disposer  logiquement  et  avec 
art,  élèvera  l'édifice. 

Pour  ce  volume  comme  pour  les  précédents,  il  y  a  lieu  de  formuler 
plus  d'une  critique.  Il  y  a  encore  dans  l'établissement  des  textes  des 
erreurs  de  lecture,  des  négligences  de  transcription  et  d'impression  qui 
les  rendent  dans  certains  détails  —  peu  importants  d'ordinaire  —  diffi- 
ciles à  entendre  ;  les  notes  sont  fort  rares  ;  la  préface  n'est  guère  autre 
chose  qu'une  polémique  acerbe  contre  le  P.  Denifle  ;  les  notes  bibliogra- 
phiques sur  ce  qui  reste  des  archives  de  chaque  Université  et  les  travaux 
dont  elles  ont  été  l'objet  ont  trop  souvent  une  allure  personnelle  et 
déplaisante.  M.  Marcel  Fournier  manque  d'indulgence  pour  ses  devan- 
ciers et  se  montre  quelquefois  injuste  à  leur  égard  ;  il  est  rare  qu'il  ne 
renvoie  pas  «  surtout  »  (il  tient  à  cet  adverbe)  aux  chapitres  publiés  ou 
à  venir  de  sa  propre  Histoire  de  la  science  du  droit  en  France.  U  est 
pourtant  assez  difficile  d'admettre  d/7nori  que  ses  études  sur  une  Faculté 
particulière  soient  «  surtout  »  l'ouvrage  à  consulter  sur  l'organisation 
et  l'enseignement  des  groupes  de  Facultés  qui  constituaient  presque 
partout  les  Universités.  Qui  se  montre  si  sévère  pour  les  autres  est 
sans  excuse  quand  il  se  laisse  aller  lui-même  aux  erreurs  et  aux  dis- 
tractions. Or  cela  arrive  à  tout  le  monde,  même  à  M.  Fournier.  Je  me 
contenterai  d'un  seul  exemple  :  dans  sa  brève  notice  bibliographique 
relative  à  l'Université  de  Bordeaux,  pour  laquelle,  au  surplus,  les  pièces 
originales  ayant  disparu  depuis  longtemps,  il  a  dû  se  contenter  de  repro- 
duire en  partie  le  précieux  recueil  de  M.  le  professeur  Barckhausen 
{Statuts  et  règlements  de  l'ancienne  Université  de  Bordeaux ^  Bor- 
deaux, 1866,  in-4),  je  relève,  en  quelques  lignes,  plusieurs  fautes  : 
GauUiem  pour  GauUifîMr;  i/unebiau,  Schola  Aquilania,  pour  Masse- 
biau,  Schola  Aquitamca  ;  A.  de  Lantenay,  Mélanges  et  Biographies^ 
pour  A.  de  Lantenay,  Mélanges  de  biographie  et  d* histoire.  Je  crois 
qu'il  ne  serait  pas  très  difficile  de  multiplier  ces  etrata. 

3.  —  C'est  du  reste  ce  que  n'a  pas  manqué  de  faire  le  P.  Denifle, 

sous-archiviste  du  Vatican  et  éditeur  du  monumental  Chartularium 

Universitatis  Parisiensis  dont  il  a  été  parlé  ici  même  (T.  LXV,  p.  26  et 

27).  Non  seulement  il  a  relevé  les  passages  désobligeants  des  préfaces 

Uars  1894.  T.  LXX.  15. 


—  zsH  — 

et  des  notes  de  M.  Foupnier  ûù  il  était  mis  en  cause,  mais,  prenant 
Toffensive,  il  a  procédé,  d'une  main  très  dure,  à  une  eiéculion  en  règle 
de  Tœu vre  de  son  contradicteur.  J'estime  qu'au  fond  c'est  Térudit  do- 
minicain qui  a  raison,  mais  je  tiens  pour  regrettables  les  procédés  de 
discussion  employés  de  part  et  d'autre.  Ceci  nous  ramène  aux  invectives 
dont  étaient  coulumiers  les  érudits  de  la  Renaissance.  La  partie  po- 
lémique de  la  brochure  du  P.  Denifle  n'aura,  comme  il  arrive  toujours 
en  pareil  cas,  qu'un  intérêt  éphémère.  En  revanche  les  pages  45-96  res- 
teront toujours  utiles,  en  raison  des  trente-six  documents  inédits  qu'elles 
contiennent,  documents  très  correctement  publiés  et  très  importants 
pour  riiisloire  des  Universités  d'Orléans,  Angers,  Toulouse,  Montpellier, 
Avignon,  Cahors,  Perpignan,  Orange  et  du  sludium  de  Billom. 

4.  —  M.  Oscar  Berger-Levrault  a  fait  un  noble  usage  des  loisirs  que 
lui  laissent  ses  occupations  professionnelles  en  composant  ses  Annales 
des  professeurs  des  Académies  et  Universités  alsaciennes.  Il  lui  a  fallu, 
pour  les  établir,  un  savoir  étendu  autant  qu'approfondi  et  une  rare  pa- 
tience. J'ajoute  que  l'intérêt  du  sujet  motivait  largement  un  aussi  sé- 
rieux travail,  car  il  ne  s'agissait  de  rien  moins  que  de  rassembler  les 
éléments,  dispersés  et  pour  la  plupart  inconnus,  d'une  histoire  complète 
de  l'enseignement  supérieur  en  Alsace,  depuis  ses  origines  jusqu'aux 
jours  néfastes  de  1871.  Le  corps  du  recueil  est  constitué  par  les  Annales 
proprement  dites,  (ie*  pro/e^sewr*  des  Académies  et  Universités  alsa* 
tiennes  (p.  1-264).  On  y  trouvera  la  nomenclature  alphabétique  complète 
de  tout  le  personnel  des  établissements  d'enseignement  supérieur,  de- 
puis la  fondation,  en  1532,  de  l'école  qui  précéda  le  gymnase  de 
Strasbourg  jusqu'à  l'exode  de  l'Académie  de  cette  même  ville,  en  4871. 
Cette  nomenclature  se  compose  exactement  de  onze  cent  quatre-vingt^ 
huit  notices,  non  pas  des  notices  biographiques  telles  qu'on  les  trouve 
dans  les  dictionnaires  historiques;  mais  pour  chacun  des  personnages 
mentionnés,  son  cwriculum  vitae,  son  cursus  Aonorum /puis,  à Toccasion 
et  par  surcroit,  quelques  notes  iconographiques.  Pour  la  période  pré-révo- 
lutionnaire, ces  notices  sont  rédigées  en  latin,  comime  la  plupart  des  do- 
cuments académiques  qui  en  ont  fourni  les  éléments;  elles  sont  en 
français  pour  la  période  suivante.  L'utilité  d'un  tel  travail — qui  n'existait 
jusqu*ici  pour  aucune  de  nos  vieilles  Universités,  —  n'est  pas  contes- 
table. L'histoire  de  l'enseignement,  l'histoire  littéraire,  l'histoire  géné- 
rale elle-même,  y  trouveront  leur  compte,  car  il  faut  observer  que  les 
Académies  et  Universités  d'Alsace  ont  eu  cette  bonne  fortune  d'attirer  et 
souventde  retenir  dans  leurs  chaires  bien  des  hommes  illustresou  jouissant 
tout  au  moins  d'une  très  honorable  notoriété.  A  l'origine,  un  groupe  célè- 
bre dans  rhistoire  de  la  prétendue  réforme  :  Jean  Sturm,  Bucer,  Capiton, 
Sleidan,  Calvin  ;  plus  tard,  Schœpflin,  Oberlin  ;  dans  ce  siècle,  les  deux 
Schweighseuser,  Raess,  P.  Janet,  Fustel  de  Coulanges,  d'illustre  et  re- 


—  227  — 

greltée  mémoire,  Tabbé  Baulain,  Sainl-René-Taillandier,  Beudant, 
Ch.  Schûlzeaberger,  Pasteur,  Daubrée,  etc.  Aux  pages  264-300,  une  série 
de  tableaux  sLalisliques  des  Ibèses  souteoues  pendaat  plus  de  trois  cents 
ans  devant  les  Facultés  ou  écoles  alsaciennes.  De  1574  à  1792,  le  total 
atteint  le  chiffre  considérable  de  8,815,  dont  3,819  pour  les  candidats 
alsaciens  et  4,996  pour  les  étrangers.  L'activité  scientifique  n*a  pas  été 
moindre  à  Strasbourg  dans  ce  siècle-ci.  Une  bibliographie  très  bien  faite, 
où  Ton  reconnaît  la  main  d'un  homme  du  métier,  occupe  les  pages  301- 
305.  Vient  ensuite  (p.  306-308)  une  table  alphabétique  pourTidentifica- 
tion,  des  noms  latins  de  lieux.  £nfin  seize  tableaux  synoptiques  et  chro- 
nologiques des  chaires  érigées  dans  les  diverses  Facultés  et  écoles, 
avec  les  noms  des  titulaires.  Réduite  à  ces  éléments  essentiels,  Tœuvre  de 
M.  Berger-Levraull  serait  déjà  fort  recommandable,  mais  elle  pourrait 
uniquement  servir  de  répertoire.  Grâce  au  travail  d'exposition  qui 
remplit  Y  Introduction,  ce  volume  devient  un  véritable  livre  d'histoire. 
Le  corps  de  Touvrage  nous  donne  les  «  Annales  des  professeurs  et  des 
cours;  »  Y  Introduction  nous  présente  une  base  large  et  solide  pour  les 
c(  Annales  des  établissements  »  eux-mêmes  :  leur  fondation  y  est  re- 
tracée d'après  les  documents  originaux;  leurs  règlements  d'organisation 
intérieure,  de  scolarité  et  d'enseignement  y  sont  rassemblés;  les  grandes 
lignes  de  leur  histoire  y  sont  fixées.  La  Réforme  triomphante  à  Stras- 
bourg y  établit  dès  le  premier  temps  de  sa  victoire,  ses  écoles  de  moyen 
et  de  haut  enseignement.  Bientôt  le  Magistrat  et  les  scolarques  obtinrent 
de  l'autorité  impériale  l'érection,  d'abord  en  Académie,  puis  en  Univer- 
sité, de  ces  établissements;  Au  moment  de  l'incorporation  de  la  ville  libre 
à  la  patrie  française,  des  stipulations  diplomatiques  en  consacrèrent  la 
perpétuité  et  en  garantirent  la  dotation.  La  Révolution  elle-même  les 
respecta,  du  moins  dans  une  certaine  mesure,  car,  ainsi  que  le  dit  et  le 
prouve  M.  Berger-Levrault  (p.  glxxv  et  seq.),  l'Université  protestante  de 
Strasbourg  «  sortit  très  considérablement  amoindrie  de  cette  période  de 
crise.  »  De  leur  côté,  les  calhoUques  n'étaient  pas  restés  inactifs.  Dès  1581, 
l'évoque  de  Strasbourg  établissait  à  Molsheim  un  collège  confié  aux  jésui- 
tes ;  transformé  en  séminaire,  en  1607,  par  le  cardinal  de  Lorraine  ;  érigé, 
par  bulle  de  Paul  V  (1617),  en  Académie  à  deux  Facultés  (philosophie  et 
théologie).  En  1683,  le  cardinal  de  Fûrstenberg  crée  à  Strasbourg  un 
grand  séminaire;  deux  ans  après,  Louis  XIV  y  fonde  un  collège.  Ces 
deux  établissements  tendent  à  absorber  Molsheim,  sans  y  réussir  com- 
plètement. Les  chapitres  de  M.  Berger-Levrault,  sur  la  «  période  révo- 
lutionnaire et  transitoire,  »  puis  sur  la  dernière  période  séculaire,  nous 
renseignent  très  largement.  J'ai  spécialement  remarqué  ses  notices  sur 
les  écoles  centrales  du  Haut-Rhin  et  du  Bas-Rhin  et  le  mémoire  très  cu- 
rieux fourni  par  le  directoire  du  département  dans  l'enquête  de  1795, 
enquête  dont  les  réponses  sont  fort  dispersées  et  semblent  même  anéan- 


—  228  — 

lies  pour  la  plupart.  Eu  voilà  assez  pour  donner  Tidée  de  la  haute  va- 
leur, au  regard  de  l'histoire  de  renseignement,  de  la  vaste  introduction 
de  M.  Berger-Levrault.  Très  importante  pour  le  fond  et  absolument  im- 
partiale, elle  laisse  quelque  peu  à  désirer  au  point  de  vue  de  la  compo- 
sition et  de  la  forme.  C'est  plutôt  un  recueil  de  textes  qu'un  mémoire 
complètement  rédigé.  La  marche  de  Tauleur  est  sans  cesse  entravée  par 
l'insertion  intégrale  dans  le  corps  même  de  son  œuvre  de  pièces  offi- 
cielles, latines,  françaises  et  même  allemandes,  d'ude  énorme  étendue. 
Mais  il  ne  faut  pas  oublier  le  but  de  l'auteur  :  il  voulait  non  pas  écrire 
lui-même  l'histoire  de  l'enseignement  supérieur  en  Alsace,  mais  former 
un  corpus  des  documnets  essentiels  sur  lesquels  on  pourra  l'écrire.  Il  y 
a  quelques  lapsus  de  copie  ou  d'impression  dans  les  textes  latins.  II  n'en 
est  pas  moins  vrai  que  l'auteur  a  rendu,  en  les  publiant,  un  inappréciable 
service  aux  travailleurs.  Les  planches  où  sont  reproduits  les  sceaux  des 
écoles  alsaciennes  sont  d'une  admirable  exécution, 

5.  —  L'histoire  de  la  Fondation  de  r  Université  de  Douai  est  une 
solide  thèse  de  doctorat.  C'est  aussi  un  très  bon  livre,  dont  Tauteur  fait 
constamment  preuve  d'une  érudition  du  meilleur  aloi;  de  plus,  il  a  su 
mettre  à  contribution  beaucoup  de  livres  d'histoire  ayant  une  réelle  im- 
portance ;  enfin  les  œuvres  littéraires  du  temps,  les  travaux  des  premiers 
professeurs  de  Douai,  les  thèses  soutenues  par  leurs  élèves,  ont  été 
l'objet  d'un  soigneux  dépouillement,  et  toutes  les  données  intéressantes 
que  peuvent  fournir  ces  sources  diverses  se  retrouvent  ici.  Au  point 
de  vue  de  la  composition,  sa  thèse  a  de  sérieux  mérites.  11  a  disposé 
les  résultats  de  ses  laborieuses  recherches  en  deux  parties  tout  à  fait 
distinctes.  D'une  part,  le  récit  de  la  fondation  de  V Université;  de 
l'autre ,  l'exposé  net  et  complet  de  son  organisation.  Dans  chaque 
partie,  trois  chapitres  subdivisés  en  paragraphes  pourvus  chacun  de  son 
titre.  Je  crois  qu'il  y  aurait  eu  avantage  à  multiplier  encore,  dans  chaque 
partie,  les  divisions  principales.  Tel  qu'il  est,  le  livre  reste  un  peu 
touffu  et  ce  n'est  pas  sans  quelque  difficulté  que,  sous  la  multiplicité  des 
faits,  le  lecteur  retrouve  les  grandes  lignes  du  sujet.  Le  style  est  simple 
et  de  bonne  étoffe,  un  peu  alourdi  cependant  par  des  citations  textuelles 
innombrables.  Le  français  parlé  dans  la  région  du  Nord  au  xvi*  siècle 
était  d'assez  mauvaise  qualité,  abondant  en  idiotismes  et  en  formes 
dialectales.  L'impartialité  deiM.  Cardon  est  à  peu  près  complète;  il  rend 
volontiers  hommage  aux  hommes  d'Égh'se  et  aux  magistrats  et  profes- 
seurs croyants  qui  furent  les  fondateurs  de  l'Université  de  Douai.  A 
ce  point  de  vue  encore,  son  œuvre  est  vraiment  méritoire,  au  moins  par 
le  temps  qui  court.  J'ai  apprécié  loyalement  et  sans  réticences  la  thèse 
de  M.  Cardon.  Yais-je  maintenant  essayer  une  analyse  complète  de  ce 
livre  compact?  Certes  j'en  ai  la  tentation,  car  le  sujet  est  d'un  intérêt 
fort  grand  et  tout  à  fait  dans  le  cadre  de  mes  études  préférées.  Mais 


—  229  — 

ce  n'est  pas  ici  le  lieu.  Je  dirai  seulement  avec  M.  Cardon  que  la  fonda- 
tion de  rUniversité  de  Douai  a  été  une  des  plus  grandes  œuvres,  et  des 
plus  heureusement  menées  à  terme,  de  la  contre-réforme  catholique  du 
XVI*  siècle.  «  Il  faut  combattre  Terreur,  disait  Tévêque  d'Arras,  Richar- 
dot,  non  par  les  armes  et  par  la  guerre,  mais  par  la  vertu  et  la  science.  » 
Les  nécessités  inéluctables  des  temps  troublés  ne  permettent  pas  tou- 
jours d'éviter  les  luttes  sanglantes,  mais  assurément  c'est  en  restaurant, 
conformément  aux  décrets  du  concile  de  Trente,  la  vertu  et  la  science 
dans  le  clergé  et  les  classes  élevées  d'abord,  puis  dans  le  peuple,  que 
l'Église  romaine  a  arrêté  les  conquêtes  du  protestantisme  et  fait  refleu- 
rir l'antique  foi.  La  création  d'Universités  nouvelles,  le  rappel  des  an- 
ciennes à  leurs  statuts  primitifs  et  à  l'orthodoxie,  l'érection  des  sémi- 
naires, de  collèges  nombreux,  d'innombrables  petites  écoles,  furent  les 
moyens  efiScaces  de  cette  restauration.  Fondée  définitivement  en  1562, 
par  le  Saint-Siège,  Philippe  II  et  le  Magistrat,  l'Université  de  Douai  fut, 
dès  ses  origines  et  jusqu'à  sa  destruction  en  1792,  franchement  catholi- 
que; son  succès  fut  grand,  ses  services  furent  immenses,  et  entre  tous 
les  établissements  français  d'enseignement  supérieur,  elle  fut  un  de 
ceux  on  la  culture  scientifique  atteignit  le  plus  grand  développement. 
M.  Gardon  nous  instruit  à  fond  sur  son  établissement  et  son  fonctionne- 
ment, apportant  ainsi  une  contribution  sérieuse  à  l'histoire  religieuse, 
politique  et  littéraire  du  xvi®  siècle,  et  surtout,  cela  va  sans  dire,  à 
l'histoire  de  l'enseignement. 

6.  — J'indique  seulement,  ad  memoriam^  dans  cette  revue  d'enâemble 
des  ouvrages  relatifs  à  nos  études,  l'érudite  et  substantielle  brochure  de 
M.  l'abbé  Ph.  Tovte\lless\iT  Y  Université  de  Perpignan,  Il  en  a  été  rendu 
élogieusement  compte  à  nos  lecteurs  par  notre  collaborateur,  M.  Victor 
Pierre  (t.  LXVIl,  p.  528,  529),  et  je  ne  puisque  m'associera  son  ap- 
préciation autorisée.  Ernest  Allain. 

/ii  auiwre.) 

THÉOLOGIE 

liamiiia  apoloi;etica  de  Ecclesia  catbolica»  a  R.  P.  de  Groot. 
Paris,  Lethielleux,  1893,  in-8  de  xvi-822  p.  —  Prix  :  9  fr. 

Ce  livre  n'est  pas  précisément  un  livre  d'apologétique  comme  nous 
l'entendons  en  France.  L'auteur  n'a  point  pour  but  de  réfuter  directe- 
ment les  objections  élevées,  avec  plus  ou  moins  de  bonne  foi,  contre  la 
religion,  au  nom  des  découvertes  scientifiques,  historiques,  philologi- 
ques, archéologiques,  etc.  Il  nous  donne  un  traité  très  complet  de  la 
constitution  et  de  l'autorité  de  l'Église.  Cette  autorité  solidement  éta- 
blie, les  objections  tombent  pour  ainsi  dire  d'elles-mêmes. 

L'ouvrage  du  P.  de  Groot  nous  a  paru  écrit  avec  beaucoap  d'ordre  et  de 
méthode. L'auteur  étudie  successivement  riastitalion etla  oonstitulion de 


—  230  — 

l'Église,  ses  caractères  essentiels,  ses  privilèges  surnaturels,  l'étendue  de 
son  magistère  infaillible,  les  relations  entre  l'Église  et  l'État,  la  primauté 
du  Siège  apostolique,  l'inspiration  des  saintes  Écritures,  Tautorité  de  la 
tradition.  Chaque  matière  est  divisée  en  un  certain  nombre  de  thèses, 
qui  forment  autant  d'articles  distincts.  La  thèse  est  d'abord  exposée  et 
délimitée,  puis  elle  est  prouvée  par  les  décisions  de  TÉglise,  par  les 
textes  de  l'Écriture,  par  l'autorité  des  Pères  et  enfin  par  des  arguments 
rationnels.  Il  est  répondu  ensuite  aux  principales  objections.  L'argumen- 
tation est  très  claire  et  très  nette  ;  la  logique  très  ferme.  C'est  un  excel- 
lent livre,  où  les  professeurs  des  grands  séminaires  trouveront  un  secours 
précieux  et  leurs  élèves  un  enseignement  très  sûr. 

L'auteur  est,  en  eflfet,  d'une  orthodoxie  irréprochable,  et  dans  les 
thèses  controversées,  il  incline  ordinairement  vers  l'opinion  la  plus 
stricte.  Ses  décisions  sont  toujours  bien  motivées  et  leurs  limites  soi- 
gneusement tracées.  Il  enseigne  l'infaillibilité  de  l'Église  dans  les  règles 
de  discipline  générale,  c'est-à-dire  prescrites  pour  toute  l'Église,  mais 
en  ce  sens  précis  qu'elles  ne  peuvent  induire  à  rien  de  contraire  à  la 
foi  et  aux  bonnes  mœurs.  Il  attribue  aux  décisions  des  congrégations 
romaines  une  très  grande  autorité,  il  ne  leur  reconnaît  toutefois  l'infail- 
libilité que  si  le  Souverain  Pontife  les  a  faites  siennes  non  seulement 
par  une  simple  approbation,  mais  par  une  déclaration  solennelle.  Il  dé- 
fend le  pouvoir  indirect  de  l'Église  sur  le  temporel,  en  tant  que  TÉglise 
est  juge  du  péché  et  peut  condamner  les  actes  du  gouvernement  civil 
qui  seraient  contraires  au  but  définitif  de  l'homme,  la  béatitude  éter- 
nelle. Au  sujet  de  l'Écriture,  il  soutient  l'inspiration  de  tout  ce  qui  est 
contenu  dans  les  Livres  saints.  Les  paroles  mêmes  sont  inspirées,  quand 
il  y  a  révélation  prophétique  ou  quand  elles  servent  à  formuler  le  dogme, 
n  repousse  la  séparation  de  l'Église  et  de  l'État,  parce  motif  que  l'État  et 
l'Église  ayant  les  mêmes  sujets,  il  est  nécessaire  qu'il  y  ait  entente  entre 
eux;  d'un  autre  côté  l'État  est  obligé,  de  droit  naturel,  de  professer  la 
vraie  religion,  qui  est  la  religion  catholique. 

Oserons-nous  remarquer  que  c'est  là  la  thèse,  ce  qui  devrait  être  ; 
mais  ne  peut-il  arriver  qu'en  fait  TÉtat  abuse  tellement  des  concession» 
de  l'Église,  qu'il  devienne  préférable  pour  elle  de  renoncera  une  entente 
où  elle  est  indignement  trompée  ?  C'est  évidemment  au  Saint-Siège  seul 
qu'il  appartient  d'apprécier  une  si  doulourense  éventualité.         D.  V. 


IVatiir  and  IPITander»  ihr  Gegensatz  und  ihre  Harmonie,  Ein  apologetischer 
Versuch  von  D*  Eugen  MOller.  Strasbourg,  Herder,  1892,  in-8  de  xix- 
205  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Puisque  c'est  au  nom  de  la  science  expérimentale  et  au  nom  de  la 
conception  scientifique  de  l'univers  que  l'on  rejette  aujourd'hui  l'ordre 
^maturel  et  le  miracle,  l'apologiste  doit  se  transporter  sur  ce  terrain. 


—  291  — 

En  présence  de  la  science  et  de  la  seule  conception  deTunivers  qui  soit 
légitimement  déduite  des  données  de  Texpérience  et  des  principes  de  la 
raison,  il  doit  non  seulement  démontrer  te  possibilité  dti  miracle,  mais 
le  rôle  qui  lui  est  dévolu  et  la  place  qu'il  occupe  dans  l'harmonieuse 
synthèse  qui  ramène  la  variété  des  êtres  à  une  plus  hante  et  plus  riche 
unité  que  celle  que  les  matérialistes  et  les  monistes  ont  pu  rêver.  Telle 
est  la  tâche  que  s'est  imposée  le  savant  professeur  du  séminaire  de 
Strasbourg  et  qu'il  a  heureusement  remplie. 

11  divise  son  ouvrage  en  deux  parties.  Dans  la  première,  il  traite  de 
l'enchaînement  des  phénomènes  et  des  lois  qui  le  régissent,  de  Tordre 
suivant  lequel  s'échelonnent  les  causes  naturelles  depuis  l'étage  inférieur 
du  mécanisme  pur,  jusqu'à  celui  où  règne  et  agit  l'esprit  avec  la  loi 
morale  et  la  liberté.  Puis  il  passe  à  la  conception,  c'est-à-dire  au  plan  de 
l'univers,  dont  l'ensemble  et  les  moindres  détails  attestent  leur  absolue 
dépendance  de  la  puissance,  de  la  sagesse  et  de  la  bonté  libre  du  Créa- 
teur. Dans  la  seconde  partie,  il  détermine  la  notion  du  miracle  en  regard 
du  phénomène  naturel  et  aussi  dans  les  différents  ordres  où  le  miracle 
peut  se  produire.  De  ces  deux  éludes,  comme  de  deux  prémisses,  d^ 
coule  la  conclusion  qoi  se  développe  en  une  vingtaine  de  pages  sous  ce 
titre  :  Miracle  et  science.  On  y  voil  qu*H  n'y  a  en  réalité  aucune  opposi- 
tion entre  le  miracle  et  la  science  expérimentale  et  que  la  science,  au  nom 
de  laquelle  on  déclare  le  miracle  inconnaissable,  impossible,  n'est  qu'un 
masque  derrière  lequel  se  cache  une  fausse  métaphysique  qui  rejette 
a  priori  les  vérités  qui  font  le  tout  de  l'homme  et  diB  la  vie. 

Enire  les  points  que  Tauteur  a  admirablement  présentés  et  dans  la 
conclusion  et  dans  les  études  qui  précèdent,  nous  avons  spécialement 
remarqué  ce  qui  concerne  l'enchaînement  historique  des  fei*8  et  la  science 
de  l'histoire,  l'analogie  entre  les  faits  émanés  de  la-  Mbre  volonté  dte 
l'homme  et  ceux  qui  émanent  de  la  libre  intervention  de  Dieu,  la  ma- 
nière dont  les  divers  ordres  de  causes  s'harmonisent  tout  en  limitant 
mutuellement  le  champ  de  leur  action,  enfin  la  part  qui  cevient  à  la 
science  expérimentale  et  celle  qai  appartient  à  la  raison  dans  la  connais- 
sance et  la  constatation  du  miracle. 

On  voit  que  cet  essai  d'apologétique  est  un  travail  de  haute  valear.  Il 
a  paru  dans  les  Études  théologiques  de  Strasbourg^  dont  il  remplit  le 
premier  et  le  second  fascicule.  C'est  fH>ac  ce  recueil  un  beoreuix  débufl. 

Lamourbux. 


SCIENCES  ET  ARTS 

CUsffttM,  von  Th..  Zibgler.  Stuttgart,  Gôschen,  1893,  in^d  de  328  p. 
—  Prix  :  5  fr.  25. 

Cet  ouvrage  est  inspiré  par  une  tendance  qui  a  été  bien  signalée  par 


M.  J.  des  Rotolirs,  la  tendance  à  chercher  dans  le  sentiment  un  fonde- 
ment à  la  morale,  fondement  que  Tintelligence  afiaiblie  des  contempo- 
rains semble  ne  pouvoir  donner.  Pour  M.  Zicgler,  le  sentiment  suffit  à 
tout  et  est  la  base  de  tout.  Il  est  la  base  de  la  connaissance  et  le  fond  de 
la  conscience  ;  il  est  le  mobile  de  nos  actes  ;  il  fait  le  prix  de  la  vie  ;  il 
détruit  le  pessimisme,  le  fanatisme  et  le  chauvinisme.  Cette  psychologie 
du  sentiment  est  une  sorte  de  psychologie  expérimentale  plus  élevée 
que  la  psycho-physique,  et  plus  certaine  que  la  psychologie  scolastique, 
trop  subtile,  d'après  Tauleur. 

M.  Ziegler  étudie  successivement  les  différentes  formes  de  sentiment  : 
d'abord  la  conscience,  qui  ne  s'explique  pas  simplement  par  l'organisa- 
tion, puis  les  sens  exlérieurs,  le  sens  esthétique,  le  sentiment  intellec- 
tuel, le  sens  moral  et  religieux,  enfin  les  manifestations  du  sentiment, 
le  mouvement  involontaire  ou  volontaire,  le  langage,  Tart,  le  culte.  Il  . 
termine  en  comparant  le  mouvement  et  la  volonté  et  en  présentant  quel- 
ques réflexions  sur  les  déviations  du  sentiment  ou  maladies  de  Tesprit. 

Ce  programme  est,  on  le  voit,  très  complet;  il  est  rempli  avec  talent. 
Malheureusement  les  opinions  de  Fauteur  ne  nous  permettent  pas  de 
recommander  son  ouvrage.  Les  intentions  sont  bonnes  et  morales,  mais 
cela  ne  suffit  pas.  Ces  intentions  manquent  de  base  logique  quand  on 
refuse  de  se  prononcer  sur  la  nature  de  Tâme,  quand  on  ne  voit  dans 
la  liberté  que  le  déterminisme  du  motif  le  plus  fort,  quand  enfin  sur  la 
question  suprême,  celle  de  la  personnalité  de  TAuteur  du  monde,  on 
se  réduit  à  répéter  le  mot  de  Montaigne  :  Que  sais-je? 

M.  Ziegler  professe  la  philosophie  à  Strasbourg.  L'esprit  qui  anime 
son  livre,  et  sans  doute  aussi  son  enseignement,  ne  peut  que  nous  faire 
regretter  doublement  de  voir  une  Université  allemande  remplacer  cette 
vieille  Faculté  française  qui  a  compté  un  si  grand  nombre  de  professeurs 
éminents  et  de  solides  chrétiens.  D.  V. 


Des  misères  bvmiaines  et  sociales,  par  M.  E.  DmiBR.  P&ris,  De- 
lagrave,  1892,  in-i2  de  xi-248  p.  —  Prix  :  2  fr. 

M.  Didier  voit  beaucoup  de  misères  dans  la  société  et  il  donne  ses 
petites  recettes  pour  les  guérir.  Il  s'occupe  d'abord  de  la  hmille,  et  il  dit 
là  quelques  bonnes  choses  :  mais  il  a  tort  de  condamner  le  célibat  avec 
la  rigueur  et  Tignorance  d'un  homme  qui  ne  comprend  rien  au  céb'bat 
religieux.  Après  la  famille,  la  société  :  ici  les  sottises  s'accumulent. 
M.  Didier  est  républicain,  c'est  son  affaire  :  mais  quand  il  avance  «  que 
la  forme  républicaine  procure  Témancipation  la  plus  complète  du  socié- 
taire, »  il  n'est  pas  d'accord  avec  Texpérience  toute  récente  de  beaucoup 
de  sociétaires  que  je  connais.  D  est  vrai  que,  un  peu  plus  loin,  il  confesse 
que  dans  certaines  hypothèses,  fort  voisines  de  l'hypothèse  dont  nous 
jouissons,  «  l'institution  républicaine  serait  la  plus  inepte  et  la  plus  funeste 


—  233  — 

que  Ton  pût  donner  à  son  pays.  »  Nous  sommes  tout  à  fait  de  cet  avis.  Mais 
nous  ne  voyons  pas  comment  l'anleur  trouve  le  remède  à  tous  les  maux 
dansr«  éducation  civique,  »  ni  dans  les  «  grands  caractères,  »  qui  sont, 
parait-il,  le  produit  naturel  des  principes  républicains.  Un  peu  plus  loin 
M.  Didier  se  moque  des  enfants  qui,  dès  le  berceau,  sont,  de  par  leur 
origine,  appelés  monsieur  le  duc,  monsieur  le  comte,  etc.  Veut-il  parler 
du  comte  Carnot  de  Feuleins?  je  Pignore;  mais  il  ne  sait  pas  que  son 
argument  peut  se  retourner  contre  les  propriétaires,  dont  M.  Didier  fait 
partie  sans  doute.  Sur  la  guerre  M.  Didier  parle  comme  Joseph  Pru- 
dbomme  :  <*  c*est  une  sottise,  un  acte  maladroit,  une  bêtise  humaine.  »  En 
revanche,  il  met  la  politique  bien  au-dessus  de  la  religion,  car  elle  est 
<(  d'ordre  national  général,  tandis  que  la  religion  est  d'ordre  particulier 
et  même  individuel.  »  Voilà  les  hautes  visées  de  M.  Didier.  Encore  un 
médecin  qui  ne  guérira  pas  nos  misères.  P.  Talon. 


Los  Qrandes  Problemas  de  la  qulmlca  eontemporanea  y 
de  la  filosofla  natnral,  por  D.  Ë.  Pinërua  y  Alvarez.  Santiago 
(Espagne),  J.  Paredès,  1893,  gr.  in-8  de  291  p. 

Cet  ouvrage,  dû  à  un  professeur  de  chimie  générale  à  l'Université  de 
Santiago  (Espagne),  est  divisé  en  six  chapitres  :  le  premier  est  une  in- 
troduction dans  laquelle  Tauteur  trace  une  rapide  esquisse  des  progrès 
de  la  chimie^  rappelle  les  notions  fondamentales  de  Ténergie  actuelle  et 
potentielle,  et  présente  la  chimie  comme  une  branche  de  la  mécanique. 
Dans  le  second  chapitre,  il  passe  en  revue  les  idées  des  anciens  sur  l'o- 
rigine du  monde  physique  et  la  constitution  des  corps,  et  expose  les  sys- 
tèmes imaginés  par  les  modernes,  depuis  Descartes  et  Leibnitz  jusqu'à 
Schopenhauer  et  Hartmann,  pour  expliquer  les  phénomènes  de  la  matière. 
Examinant  dans  un  troisième  chapitre  les  notions  de  matière^  de  force, 
de  temps  et  d'espace,  M.  Pinerua  remarque  qu'il  n'y  a  de  temps  qu'au- 
tant qu'il  y  a  changement  successif  dans  les  corps,  et  que  l'espace  réel 
ne  peut  exister  là  où  il  n'y  a  pas  de  corps.  Les  trois  chapitres  suivants 
traitent  de  l'atomisme  chimique  moderne,  de  la  théorie  cinétique;  Tau- 
leur  insisle  sur  la  notion  actuelle  du  corps  simple  et  des  atomes;  il  re- 
produit la  classification  des  éléments  de  Mendelejeffavec  les  développe- 
ments que  lui  a  donnés  Lothar  Meyer,  et  le  système  bîogénélique  tout 
récent  de  G.  Wendt.  Il  consacre  un  chapitre  spécial  à  l'affinité  et  aux 
phénomènes  chimiques  en  général,  et  un  autre  aux  principaux  groupes 
auxquels  on  peut  réduire  les  transformations  chimiques. 

Aucune  théorie  générale  n'a  été  omise  dans  ce  livre  qui  mérite  le  titre 
d'étude  philosophique  des  phénomènes  chimiques  ;  tous  les  travaux  des 
grands  chimistes  modernes  ont  été  mis  à  contribution  et  analysés  avec 
sagacité.  Ce  n'est  pas  un  traité  de  chimie,  et  celui  qui  voudrait  étudier 


—  234  — 

cette  science  dans  ce  livre  seul  ferait  certainement  fausse  route,  puis- 
qu'il n*y  ti*ouverait  que  des  considérations  générales  ;  mais  c'est  un  ex- 
cellent ouvrage  pour  le  lecteur  qui,  sans  èlre  versé  dans  la  connaissance 
des  réactions,  possède  des  notions  de  chimie  et  de  physique  et  désire 
avoir  une  idée  d'ensemble  des  phénomènes  et  des  lois  qui  constituent 
Tobjet  propre  de  ces  deux  sciences.  H.  G. 


Les  Tbéorle»  moderne*  de  réleetrlelté»  essai  dTune  théorie  nott- 
vcUt\  par  0.  Lodge,  professeur  de  physique  à  TUniversity  collège  de  Li- 
verpool.  traduit  de  langlais  et  annoté  par  E.  Meylax.  Paris,  Gauthier- 
Villars,  1891,  iu-8  de  xiu-216  p.  —  Prix  :  5  fr. 

Les  physiciens  anglais  de  ce  siècle  ont  eu  une  prédilection  marquée 
pour  les  recherches  sur  la  nature  de  Félectricilé  ;  Tauteur  du  livre  que 
nous  avons  sous  les  yeux  rappelle  les  travaux,  dans  cet  ordre  d'idées,  de 
Franklin,  Cavendish,  Faraday,  MiLxwell  et  William  Thomson;  si  le  tra- 
ducteur lui  reproche,  non  sans  raison,  de  passer  sous  silence  ceux  des 
physiciens  français  tels  que  Coulomb,  Poisson,  Ampère,  il  faut  recon- 
naître cependant  une  réelle  différence  dans  les  travaux  des  uns  et  des 
autres  :  ces  derniers  ont  visé  principalement  à  mesurer  les  actions  élec- 
triques, les  autres,  à  découvrir  ces  effets  eux-mêmes  et  les  circonstances 
dans  lesquelles  ils  se  produisent  ;  les  uns  ont  fait  des  recherches  surtout 
quantitatives,  les  autres,  plutôt  qualitatives.  Il  n*est  donc  pas  surprenant 
de  voir  venir  d'Angleterre  une  tentative  d'explication  systématique  des 
phénomènes  électriques. 

M.  Lodge  les  envisage  comme  une  manifestation  de  1  ether  luminifère. 
D'après  lui,  cette  substance,  dout  l'existence  est  aussi  indubitable  que 
celle  de  la  matière,  se  révèle  à  nous  par  quatre  sortes  de  phénomènes, 
savoir  :  l'éleclncité  en  équilibre,  ou  électricité  statique  ;  l'électricité  en 
mouvement,  ou  électricité  dynamique;  l'électricité  en  rotation,  ou  ma- 
gnétisme; et  entia  l'électricité  en  vibration,  ou  radiation,  c'est-à-dire 
principalement  les  phénomènes  lumineux.  A  ces  quatre  sortes  de  phéno- 
mènes correspondent  les  quatre  divisions  de  l'ouvrage. 

Ce  n'est  pas  chose  facile  que  d'expliquer  ce  qui  peut  se  passer  dans 
une  substance  telle  que  l'éther*  si  différente  de  la  matière  pondérable 
que  nos  organes  renconlreat  d'ordinaire,  pour  laquelle  on  peut  dire  qu'ils 
sont  faits.  Ce  n'est  que  par  des  comparaisons  plus  oa  moins  grossières 
qoe  l'on  peot  y  parvenir.  M.  Lodge  pousse  très  loin  l'application  de  ce 
procédé.  Pour  donner  une  idée  des  effets  qu'il  conçoit,  il  imagine  des- 
modèles matériels,  combioaisoDs  de  ressorts,  de  poulies,  d'engrenages, 
de  cordes,  etc.,  desUoées  à  réaliser  des  etlels  aBalognes.  Chacun  de  ces 
modèles  convient  pour  un  phénomène  et  non  pour  un  autre.  Mais  ce  se- 
rait grande  erreur  de  conclure  de  là  que  l'auteur  ne  croit  pas  à  la  réalité 
de  ses  explications,  que  chacune  d'elles  n*est  ponr  lui  qu'un  moyen  de 


—  235  — 

coordonner  un  certain  nombre  de  faits  et  qu'il  lui  importe  peu  qu'elles 
s'accordent  entre  elles. 

L'auteur  se  prononce  très  nettement  à  cet  égard.  Tout  en  admettant 
que  ses  explicalions  pourront,  devront  subir  des  corrections,  il  les  con- 
sidère comme  correspondant  à  une  réalité,  comme  conformes  à  la  nature 
des  choses.  Aucun  de  ses  modèles  ne  possède  toutes  les  propriétés  de 
1  elher,  il  le  sait  mieux  que  personne.  Ce  sont,  je  le  répète,  des  compa- 
raisons. Le  langage  est  métaphorique,  comme  tout  langage  humain,  mais 
ces  métaphores  ont  pour  but  de  faire  connaître  une  réalité. 

Cet  ouvrage  est  à  la  fois  un  très  bon  résumé  de  nos  connaissances 
actuelles  sur  les  phénomènes  électriques  et  une  tentative  inléressante 
pour  en  pénétrer  le  mécanisme.  E.  Vicaire. 


Moeloues  de  astrouoinla,  precedidas  de  un  metodo  sencillisimo 
para  medir  distancias  terrestres  y  astronomicas,  por  D.  MiG.  Saurina. 
Vich,  Libreria  catolica  de  San  José,  1892,  in-12  de  225  p. 

Cet  ouvrage,  dont  près  de  cent  pages  sont  occupées  par  des  tables  nu- 
mériques (table  des  sinus  naturels  et  de  leurs  inverses,  c'est-à-dire  des 
cosécantes),  est  un  court  traité  d'astronomie  envisagée  surtout  au  point 
de  vue  des  relations  géométriques  des  corps  célestes  entre  eux  :  dis- 
tances, grandeurs  apparentes  ou  absolues,  etc.  Nous  aurions  beaucoup 
de  critiques  de  détail  à  présenter  :  l'auteur  ne  paraît  pas  avoir  des  idées 
bien  précises  sur  la  question  des  approximations  numériques,  ce  qui 
Tentraîne  quelquefois  à  de  véritables  erreurs  :  ainsi,  dans  ses  i?bles,  à 
partir  de  45*  (pourquoi  à  partir  de  là  seulement?),  il  donne  les  valeurs 
des  sinus  et  de  leurs  inverses,  pour  les  nombres  entiers  de  degrés,  avec 
8  et  même  9  décimales  ;  mais  ces  décimales,  à  partir  de  la  cinquième, 
sont  inexactes.  Souvent  aussi,  manque  de  critique  ;  ainsi^  il  admet  sans 
sourciller  que,  comme  la  température  terrestre  augmente  (près  de  la  sur- 
face) de  1  degré  par  30  mètres  de  profondeur,  elle  est,  au  centre,  de 
212,580  degrés. 

Cet  opuscule  pourra,  néanmoins,  rendre  quelques  services  aux  per- 
sonnes qui  n*ont  que  des  notions  géométriques  des  plus  sommaires  et 
ne  connaissent  pas  l'usage  des  tables  logarithmiques.  Ë.  Darae. 


dalllée  et  la  Beli;i4ae.  Essai  historique  sur  les  vicissitudes  du  système 
de  Copernic  en  Belgique  (XVTI^  et  XVllP  siècles),  par  le  D'  G.  Monchamp, 
prêtre  du  diocèse  de  Liège.  Bruxelles,  Société  belge  de  librairie,  1892, 
in-12  de  346-76  p. 

Les  nombreux  écrits  auxquels  a  donné  lieu,  depuis  une  trentaine  d'an* 
nées,  le  procès  de  Galilée  n'ont  pas  encore  épuisé  la  matière.  Si  Ton  est 
à  peu  près  fixé  maintenant  sur  les  circonstances  du  procès,  sur  le  carac- 
tère et  la  portée  de  la  sentence,  sur  ses  effets  immédiats  en  ce  qui  con- 


—  236  — 

cerne  Galilée  lui-même,  on  Test  beaucoup  moins  en  ce  qui  touche  les 
effets  plus  éloignés  de  cette  sentence. 

Quelle  en  a  été  Tinfluence  sur  la  marche  et  le  progrès  de  la  science 
on  sur  le  mouvement  philosophique  dans  les  siècles  qui  ont  suivi;  com- 
ment a-t-elle  été  reçue  dans  les  écoles  catholiques  ;  quelle  a  été  la  posi- 
tion des  savants  catholiques  par  rapport  au  système  de  Copernic,  et  dans 
quelle  mesure  se  sont-ils  jugés  libres  d'y  adhérer  ou  forcés  de  les  reje- 
ter ?  Ce  sont  là  des  questions  tout  aussi  importantes  que  celle  du  procès 
lui-même  et  sur  lesquelles  beaucoup  de  recherches  restent  à  faire. 

L'ouvrage  de  M.  Tabbé  Monchamj)  les  élucide  d'une  manière  très  com- 
plète en  ce  qui  concerne  la  Belgique.  11  examine  les  écrits  d'un  grand 
nombre  de  savants  dont  quelques-uns,  tels  qu'Ortelius,  Wendehn, 
Sluse,  ont  gardé  une  place  importante  dans  l'histoire  de  la  science.  Il  fait 
surtout  connaître  en  détail  les  péripéties  des  procès  intentés  au  profes- 
seur copernicien  et  cartésien,  Martin  van  Velden,  par  la  Faculté  des  arts 
de  l'Université  de  Louvain.  Cet  historique,  appuyé  d'un  grand  nombre, 
de  pièces  justificatives,  fournit  des  renseignements  précis  et  intéressants 
sur  le  fonctionnement  des  anciennes  universités.  £.  Dabam. 


BELLES-LETTRES 

YoeabolArio  del  dialetto  «ntlco  vleentino  (dal  secolo  XIV  a 
tutto  il  secolo  XVI),  di  D.  Domenico  Bortolan.  Vicenza,  Giovanni  Galla, 
1893,  in-8  de  311  p.  —  Prix  :  5  fr. 

Dresser  la  liste  de  tous  les  termes  que  l'on  rencontre  dans  les  auteurs 
vicentins  depuis  la  fin  du  xiv*  siècle  jusqu'à  celle  du  xvi®,  tel  est  l'objet 
que  s'est  proposé  l'auteur  du  volume  dont  nous  venons  de  transcrire  le 
titre.  Un  tel  travail  se  recommande  de  soi,  s'il  est  fait  avec  soin  ;  et 
M.  Bortolan  s'est  appliqué  au  dépouillement  des  textes  qui  lui  ont  passé 
entre  les  mains.  Ces  textes  sont  au  nombre  de  quarante-quatre  et  s'éche- 
lonnent de  i368  à  1592.  La  plupart  sont  ou  bien  des  manuscrits  conser- 
vés à  la  Bertoliana  de  Vicence  et  dans  d'autres  dépôts,  ou  bien  des  pu- 
blications per  7wz2e  et  par  conséquent  fort  rares  ;  et  cela  même  augmente 
le  prix  du  travail  de  M.  Bortolan,  qui  rendra  certainement  de  grands  ser- 
vices. 11  en  pourrait  rendre  davantage  encore,  si  l'auteur  avait  conçu 
son  ouvrage  sur  un  plan  différent  de  celui  qu'il  a  adopté.  lia  systémati- 
quement exclu  de  son  dictionnaire  la  grammaire  qui  devrait  le  précéder: 
les  inflexions  subissant  des  modifications  dans  le  cours  des  temps,  il  a 
cru  devoir  renoncer  à  en  exposer  les  règles  catégoriques.  Il  me  semble 
qu'il  y  aurait  eu  justement  intérêt  à  noter  ces  modifications.  La  même 
raison  me  fait  ne  pas  approuver  complètement  —  bien  que  le  système 
offre  des  avantages  incontestables  —  l'enregistrement  de  chaque  forme 
dans  Tordre  purement  alphabétique.  Au  point  de  vue  pratique  de  celui 


—  237  — 

qui,  rencontrant  dans  un  texte  une  forme,  la  cherchera  dans  le  vocabu- 
laire, Tordre  adopté  est  tout  à  fait  avantageux.  11  n'en  va  plus  de  même 
pour  celui  qui  voudra  se  rendre  compte  des  changements  d'un  mot  et 
étudier  l'histoire  de  la  langue.  Quelques  indications  groupées  en  tête  du 
volume  et  notant  les  principaux  changements  auraient  remédié  à  cet  in- 
convénient ;  par  exemple,  tandis  que  la  forme  apocopée  du  participe  passé 
des  verbes  en  are  {amazà,  par  exemple,  pour  ammazzato)  se  rencontre 
dans  les  textes  de  toutes  les  époques,  la  forme  syncopée  {affamo  pour 
affamato)  ne  paraît  pas  antérieure  à  la  fin  du  xvi*  siècle  ;  des  faits  de  ce 
genre  étaient  importants  à  noter.  Un  autre  regret  que  j'exprimerai  au 
sujet  de  cette  intéressante  publication,  c'est  que  M.  Bortolan  ait  jugé  à 
propos,  pour  chaque  forme  qu'il  note,  de  donner  simplement  l'indication 
du  texte  où  elle  se  trouve,  sans  jamais  citer  l'expression  avec  son  con- 
texte. Je  sais  fort  bien  que  cette  méthode  eût  énormément  grossi  le  vo- 
lume du  dictionnaire  ;  mais  elle  en  eût  doublé  l'utilité  ;  elle  eût  permis 
en  effet  de  se  mieux  rendre  compte  des  formes,  de  voir  si  telle  ou  telle 
ne  subit  pas  l'impression  des  mots  environnants,  de  distinguer  par  con- 
séquent les  formes  courantes  et  ordinaires  des  formes  exceptionnelles. 
Il  me  semble  que  cette  précaution  était  indispensable  dans  les  cas  où 
M.  Bortolan  a  rencontré  un  mot  sans  en  trouver  le  sens;  enregistrer  les 
termes  arao^  amise,  baiso,  descorse,  panella,reguxo,  renegame.zacoie^ 
zenzerelle,  en  mettant  pour  toute  explication  un  point  d'interrogation, 
cela  ne  fait  qu'à  moitié  l'affaire  du  lecteur  ;  en  citant  les  textes  —  je  rap- 
pelle qu'il  ne  s'agit  pas  de  textes  courants,  mais  d'imprimés  rares  ou 
même  de  manuscrits  —  M.  Bortolan  eût  permis  à  ceux  qui  consulteront 
son  vocabulaire  de  chercher  une  explication  et  peut-être  de  la  trouver. 
Enfin  l'auteur  n'a  peut-être  pas  utilisé  tous  les  textes  qu'il  avait  à  sa  dis- 
position. C'est  ainsi  que  les  chroniques  anonymes  indiquées  par  le 
P.  Angiolgabriello  di  Sauta  Maria  dans  sa  Blàlioteca  o  stona  dl  .... 
scrittori  cosi  délia  città  corne  del  territorio  di  Vicenza  (tome  IV,  Vicenza, 
1778,  in-4)  lui  auraient  fourni  un  certain  nombre  d'expressions  qu'il 
n'a  pas  relevées  :  p.  xxx,  je  note,  trovorno  pour  trovarono  ;  f.  xxxi, 
agiacio  ^ouv  gkiaccio,  seppolto  pour  sepoltOy  tera  pour /erra;  p.  xxxii, 
tapizarie  fQ}iv  tapezzeine^  capela  fouv  cappella  ;  p.  xxxiii,  neza  pour 
nipote,  etc.  D'autre  part,  je  doute  que  M.  Bortolan  ait  eu  raison  d'em- 
prunter des  exemples  aux  Rime  di  Magagno,  Menon  e  Begotto,  Si  les 
auteurs  sont  vicentins,  leurs  poésies  sont  écrites,  comme  l'indique  le 
titre,  en  lingua  i^ustica  padovana,  c'est-à-dire  en  padouan  ;  l'on  n'a  d'ail- 
leurs qu'à  les  rapprocher  d'autres  textes  padouans,  même  postérieurs, 
pour  s'en  assurer;  et  bien  que  les  deux  dialectes  se  rencontrent  sur 
nombre  de  points,  est-il  légitime  d'attribuer  au  vicentin  telle  ou  telle 
expression  pour  laquelle  on  ne  cite  d'autre  autorité  que  ces  Rime  ? 
Malgré  tout,  je  reconnais  volontiers  et  le  labeur  que  cette  compilation 


—  238  — 

a  iù.  coûter  à  M.  Bortolan,  et  le  profit  que  Ton  ne  peut  manquer  d'en  ti- 
rer. Et  je  souhaite  de  tout  cœur  que  Tauteur  mette  bientôt  à  notre  dis- 
position l'autre  vocabulaire  auquel  il  travaille  actuelleraent  et  dont  il  an- 
nonce la  publication  future  :  le  vocabulaire  topooymique  du  Vicentin. 

Ë.-G.  Ledos. 


M.  Tallll  Cieeronls  opéra.  Brutus,  texte  latin  publié  d'après  les  trt- 
vaux  les  plus  récents  avec  un  commentaire  critique  et  explicatif,  une  in- 
trod.  et  un  index,  par  Jules  Martha,  maître  de  conférences  à  TÉcole  nor- 
male supérieure.  Paris,  Hachette,  lé92,  in-8  de  xlvu-264  p. — Prix  :  6  fr. 

Précieux  volume  ajouté  à  la  collection  d'éditions  savantes  dont  la  France 
est  redevable  à  la  maison  Hachette.  Le  Brutus  ne  pouvait  pas  être  confié 
à  des  mains  plus  sûres.  M.  Jules  Martha  porte  un  nom  justement  honoré 
dans  les  lettres  et  dans  renseignement  universitaire  :  or,  avant  de  faire 
l'objet  des  recherches  philologiques  du  fils,  l'ouvrage  deCicéron  avait,  i 
maintes  reprises,  été  analysé  supérieurement  par  le  père  dans  ses  ingé- 
nieuses leçons  de  la  Sorbonne. 

Une  introduction  très  étendue  traite  de  la  date  du  Brutus,  des  cir- 
constances où  il  fut  composé  comme  pour  servir  de  pièces  justificatives 
an  De  oraiore  et  à  YOrator,  puis  des  sources  consultées  par  Cicéron,  de 
la  valeur  historique  de  ses  jugements  et  des  principes  dont  s'inspire  sa 
critique  un  peu  artificielle,  un  peu  étroite  à  notre  goût  moderne.  Suit 
l'indication  des  manuscrits  conservés  du  Brutus,  parmi  lesquels  le  Flo- 
rentinus  est  classé  au  premier  rang.  A  l'exemple  de  ses  devanciers,  mais 
avec  une  louable  discrétion,  M.  J.  Martha  a  hasardé  çà  et  là  quelques 
conjectures  pour  rendre  le  texte  intelligible.  Pour  faire  Téloge  de  celte 
édition,  il  sufiit  de  rappeler  plus  clairement  qu'elle  a  reçu  les  approba- 
tions presque  unanimes  des  juges  les  plus  autorisés.  G.  Huit. 


Jean-Antoine  de  Baïfs  Psanltler,  metrische  Bearbeitung  der  Psal- 

men,  mit  Einleitung,  Anmerkungen  und  einem  Wôrterverzeichnis,  zum 
ersten  Mal  herausgegeben,  von  D^  Ernst-Joh.  Groth.  Heilbronn,  Hennin- 
ger,  in-12  de  xiv-109  p.  —  Prix  :  2  fr.  50. 

Dans  le  mouvement  littéraire  du  xvi*  siècle,  on  remarque  deux  ten- 
dances, nées  du  désir  d'imiter  l'antiquité  classique  :  former  des  mots 
composés,  comme  «  assemble- nuages,  »  «  doux-coulant,  »  etc.,  et  intro- 
duire dans  la  poésie  le  mètre,  c'est-à-dire  la  quantité,  au  lieu  de  la 
rime.  Ni  l'une  ni  Tautre  n'aboutirent.  Mais  les  efforts  des  novateurs, 
stériles  en  France,  profitèrent  aux  Allemands.  Opitz,  qu'ils  appellent  le 
père  de  leur  poésie,  parvint  à  faire  adopter  par  ses  compatriotes  les  idées 
négligées  par  nous;  elles  sont,  depuis  lors,  non  seulement  un  omemenl, 
mais  rame  même  de  la  versification  allemande.  On  conçx>it  que  les  écri- 
vains allemands,  qui  étudient  la  littérature  à  ses  divers  degrés  d'évolu- 


—  sta- 
tion, s  attachent  de  préférence  aux  auteurs  français  d'où  leur  viennent 
ces  avantages.  Vivant  des  principes  dont  ces  hommes  d'initiative  étaient 
pénétrés,  ils  sont  plus  à  même  de  les  comprendre  et  de  les  apprécier. 
Baïf  est  un  de  ceux  pour  lesquels  ils  professent  une  estime  particulière. 
Son  Psautier,  qui  forme  le  huitième  volume  de  la  collection  VoUmOUer, 
est  imprimé  ici  pour  la  première  fois,  et  llntroduction  de  M.  Groth 
donne  sur  Tauleur  une  appréciation  à  la  fois  sobre  et  complète. 

Baïf  est  le  premier  qui  fit  des  vers  métriques.  Aussi  les  appela-t-on 
vers  baïfins,  et  c'est  à  peu  près  la  seule  récompense  dont  la  postérité 
paya  ses  peines.  Il  écrivit  trois  traductions  des  Psaumes  en  vers  «  en 
intention  de  servir  aux  bons  catholiques  contre  les  Psalmes  des  haere- 
tiques.  »  Les  deux  premières  sont  en  vers  métriques,  la  dernière  est 
rimée.  Celle  que  publie  M.  Groth,  et  qui  est  la  première  en  date,  ne 
renferme  que  soixante-huit  psaumes,  mais  elle  a  l'avantage  déporter  en 
tète  de  chacun  le  mètre  employé.  Le  public  sera  donc  à  même,  mainte- 
nant, d'apprécier  le  travail  du  poète,  travail  énorme,  quand  on  se  rend 
compte  des  difficultés  qu'il  avait  à  vaincre  pour  plier  notre  langue  à  la 
métrique  ancienne.  Malgré  ses  efforts,  il  faut  avouer  qu'il  est  resté  bien 
souvent  au-dessous  de  sa  tâche  et  qu'il  fait  de  nombreuses  fautes  contre 
la  quantité.  11  a,  de  plus,  le  défaut,  grave  pour  un  novateur  en  poésie, 
de  n'être  qu'un  poète  médiocre.  Son  principal  mérite  est  dans  ses 
bonnes  intentions,  que  d'autres,  comme  je  l'ai  dit,  ont  su  mettre  à 
profit. 

Pour  que  Ton  puisse  comparer  les  trois  manières  dont  Baïf  a  fait  sa 
traduction,  M.  Groth  ajoute  le  psaume  XXIII  du  deuxième  et  du  troi- 
sième manuscrit.  Le  volume  finit  par  une  page  d'annotations  et  par  un 
vocabulaire  alphabétique  des  termes  difficiles  à  reconnaître  à  première  vue. 
Nous  y  relevons  quelques  fautes  :  dégeinér=  dégainer  (et  non  dogênef*); 
détrakér  =  détraquer  (non  détracter);  kanbien  =  quand  bien,  c'est-à- 
dire  quand  même  (non  combien)  ;  kôteleur,  à  comparer  avec  cauteleux 
(et  non  avec  coutelier  !),  J.-N.  Wagner. 

Autoloifla  de  poetas  llrleos  castellanos  desde  la  formacion  del 
idioma  hasta  nuestros  dias,  por  Marcelin  Menendez  y  Pelayo.  T.  IV. 
Madrid,  Viuda  de  Hemando,  1893,  in-12  de  xcix-384  p. 

L'introduction  du  tome  IV  de  l'Anthologie  de  M.  Menendez  y  Pelayo, 
dont  il  a  été  parlé  récemment  {Polybiblion,  t.  LXVII  p.  334),  est  un 
bien  beau  chapitre  de  l'histoire  de  la  littérature  espagnole.  Ou  y  re- 
marque une  superbe  étude  sur  le  célèbre  chancelier  Pero  Lopez  de 
Ayala,  considéré  non  seulement  comme  poète,  comme  historien,  mais 
aussi  comme  homme.  Don  Raphaël  Floranes,  et  plus  nouvellement  don 
José  Amador  de  los  Rios,  s'étaient  montrés  trop  apologistes.  M.  Menendez 
a  jugé  cet  éminent  personnage  avec  une  impartialité  qui  peut-être  l'eût 


—  240  —   . 

choqué  si  elle  eût  été  le  fait  d'un  étranger.  Ayala  ne  reste  pas  moins  une 
des  plus  grandes  figures  de  son  temps.  Il  clôt  le  moyen  âge,  il  traduil 
les  écrivains  de  l'antiquité  classique,  il  semble  le  précurseur  de  temps 
nouveaux  ;  il  y  a  en  lui  du  Commines  et  un  peu  du  Machiavel.  C'est  un 
portrait  bien  curieux  que  celui  que  nous  offre  le  savant  critique  ;  nous 
en  reproduirons  une  partie.  Après  avoir  parlé  des  vers  connus  sous  ce 
titre  :  El  Rimado  de  Palacio,  M.  Menendez  ajoute  :  «  Bien  des  circons- 
tances rendent  grandement  recommandable  la  lecture  de  ce  singulier 
poème,  bien  qu'elle  soit  âpre  et  difficile  (nous  ne  pouvons  ni  ne  voulons 
le  nier).  Ce  qu'elle  offre  de  plus  intéressant  est  la  personne  même  de 
Tauteur,  mélange  singulier  de  foi  soumise  et  ardente,  de  dévotion 
candide,  de  liberté  satirique,  d'un  esprit  libre  et  mordant,  d'un  pessi- 
misme caustique,  d'un  réalisme  brutal,  d'aridité  prosaïque,  de  politique 
cauteleuse  et  intéressée,  grand  homme  avec  tout  cela  et  qui,  avec  ces  al- 
ternatives de  lumière  et  d'ombre,  personnifie  mieux  qu'aucun  autre  ce 
fécond  chaos  du  xiv*  siècle  où  la  plante  humaine  croissait  sauvage,  mais 
avec  quelle  vigueur!  »  La  fin  de  cette  belle  introduction  est  consacrée  à 
la  quantité  de  poètes  ou  souvent  plutôt  de  versificateurs  qui  encombrent 
pour  la  plupart  le  Cancionero  de  Baena,  et  du  milieu  desquels  s'élèvent 
Francisco  Impérial,  le  disciple  de  Dante,  l'âpre  Ruy  Paez  de  Ribera  et 
l'aimable  Pero  Lopez  de  Uceda,  aussi  habile  que  la  Perrettc  de  La  Fontaine 
à  forger  des  rêves  séduisants.  Dans  son  prochain  volume^  M.  Menendez 
va  rencontrer  le  marquis  de  Santillana  et  un  grand  poète,  Juan  de  Mena, 
l'auteur  du  Labyrinthe^  dignes  tous  deux  de  l'attention  de  l'habile  cri- 
tique. Une  vingtaine  de  poètes  ont  fourni  à  M.  Menendez  les  citations 
qui  complètent  le  livre. 

Dans  mon  précédent  article  (rappelé  du  reste  de  la  manière  la  plus 
gracieuse  page  xciii),  j'avais  tenté  de  riposter  à  quelques  attaques  ;  qu'il  me 
soit  permis  aujourd'hui  de  remercier  M.  Menendez  de  m'avoir  traité  dans 
ce  volume  non  comme  un  ennemi,  mais  comme  un  ami  d'une  littérature 
à  laquelle  j'ai  consacré  bien  des  années  d'études,  et  que  je  me  suis  efforcé 
de  faire  mieux  connaître  à  mes  compatriotes.  Th.  P. 


De«earte0,  par  Alfred  Fouillée.  Paris,  Hachette,  1893,  in-18  de  206  p., 
avec  portrait  en  héliogravure  (Collection  des  grands  écrivains  français),  — 
Prix  :  2  fr. 

On  lit  peu  Descartes  en  France  :  son  œuvre  est  trop  austère  ;  du  reste 
Spencer  et  Schopenhauer  ont  toutes  les  faveurs.  Mais  on  lit  M.  Fouillée  : 
par  lui,  par  ce  nouveau  livre,  plus  d'un  philosophe  apprendra  à  mieux 
connaître  Descaries  et  à  Teslimer  son  juste  prix.  Je  ne  sache  pas  que 
nulle  part  la  philosophie  cartésienne  ait  été  étudiée  avec  plus  de  péné- 
tration, ni  exposée  de  façon  plus  lumineuse. 


—  241  — 

Tant  pis  poup  M.  Brunelière.  Le  «  grave  »  critique  est  une  fois  de  plus 
pris  en  flagrant  délit  d'avoir  parlé  à  la  légère,  en  soutenant  ces  deux  pa- 
radoxes :  que  la  morale  de  Descartes  est  «  celle  de  Montaigne,  celle  des 
sceptiques,  »  et  que  ses  doctrines  n'eurent  aucun  succès  au  xvii*  siècle, 
combattues  qu'elles  furent  par  les  jansénistes.  M.  Fouillée  établit  au  con- 
traire, —  et  cela  est  vraiment  facile,  —  que  de  son  vivant  même  sa 
réputation  en  France  et  en  Europe  était  considérable,  que  Pascal  fut 
le  premier  de  ses  disciples,  que  ses  idées  furent  accueillies  avec  en- 
thousiasme, surtout  à  Port-Royal  et  à  l'Oratoire,  tandis  que  les  jésuites, 
qui  leur  avaient  été  d'abord  favorables,  en  sentirent  les  premiers  le 
danger  et  tentèrent  d'en  arrêter  l'essor.  Peine  inutile  d'ailleurs.  Car 
toute  la  philosophie  qui  le  suit  relève  de  lui.  Ce  n'est  pas  seulement 
Malebranche,  Spinoza,  Berkeley,  Hume,  et  les  idéalistes  anglais,  qui 
poussent  à  l'extrême  ses  théories  ;  mais  Locke,  Condillac  et  tout  le 
xviii*  siècle  s'inspirent  de  lui,  sans  toujours  bien  le  comprendre.  De  nos 
jours  ce  n'est  pas  V.  Cousin  qui  a  «  renoué,  »  comme  il  le  disait,  «  la 
tradition  cartésienne,  »  c'est  Kanl  et  Schopenhauer  qui  sont  les  conti- 
nuateurs de  Descartes. 

D'autre  part,  M.  Fouillée,  qui  étudie  l'œuvre  entière  de  Descartes,  a 
fait  voir  en  lui  le  vrai  fondateur  de  l'évolutionnisme,  l'inventeur  de  la 
mathématique  et  de  la  mécanique  universelle,  ayant  posé  le  premier  ces 
grandes  lois  du  mouvement  et  de  la  pesanteur  universelle,  le  premier 
ayant  cherché  à  ramener  la  physique  à  la  mécanique,  et  aussi  le  créa- 
teur de  la  physiolo-^ie  moderne  et  de  la  psychologie  physiologique  de 
notre  époque,  en  un  mol,  comme  il  l'appelle,  «  le  prophète  de  la  science 
à  venir  :  »  en  sorte  que  son  œuvre  trop  délaissée  apparaît  non  seule- 
ment comme  d'une  fécondité  en  quelque  sorte  inépuisable  et  infinie, 
mais  j'oserais  dire,  comme  d'une  attirante  actualité.  Ehl  sans  doute  I 
Descartes  a  vu  seulement  quelquefois,  non  toujours,  les  conséquences 
possibles  de  sa  méthode,  de  ses  principes  et  de  ses  découvertes.  Parfois 
aussi  certaines  fluctuations  de  son  esprit  toujours  scrupuleux  dans  la 
recherche  de  la  vérité,  certaines  timidités  prudentes  de  son  langage,  ou 
encore  certaines  expressions  aujourd'hui  démodées  le  trahissent.  D  faut 
donc  scruter,  pour  la  bien  juger,  le  sens  véritable  de  sa  pensée  :  et  c'est 
ce  que  M.  Fouillée  fait  avec  beaucoup  de  bonheur.  L'explication  du  doute 
méthodique,  et  du  cogito,  si  souvent  mal  compris,  les  pages  oiï  est  mon- 
trée toute  la  force  de  l'idéalisme  cartésien  et  de  sa  démonstration  de 
l'existence  réelle  de  Dieu  (p.  122-126),  où  cet  idéalisme  est  fièrement 
défendu  contre  le  positivisme  qui  a  commis  la  monstrueuse  et  néfaste 
erreur  de  vouloir  séparer  la  science  de  la  philosophie  (p.  72-73),  et  contre 
le  matérialisme  (p.  93}  sont  tout  à  fait  remarquables.  Et  non  seulement 
remarquable,  mais  aussi  original  et  tout  à  fait  neuf  est  l'important  cha- 
pitre consacré  à  la  morale  de  Descartes. 

Mars  1894.  T.  LXX.  16. 


EdGi),  s'il  y  a  un  ou  deux  mots  déplaisants  et  injustes  pour  la  théo- 
logie, il  faut,  à  une  époque  où  Tesprit  humain  croit  trop  souvent  pouvoir 
quelque  jour  déchirer  orgueilleusement  tous  les  voiles,  savoir  gré  à 
M.  Fouillée  d'avoir,  à  plusieurs  reprises,  franchement  confessé  l'impuis- 
sance de  la  philosophie  actuelle  à  résoudre  le  mystère  de  l'union  «  et 
même  de  l'unité  »  du  «  penser  »  et  du  «  mouvoir,  »  c'est-à-dire,  pour 
parler  le  langage  populaire,  de  l'âme  et  du  corps,  de  l'esprit  et  de  la 
matière.  El  dans  la  dernière  page  de  son  livre,  tout  en  résumant  ce  sys- 
tème de  Descartes  qui  est  comme  le  premier  effort  vers  une  synthèse 
universelle,  il  salue  éloquemment  «  au  delà  de  tout  ce  qui  est  accessible 
à  la  science,  de  tout  ce  qui  est  pensée  ou  objet  de  pensée,  le  mystère 
éternel,  aussi  impénétré  que  jamais,  changeant  de  nom  à  travers  nos 
bouches  sans  cesser  de  demeurer  englouti  dans  la  même  nuit  et  dans  le 
même  silence.  » 

Je  ferai  pourtant  un  reproche  à  M.  Fouillée  en  terminant.  Son  livre, 
très  fort,  très  intéressant  pour  tous  ceux  qui  ont  quelque  habitude  des 
éludes  philosophiques,  est-il  toujours  bien  accessible  aux  gens  du 
monde,  aux  simples  lettrés,  pour  lesquels  est  composée  la  collection 
dont  il  fait  partie?  Plus  d'une  page  hérissée  de  termes  techniques,  qu'il 
eût  fallu  leur  expliquer  d'abord,  ne  les  rebutera-t-elle  pas  ?  Et  d  autre 
part,  s'il  est  vrai  que  Descartes  n'est  point  un  grand  écrivain,  mais  un 
grand  mathématicien  et  un  grand  penseur,  et  qu'il  faut  par  conséquent 
surtout  faire  connaître  ses  découvertes  scientifiques  et  son  admirable 
métaphysique,  les  humbles  lettrés,  qui  n'ont  pas  pour  les  petites  his- 
toires le  même  dédain  que  les  philosophes  de  profession,  regretteront 
peut-être  que  M.  Fouillée,  qui  parle  si  bien,  si  littérairement,  ne  les  ait 
pas  entretenus^davantage  de  l'homme,  de  son  caractère,  de  ses  amitiés, 
de  ses  travaux,  de  ses  luttes,  des  circonstances  dans  lesquelles  sont  nées 
et  se  sont  affirmées  ses  idées.  Gabriel  Adbiat. 


Impressloiui  de  tliéAtre,  par  Jules  Lemaitre.  Septième  série.  Paris, 
Lecône  et  Oudin,  1893,  iii-18  de  386  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

M.  Jules  Lemaitre  a  toujours  les  mêmes  qualités  accouplées  aux 
mêmes  défauts  :  il  ne  se  renouvelle  pas.  Son  système  est  toujours  ce 
que  l'on  appelle  un  peu  trivialement  le  jemenfichisme  universel  ;  il  a  à 
son  service  une  plume  charmante,  tour  à  tour  enjouée,  délicate  et  bril- 
lante, qui  fait  que  ses  hvres,  un  peu  impatientants  quelquefois,  sont 
tout  de  même  bien  amusants  à  lire.  11  lui  manque  ce  que  M.  Brunetière 
a  peut-être  de  trop  :  la  combinaison  des  deux  manières,  si  tant  est  qu'il 
soit  possible  de  les  combiner,  réaUserait  presque  la  perfection.  Comme 
toujours,  les  Impressions  de  théâtre  sont  très  variées,  comme  les  spec- 
tacles mêmes  qu'elles  racontent  et  tout  revivre.  On  y  rencontre  des  an- 


—  t*3  — 

ciens,  Aristophane;  des  classiques  modernes,  Racine;  des  contempo- 
rains, dramaliques  et  critiques»  Bouilhet,  Dumas,  Meilhac  et  Halévy, 
Musset,  Feydeau,  Lavcdan,  Antbelm,  Pouvillon,  Ernest  Daudet,  Brieux, 
Gandillot,  Salandrî^  de  Curel,  Legendre,  Hervieu,  des  Vallières  et  Bou- 
cher, el  même  les  «  fumisteries  »  dramatiques  du  cercle  Pigalle;  voilà 
pour  les  auteurs  dramatiques.  La  critique  est  représentée  seulement 
par  Weiss  et  Sarcey.  Quant  au  théâtre  étranger,  Ibsen  le  caractérise 
à  lui  tout  seul.  Lui  seul,  et  c'est  assez.  J'allais  oublier  Ernest  Renan, 
«  le  vénéré  maître  »  de  Tauleur,  hélas  1  qui  figure  ici,  d'abord  parce 
qu'il  est  Fauteur  de  plusieurs  œuvres  dramatiques,  et  puis  parce  que  ses 
obsèques  ont  été  un  «  des  spectacles  >  de  la  semaine,  ensuite  et  surtout 
parce  que  ce  «  cher  mort  »  fut  «  Tesprit  qui  agit  le  plus  puissamment 
sur  »  M.  Jules  Lemaitre  et  «  qu'il  n'en  est  pas  un  seul  qu'il  ait  autant 
aimé.  »  Il  y  a  longtemps  que  nous  nous  en  doutions,  maintenant  nous 
avons  l'aveu,  et  cet  aveu  explique  bien  des  choses,  et  ceci  notamment, 
que  M.  Jules  Lemaitre  a  été  et  restera  l'un  des  plus  habiles  amuseurs 
de  notre  temps  et  qu'il  ne  pourra  jamais  devenir  autre  chose.  Personne 
plus  que  nous  ne  le  regrette,  et  c'est  un  grief  de  plus  à  la  charge  de 
Renan.  P.  Talon. 

L.e0  Grands  Poètes  an^lalSy  par  A.  Blanlûbil.  Lyon  et  Paris»  Del- 
homme  et  Briguet,  1893,  in-i6  de  383  p.  —  Prix  :  3  fr. 

Le  résumé  d'histoire  de  la  poésie  anglaise  dédié  aux  jeunes  gens  par 
M.  Blanlœil  est  fait  sur  un  plan  excellent.  Au  lieu  de  chercher  à  ne  rien 
omettre  et  de  surcharger  son  exposition  de  sèches  énumérations  de 
noms,  de  titres,  de  dates,  qui  semblent  un  défi  à  la  mémoire  et  à  la 
patience  du  lecteur^  l'auteur  choisit,  entre  tous,  les  dix  premiers  poètes 
anglais,  trace  de  chacun  d'eux  une  biographie  sommaire,  analyse  eu 
détail  plusieurs  de  leurs  œuvres,  conservant  à  leur  place  les  principaux 
passages,  et  termine  par  une  rapide  critique  littéraire.  Le  poète  n'est 
plus  un  simple  nom  flanqué  de  dates,  mais  un  homme  ayant  sa  physio- 
nomie propre,  sa  personnalité,  son  génie  ;  ses  œuvres  ne  sont  plus  de 
simples  titres,  mais  quelque  chose  qu'on  a  lu  et  goûté.  C'est  ainsi  que 
plus  de  cent  pages  sont  consacrées  à  Shakespeare,  trente-deux  à  Waller 
Scott,  soixante-quatre  à  Byron,  etc.  A  côté  de  ces  coryphées  se  grou- 
pent quelques  écrivains  de  moindre  importance,  —  une  quinzaine  en 
tout,  et  c'est  bien  assez,  —  qui  n'obtiennent  qu'une  courte  notice  et  un 
ou  deux  extraits,  ou  même  une  simple  mention.  Toutes  les  histoires 
littéraires  gagneraient  à  être  établies  sur  ce  plan  plus  ou  moins  déve- 
loppé. Je  voudrais  pouvoir  faire  un  éloge  aussi  absolu  de  l'exécution. 
Il  y  a  au  moins  deux  noms  oubliés  qui  avaient  droit  de  figurer  au  pre- 
mier rang  :  Chaucer  etSpenser.  Shelley  n'occupe  pas,  non  plus,  la  place 
qui  semblerait  devoir  lui  revenir  proportionnellement  à  celle  accordée  à 


—  244  — 

Waller  Scotl  el  à  Byron.  El  sans  parler  des  douteux,  d'autres  noms 
méritaient  d'être  (olalement  omis  :  Disraeli^  Mackay ,  Manners  (et  non 
Mammers),  etc.  Je  ne  relèverai  que  quelques  erreurs  sans  importance. 
Da  Porto  pour  da  Porto  (p.  21)  est  une  faute  typographique.  Les 
lakistes  n*ont  pas  formé  d*école  et  Wordsworth  ne  fut  pas  leur  chef 
{p.  241).  Ce  n'est  pas  un  serviteur  de  Lalla  Rookh  qui  lui  conte  des  his- 
toires, mais  son  fiancé  déguisé  en  chanteur  (p.  358).  Mazeppa  aurait 
bien  voulu  devenir  roi  de  l'Oukraïne,  il  ne  fut  qu'hetman  des  Cosaques 
(p.  327).  Tennyson  n'  «  habite  »  (p.  366)  plus  nulle  part.  Les  citations 
sont  fort  bien  choisies  au  point  de  vue  de  la  morale,  qui  est  toujours 
respectée,  mais  leur  valeur  comme  documents  littéraires  est  parfois  con- 
testable, parce  qu'elles  sont  souvent  empruntées  à  des  livres  de  seconde 
ou  de  troisième  main.  Cependant  on  aurait  tort  de  se  montrer  trop 
sévère  et  de  chercher  dans  un  résumé  sans  prétention  autre  chose  que 
ce  que  peut  donner  un  ouvrage  de  vulgarisation.  Loitchamp. 


Scenerle  der  Alpen,  von  Dr.  Eberhard  Fraas.  Leipzig,  Weigel,  1892, 
in-8  de  vni-325  p.  avec  112  fig.  dans  le  texte  et  9  pi.,  dont  1  carte  en  cou- 
leurs. —  Prix  :  12  fr.  50  ;  relié  :  15  fr. 

Il  n'est  personne  qui,  à  la  vue  des  sommités  neigeuses  ou  des  gorges 
des  Alpes,  ne  se  soit  demandé  comment  se  sont  formées  ces  vallées  et 
ces  montagnes,  dont  l'aspect  diffère  tellement,  au  premier  abord,  de 
celui  des  contrées  au  milieu  desquelles  s'écoule  notre  vie  journalière. 
M.  Fraas  entreprend  de  répondre  à  cette  question,  en  résumant  ce  que 
la  géologie  peut  nous  apprendre  sur  l'architecture  intérieure  et  l'histoire 
de  la  chaîne. 

Sans  s'arrêter  aux  notions  premières  de  la  science,  qu'il  suppose  ac- 
quises, l'auteur  entre  immédiatement  dans  le  cœur  du  sujet  en  étudiant 
le  jeu  des  pressions  latérales  qui  déterminent  au  sein  de  l'écorce  ter- 
restre la  production  des  «  plis  »  dans  la  masse  desquels  sont  découpés 
tous  les  accidents  actuels  de  la  surface.  Le  corps  principal  du  volume 
est  occupé  par  la  seconde  partie,  intitulée  :  «  Die  Formatiomlehre  der 
alpinen  Gesteine  im  Zuzammenhang  mit  der  Entslehung  der  Àlpen  » 
(p.  43-314);  c'est,  comme  l'indique  ce  titre,  un  véritable  petit  traité  de 
stratigraphie  alpine  :  tous  les  terrains  y  sont  successivement  passés  en 
revue,  en  tenant  compte  des  différences  de  faciès  ou  d'allure  qu'ils  pré- 
sentent suivant  les  régions,  et  des  caractères  particuliers  qu'ils  impriment 
aux  formes  extérieures.  M.  Fraas  s'est  efforcé  de  mettre  en  évidence  les 
faits  propres  à  jeter  quelque  lumière  sur  l'évolution  progressive  du  sol 
et  de  son  relief,  en  faisant  connaître  la  distribution  probable  des  terres 
et  des  mers  pour  chaque  période  géologique,  suivant  l'emplacement  ac- 
tuel de  la  chaîne.  11  va  sans  dire  que  la  moitié  austro-allemande  des 
Alpes  tient,  dans  ces  considérations,  la  plus  large  place  ;  à  cet  égard,  les 


—  245  — 

documents  consultés  pour  la  moitié  franco-suisse  ne  nous  ont  pas  paru 
èlre  toujours  les  plus  récents  et  les  plus  sûrs. 

Nous  n'avons,  en  ce  qui  concerne  le  texte,  qu'une  critique  à  formuler  : 
Touvrage  ne  répond  pas  exactement  à  son  titre,  annonçant  une  étude  de 
géographie  physique  plutôt  qu'un  manuel  de  pure  géologie.  Cette  réserve 
faite,  nous  conviendrons  volontiers  que  Tagréable  volume  de  M.  Fraas 
pourra  rendre  de  réels  services,  notamment  aux  géologues  des  pays  de 
plaines,  encore  peu  familiers  avec  les  résultats  acquis  par  leurs  confrères 
autrichiens  et  havarois  depuis  une  quarantaine  d'années. 

Quant  aux  figures,  elles  reproduisent  pour  la  plupart  des  coupes  déjà 
connues;  d'autres,  parmi  lesquelles  il  y  a  lieu  de  citer  quelques  bonnes 
vues  pittoresques  (voir  en  particulier  la  pi.  V  :  paysage  porphyrique  des 
environs  de  Bozen,  et  la  pi.  YI  :  le  Schlern),  sont  nouvelles.  Une  jolie 
carte  physique  des  Alpes  (i  :  2,500,000),  extraite  de  la  deuxième  édition 
de  Tallas  d'Andrée,  et  plusieurs  cartes  schématiques  embrassant  de  même 
l'étendue  entière  de  la  chaîne,  sont  jointes  à  l'ouvrage.  Nous  signalerons 
spécialement  la  carte  portant  le  n*  VII  :  Die  Verbreitung  dei*  Jura- 
JUeere  in  den  Alpen,  essai  de  reconstitution  intéressant,  malgré  plus  d'un 
trait  contestable,  et  le  n^  VIII  :  Die  Leitlinien  des  Alpensystems  :  l'au- 
teur s'y  est  inspiré  des  travaux  de  M.  Diener  ;  toutefois,  les  «  direc- 
trices »  orogéniques  ne  tombent  pas  toujours  à  l'endroit  convenable^ 
relativement  à  la  planimétrie  :  ainsi  le  Jura  méridional  se  trouve  rejet& 
sur  la  rive  gauche  du  Rhône,  et  les  chaînons  de  la  Provence,  qui  auraient 
dû  rester  en  blanc  comme  les  autres  faisceaux  de  plis,  ont  été  oubliés, 
tandis  que  le  figuré  représentant  le  massif  cristallin  des  Maures  était 
étendu,  à  tort,  jusqu'au  delà  de  Nice.  Emm.  de  Margbrie. 


HISTOIRE  ^ 

Mi0toli*e  delaPr^Tcnee  dans  Tantiqulté»  depuis  les  temps 
«oaternaires  Jas«|a*aa  Y«  slèele  après  J.-€.  I.  La  Vrovence 
préhistorique  et  protohistorique  jusqu*au  VI*  siècle  avant  l'ère  chrétienne ^ 
par  Prosper  Gastanier.  Paris,  Marpon  et  Flammarion,  1893,  in-8  de 
295  p.  —  Prix  :  15  fr. 

Dans  ce  volume  consacré  aux  temps  préhistoriques  et  protohisto- 
riques de  la  Provence,  M.  Gastanier  étudie  simultanément  les  monu- 
ments archéologiques,  les  données  anthropologiques,  les  textes  classiques 
de  Tantiquité  et  cherche  à  les  coordonner  entre  eux,  pour  en  tirer  les 
éléments  d'une  théorie  nouvelle  sur  les  origines  ethniques  de  la  Provence. 

11  passe  successivement  en  revue  les  différentes  phases  de  l'époque 
quaternaire,  pour  lesquelles  il  adopte  la  classification  trop  systématique 
de  M.  de  Mortillet  ;  puis  les  monuments  de  l'époque  néolithique  et  de 
l'âge  de  bronze.  G'est  un  catalogue  descriptif  très  complet  et  très  utile 


—  246  — 

de  tout  ce  <{ne  ces  âges  lointains  ont  laissé  sar  le  sol  de  la  ProTeoce  : 
grottes,  camps  retranchés,  monuments  mégalithiques,  sépaltares,  rien 
B*est  oublié.  Faisant  ensuite  appel  à  l'anthropologie,  Tanteur  constate  qu*à 
oes  différents  âges  correspondent  des  types  anthropologiques  diSërents  : 
aux  premiers  temps  qnslerDaires,  le  type  de  Canstadt  ou  de  Néanderthal: 
à  la  fin  du  quaternaire  celui  de  Gro-Mn^non,  caractérisés  Tan  et  Tautre 
par  une  dolidiocéphalîe  accentuée.  A\ec  Tépoque  néolithique,  appa- 
raissent les  premiers  brachycéphales.  H  y  aurait  bien  quelques  réserves 
à  faire  sur  cette  classification.  Les  choses  ne  se  passèrent  pas  aussi  sim- 
plement. A  la  fin  de  Tépoque  quaternaire,  à  Solutré,  à  la  Truchère,  on 
voit  apparaître  déjà  des  brachycéphales,  mais  on  peut  admettre  grosso 
modo  Tordre  de  succession  présenté  par  Fauteur. 

Comparant  <^s  données  avec  les  textes  classiques,  il  croit  reconnaître 
les  ibères  dans  les  dolichocéphales  quaternaires  du  type  de  Cro-Magnon. 
Ce  seraient  les  Atlantes  des  auteurs  anciens.  Les  brachycéphales  néoli- 
iliîques  ne  seraient  autres  que  les  Ligures,  qui,  chassés  dltalie,  auraient 
refoulé  les  Ibères  sur  la  rive  gauche  du  Rhône.  La  civilisation  néolithique 
serait  ligure.  Le  bronze  aurait  été  importé  par  le  commerce  maritime 
des  Fhéfliciens  et  le  fer  serait  arrivé  avec  les  Gaulois. 

nn'y  a  de  nouveau,  dan«  ce  système  d'interprétation,  que  Tattributioa 
de  la  civilisation  néolithique  aux  Ligures.  On'pourrait  objecter  que  cette 
âvilisation  a  été  retrouvée  sur  une  quantité  de  points  où  les  Ligures 
n'ont  probalblement  jamais  passé.  Sur  ces  diflBciles  questions  d'origine, 
les  auteurs  sont  très  partagés.  D'après  M.  Salomon  Reinacfa,  la  série 
ethnographique,  îbèrtfs, Ligures,  Celtes,  correspondrait  à  la  série  archéo- 
logique, pierre  poHe,  bronze,  fer.  M.  Alexandre  Bertrand  pense  au  con- 
traire que  les  Ligures,  pas  plus  que  les  Ibères,  n*ont  eu  aucune  influence 
sur  le  développement  des  races  néolithiques,  qui  peuplaient  la  Gaule 
avant  l|ur  arrivée.  L'accord  e^t  loin  d'être  fait  entre  les  archéologues, 
les  anthropologistes  et  les  historiens. 

Le  livre  de  M.  Castanier  est  accompagné  d^une  carte  où  sont  rq[>ortées 
toutes  les  stations  humaines  signalées.  AnaiBN  AacsLUi. 


Sfartolre  d'ABnilialy  par  \e  lieutenantrcolonel  Hennebiat.  T.  III.  Paris, 
Imprimerie  naticoale;  Firmin-Didot,  1891,  in-8  de  433  p.  —  IVix  :  2J  fr. 

L'histoire  d*Annibal  n'a  jamais  cessé  d'attirer  les  bistoriens  et  les 
officiers,  et  on  ne  peut  pas  espérer  que  les  controverses  auxquelles  elle  a 
donné  lieu  soient  à  la  veille  d'être  épuisées.  Napoléon  I^  n'a-t^l  pas  dil 
que,  c<  depuis  des  sièdes,  les  commentateurs  déraisonnent  sur  son  expé- 
dition ?  M 

C'est  une  œuvre  de  kmgue  haleine  el  poursuivie  avec  achamementi 
qui  vient  d*ètre  menée  à  bonne  fin.  Le  o  capitaine  »  Hennebert  la  d<»iné 


—  117  — 

le  premier  volume  en  i870,  à  la  veille  de  la  guerre;  le  tome  II,  publié 
en  1878,  est  Tœuvre  du  «  commandant^  »  et  e'est  le  colonel  qui  présente 
le  tome  m  et  dernier.  Si  les  deux  premiers  volumes  sont  les  plus 
attrayants  à  parcourir,  parce  qu'ils  nous  touchent  de  plus  près,  le  troi- 
sième a  dû  être  le  plus  difficile  à  concevoir  et  à  écrire.  M.  Henoebert 
nous  a  d'abord  représenté  le  grand  stratégiste  traversant  TEspagne,  con- 
duisant son  armée  4  travers  les  Pyrénées,  la  Gaule  inconnue,  les  Alpes 
redoutables  et  TApennin,  et  allant  faire  un  échec  inattendu  à  la  puis- 
sance de  Rome. 

Au  moment  où  s^ouvre  le  tome  Ilf,  Annibal  a  franchi  l'Apennin;  la 
bataille  de  Trasimène  s'engage  et  Annibal  écrase  Tarmée  romaine  à 
Cannes  ;  la  légende  des  «  délices  de  Capoae  »  est  étudiée  non  sans  quelque 
bienveillance,  et  le  héros  carthaginois  est  suivi  jusqu'à  sa  mort. 

La  grande  figure  d'Annibal  a  visiblement  séduit  M.  Hennebert.  Il  ab- 
sout jusqu'à  ses  fautes  ou  les  justifie,  et  ne  cesse  pas  de  le  donner  comme 
un  modèle  digne  d'être  imité  par  les  plus  grands  généraux.  Il  y  a  beau- 
coup de  vrai  dans  cette  thèse  ingénieusement  présentée,  et  Annibal  sort 
grandi  encore  de  cette  étude,  qui  est  celle  d'un  savant,  d'un  soldat  histo- 
■rien  et  d*un  lettré.  Roghebaune. 


Histoire  des  Julfte»  par  Ghaetz.  T.  IV.  Traduit  de  Tallcmand  par  Moïse 
Bloch.  De  [^époque  du  gaon  Saadia  (926)  à  V époque  de  la  Réforme  (4500), 
Paris,  Durlacher,  1893,  in-8  de  472  p.  —  Prix  :  5  fr. 

Le  quatrième  volume  de  la  traduction  de  V Histoire  des  Juifs  qui  vient 
de  paraître  renferme  la  partie  la  plus  intéressante,  à  bien  des  égards, 
pour  la  plupart  des  lecteurs.  C'est,  en  eSet,  dans  ce  volume,  que  l'auteur 
traite  de  la  civilisation  juive  en  Espagne  et  de  ses  philosophes  fameux 
dont  les  écrits  eurent  tant  d'influence,  même  sur  les  chrétiens  ;  du  r61e 
des  juifs  pendant  les  croisades,  des  persécutions  qu'ils  eurent  à  subir  en 
France,  en  Allemagne  et  surtout  en  Espagne;  leur  expulsion  de  ce  der- 
nier pays  et  du  Portugal,  etc.  Le  docteur  Graetz  présente  naturellement 
les  faits  au  point  de  vue  le  pins  favorable  à  ses  coreligionnaires,  mais  il 
rend  justice  à  la  conduite  des  Papes  envers  les  juifs,  s'il  est  quelquefois 
sévère  plus  qpcie  de  raison  à  l'égard  de  bien  d'autres.  11  faut  sans  doute 
déplorer  et  blâmer  les  explosions  non  justifiées  de  colère  populaire  et  les 
•cruautés  dont  les  juifs  furent  trop  souvent  les  innocentes  victimes,  mais 
il  n'est  que  juste  de  reconnautre  qu'ils  eurent  aussi  plus  d'une  fois  des 
torts.  Quoi  qu'il  en  soit,  V Histoire  des  Juifs  de  M.  Graetz  est  incontesta- 
èlemenl  la  meilleure,  la  mieux  renseignée  et  la  plus  complète  que  nous 
possédions.  Un  tome  V*  et  dernier  terminera  Touvrage  à  l'année  1870. 

L.  M.* 


•^248  — 

Étude  «ar  Jeanne  d'Are  ei  les  prinelpaam  systèmes  qnl 
contestent  son  Inspiration  sarnatarelle  et  son  ertho- 
doTKie»  par  le  comte  de  Bourbon-Lignières.  2«  édit.  revue  et  augmentée. 
Paris,  Lamulle  et  Poisson,  1894,  in-12  de  ix-622  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Nous  nous  proposons  de  rendre  compte  prochainement  aux  lecteurs 
du  Polybiblioriy  dans  un  article  d'ensemble,  d*un  certain  nombre  d'ou- 
vrages relatifs  à  Jeanne  d*Arc.  Mais  il  est  naturel  de  leur  signaler  spé- 
cialement, aussitôt  son  apparition,  un  volume  publié  sous  les  auspices 
de  la  Sociélé  bibliographique.  Le  livre  de  M.  le  comte  de  Bourbon-Li- 
gnières, dont  Tédilion  primitive  fut  donnée  en  1874,  a  été  l'un  des  pre- 
miers travaux  destinés  à  présenter  une  explication  à  la  fois  orthodoxe 
et  scientifique  du  caractère  et  de  la  carrière  de  l'héroïque  vierge,  et  l'on 
peut  dire,  à  l'honneur  de  son  auteur,  qu'il  a  ouvert  à  cet  égard  une  voie 
très  utile  et  très  opportune,  où  théologiens  et  philosophes  s'engagent 
aujourd'hui  comme  à  l'envi.  Il  a,  pour  ainsi  dire,  arboré  vaillammt^nt 
l'étendard  catholique  sur  un  terrain  trop  longtemps  abandonné  aux  au- 
dacieuses incursions  de  la  sophistique  rationaliste.  Il  a  livré  l'un  des 
combats,  occupé  Tune  des  positions  qui  donneront  à  l'éternelle  vérité 
sur  les  erreurs  et  systèmes  éphémères  de  notre  temps  une  éclatante  vic- 
toire. 

En  réimprimant  aujourd'hui  son  ouvrage,  M.  le  comte  de  Bourbon- 
Lignières  l'a  revu  et  développé,  notamment  en  ce  qui  concerne  les  don- 
nées et  les  thèses  récentes  de  la  psychologie  et  de  la  physiologie.  «  J'ai, 
dit-il,  étudié  dans  les  deux  camps  opposés  les  principaux  auteurs  qui 
pouvaient  guider  mon  inexpérience  dans  Texploration  de  ces  contrées 
nouvelles  :  dans  le  camp  rationaliste,  après  MM.  Galinei!  et  Brierre  dr 
Boismont,  dont  j'ai  rappelé  les  systèmes,  MM.  Charles  Rîehet  dans  son 
intéressant  ouvrage  :  L'Homme  et  Vintelligence ;  Gilles  de  la  Toorette 
dans  son  Traité  de  Vhypnotisme  et  des  états  analogues;  le  docteur  Pi- 
tres dans  ses  remarquables  études  cliniques  sur  Thystérie  et  l'hypno- 
tisme, enfin  le  docteur  Frosper  Despine,  dans  son  traité  de  la  folie  étu- 
diée au  point  de  vue  philosophique  et  plus  spécialement  psychologique, 
couronné  par  l'Institut,  m'ont  fourni  des  renseignements  précieux  et 
utiles.  Dans  le  camp  opposé,  j'ai  lu  et  étudié  avec  attention  l'important 
ouvrage  du  R.  P.  de  Bonniot  :  Le  Miracle  et  ses  contrefaçons^  et  le  traité 
magistral  et  devenu  presque  classique  dans  la  matière  de  M.  l'abbé 
Méric  :  Le  Merveilleux  et  la  science.  J'ai  enfin  lu  avec  fruit  les  Études 
psychologiques  de  M.  Henri  Joly,  doyen  de  la  Faculté  des  lettres  de  Di- 
jon, professeur  de  philosophie  à  l'École  de  droit  de  Paris,  particulière- 
ment sa  Psychologie  des  grands  hommes.  » 

Outre  les  modifications  et  accroissements  apportés  au  texte  de  son 
premier  travail  par  les  remarques  et  les  vues  que  lui  ont  suggérées  ces 
études,  M.  de  Bourbon-Lignières  y  a  encore  ajouté  à  l'appendice  deux 


—  249  — 

notes  nouvelles  :  la  première  est  relative  à  l'étendue  de  la  mission  de 
Jeanne  d'Arc;  la  seconde  est  un  résumé  des  mémoires  récemment  mis 
au  jour  par  M.  Lanéry  d'Arc  ou  du  moins  des  passages  de  ces  mémoires 
qui  ont  trait  aux  points  plus  spécialement  examinés  dans  le  présent 
livre.  —  S'il  nous  est  permis  d'employer  de  nouveau  ici  l'expression 
dont  nous  nous  sommes  servi  ailleurs  pour  signaler,  parmi  les  livres  con- 
sacrés de  notre  temps  à  l'héroïque  vierge,  l'ouvrage  de  M.  le  comte  de 
Bourbon-Lignières,  nous  dirons  que  Taulçur  a  noblement  acquitté  par 
là  sa  dette  de  famille  à  la  Pucelle.  Maeius  Sepet. 


La  Première  Jeunesse  de  Louis  JLFV  (ilMII^teftS),  d'après  la 
correspondance  inédite  du  P.  Charles  Paulin,  son  premier  confesseur,  par  le 
P.  Chérot,  de  la  Compagnie  de  Jésus.  Lille  et  Paris,  Société  de  Saint-Au- 
gustin, Desclée  et  de  Brouwer,  1892,  in-8  de  200  p.  —  Prix  :  2  fr. 

Jusqu'ici  Louis  XIV  enfant  était  peu  connu  ;  les  historiens  si  nom- 
breux qui  se  sont  occupés  de  son  règne,  aujourd'hui  fouillé  dans  tous 
ses  détails,  ne  s'étaient  guère  mis  en  peine  de  rechercher  ce  que  le  grand 
Roi  avait  été  dans  ses  premières  années,  et  sa  vie  privée  commençait 
d'ordinaire  à  sa  passion  pour  Marie  Mancîni.  Le  P.  Chérot  vient  de  com- 
bler cette  lacune  et  de  nous  révéler  l'enfance  du  Roi.  La  source  à  laquelle 
il  puise  la  plus  grande  partie  de  son  récit  est  de  première  valeur  :  elle 
émane  d'un  contemporain  bien  placé  pour  connaître  intimement  le  jeune 
prince,  puisqu'il  fut  pendant  cinq  ans  son  confesseur.  C'est  au  mois 
d'octobre  1649  que  le  P.  Charles  Paulin,  supérieur  de  la  maison  pro- 
fesse des  jésuites  de  Paris,  fut  appelé  par  la  pieuse  reine  Anne  d'Au- 
triche, probablement  sur  la  recommandation  du  cardinal  Mazarin,  à  diri- 
ger la  conscience  d'un  iSls  tendrement  aimé.  Les  lettres  du  pieux  reli- 
gieux à  Mazarin  ou  à  ses  supérieurs  montrent  avec  quel  zèle  et  quel 
tact  il  accomplissait  ses  importantes  et  délicates  fonctions.  Sans  man^ 
quer  au  secret  de  la  confession,  il  savait  faire  partager  à  ses  correspon- 
dants son  admiration  pour  les  précoces  qualités  et  les  vertus  naissantes 
de  son  jeune  pénitent.  Ces  mille  petits  faits  de  la  vie  de  tous  les  jours 
rapportés  par  le  P.  Paulin  nous  font  voir  un  Louis  XiV  assez  diflPérent  de 
celui  que  nous  connaissions.  Le  retour  complet  et  sincère  du  Roi  à  une  vie 
vraiment  chrétienne  dans  un  âge  où  le  feu  des  passions  n'est  pas  éteint, 
s'explique  plus  facilement  quand  on  considère  à  quel  point,  après  Anne 
d'Autriche,  le  P.  Paulin  avait  su  inspirer  une  piélé  profonde  et  la  crainte 
des  jugements  de  Dieu  à  l'enfant  confié  à  ses  soins.  Les  conclusions  du 
P.  Chérot  se  déduisent  naturellement  de  la  lecture  de  son  livre,  et  l'on 
ne  peut  refuser  d'admettre  avec  lui  qu'une  grande  part  revient  au 
P.  Paulin  dans  l'éclatante  conversion  de  Louis  XIV,  qui,  au  milieu  de 
ses  plus  condamnables  égarements,  avait  su  conserver  intacte  la  foi  de 
son  enfance.  Dédié  à  la  jeunesse,  cet  ouvrage  sera  certainement  pour 


—  *0  — 

elle  un  salataire  enseignement ,  en  même  temps  qne  l'attachuto  histoire 
des  premières  années  da  grand  Roi  la  charmera.  Certaines  pages,  tel  le 
rédl  de  la  première  communion  du  Roi  et  des  apprêts  de  ce  grand  joor, 
sont  pleines  de  fraichenr  et  de  grâce.  Qu'on  nous  permette,  en  terminant, 
de  signaler  une  erreur  de  détail  :  la  paix  de  Rueil  fut  signée  le  11  mars 
et  non  le  i*'  avril.  Albert  Isnarb. 


Léi^endes  réToliitioimalres,  par  Edmond  BmÉ.  Paris,  Champion, 
1893,  in-8  de  yi-SSS  p.  —  Prix  :  5  fr. 

M.  Edmond  Biré  est  un  grand  pourfendeur  de  légendes,  de  légendes 
révolutionnaires  surtout,  eb  comme  il  est  un  des  hommes  de  France  qui 
connaissent  le  mieux  par  le  détail  Thistoire  de  cette  époque  troublée,  il 
ne  lui  esl  pas  diflScile  de  redresser  les  erreurs  qui  s'y  sont  glissées  plus 
ou  moins  volontairement.  Le  volume  que  nous  annonçons  aujour- 
d'hui est  consacré  encore  à  la  poursuite  de  cette  œuvre  de  justice  et 
d'honnêteté.  Il  ne  réduit  pas  à  néant  moins  de  neuf  légendes,  et  quelles 
légendes  I  les  plus  chères  à  MM.  Micbelet,  Louis  Blanc,  etc.  :  la  li^^ende 
du  pacte  de  famine,  celle  de  la  Bastille,  celle  des  Girondins,  celle  de 
rinstruclion  publique  avant  et  pendant  la  Révolution,  etc.  Qui  De  s'est 
soulevé  d'indignation  en  voyant  Louis  XY  se  liguer  avec  des  financiers 
de  bas  étage  pour  affamer  le  peuple  ?  Qui  n'a  frémi  d'horreur  en  lisant 
la  description  des  cachots  infects  de  la  Bastille,  où  d'infortunés  prison- 
niers mouraient  de  faim,  au  milieu  «  des  crapauds,  des  lézards,  des  rats 
monstrueux,  des  araignées?  »  Eh  bien ,  il  se  trouve  que  ce  fameux  traité 
passé  par  le  gouvernement  royal  pour  créer  une  bmine  fiactioe  était 
précisément  destiné  à  prévenir  cette  famine  en  assurant  l'approvision- 
nement de  la  capitale.  Il  se  trouve  encore  que  ces  affreux  cachots  de  la 
Bastille  étaient  de  grandes  et  belles  chambres,  bien  aérées,  bien  éclai* 
rées,  bien  chauffées^  où  les  détenus  étaient  soignés  par  leurs  domes^ 
tiques,  recevaient  des  visites  et  avaient  une  nourriture  copieuse  et 
presque  luxueuse.  Ce  sont  d'anciens  prisonniers,  nullement  suspects  de 
tendresse  pour  l'ancien  régime,  comme  Marmontel,  M'^*  de  Staai,  Du*- 
mouriez,  qui  le  racontent  dans  leurs  Mémoires  ;  ce  sont  les  archives  et 
les  comptes  de  la  célèbre  forteresse  qui  l'établissent  avec  [dus  de  netteté 
et  plus  d'authenticité  encore.  Quant  à  la  légende  des  Girondins,  M.  Biré 
ne  &it  ici  que  résumer  l'étude  plus  complète  et  décisive  qu'il  lui  a  coo^ 
sacrée  jadis  dans  le  Correspondant, 

On  n'attend  pas  de  nous  que  nous  analysions  les  neuf  chapitres  si 
substantiels  du  beau  livre  de  M.  Biré  ;  mais  il  en  est  un  que  nos  lecteurs 
nous  sauront  peut-être  gré  de  résumer  parce  qu'il  s'agit  d'une  légende 
peu  connue  :  c'est  celle  de  Leperdil,  dont  Tauteur  est  un  romancier  cé*^ 
lèbre  en  son  temps,  Emile  Souvestre.  Leperdit  était  un  tailleur,  maire 
de  Rennes  pendant  la  Révolution,  et  qui,  au  dire  de  M.  Souvestre,  aurait, 


^ 


—  251  — 

comme  chef  de  la  municipalilé  bretonne,  tenu  tète  à  Carrier,  sauvé  des 
prêtres  et  des  religieuses  de  la  guillotine,  apaisé  dans  ud  moment  de  di- 
sette une  émeute  populaire  en  se  jetant  au  milieu  de  la  foule  et  en  pro- 
nonçant ce  beau  mot  :  <t  Je  ne  puis  pas,  comme  le  Christ,  changer  les 
pierres  en  pains,  je  ne  puis  vous  donner  que  mon  sang;  v>  qui,  plus  tard, 
aurait  résisté,  véritable  «  homme  de  fer,  »  aux  offres  tentatrices  de  Na- 
poléon; et  enfin  serait  mort  de  douleur  sous  la  Restauration,  en  appre- 
nant Texécution  de  son  fils,  comme  complice  de  Berton.  Voilà  la  lé- 
gende —  et  void  rhistoire  :  Leperdit  était  bien  tailleur  et  il  a  bien  été 
maire  de  Rennes  ;  mais  il  n'a  pas,  à  ce  titre,  tenu  tète  à  Carrier,  attendu 
qu'il  n'a  été  noomié  maire  qu'un  certain  temps  après  le  départ  de  Car- 
rier, par  le  représentant  terroriste  Ësnue-Lavallée  ;  il  n'a  pas  sauvé  les 
religieuses  deThôpital,  il  les  a  fait  incarcérer;  il  a  bien  dissipé  une 
émeute  causée  par  la  famine,  mais  en  requérant  la  force  arniée.  Il  a 
souscrit  pendant  le  Consulat  et  pendant  TEmpire  toutes  les  adresses  les 
plus  dévouées,  les  plus  adulatrices  pour  Napoléon.  Enfin  il  n*a  pas  pu 
mourir  en  apprenant  Texécution  de  son  fils,  par  cette  raison  bien  simple 
qu'il  n'avait  pas  de  fils.  A  cela  près,  la  légende  est  vraie  :  Ab  uno  disce 
omnes,  et  remercions  M.  Biré  d'en  Mre  si  bonne  justice. 

Max.  bb  la  Rocheterie. 


L.e  McTeii  de  Bonaparte.  Souvenirs  de  nos  campagnes  politiques  avec 
le  prmce  Napoiéon  Bonaparte  (4879-4 894),  par  PaulLenglé.  Paris,  Oilen- 
doirff,  1893,  in-i8  de  vii-336  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Par  sa  fidélité,  par  son  caractère  personnel,  par  sa  sincérité  et  aussi 
par  son  talent,  Fauteur  est  recommandable.  Éloigné  sur  tous  les  points 
qu*il  traite  de  M.  Lenglé,  il  ne  m'est  pas  moins  facile  de  lui  reconnaître, 
sans  conteste,  oes  qualités.  De  son  héros,  qui  fut  son  ami,  il  trace  un 
portrait  habile  :  écartant  à  dessein  l'enthousiasme,  il  le  couvre  cepeo* 
dant  de  fleurs,  TOulanC  feire  bénéficier  sa  mémoire  de  cette  apparente 
impartialité.  Le  premier  chapitre  est  sans  doute  le  plus  intéressant,  parce 
qu'il  nous  ikil  entrer  dans  la  vie  iniime  du  ^ince.  Ce  «  César  déclassé  » 
nous  est  présenté  comme  un  esprit  fin,  profond,  lumineux;  un  penseur, 
un  patriote  et  im  "philosophe.  Peut-être  l'auteur  ne  le  voulait-il  pas  ainsi, 
mais  ii  ressort  non  moins  clairement  qu'il  était  égoïste  et  sceptique. 
Celui  qu'on  veol  nous  faire  accepter  comme  «  un  brave  homme  o  était 
natureUement  antipathique  âux  Français  et,  sauf  un  petit  groupe  d'in- 
iinies,  il  ne  fut  jamais  populaire,  malgré  ses  principes  démocratiques. 
II.  Leoglé  le  loue  très  fort  de  ces  idées,  de  ces  gages  donnés  à  la  Ré- 
volution, de  ces  efibrts  pour  devenir  le  chef  d'une  République  nouvelle, 
d'un  gourvernement  antidérictl.  On  sent  que,  Mr  ce  terrain,  nous  ne 
pouvons  suivre  l'aulenr;  panni  beaucoup  de  travers  que  je  reproche 
au  prince  Napoléon,  je  n'en  connais  aucan  de  plus  condamnable,  de 


—  252  — 

plus  contraire    à  Tespril  eb  aux  traditions  nationales  que  celui-là. 

De  1879  à  1891,  nous  voyons  le  prince  Napoléon  prendre  part  à  beau- 
coup d'événements  politiques;  les  plus  saillants  furent  son  manifeste  de 
1883,  Texpulsion  de  1886,  sa  participation  au  mouvement  boulaogiste. 
Sur  ce  point,  quelques  détails  nouveaux  nous  sont  fournis,  mais  les 
faits  principaux  n'étaient  point  ignorés. 

Puisque  nous  sommes  sur  le  terrain  de  Thistoire,  je  me  permettrai  de 
dire  à  M.  Lenglé  que  le  livre  du  prince  :  Napoléon  et  ses  détracteurs, 
dont  il  fait  un  grand  éloge,  est  resté  fort  au-dessous  des  arguments  et 
des  faits  avancés  par  Taine  et  par  ceux  auxquels  le  prince  prétendait  ré- 
pondre; ce  plaidoyer  pro  domo  a  fait  long  feu.  —  J'aurais  voulu  égale- 
ment que  la  conduite  «  militaire  »  du  cousin  de  l'Empereur  en  1870,  à 
laquelle  M.  Lenglé  fait  allusion,  fût  mieux  justifiée,  si  elle  peut  Tètre; 
ce  vojage  diplomatique  en  Italie,  un  peu  avant  Sedan,  est  vraiment 
bien  précipité  et  sent  trop  la  fuite  de  la  maison  qui  s'écroule. 

Parmi  les  détails  curieux  de  ce  volume,  qui  se  lit  agréablement,  je 
signalerai  la  composition  du  salon  du  prince.  On  y  rencontrait  comme 
assidus  :  Renan,  Emile  Augier,  Alexandre  Dumas  fils,  Maxime  Du 
Camp,  Duruy,  l'amiral  La  Koncière,  Maurice  Sand,  de  Lesseps,  Hya- 
cinthe Loyson,  le  général  Turr,  Bixio,  Menabrea,  etc.  —  Autre  particu- 
larité à  noter  :  on  voit  apparaître  çà  et  là  la  figure  de  M.  Emile  Oilivier, 
très  désireux  de  jouer  le  personnage  du  gallican  parlementaire  et  s'inspi- 
rant  de  Pithou,  d'Arnaud,  pour  énoncer  des  maximes  fort  peu  orthodoxes, 
dans  un  monde  qui  ne  l'est  pas  plus;  ceci  peut  donner  la  note  de  la 
créance  qu'il  convient  d'accorder  à  ce  théologien  qui  régente  le  Pape,  du 
haut  des  colonnes  des  journaux  du  boulevard.  —  Un  dernier  mot  : 
M.  Lenglé  malmène  fort  le  prince  Victor  et  ses  conseillers;  il  est  très 
dur  pour  ces  partisans  du  «  schisme  »  napoléonien  et  pour  celui  qui  a 
commis  un  «  parricide  moral.  »  Nous  n'avons  point  à  intervenir. 

Geoffroy  de  Granbmaison. 


Le  Grand  Frédéric  aTant  raTèncmeiit»  par  E.  Lavisse.  P&ris, 
Hachette,  1893,  in-8  de  xvii-373  p.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

M.  Lavisse  aime  son  sujet  :  il  l'expose  avec  complaisance,  quelque- 
fois, malgré  de  nombreuses  réserves,  jusqu'à  frôler  l'enthousiasme.  Je 
n'en  fais  pas  un  reproche  :  tous  les  goûts  sont  dans  la  nature,  les  ré- 
pulsions également.  Je  n'ai  jamais  aimé  Frédéric  IL  Je  ne  suis  pas  assez 
ridicule  pour  refuser  de  l'appeler  Frédéric  le  Grand  :  c'est  devenu  un  nom, 
comme  on  dit  Henri  l'Oiseleur  ou  Albert  TOurs;  mais  j'hésite  à  dire«  le 
grand  »  Frédéric.  Je  le  trouve  petit  sous  bien  des  rapports,  et  incomplet. 

M.  Lavisse  a  vu  et  bien  dit  les  imperfections  du  «  héros;  »  il  le  traite 
même  parfois  assez  durement  :  «  Un  égoïste  terrible  et  superbe  (p.  ix)  ; 
—  Il  n'était  pas  bon  (p.  169);  —  Grandes  et  petites  pei^dies  (ibid.)  ; 


—  253  — 

—  Humain....  à  sa  manière  (p.  170);  —  Fataliste,  sceptique,  pessi- 
miste (p.  175)  ;  —  Effronté  (p.  297)  ;  —Le sens  du  moyen  âge,  de  TAu- 
triche,  de  Thistoire  d'Allemagne  lui  manque  (p.  199-200).  » 

Le  travail  de  M.  Lavisse,  comme  tout  ce  qu'il  écrit,  est  très  agréable 
à  lire  et  fort  instructif.  Je  ne  serai  pas  le  seul  à  y  avoir  appris  beaucoup 
de  choses.  Le  tableau  de  la  petite  cour,  ou  plutôt  de  Tavant-cour  de 
Rheinsberg,  est  peint  de  main  de  maître  :  vous  y  croiriez  être  vous-même, 
avec  Keyserling,  Jordan  et  les  autres.  Le  récit  est  semé  d'anecdotes  cu- 
rieuses, de  citations  opportunes  et  de  cette  infinité  de  menus  détails  si 
chers  au  lecteur  du  jourd'hui. 

M.  Lavisse,  quelles  que  puissent  être  ses  croyances,  a  profondément 
le  sens  de  Thistoire.  C'est  dire  assez  qu'il  ne  parle  pas  des  reh'gions 
comme  nos  enragés.  Frédéric  le  Grand  professait  que  l'établissement  du 
christianisme  et  l'invasion  des  Goths  furent  des  causes  de  barbarie  : 
M.  Lavisse  l'en  gourmande  (p.  133)  et  avec  raison,  puisque  ces  facteurs 
furent,  tous  les  deux,  les  agents  de  la  civilisation.  Il  approuve  la  tolé- 
rance du  Roi  ;  mais  il  lui  reproche  de  ne  pas  reconnaître  la  légitimité,  la 
force,  la  dignité  du  sentiment  religieux.  A  la  page  135,  il  a  soin  de 
faire  ressortir  qu'un  prince  catholique  n'est  pas  aussi  omnipotent  qu'un 
protestant,  et  il  cite  cette  phrase  de  Voltaire  :  «  Quiconque  tient  d'une 
main  le  sceptre  et  de  l'autre  l'encensoir,  a  les  mains  très  occupées.  » 

Pour  être  complet  sur  ce  terrain,  je  me  permettrai  de  faire  remar- 
quer que  l'expression  «  Saint  des  saints,  »  appliquée  au  cabinet  de 
travail  du  Roi,  n'est  pas  tout  à  fait  respectueuse.  Autre  détail  :  je  me 
demande  timidement,  devant  un  tel  maître,  si  ce  n'est  pas  Parme,  plu- 
tôt que  Florence,  où  D.  Carlos  passait  son  temps  à  traire  les  vaches 
(p.  205).  Je  puis  me  tromper. 

L'historien  de  Frédéric  II  est  un  écrivain  :  le  style  de  son  livre  a  la 
clarté,  l'animation,  la  vigueur,  l'image.  M.  Lavisse  ne  recule  pas  devant 
des  formes  nouvelles  ou  peu  usagées,  et  je  l'en  félicite.  Il  a  des  har- 
diesses heureuses.  Inutile  d*ajouter  que  ce  style  n'est  pas  prétentieux  ; 
cependant  il  ne  reste  pas  toujours  dans  la  simplicité  ;  il  y  a,  par-ci  par- 
là,  des  effets  cherchés  et  des  expressions,  appropriées  sans  doute,  mais 
qui  arrêteront  bien  des  lecteurs  :  <c  l'ataraxie,  les  dénûurges.  » 

M.  Lavisse  traite  cavalièrement  les  tenants  de  la  vieille  Allemagne 
(p.  200).  On  peut,  pourtant,  imaginer  de  bonne  foi  que  l'Allemagne  eût 
pu  devenir  autre  chose  qu'elle  n'est  et  regretter  qu'elle  ne  le  soit  pas. 
Sans  aller  jusqu'aux  égarements  du  malheureux  Napoléon  UI,  beaucoup 
de  Français,  comme  aurait  dit  C.  Fourier,  «  pivotent  en  unitéisme  »  sur 
le  terrain  italien  ou  allemand.  Frédéric  le  Grand  et  H.  de  Gagern  ont 
tourné  bien  des  têtes,  même  de  diplomates. 

Onno  Klopp  et,  pour  les  siècles  précédents,  Janssen,  ne  sont  pas  à  dé- 
daigner, ne  fût-ce  que  pour  exprimer  les  idées  d'un  parti  qui  vaut  bien 


—  «54  — 

les  autres.  Je  ne  suis  pas  à  me  repentir  d*aToir  contribué  à  répandre, 
en  1870,  un  ouvrage  d'Onno  RIopp  :  V Ennemi  héréditaire  de  C Allema- 
gne. (Erbfeimd,  c*est  naturellement  la  Prusse.)  Que  TÂlIemagne  ait 
grandi,  c*est  incontestable.  Néanmoins  je  ne  suis  pas  persuadé,  mais  pas 
du  tout,  que  les  Allemands  soient  devenus  plus  heureux  et  plus  libres. 

A.  b'Avail. 


La  Grèce  byzantine  et  moderne*  Essais  historiques,  par  D.  Bikélas. 
Paris,  Firmin-Didot,  1893,  in-8  de  viii-435  p.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

Sous  ce  titre,  M.  Bikélas  donne  le  recueil  d'une  série  d'articles  sur  des 
sujets  presque  également  intéressants.  Notre  préférence  est  pour  ceux 
qui  traitent  de  la  Grèce  moderne.  Sans  vouloir  nier  le  droit  que  peut 
avoir  Tempire  byzantin  à  protester  contre  le  discrédit  et  la  mauvaise 
réputation  dont  il  jouit,  il  ne  nous  est  guère  possible  d'y  voir  autre 
chose  qu'une  époque  de  décadence  et  une  mission  imparfaitement  rem- 
plie. Nous  ne  saurions  non  plus  souscrire  à  certains  passages  où  les  pré- 
jugés de  race  et  de  secte  rendent  l'auteur  injuste  et  inexact,  malgré  lui; 
car  d*ordinaire  M.  Bikélas  sait  se  défendre  de  toute  prévention. 

Tous  les  articles  relatifs  à  la  Hellade  proprement  dite,  qui  fnt  toujours, 
il  faut  bien  le  remarquer,  distincte  du  byzantinisme  et  bien  supérieure 
comme  valeur  morale,  sont  extrêmement  intéressants,  pleins  à  la  fois  de 
couleur  et  de  vérité.  Les  appréciations  en  sont  larges  et  impartiales  ;  les 
caractères  sont  on  ne  peut  mieux  tracés.  Enfin  nous  ne  pouvons  que  les 
louer  sans  restriction  et  en  recommander  la  lecture  à  tout  homme  dési- 
reux de  connaître  ce  coin  de  l'Europe  si  important  de  nos  jours  et  des- 
tiné à  le  devenir  chaque  jour  davantage.  A.  d'Avril. 


La  Chute  de  Khartoam  (9G  JanVier  1996).  Procès  du  colonel 
Hassan-Benhassaoui  [juin-juillet  y557),parBoRELLi-BEY.  Paris,  Librairies- 
imprimeries  réunies,  1893,  in-8  de  235  p.,  avec  un  plan.  —  Prix  :  5  fr. 

Un  certain  mystère  a  toujours  obscurci  l'histoire  des  derniers  jours 
du  siège  de  Khartoum.  L*héroïque  Gordon  avait  tenu  exactement  un 
journal  qui  ne  nous  est  parvenu  qu'en  partie,  les  derniers  feuillets 
étant  tombés  aux  mains  du  Mahdi.  Les  rares  survivants  qui  ont  pu 
s'échapper  de  la  captivité  où  les  tenait  le  vainqueur  ont  donné,  sur  les 
épisodes  de  la  catastrophe,  des  renseignements  vagues  et  contradic- 
toires ;  comme  il  est  assez  naturel  aux  soldats  vaincus,  et  comme  nous 
après  la  guerre  franco-allemande,  ils  se  sont  généralement  complu  à 
expliquer  leur  défaite  finale  par  la  trahison  des  chefs.  Les  bruits  mal- 
veillants s'attaquèrent  principalement  à  deux  personnalités  :  Farragh- 
Pacha,  le  second  de  l'infortuné  gouverneur  Gordon,  et  le  colonel  Has- 
san-Benhassaoui, à  qui  était  confiée  la  garde  de  la  partie  des  lignes  que 


les  assaillants  forcèrent  dans  la  nuit  du  215  au  26  janvier  1884.  Farragh- 
Pacha  ayant  été  tué,  il  ne  restait  que  le  colonel  pour  porter  le  poids  de 
cette  grave  responsabilité  ;  le  ministère  égyptien  le  traduisit  devant  une 
cour  martiale  sous  Taccusalion  de  trahison  et  d'intelligences  avec  Ten- 
nemi.  G*est  ce  procès  que  M.  Borelli-Bey,  avocat  de  Taccusé,  entreprend 
de  faire  connaître  au  public  européen,  et  il  n'a  pas  de  peine  à  démon- 
trer la  parfaite  innocence  de  son  client.  En  efiet,  sur  les  nombreux 
témoins  à  charge  cités  par  le  ministère  public,  aucun  n'apporte  la  moin- 
dre preuve  à  la  charge  du  malheureux  colonel  ;  presque  tous  rendent 
hommage  à  sa  conduite  pendant  toute  la  durée  du  siège  et  déclarent 
l'avoir  vu,  pendant  l'assaut  fatal,  combattre  courageusement  au  milieu 
de  ses  soldats  ;  il  n'a  déposé  les  armes  que  lorsque  le  Mahdi,  après  deux 
ou  trois  heures  de  sac,  de  piUage  et  de  massacre,  après  notamment  la 
mort  de  Gordon,  ordonna  de  cesser  le  combat  et  accorda  l'aman,  c'est-à- 
dire  la  vie  sauve  aux  survivants.  Alors  Hassan-Benhassaoui  fut  ligotté 
comme  ses  compagnons  d'infortune;  on  lui  fit  subir  d'odieux  traitements 
pour  lui  faire  avouer  où  é